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ALLAIRE AU XIXème SIÈCLE

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ALLAIRE AU XIXème SIÈCLE.

Aucun fait saillant ne vint troubler la vie paisible des habitants d'Allaire au XIXème siècle. Tel un malade qui profite d'une longue convalescence pour réparer ses forces, la commune s'occupe sérieusement des affaires, pansant les blessures occasionnées par les guerres et révolutions de la fin du siècle précédent.

Les conseils municipaux successifs ont administré la commune dans le calme au mieux des intérêts des habitants.

Citons quelques faits principaux.

Le 10 mai 1841, le budget de la commune fut voté à l'unanimité. Les chiffres nous laissent rêveurs, jugez-en : les recettes s'élevaient à 7.039,23 fr., les dépenses à 8.009,08 fr., d'où déficit de 969,85 fr., somme importante pour l'époque. Les membres du conseil décident de réduire les dépenses. Parmi ces édiles, nous trouvons Jean-Marie Fouesnel, Julien Chemin, Jean Paris, Julien Josso, etc... Le 9 août 1840, au renouvellement triennal, ils avaient procédé au serment d'usage : « Je jure fidélité au Roi des Français, obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du Royaume ».

1842 : Mathurin Dréano, meunier au moulin de l'Avocat, reçoit l'autorisation d'établir un second moulin au lieu dit Lagrée ou La Grée de l'étang, dans la coulée de Boufaise. Ce second moulin sera réservé aux habitants de Bocquéreux. Il n'est plus que ruines.

1844 : Un petit incident : le garde-champêtre Daniel, jugé trop négligent, est révoqué de ses fonctions. Il sera remplacé par Julien Guyot, tisserand au bourg. Ce dernier avait installé son atelier dans la maison Naël actuelle. C'était un ancien militaire dont la bonne conduite garantissait l'exactitude à remplir les devoirs de sa charge. Quels étaient ces devoirs ?

Pour un traitement fixe de 50 fr. par an, le garde-champêtre avait un rôle important à assurer : « Il prendra tous les bestiaux qu'il trouvera en dommage » ; il ne laissera aucune vache pâturer autour des bandes ensemencées. Quand il prendra soit vache, bœuf ou chèvre dans une taille d'un à deux ans, il percevra 1 fr. supplémentaire par tête. Si c'est la nuit, la prime sera doublée ! Gare aux prairies de Bocquéreux : il veillera à ne laisser aucun animal sans garde avant l'entier enlèvement du foin. Article 10 : le garde-champêtre prendra « en quelqu'endroit que ce soit, même dans les rues, les cochons laissés libres de l'âge de trois mois et au-dessus, à moins que ces animaux ne soient bouclés au nez convenablement ». Enfin l'article 13 n'oublie pas les bêtes à plume « en âge de voler » sur lesquelles il est autorisé à tirer sur celles prises en dommage. Pour cette dernière chasse, il percevra 5 centimes par bête.

Voilà de quoi occuper notre nouveau garde-champêtre. Le travail ne manquait pas et le 7 mai 1852, il lui sera désigné un « second », Marchand Joseph qui touchera 20 fr. par an. Pour équilibrer la dépense, Julien Guyot voit son salaire réduit : 40 fr. au lieu de 50 fr.

Le 6 août 1848, le Conseil municipal sollicite la création d'un marché à Allaire « considérant qu'il y va spécialement des industries agricole et commerciale, d'autant plus que l'accès des marchés des cantons environnants est bien difficile et dispendieux à cause des distances, passages d'eau et péages ». Ce marché pour « grains, beurre, volailles, œufs, veaux, moutons, jeunes taureaux et génisses pour la boucherie » se tiendra le vendredi de chaque semaine. Les droits d'étalage seront calculés avec soin :

— par étalage de mouchoirs, 10 centimes plus 5 centimes par mètre de longueur ;

— par étalage d'étoffe, 20 centimes plus 5 centimes par mètre supplémentaire ;

— par barrique, pour les meilleures places, 20 centimes plus 2 centimes par mètre. Quand il y aura deux rangées de bancs, on mesurera 2 longueurs.

Les « meilleures places » étaient le bord de la route départementale et les alentours du cimetière (il entourait l'église).

Les tarifs étaient réduits de moitié pour la foire de Saint-Eutrope.

