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ABBAYE SAINT-JEAN DES PRES

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Cette abbaye, située en Guillac et tout près de Josselin faisait partie du diocèse d'Aleth ou de Saint-Malo ; mais comme son territoire est entré dans le diocèse de Vannes, il est à propos d’en dire quelques mots, comme pour l'abbaye de Langonnet, placée dans les mêmes conditions géographiques. Les religieux de Saint-Jean-des-Prés ne suivaient pas la règle de saint Benoît, mais celle de saint Augustin ; ils n’étaient pas moines, mais chanoines réguliers ; leur costume consistait en une soutane blanche en serge et un rochet en toile ; au choeur, ils ajoutaient, en été, un surplis et une aumusse, et, en hiver, une grande cape noire et un camail, comme les chanoines séculiers.

Abbaye Saint-Jean-des-Près - Guillac

 

I. FONDATION.

L’acte de fondation de cette abbaye n’existe plus ; il est donc impossible d’en donner la date précise et d’indiquer le véritable fondateur. Toutefois il est permis d’arriver à de très grandes probabilités. Le premier établissement des Chanoines réguliers en Bretagne fut fondé à Guingamp vers 1130 ; la maison de Josselin existait déjà en 1156. C'est donc dans l’intervalle de ces deux dates que fut fondée l’abbaye de Saint-Jean-des-Prés.

Quant au fondateur, ce fut certainement un vicomte de Porhoët : la proximité de Josselin en est un sûr garant, et d’ailleurs divers aveux l'ont formellement reconnu. Or, dans l’intervalle ci-dessus, se rencontrent deux vicomtes de Porhoët : Geoffroi, de 1116 à 1142, et Eudon II, de 1142 à 1180. On peut choisir entre les deux.

Le second de ces seigneurs fut un grand batailleur. Du chef de sa femme Berthe, il prétendit au titre de comte de Bretagne en 1148, lutta contre ses compétiteurs, et vit en 1168 le roi d'Angleterre, Henri II Plantagenet, détruire sa ville de Josselin. L’abbaye de Saint-Jean-des-Prés eut sa part dans le désastre, mais elle se releva promptement, comme la ville elle-même.

Ainsi qu’on le voit dans le plan ci-joint, l'abbaye de Saint-Jean était située sur les bords de l'Oust ; elle était entourée de jardins et de prairies verdoyantes. A l’est s’étendait un bois taillis (B), contenant 50 journaux ; au sud se déroulait une immense prairie (C) de 35 journaux ; à la suite se trouvaient les moulins de l’abbaye : on voit que le fondateur avait fait largement les choses.

Outre ces propriétés immédiates, l’abbaye eut aussi fief et juridiction sur le village de Boquehen en Loyat, sur celui de Pichot en Mohon, etc... ; sa justice moyenne et basse était exercée par un sénéchal, un alloué, un lieutenant, un procureur fiscal, un greffier et des sergents. Elle eut aussi des rentes féodales et foncières sur ses sujets ou vassaux.

Grâce au privilège accordé aux chanoines réguliers de recevoir et d’administrer des paroisses, elle reçut les cures de Guillac et de son annexe Montertelot, de la Croix-Helléan et de son annexe Saint-Maudé, de Mohon, de Guilliers, de Loyat et de son annexe Gourhel, de Pommeleuc, de Coëtbugat et de Saint-Samson. Les titulaires de ces bénéfices, appelés prieurs-recteurs, jouissaient du casuel et des dîmes de ces paroisses pour leur entretien, et envoyaient le surplus à l’abbaye, quand ils étaient religieux. 

abbaye Saint-Jean des Près de Guillac

Il y avait en outre des prieurés simples à Saint-Michel de Josselin, à Bodegat en Mohon, à Saint-Symphorien de Vannes, à Saint-Thébaud en Saint-Avé et à Notre-Dame près de Rohan. Ces prieurés tombèrent souvent en mains séculières, mais les chanoines réussirent parfois à les retirer.

