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LES CHAPELLES D'ALLAIRE

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LES CHAPELLES.

Soit qu'elles se dressent sur un tertre au milieu de landes fleuries de genêts, soit qu'elles se cachent parmi les pins gigantesques et orgueilleux, les chapelles de notre campagne gardent l'empreinte des générations qui se sont agenouillées là et qui y ont prié.

Humbles chapelle de chez nous, vous restez une leçon vivante à nos yeux. Les fastes antiques ? oubliés dans le sombre néant ! Malgré votre humilité, vous demeurez là, dressées vers le ciel, marquant la véritable Voie Royale.

La Chapelle de Sainte-Barbe.

La plus belle chapelle d'Allaire. Située au Nord de la paroisse, au bord de la route pittoresque conduisant au moulin de Quip, elle s'élève là, solitaire, entourée de bosquets de pins. Edifice vénérable, bien conservé. Nous devons ce joyau à Guillaume de Bogier, sieur du Vaudeguip.

Par une bulle datée du 27 décembre 1488, le pape accorda des indulgences spéciales aux personnes qui visiteront la chapelle le jour de sa dédicace. Déjà, le 14 avril 1485, l'évêque de Vannes avait donné l'autorisation au Seigneur du Vaudeguip de faire célébrer la messe en la chapelle « quam ipse cœpit facere et œdificare. » ... « que lui-même commença à faire et à édifier ».

La construction de la chapelle date donc de l'année 1484. Disons tout de suite que ce premier édifice du XVème siècle fut restauré en 1715. Je dis restauré ! Certains auteurs ont voulu voir là une reconstruction complète. Les archives du château du Vaudeguip antérieures à cette date décrivent la chapelle telle qu'elle est aujourd'hui. Elle subit d'importantes réparations intérieures et extérieures, mais le plan général et les principales ornementations furent respectés.

Les Seigneurs du Vaudeguip, fondateurs et prééminenciers de la chapelle Sainte-Barbe, avaient placé la statue de cette vierge martyre dans la chapelle. La reproduction de cette image se trouvait au-dessus du manteau de la cheminée de la salle principale du Vaudeguip. Dans un acte de 1665, Gabriel de Kervérien rappelle que la chapelle Sainte-Barbe fut construite sur la seigneurie du Vaudeguip, au bailliage de La Fosse. Cette chapelle est de pareille structure et de semblables matériaux que celle de St-Eutrope, que l'église d'Allaire et que la maison du Vaudeguip « bâties en même temps ». Document précieux, l'église d'Allaire fut donc reconstruite à la fin du XVème siècle.

Ce même papier nous décrit sommairement l'intérieur de la chapelle : « du côté de l'évangile, un petit banc à queue, deux bancs longs placés des deux côtés pour asseoir les officiers du Vaudeguip lors de la tenue des pleds. Ils ont été faits exprès ».

Rappelons que le roi avait accordé au seigneur du Vaudeguip en 1494, une foire qui se tenait le 13 septembre de chaque année près de la chapelle. La juridiction de la cour du Vaudeguip s'exerçait au village de Sainte-Barbe où se tenaient les plaids généraux, la veille de la dédicace de cette chapelle, le quatrième dimanche de septembre.

Jusqu'en 1663, la propriété de ce sanctuaire ne fut jamais mise en doute : elle relevait du Vaudeguip. A cette date, Jeanne Cybouault régnait à Deil. Elle contesta à Gabriel de Kervérien la possession de la chapelle. Sous quels prétextes ? Elle exhuma un vieux grimoire dans lequel il était dit que maître Pestelaud, secrétaire de la seigneurie du Vaujouan, avait été maltraité près de la chapelle, à l'assemblée du 24 septembre 1664 et qu'il se pourvut devant les juges de Deil et non devant ceux du Vaudeguip — preuve que la mouvance de cette chapelle appartient à la seigneurie de Deil. Mais la véritable raison de ce procès fut plus vraisemblablement la situation financière de Gabriel de Kervérien. Ruiné, celui-ci ne pouvait se défendre sans « espèces sonnantes et trébuchantes ».