Cette mesure rencontra la faveur des habitants du canton dont c'était le premier marché régulier. Malheureusement la création de foires et de marchés à Caden, à Saint-Dolay, à Sévérac (en 1853), à Fégréac en 1854, et surtout à Redon, drainera ailleurs une partie des marchands. Les habitants de la frairie de Loppo se rendaient fréquemment aux foires de La Gacilly par le « bac » de Tresnan. Hélas, depuis 1793, ce bac était supprimé. On passait quand même non sans endommager les bateaux des riverains qui s'en plaignaient. Malgré une demande de rétablissement le 2 mai 1854, le bac ne fut pas rétabli.

12 décembre 1852 : Proclamation solennelle du Second Empire ! Voici le procès-verbal de la cérémonie : « A l'issue de la grand'messe, le Conseil municipal de la commune d'Allaire s'est rendu sur la principale place publique de la localité à l'effet de procéder à la proclamation du rétablissement de l'Empire dans la personne de Napoléon III. Alors M. le Maire, entouré de tout son conseil, du haut de l'estrade, et en présence de la justice de paix, de la gendarmerie en grande tenue et d'une nombreuse affluence de personnes, à haute et intelligible voix, a donné lecture de la proclamation... ».

Le compte rendu nous apprend que cette lecture fut écoutée avec empressement et sympathie. Le conseil se rendit alors à la mairie pour la rédaction du procès-verbal qui a été signé par tous les membres présents à la cérémonie, « excepté M. Mounier et Mathurin qui ne savent pas signer ». Le serment dut être modifié, dorénavant les nouveaux conseillers jureront « obéissance à la Constitution et fidélité à l'Empereur !! ». Quelques années plus tard, l'élection se fera au nom de la République : « Liberté, Egalité, Fraternité » !. La roue tourne !!!

10 mai 1853 : Le Conseil municipal demande au préfet de modifier son arrêté sur la police des cafés. Il serait souhaitable, dit il, de régler les heures d'ouverture comme suit : fermeture à 8 heures du soir du 1er octobre au 31 mars ; à 10 heures pendant l'autre moitié de l'année.

Le Conseil demande, en outre, que « les habitants de la commune qui récoltent leur foin dans les prés des bords de la Vilaine, à 8 km. au moins de leur domicile, et qui sont obligés, à cause de la chaleur et de la distance, de charroyer leur foin pendant la nuit, aient la faculté d'entrer dans les auberges et cabarets pendant le temps de ces travaux seulement ». Ce fut accepté .... mais bientôt supprimé. Cette dernière concession amena, on s'en doute, trop d'abus !

A titre indicatif, signalons l'état du budget de la commune à 21 ans d'écart.

1855. — Recettes ........... 5.555,85 fr.
Dépenses ............ 5.444,09 fr.
Excédent de recettes ....... 111,76 fr.

1876. — Recettes ............. 6.434,34 fr.
Dépenses ............ 8.814,59 fr.
Excédent de dépenses ........ 2.380,45 fr.

Il est vrai qu'à cette date la commune avait entrepris la reconstruction de l'église paroissiale.

Quelques salaires annuels en 1856 :

Garde-champêtre : 60 fr.
Crieur public : 10 fr.
Sage-femme : 20 fr.
Instituteur primaire : 400 fr. (compris 200 fr. de rétribution scolaire).
Traitement des deux vicaires : 800 fr.
Secrétaire de mairie : 300 fr.

***

La Municipalité.
On se souvient que la première assemblée communale fut élue en fin 1789. Cette première municipalité était omnipotente : on aurait pu l'appeler le Parlement communal. Dès l'an VIII, on décida que les décisions prises seraient soumises à l'accord du gouvernement. Cet état de chose avait créé trop de rivalité entre le pouvoir central et les assemblées communales. La Troisième République permettra aux élus de choisir eux-mêmes le maire et ses adjoints.