L’abbaye de Saint-Jean-des-Prés tomba elle-même en commende en 1507, et ne réussit jamais à s’affranchir de ses abbés commendataires. Dès lors les revenus de la maison furent partagés entre les abbés et les religieux, et ceux-ci vécurent désormais sous la direction, d’un simple prieur, nommé par les supérieurs de la congrégation des Génovéfains.

Le couvent de Sainte-Geneviève à Paris avait pris sous Louis XIII l’initiative d’une réforme dans l'Ordre des chanoines réguliers et ceux qui l’acceptèrent furent surnommés Génovéfains. Cette réforme s’étendit presque partout, et elle fut en particulier acceptée à Saint-Jean-des-Prés.

 

II. ABBÉS

Voici la série des abbés connus :

1.  Jud... parut vers 1156 dans un différend élevé entre l’évêque de Nantes et les religieux de Tournus.

2. Guy fut témoin en 1163 d’une donation faite à l’abbaye de Montfort, et en 1168 de la ruine de Josselin.

3. A... est indiqué comme abbé de Saint-Jean-des-Prés dans une charte de Paimpont, datée de l’an 1199.

4-9. ? Ici se produit une lacune d’un siècle.

10. ? Nicolas adhéra en 1303 à la condamnation de Boniface VIII, et mourut le 17 janvier, on ne sait en quelle année.

11. Mathieu vécut pendant la guerre de Succession, et mourut, suivant les apparences, en 1354.

12. Pierre Le Bart lui fut substitué par le pape innocent IV en 1354 et mourut en 13..

13. N..., dont on ignore le nom, fut contemporain du duc Jean IV, qui eut un règne très agité.

14. Robert Lécuyer fit bâtir le cloître de sa maison en 1402 ; il vivait encore en 1447.

15. Guy de Coëtlogon fit aveu en 1450, et fut transféré en 1452 à Paimpont, où il mourut en 1472.

16. Jean de la Bouère, élu en 1452, était Vicaire général de Saint-Malo en 1460, et vivait encore en 1471.

17. Robert de Brède succéda au précédent, d’après un ancien acte non daté, vu par le P. Le Large.

18. Pierre Bihoulier tint l’abbaye de Saint-Jean-des-Prés depuis 1476 au moins jusqu’à 1492.

19. Mathurin Delorme, élu par les chanoines, et Jean Bohier, nommé par le pape, se disputèrent l’abbaye.

20. Gilles de Coëtlogon, nommé en 1495, obtint en 1501 l’usage des ornements pontificaux, et mourut en 1506.

Désormais tous les abbés seront commendataires :

21. Guillaume Grimaud, recteur de Guégon, obtint l’abbaye en 1507 et mourut en 1536.

22. Louis Grimaud, neveu du précédente coadjuteur en 1532, titulaire en 1536, mourut en 1540.

23. Louis de Pommeleuc, pourvu en 1540, ne garde pas longtemps l'abbaye de Saint-Jean-des-Prés.

24. Antoine de Sénecterre tenait l’abbaye en 1545 et fut nommé en 1561 évêque du Puy.

25. Jacques de Senecterre, pourvu en 1559, sur la démission de son frère, cessa en 1565.

26. Martin de Beaune de Semblançay, nommé en 1565, se démit en faveur du suivant.

27. Pierre Foullé, sieur de Marzy, pourvu en 1566, fit aussitôt aveu au roi, et mourut en 1594.

28. Pierre Pigray prit possession en 1595, rendit aveu en 1605, et mourut dans son abbaye en 1619.

29. Claude Blondeau, agent du clergé et aumônier du roi, nommé en 1619, fit aveu en 1635 et mourut en 1643.

30. Octave de Blanchefort, chanoine de Sens, rendit aveu dès 1644 et se démit en faveur du suivant.

31. Sébastien du Guémadeuc prit possession en 1650, devint évêque de Saint-Malo en 1670, et mourut en 1702.

32. Jean-Ernest de Lowestein, nommé en 1702, évêque de Tournay en 1713, mourut en 1731.

33. René de Brilhac, nommé au mois de novembre 1731, posséda l’abbaye jusqu’en 1784.

34. Esprit L. C. Jacquelot du Boisrouvray, chanoine de Vannes, nommé en 1784, commença la reconstruction de la maison, fut dépouillé en 1791, et mourut à Paris.