Jeanne Cybouault bénéficiait d'appuis sérieux à la cour royale de Ploërmel ; le pauvre Kervérien se débattait au milieu de soucis de toutes sortes ! Le 4 février 1668, la cour de Ploérmel déclarait que « la propriété entière de la chapelle Sainte-Barbe appartiendrait à ladite dame de Deil, sans que le sieur de Kervérien y puisse faire tenir ses plaids généraux ». Victorieuse, Jeanne Cybouault fit apposer ses armes au-dessus du portail Ouest de la chapelle : écusson mi-partie de Pépin (son époux) et mi partie de Cybouault : « d'argent au chevron de sable, bordé de gueules, accompagné d'une merlette de sable au sommet (Cybouault), d'azur au chevron composé de 7 pièces d'argent et de sable accompagnées de 3 pommes de pin versées d'argent (Pépin) ». Je me suis souvent arrêté devant cette porte, contemplant avec une certaine mélancolie le sceau d'une expropriation si manifeste. Les mânes de Guillaume de Bogier durent en tressaillir de colère !

En 1836, un nouveau procès s'engagea entre la famille Héry, propriétaire de Deil, et la Fabrique, cette dernière revendiquant la possession de la chapelle. M. Héry présenta un relevé de la matrice cadastrale et un « état imprimé des dépendances de Deil au 21 octobre 1791 ». Les fabriciens répondirent que de tout temps ils ont administré cette chapelle et touché les offrandes que la dévotion venait y déposer.

Le Conseil d'arrondissement de Vannes estima qu'il y avait lieu d'autoriser la Fabrique d'Allaire à repousser toute attaque des héritiers Héry. Le 26 décembre 1836, Héry, débouté, écrivit à M. Hellard, curé-doyen. « Vous pourrez quand vous le voudrez faire prendre chez M. de Jausions à Redon les divers objets appartenant à la chapelle Sainte-Barbe. M. de Pont-Bellanger [Note : Michel de Pont-Bellanger, petit-fils de Louise Dubot du Grégo] et moi laissons pour servir à la restauration de cette chapelle, le bois que nous avons fait scier à Deil et au Vaudeguip ». Compensation des frais occasionnés à la Fabrique. Héry se montra là beau joueur.

***

La chapelle actuelle, de style ogival, mesure 16 m. sur 7 environ. Les portes, à petits voussoirs sculptés, sont entourées de moulures et bordées d'une archivolte terminée par un écusson. La richesse des matériaux l'emporte sur toutes les autres chapelles frairiennes.

Les murs intérieurs s'ornent d'écussons mutilés qu'un enduit mal approprié rend méconnaissables. Derrière l'autel, une peinture du début du dix-huitième siècle représente le miracle de saint Hubert. La statue de sainte Barbe s'accole au chevet de l'édifice. Une autre, celle de saint Cado, s'appuie au mur Nord. Elle provient de Saint-Gorgon.

La pièce la plus précieuse demeure le groupe statuaire : « La fuite en Egypte », sculpture en pierre du XVIIème siècle. Ce groupe a été classé par un arrêté du Ministre de l'Education Nationale en date du 14 juin 1955. Il se trouvait anciennement dans la Chapelle des Landes, aujourd'hui complètement ruinée. Saint Joseph porte le costume des gentilshommes du XVIème siècle.

Le sol, devant l'autel, est formé de dalles et de « palis » disposés en damier. Sa voûte, en bois, fut refaite en 1830 par « Bonami ».

Au chevet, une grande baie de style flamboyant, déverse à profusion une lumière chatoyante, tamisée par un magnifique vitrail représentant le martyre de sainte Barbe. Ce beau vitrail est l'oeuvre du maître verrier Bonneville, de Rieux. Il fut béni le 17 juillet 1953.

Que les bonnes volontés s'allient pour conserver intact ce pur joyau de l'époque François II ! Que sainte Barbe, vierge si populaire dans le Vannetais, nous protège du tonnerre, du feu et de la mort subite !

La Chapelle de Saint-Eutrope [Note : Saint Eutrope est invoqué contre la fièvre et l'hydropisie].