Au risque de me voir reprocher de farcir cet ouvrage de noms, je crois intéressant de citer les maires d'Allaire qui se sont succédés depuis 1790.
1790-1810 : Jean Voisin, de Chez-Méhaud, intelligent et instruit.
1810-1829 : Jean Fouesnel, notaire à la Veneuraie.
1829-1831 : Julien Josso, maréchal-ferrant au bourg. Sa forge se trouvait dans les dépendances du magasin Guillemot, de l'autre côté de la rue.
1831-1833 : Richard, du bourg.
1833-1835 : Jean Voisin, de Boger (de la même famille que son homonyme et premier collègue).
1835-1857 : Julien Josso est réélu.
1857-1865 : Jean-Marie Chemin, de la Cadaie.
1865-1870 : Charles de Forges, du Plessix-Rivaud ; sera révoqué.
1870-1871 : Raoul-Marie Mathurin, de Brandéhal.
1871-1878 : Deuxième mandat de Charles de Forges.
1878-1881 : Léon Le Comte, gendarme en retraite.
1881-1882 : Gaudence Guéhenneux, du village d'Ayon
1882-1884 : Pierre Fleury, de Boger.
1884-1886 : Paul de Forges, du Plessix-Rivaud.
1886-1888 : Pierre Mouraud, de Peudu.
1888-1891 : Paul de Forges.
1891-1896 : Georges de Gibon, Deil.
1896-1900 : Joseph Thaumoux, de la Pomeraie.
1900-1923 : Joseph Le Mauff.

La Poste.
Jusqu'en 1850, Allaire était desservie par la poste de Redon. Un facteur passait certains jours de la semaine faire la levée de l'unique boîte aux lettres, sise au bourg. Le dernier facteur de Redon desservant Allaire s'appelait Denoual. Dès le 1er octobre 1848, le Conseil municipal avait décidé la création d'un bureau de poste.

Ce bureau devait desservir : Béganne, Peillac, Rieux, Saint Gorgon, Saint-Jacut, Saint-Perreux et St-Vincent. Assez vite on supprimera Peillac et ses communes limitrophes : Saint-Perreux et Saint-Vincent.

N'oublions pas les facteurs de cette époque héroïque ! Ils ont bien mérité qu'on les sorte de l'oubli, ayant parcouru, de leurs pas réguliers, des kilomètres de chemins impraticables en hiver !

Les trois premiers facteurs ruraux furent : Julien Guyot, qui abandonna sa charge de garde-champêtre, Jean Gautier et un Noury.

Quelques années après, nous trouvons Jean-Marie Guyot, Pierre Guyot et François Noël, de Trouhesnel ; Jean-Marie Guyot prêta serment en 1856. Il fit son service pendant 50 ans !! On lui décerna une médaille de bronze et une médaille d'argent à la fin de sa carrière. Avouons qu'il les avait bien méritées ! En 1897, un facteur percevait 750 fr. par an !

Depuis l'établissement de la voie ferrée, un courrier se rendait à la gare de Saint-Jacut chercher les dépêches. Ce service se fit longtemps à pied. C'est un nommé Roussel qui, le premier, utilisa le cheval. Triste métier, soumis aux enchères ! Ce brave et zélé Roussel fut remercié : Jean Mouraud du Gros-Chêne ayant réclamé le poste pour un salaire inférieur. Roussel reprendra le service en 1914. Réputé pour son exactitude, bien des personnes m'ont dit : « Quand nous allions à l'école, nous le rencontrions toujours avec sa voiturette. Nous savions ainsi si nous étions en retard ».

Le 1er octobre 1907, le bureau téléphonique fut enfin installé à Allaire.

Le Service Vicinal.
Le premier bureau du service vicinal fut fondé à Allaire vers 1860, sous le Deuxième Empire. A la tête de ce nouveau service, un agent-voyer dirigeait les brigades d'Allaire et de Saint-Dolay. Le premier titulaire de cette charge fut un nommé Meyer ; la section d'Allaire était commandée par Grimaud, cantonnier-chef, qui portait, suivant les instructions, un brassard au bras gauche. Le règlement spécifiait que chaque cantonnier devait se pourvoir à ses frais des outils nécessaires. On lui remettait un signal ou guidon qui devait être planté à moins de 100 mètres du lieu de travail. Du 1er avril au 1er octobre, nos cantonniers maniaient pioche et pelle de 6 heures du matin à 6 heures du soir, le reste de l'année du lever au coucher du soleil. Il leur était fait obligation de prêter aide aux voyageurs et aux voituriers en difficulté.

A partir de 1864, le bureau de l'agent-voyer fut transféré à Peillac, mais sur la demande du Conseil général, il fut réinstallé à Allaire en 1904.

En 1906, la brigade d'Allaire comprenait 13 cantonniers chargés de l'entretien des routes des communes d'Allaire, Saint-Jean-la-Poterie, Rieux, Béganne, Saint-Gorgon, Saint-Jacut et Saint-Perreux. Aujourd'hui la commune d'Allaire emploie à elle seule 30 cantonniers et agents auxiliaires ! Toujours à cette date, le cantonnier-chef percevait 65 fr. par mois, les autres 55 fr., 50 fr. ou 45 fr. suivant leur classe.