 

III. REVENUS.

L’abbaye avait d’abord le revenu des jardins, prés, moulins et bois qui avoisinaient la maison.

Elle avait ensuite la maison l'Abbé à Guilliers, un moulin au bourg de Helléan, et deux maisons à Rennes.

Elle avait en outre des rentes féodales et foncières à Brenbuan et Penlan en la Croix, à Bocuan en Lanouée, à Pichot en Mohon, à Coétino en Ménéac, à Boquehen en Loyat, etc.. payables partie en argent, partie en grains. Elle avait aussi des rentes en grains dues par divers particuliers de Guillac, de Loyat et d’ailleurs, montant à environ 45 boisseaux.

Elle avait enfin, et c’était son principal revenu, les dîmes de Guillac, de Loyat, de Guilliers, de Mohon et de la Croix, valant environ 500 mines de grains divers.

Sur ces dîmes il fallait, en 1566, prélever 66 mines dues au prieur-recteur de Mohon, 17 mines au recteur de Ploermel, 5 quartiers ou 10 mines au prieur de la Trinité-Porhoët, et 27 boisseaux au seigneur de Bodegat. Plus tard, quand les religieux ne furent plus assez nombreux pour desservir Loyal et Guilliers, il fallut fournir des pensions congrues aux prêtres séculiers qui les remplaçaient.

Le surplus des revenus servait à entretenir le culte, à nourrir les religieux et les domestiques, à réparer les édifices, à payer les charges de la maison, etc.

Pour payer les décimes extraordinaires, il fallut aliéner, en 1564, les rôles rentiers de Brenbuan et de Penlan ; en 1567, les deux maisons de Rennes ; en 1570, le rôle rentier de Boquehen ; en 1571, le moulin à eau d'Aval, du bourg de Helléan ; en 1602, le rôle rentier de Coétino et la dîme du dit lieu, le rôle rentier de Bocuan, la maison l'Abbé et son jardin à Guilliers, et le clos l'Abbé, près du couvent, d’une contenance de deux-journaux. Ces deux derniers immeubles furent rachetés plus tard.

L’établissement de la commende avait amené, ici comme ailleurs, le partage des revenus entre l’abbé et le couvent, et on eut ainsi d’un côté la mense abbatiale, et d’un autre, la mense conventuelle.

Les arrangements varièrent suivant les époques. En 1730, d’après les comptes fournis au bureau diocésain de Saint-Malo, le revenu de l'abbé de Saint-Jean-des-Prés montait à 4.810 livres ; en déduisant les charges, qui étaient de 2.093 livres, il restait un produit net de 2.717 livres. De son coté, la communauté avait un revenu brut de 2.378 livres ; en retranchant les charges, qui s’élevaient à 847 livres, il restait un produit net de 1.531 livres.

Avec la dépréciation graduelle de l’argent, tous ces chiffres augmentèrent ; et à la veille de la Révolution, le revenu brut de l’abbé était censé valoir 5.500 livres ; le revenu du chapitre avait dû monter dans la même proportion ; de leur côté, les charges avaient suivi la même progression. Les pensions des prêtres de Loyat, de Guilliers et des annexes constituaient une lourde charge pour l’abbé et la communauté.

