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LE CLERGÉ ET LES CHAPELLENIES D'ALLAIRE |
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LE CLERGÉ.
La liste de tous les prêtres ayant exercé leur ministère à Allaire occuperait à elle seule plusieurs chapitres. Nous nous bornerons à citer les recteurs et curés qui se succédèrent jusqu'à nos jours.
Avant la Révolution, comme partout en Bretagne, le recteur était le chef de la paroisse, le curé n'étant qu'un premier vicaire. La cure d'Allaire était autrefois à l'alternative : Rome et Vannes nommaient les titulaires de cette charge à tour de rôle.
Recteurs.
Le premier recteur connu de la paroisse fut Missire Jean Inistus, titulaire en 1460, également recteur de la paroisse de Languidic. Ensuite vinrent :
— Olivier Pret (1460-1480). Il résigna son bénéfice à Rome.
— Missire Gouro, recteur jusqu'en 1502.
— François Pastourel ne demeura pas longtemps titulaire de la cure. Il mourut quelques mois après sa nomination.
— François de Bogier, fils de Guillaume de Bogier, l'aîné, sieur du Vaudeguip, lui succéda en 1502. Le cardinal Laurent Pucci, évêque de Vannes, se réserva les revenus des bénéfices de la cure d'Allaire jusqu'à sa mort en 1531.
Pendant cette période, René du Breill exerça la charge de recteur d'Allaire. De 1531 à 1542, René de Piédufou devint recteur, mais résigna en faveur de son prédécesseur, René du Breill.
— 1577 : Missire Mouraud, resta un an.
— 1578 à 1592 : Louis Heurtel, prêtre de Bains.
— 1592-1605 : François Nyol, natif d'Auray, pourvu à Rome le 28 mars 1592. Il prit possession de sa charge le 10 avril 1593.
— 1606-1632 : Julien Pavin, maître es-arts, pourvu à Rome le 1er mars 1606, prit possession le 24 juin 1607. Il ne venait que rarement à Allaire ; il séjournait à Brain, paroisse dont il avait été nommé recteur grâce à l'abbé de Redon.
1633 : Pierre du Ranceau, chanoine de Vannes, nommé par l'évêque le 22 février 1633 — déjà recteur de Limerzel. Il permuta immédiatement avec Alain de Kermeno pour la paroisse de Plouhinec.
— 1633-1638 : Alain de Kermeno, chanoine. « Monseigneur l'illustrissisme evesque de Vennes : Sébastien de Rosmadec, fit nommer noble et discret Alain de Kermeno, recteur d'Alair », syndic de l'assemblée du diocèse de Vannes le 23 octobre 1636. Il mourut en décembre 1638.
— 1639-1641 : François Bonnier, seigneur des Grées et conseiller au Parlement de Bretagne.
— 1641-1652 : Gabriel de Boylesve, sieur de Malnoue, abbé de Saint-Aubin-des-Bois. Devint évêque d'Avranches.
— 1652-1660 : Jérôme de Racinoux, propriétaire de Brandéhal. Il résigna son bénéfice pour devenir chanoine Scholastique de Rennes.
— 1662-1680 : Daniel Le Vaillant, bachelier en théologie, recteur de Cruguel et de Bilio. Il fit construire l'église paroissiale et le presbytère.
— 1680-1719 : Julien René du Bouëxic, fils du seigneur de la Rochejouardaye. Il mourut le 29 août 1719, à 63 ans, et fut enterré au cimetière paroissial.
— 1719-1723 : Pierre Bouezo, seigneur du Rongouet, pourvu à Rome, résigna en 1723 pour devenir recteur de Guidel.
— 1723-1747 : Joseph Gilles Moro de la Villeder, recteur d'Elven, enterré le 28 juillet au cimetière.
— 1747-1765 : Noël Davy, recteur de Malestroit et de Missiriac, fut enterré le 19 avril 1765 au cimetière des Lices à Vannes. Etait syndic du clergé du diocèse de Vannes.
— 1765-1775 : René-André Botte, recteur d'Inzinzac.
— 1775-1792 : Charles-François, Pierre Baston, ancien recteur de Caden. Il se cacha plusieurs mois dans le bourg au début de la Terreur et disparut en 1793, ayant refusé le serment à la Constitution Civile du Clergé. Il se réfugia à Saint-Jacques de Compostelle en Espagne. A son retour, il demanda à reprendre sa charge, appuyé par le Conseil municipal. L'évêché lui préféra M. Hellard.