Contemporaine de celle de Sainte-Barbe, cette chapelle frairienne se dresse au centre du village du même nom, à l'extrémité Nord-Ouest de la paroisse. L'aspect en est un peu rébarbatif, peut-être du fait de sa situation moins poétique. De forme rectangulaire (21 m. sur 8 m.), elle garde l'empreinte du style ogival, sauf quelques fenêtres romanes. Un clocheton instable se dresse sur le milieu de l'édifice, façade Ouest. Au chevet, une fenêtre à cintre brisé. La porte ouest est ornée de deux figures (d'angelots ?) et d'un écusson uni.

L'intérieur, pauvrement décoré, appelle de sérieuses réparations. Nous y trouvons la statue « de Monsieur saint Eutrope », de saint Julien, patron des guerriers, en tenue de soldat romain, de saint Michel, patron de la frairie et de la Vierge. Ça et là, le long des murs au plâtre boursouflé, pendent lamentablement, hors de leurs cadres vétustes, les gravures de l'ancien chemin de croix de l'église paroissiale, apportées ici après 1867. Le Missel date de 1774 [Note : La nouvelle cloche fut bénite le 20 novembre 1949 par Monseigneur Le Bellec].

Pour vous rendre à la fontaine du « Héquan », située à trois cents mètres à l'ouest de la chapelle, vous traverserez les « Communs » de Saint Eutrope. La fontaine ? de bien pauvre allure ! Pour ne pas faire de jaloux, on y avait placé la statue de saint Isidore, patron des laboureurs. On y venait, au temps jadis, réciter des neuvaines pour demander la guérison des enflures. La niche est toujours là, mais vide. Dans les années sèches, cette fontaine suffit à ravitailler tout le village, preuve que saint Isidore n'oublie pas ses administrés.

Centre d'une frairie importante — le village fut longtemps très peuplé — la chapelle était desservie régulièrement par des prêtres célébrant mariages, baptêmes et enterrements. Le presbytère de Saint-Eutrope fut acheté par Jean-Pierre Pâris, trésorier de la Fabrique. Il dédommagea celle-ci en lui léguant au bourg une de ses maisons : les lois antireligieuses du début du siècle feront passer cette maison à la commune.

Sous l'Ancien Régime, se tenaient 3 foires et marchés alentour la chapelle. Le 30 avril (fête de saint Eutrope), le 20 août et le 20 octobre. Dépendance directe du Vaudeguip, le seigneur possédait droits de salles, bancs et étalages. Nous avons déjà parlé de la foire du 30 avril, anciennement très prospère... « les bons gâs d'Allé... ».

Aujourd'hui, blotties autour de leur chapelle, les maisons, — la plupart inhabitées — ressemblent à de vieilles personnes bien fatiguées qui se penchent sur leur passé. Cinq siècles ! La demeure de Monsieur Saint Eutrope est toujours là, puisse-t-elle y rester encore fort longtemps !

La Chapelle de Saint-Estienne.

Edifiée en l'an 1576 par Jean Barniquel, sieur de la Couture et prêtre de la paroisse, elle semble avoir été d'abord placée sous le vocable de Notre-Dame de la Patience dont la statue se trouve toujours à l'intérieur. L'édifice présente peu de valeur artistique. Seules les statues du XVIeme siècle, images populaires et naïves, ont attiré l'attention des Beaux-Arts : elles sont classées par la Direction des Monuments historiques. A l'intérieur, le banc-coffre de la famille Barniquel existe encore. En 1954, j'ai eu la bonne fortune de retrouver le Christ du XVIème siècle qui surmontait le tabernacle : remarquable de finesse, il est malheureusement bien mutilé. La croix s'enfonce dans un socle assez massif orné d'une tête de mort et d'un serpent : Jésus vainqueur de la mort et du péché !

Le missel date de 1774 — même année que celui de la chapelle Saint-Eutrope.

En 1813, la couverture fut refaite, le travail coûta 123 francs.