Avant la Révolution, le réseau routier — à l'abandon — était insuffisant. Quelques chemins desservaient les propriétés seigneuriales et étaient plus ou moins bien entretenus par les vassaux. Une seule route importante à Allaire en 1830, celle de Redon à Vannes. Un gros effort fut fait dès la première moitié du siècle pour améliorer et augmenter les chemins vicinaux. Citons la route d'Allaire à Peillac par La Perrière ; elle fut tracée en 1844. En 1858, un projet de détournement de la route de Vannes attira l'attention de l'ingénieur en chef du département et du Conseil municipal ; il s'agissait de faire dévier la route venant de Redon ; elle aurait été dirigée par le sud, à travers les jardins, derrière le presbytère, pour aboutir à la Croix des Barres en ligne directe. La traversée du bourg eut été alors évitée : « il en résulterait un avantage immense pour la commune qui pourrait ainsi continuer à tenir, comme par le passé, et sans aucun inconvénient, ses foires dans le bourg ». A cent ans d'intervalle, cette idée vient d'être reprise, mais ne reste, pour le moment, qu'à l'état de projet. Le bourg gagnerait en tranquillité, la circulation aussi, mais les commerçants, eux, ne doivent pas l'entendre de la même oreille !

Une ancienne route d'Allaire qui connut au temps jadis défilé de carrosses et de riches cavaliers : le chemin Redonnais. Du bas de la côte du Gros-Chène, il filait par la Ville-Dené, passait près de la Croix du Clos et remontait par le nord du bourg, derrière le pâtis de « la Bouilleterie ».

De nos jours, les routes et chemins, bien entretenus et souvent même goudronnés, ont mis fin à l'isolement hivernal de bien des villages. Certes, il reste encore beaucoup à faire, mais le réseau routier d'aujourd'hui, serpentant nonchalamment dans toutes les directions, est devenu le premier serviteur des cultivateurs.

Contributions Indirectes.
La première Recette d'Allaire a été créée en 1874, lors de la création des nouveaux impôts prélevés pour régler les indemnités et frais de la guerre de 1870. A la tête de ce bureau, un receveur chef. Il habitait à Allaire. Il lui était adjoint un commis-receveur. Dans chaque commune résidait un receveur buraliste.

Le premier receveur-chef fut M. Le Comte. Il resta titulaire de cette charge jusqu'en 1880.

A la fin du siècle, les recettes totalisées s'élevaient à 84.000 fr. par an. L'alcool seul rapportait 70.000 fr. La différence provenait des droits de circulation du vin et du cidre, des droits de timbres, licences, etc...

***

Le bourg s'améliora considérablement. On aménagea — non sans difficulté — une place autour de l'église. L'ancien cimetière entourait l'édifice et occupait plus de la moitié de la place actuelle. Lorsque la bascule publique fut installée, les ouvriers mirent à jour de nombreux ossements. Un mur en faisait le tour, bordé d'ormeaux et de pommiers étendant leurs ramures protectrices sur les vénérables tombeaux. Le 14 avril 1833, les pourparlers s'engagèrent entre le Conseil de Fabrique et la Commune. Les travaux ne furent réalisés qu'en 1889 et coûtèrent 3.087 fr., plus 540 journées d'hommes. Il fallut procéder au transfert de la terre mêlée d'ossements de l'ancien cimetière au « Puits-Dréan », nouveau « champ de repos », défilé macabre on s'en doute ! On laissa un terre-plein réduit autour de l'église, soutenu par un muret surmonté d'une grille. Quelques pierres tombales portant calice se voient encore au sud de l'église, près du porche dit « la Balay ». Sépultures d'anciens prêtres desservant la paroisse, entre autres celle de M. Hellard, premier curé doyen d'Allaire.

A cette époque, de larges fossés pleins d'eau sale et nauséabonde coulaient devant les maisons dans lesquelles on ne pénétrait, pour la plupart, qu'à l'aide d'un ponceau souvent instable et rudimentaire. Gare à la chute !

Si les anciens habitants du bourg revenaient sur terre, reconnaîtraient-ils leur ancien fief ?

(Georges Le Cler).

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