La communauté de Saint-Jean-des-Prés se composait régulièrement de huit chanoines. Mais quand vint la pénurie des sujets, il fallut détacher du chapitre plusieurs membres pour desservir les paroisses de Coëtbugat, de la Croix-Helléan, de Mohon, de Guilliers et de Loyat, en sorte qu’il ne resta que trois religieux dans la maison. Bientôt même il fallut renoncer a desservir directement Guilliers et Loyat, et à n’avoir parfois que deux religieux à l’abbaye. C’était vraiment trop peu pour chanter la messe et l’office. Les chanoines détachés dans les paroisses du voisinage étaient toujours censés faire partie de la communauté, et quand ils venaient à l'abbaye, ou quand ils étaient convoqués pour quelque affaire importante, ils avaient toujours le droit d’entrer au chapitre et d’y donner leur voix.

 

IV. FIN.

Le dernier abbé commendataire, M. Esprit Jacquelot du Boisrouvray, sans se laisser émouvoir par les menaces de la Révolution, entreprit courageusement la reconstruction de l'abbaye.

Voici le compte, que lui rendit son fermier Guérin, des dépenses faites pendant le cours de l’année 1789 :

« Pour tirer 243 toises de pierres de moellon : 486 livres.

Achat de bois pour poutres, chevrons, etc ;; : 975 livres.

Pour 17 milliers d’ardoises de Callac : 105 livres.

Achat de planches, à différents prix : 747 livres 7 sols.

Charroi des pierres, bois, et autres matériaux : 1154 livres.

Pour chaux, brouettes, cordes, etc.. : 777 livres 19 sols.

Démolition d’une partie des anciens bâtiments : 825 livres 10 sols.

Pour creuser les fondemenents à 9 pieds de profondeur : 899 livres 12 sols.

Taille des pierres et maçonne du bâtiment neuf : 4262 livres 18 sols.

Aux manoeuvres pour le service des maçons : 1015 livres.

Gratifications pour la première pierre : 72 livres.

Aux scieurs de long, charpentiers et lattiers : 905 livres 14 sols.

Aux menuisiers pour leur travail : 363 livres 10 sols.

Aux couvreurs pour tailler l'ardoise : 110 livres.

A l’entrepreneur et au conducteur du bâtiment : 310 livres.

Frais de l’adjudication du 4 mars, résiliée : 194 livres 10 sols. Total : 13.204 livres.

Reçu et approuvé le compte ci-dessus. A l'abbaye de Saint-Jean-des-Prés, ce 3 novembre 1789. L’abbé de Jacquelot du Boisrouvray » (Vannes. — Saint-Jean. H).

Le bâtiment ainsi construit en 1789 est celui qui forme au début du XXème siècle le principal corps de logis de Saint-Jean-des-Prés. La Révolutionne permit pas de continuer la restauration du couvent : elle coupa les vivres en supprimant les dîmes et confisqua les immeubles.

En 1790 il n’y avait plus à l'abbaye que deux religieux, à savoir, Jacques-Noël-François Soyer, prieur, 38 ans, et Claude Meunier, 32 ans. Il y avait de plus en paroisses : MM. Plantard, prieur-recteur de Mohon ; Vendergracht, prieur-recteur de Coetbugat ; Dorlot, prieur-recteur de la Croix-Helléan, puis de Saint-Samson.

De ces cinq chanoines, trois, savoir, MM. Soyer, Vandergracht et Dorlot, versèrent dans l’église constitutionnelle en 1791. M. Plantard resta ferme et fut déporté. M. Meunier semble avoir quitté le pays.

Le 10 janvier 1791, l'église de Saint-Jean-des-Prés, le couvent, les jardins, les prés, les moulins et les bois furent vendus nationalement au sieur Mailhos, pour 46.300 livres. Depuis ce temps, l’église a été démolie, parce qu’elle rappelait un souvenir importun ; mais le reste de la propriété n’a presque pas changé, et la maison, assise solitaire sur les bords de l'Oust, voit toujours encore au début du XXème siècle se dérouler à ses pieds les belles prairies qui lui ont donné son nom.

La maison l'Abbé et son jardin, situés au bourg de Guilliers, furent adjugés, le 16 mars 1791, à J. Chardevel, pour 660 livres (J.-M. Le Mené).

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