Pendant son vicariat à Allaire, M. Lagasse paya de ses deniers une nouvelle toiture, voulant ainsi témoigner sa dévotion à son saint patron, Etienne.

Anciennement on y célébrait les mariages, enterrements et baptêmes, comme le prouvent les actes d'Allaire. Missire Daniel Le Vaillant fit fondre une cloche en 1675. La cloche actuelle — Yvonne-Marie — date de 1821 et fut bénite par M. Hellard, curé doyen. Les parrains en étaient Yves Fouesnel, maire d'Allaire, et Jean-Pierre Paris, trésorier de la Fabrique ; la marraine, Marie Noury, épouse de Joseph Caillet. La maison presbytérale, vendue sous la Révolution, fut achetée par Jean Richard. Cette demeure s'élève au Nord de la chapelle.

A noter qu'il existe également à Saint-Méen une chapelle du Bois-Payen.

Bel exemple de fidélité : les habitants de la frairie mettent leur point d'honneur à entretenir leur chapelle. Certes, il reste encore bien des réparations à effectuer, mais nous pouvons faire confiance au dynamisme et à la bonne volonté des fidèles de Saint-Etienne.

Ajoutons qu'on y célèbre la messe le 26 décembre, jour du saint patron, et le lundi des Rogations.

La Chapelle de Saint-Marc.

La plus ancienne chapelle d'Allaire avec celle de Notre-Dame des Landes : elle est citée à la Réformation de 1427. Cette ancienneté se retrouve dans le style : le roman pur s'allie à l'ogive. Un clocheton bien timide surplombe la toiture au milieu du faîtage. Le cimetière, entouré d'une enceinte murée, existait encore au début du siècle. A remarquer la croix — nous en reparlerons plus loin.

Par qui fut-elle édifiée ? Dans une pièce de procédure du 26 novembre 1664, le seigneur du Vaudeguip soutint les droits des maîtres du Vaudeguip, fondateurs de cette chapelle. L'ancienneté de l'édifice réfute cette prétention : elle s'élevait au moins un siècle avant que Guillaume de Bogier père ne puisse la construire de ses deniers. La fondation serait l'œuvre de la famille de la Paulmeraye, propriétaire des terres de Loppo au XIVème siècle.

La toiture fut refaite en 1938.

Jusqu'à la Révolution, un prêtre y célébrait les offices religieux. Le desservant logeait à la Ville-Mahé.

Saint Marc, patron de la frairie, trône dans la chapelle avec, comme attribut, la tête de lion, symbole de cet évangéliste.

Votre attention sera attirée par un dessin assez grossier tracé sur la voûte de la chapelle. Renseignez-vous et l'on vous racontera la légende de « la mouche » — car il paraît que cette caricature énigmatique représente une mouche. Obligation fut faite, dans les anciens temps, par qui..., on ne le sait plus, d'organiser une procession chaque année le jour de la saint Marc, le 25 avril. Si l'on dérogeait à cette coutume pieuse, la colère céleste laisserait s'abattre sur Loppo des essaims innombrables de mouches qui anéantiraient les récoltes.

Vous souriez... eh bien, il n'y a pas encore trop de décades, la prophétie se réalisa : une grande mission appelait tous les paroissiens au bourg pour suivre les offices. Comme les cérémonies se déroulaient à l'église paroissiale, on supprima la procession du 25 avril, dédiée à saint Marc : on ne peut être partout, n'est-ce pas ! Que se passa-t il ? Saint Marc envoya des légions de « mouches » sur Loppo... tellement affamées... qu'elles ravagèrent toute la contrée. Ce fut une leçon et un avertissement. Pour ne pas oublier la consigne, un villageois dessina cette mouche que vous voyez.

En 1953, M. Thomas-Lacroix, archiviste départemental, repéra une statue en bois encastrée dans le mur. Il s'agissait d'une sculpture « la vierge à l'enfant », datant du XVème siècle. Cette belle œuvre a été classée par un arrêté du ministère de l'Education Nationale en 1955.

Centre religieux d'une frairie très étendue, on y célèbre la messe le deuxième dimanche de chaque mois. Quand le temps s'obstine à rester au beau fixe, c'est encore à saint Marc qu'on a recours pour obtenir une pluie bienfaisante et nécessaire à la culture.

Vraiment une belle chapelle que trop d'Allairiens, hélas, ignorent !

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Il nous reste à parler maintenant des chapelles disparues.

La Chapelle de Notre-Dame-des-Landes.

Elle a donné son nom à la ferme voisine. Située au sud de la paroisse, entre le bourg et Bocquéreux. elle n'est plus aujourd'hui qu'un souvenir. Construite au XIVème siècle, elle dépendait du prieuré Saint Melaine de Rieux [Note : Le prieuré Saint-Melaine était une succursale de la grande abbaye de Saint Gildas de Rhuis]. Comme celle de Loppo, nous la trouvons citée aux Réformations d'Allaire, de 1427 et de 1513.

Le répertoire archéologique de Rosenweig nous donne quelques renseignements sur la partie encore visible au XIXème siècle. La porte occidentale était à anse de panier, la fenêtre Est à cintre brisé, on y relevait des restes de meneaux. Dimensions : trois mètres sur six. Un cimetière l'entourait, nous remarquons encore une pierre tumulaire.

Complètement délabrée, les pierres servirent à la construction des bâtiments de ferme. « La fuite en Egypte », groupe statuaire actuellement à la Chapelle de Sainte-Barbe, provient de ce sanctuaire. Nous devons d'avoir gardé cette pièce de musée à une brave femme qui la cacha chez elle jusqu'à la restauration du culte. Après un court séjour à l'église paroissiale, « la fuite en Egypte » fut transportée à Sainte-Barbe.

Les anciens se rappellent avoir entendu leurs parents parler d'une statue de saint Joseph qui aurait orné la chapelle.

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Sur le bord de la Vilaine, le village de Bocquéreux possédait lui aussi une chapelle dédiée à saint Gildas [Note : Saint Gildas mourut à Houat en 570], saint breton, fils d'un roi de Grande-Bretagne. L'édifice n'existe plus depuis la Révolution : dans un accès de fureur, les bleus l'incendièrent une certaine nuit de 1794.

Cette frairie de Saint-Gildas dépendait de l'abbaye de Rieux dont le prieur prélevait une part des dunes sur les revenus. Nous savons peu de choses sur cet édifice sinon qu'il était rectangulaire et de dépendances fort considérables. Les biens de la chapelle, vendus nationalement avec ceux de La Porte, eurent plusieurs acquéreurs, dont Corroler, capitaine de gendarmerie à Vannes, et Pierre Le Clerc, de Bocquéreux. On y faisait les baptêmes, mariages et sépultures. Au milieu de l'emplacement du cimetière, une croix, bien étonnée d'être toujours là, seul vestige de l'ensemble religieux voué à ce grand saint breton, ardent apôtre et évangélisateur de la petite Bretagne.

***

Une autre chapelle s'élevait au bourg, à côté de la maison du sénéchal de La Forest Kerroland. Dédiée à saint Hilaire, elle a laissé son nom à la maison susnommée. En 1613, une assemblée se tenait aux alentours de cette chapelle. Elle disparut peu de temps après ; les matériaux servirent en partie à édifier la nouvelle église en 1675.

Elle se situait derrière le presbytère, au coin de la prairie de Madame Le Mauff.

L'Eglise de Saint-Gorgon.

La première église — disons chapelle — de Saint-Gorgon, date du XIème siècle. Elle est citée dans le cartulaire de Redon comme étant dédiée à Sen Koko dès 1080. Elle aurait été de style roman. Elle dépendait de l'abbaye de Redon (jusqu'en 1793), comme l'indique la charte 334 du cartulaire, mais elle était desservie par les prêtres d'Allaire depuis le XVIème ou XVIIème siècle. Il s'y trouvait un autel de saint Cado. Elle devint église paroissiale en 1802. Cette vieille chapelle fut considérablement agrandie en 1850 [Note : L'installation des stations du Chemin de Croix de l'église fut effectuée solennellement par M. Joubin, recteur de St-Gorgon, par permission spéciale de Mgr Jean de La Motte, évêque de Vannes (18 octobre 1839)]. Entourée du cimetière, elle conserve un air bien breton qui cadre d'ailleurs à merveille avec ce charmant petit bourg, gardien des vieilles coutumes du pays gallo.

A la sortie du bourg, ne manquez pas d'aller voir la fontaine Saint-Louis ; au creux d'une prairie, elle vous enchantera certainement. Notre bon roi porte couronne royale et manteau brodé de fleurs de lys. Les fidèles se réunissent autour de la fontaine pour la fête de ce saint : l'origine de cette antique assemblée se perd dans la nuit des temps. Si vous avez la bonne fortune d'assister à « la fête des coqs blancs » (c'est ainsi que l'on appelle cette réunion, le mot kermesse nous choquerait pour une pareille circonstance), laissez un moment les stands achalandés et descendez à la fontaine. Vous y verrez de bonnes vieilles se frotter consciencieusement oreilles et yeux avec l'eau de cette source pour demander au saint de leur rendre — ou de leur conserver — bonne ouïe et bonne vue et, croyez-moi, vous ferez comme elles. En tous les cas, vous garderez un souvenir impérissable de cette fête bien de chez nous, fleur délicieuse de notre terroir.

Le Presbytère.

Bien qu'il ne soit pas maison de culte, nous nous arrêterons maintenant au presbytère, résidence du clergé paroissial.

La première construction remonte à une origine très ancienne ; il fut fondé par les seigneurs de Rieux dans le but d'abriter les recteurs d'Allaire et leurs adjoints.

Le presbytère actuel date de 1675. Nous retrouvons le même style dans les portes d'entrée de l'église et du bâtiment curial. De nouvelles réparations eurent lieu en 1723 et en 1763. Après la Révolution — pendant laquelle il fut transformé en caserne et fut le siège d'une attaque nocturne, — M. Hellard, curé-doyen, réclama des réparations qui se virent refusées. Ce n'est qu'en 1840 que l'on entreprit, grâce à l'aide bénévole de nombreux habitants, de sérieuses restaurations qui atteignirent la somme coquette de 1.972 francs. Il est vrai que l'enclos du jardin de 570 mètres carrés coûtait à lui seul 1.100 francs.

En 1898, il fallut 230 charretées de pierres pour combler les douves longeant la route qui mène au bourg. En 1902, M. Le Cointre reçut la permission d'utiliser comme bon lui semblerait, les pierres sculptées provenant des ruines du Château de La Forest. Grâce à ce don désintéressé de Mme Perron, née Thomas-Cabot, le presbytère possède, au-dessus de l'escalier d'honneur, une magnifique archivolte de belle allure et admirablement bien conservée. Ce travail d'artiste, réclamant patience et habileté, fut exécuté sous la direction de M. Lorgeoux, vicaire à Allaire à cette époque.

D'autres pierres sculptées ornent les fenêtres du pignon ouest : elles aussi proviennent de La Forest pour la plupart, mais certaines agrémentaient autrefois le vieux manoir de la Paulmeraie.

Aujourd'hui, cette immense bâtisse réclame d'urgentes réparations et surtout des transformations qui la rendraient plus habitable. Ne quittons pas la maison curiale sans rappeler que l'on conserve toujours là — chose rare à notre époque où l'on a trop souvent la phobie du vieux — deux fours banaux dans lesquels les pauvres de la paroisse venaient faire cuire leur pain pour un droit de banalité souvent nul.

Toiture bosselée et moussue, murailles disjointes, ils menacent de tomber rapidement en ruines. Ce serait dommage.

Le Presbytère de Saint-Gorgon.

Le presbytère actuel ne date que de 1838. Il coûta 600 francs. Il est vrai que tous les matériaux furent fournis aux ouvriers.

L'ancienne maison curiale se situait au village de La Rivaudaie. Elle fut vendue l'an XII de la République à M. Kerviche, adjudicataire, qui recéda ses droits à M. d'Audiger, de Bel-Air. Celui-ci les rendit à la Fabrique.

(Georges Le Cler).

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