Curés.
1802. — Le premier curé-doyen d'Allaire fut l'abbé François Hellard, natif du village de la Barre-Hélo en Caden. Recteur de Béganne à la Révolution, il n'émigra, semble-t-il, que très peu de temps. Il resta curé d'Allaire jusqu'à sa mort en 1839 ; il avait 89 ans. Sa pierre tumulaire se voit encore dans l'enclos de l'ancien cimetière, autour de l'église, face à « La Balay ».
Il eut comme vicaires : 1) Laurent Le Guével, natif de Rieux, homme décidé qui se camoufla à Allaire durant toute la Révolution pendant laquelle il continua d'exercer un ministère très actif malgré les dangers encourus. 2) L'abbé Yves-Marie Cozic, brutalement fauché en pleine jeunesse à l'âge de 30 ans. Sa pierre tumulaire voisine avec celle de M. Hellard, devant le chapitret.
1839-1874. — Joseph Le Cointre, fils d'un cordonnier tenant échoppe au village de La Née en Saint-Gorgon. C'est lui qui apporta la statue de saint Cado à la chapelle Sainte-Barbe. A défaut de moyens de communications faciles il utilisait, pour ses randonnées apostoliques, un cheval blanc : « le choâ du recteur », disait-on. Doué d'une force herculéenne, il n'hésitait pas à employer les arguments frappants. Il fit la guerre aux suppôts d'auberge et en corrigea plusieurs d'une façon magistrale. L'abbé Merlet a recueilli les confidences de quelques vieilles personnes qui se souvenaient avoir reçu dans leur jeunesse quelques « râclées » bien méritées : la bolée aidant, les quolibets fusaient au passage du bon curé qui y mettait fin promptement. On le craignait, mais il était cependant très aimé parce que charitable et bon pour les malheureux. C'est lui qui entreprit la construction de l'église paroissiale.
1874-1898. — Julien Géhanno, ancien vicaire d'Allaire. Il fut professeur au petit séminaire de Sainte-Anne. Il se retira à la communauté des Religieuses de Saint-Jacut où il mourut, mais il fut inhumé au cimetière d'Allaire où la générosité des paroissiens lui éleva un mausolée.
1898-1915. — Jean-Marie Le Cointre, natif de Comenan, ancien village de Saint-Jean la-Poterie, cité dans le Cartulaire de Redon, comme existant en 833. Il fut professeur au petit séminaire de Ploërmel.
1915-1937. — Louis Le Large, natif de Radenac, neveu de Dom Dominique, ex-abbé général de la Trappe. Il est enterré à Saint-Jacut.
1937-1947. — Monsieur le Chanoine Lamour, né à Réguiny.
Pendant son ministère à Allaire, il pourvut l'église du magnifique maître-autel que nous admirons aujourd'hui. Il devint vicaire général du diocèse.
Depuis 1947, la paroisse d'Allaire est dirigée par M. le chanoine Dréano, né à Radenac. M. Dréano s'est astreint à moderniser la paroisse. Il fit construire une salle de patronage en 1948. Il pourvut l'église et la chapelle Saint-Eutrope de nouvelles cloches.
1953 : Installation d'un vitrail à la chapelle Sainte-Barbe.
1955 : Electrification des cloches.
Cependant son oeuvre maîtresse restera le monument de Brancheleux à la construction duquel il mit toute sa foi et son goût artistique.
***
L'église de Saint-Gorgon fut desservie, bien avant la Révolution, par des prêtres d'Allaire, délégués à cette trêve. Nous citerons entre autres : Pierre Voisin, de Chez-Méhaud, qui exerça son ministère de 1688 à 1725 ; Mathurin Bloyet, son successeur, restera seulement trois ans à Saint-Gorgon. Le dernier recteur avant la Révolution fut René Hémery, natif de la Ville-Mahé en Allaire. Il donna beaucoup d'inqniétudes aux « bleus » à la barbe desquels il exerçait son ministère. En 1802, il devint recteur titulaire de la paroisse de Saint-Gorgon. En 1806, il se vit nommer à Saint Gravé, puis à la paroisse des Fougerêts en 1820. Il se retira dans sa maison natale où il mourut l'an de grâce 1831, vieux patriarche entouré de l'affection unanime de toute la paroisse qui lui fit des obsèques grandioses.
Les Chapellenies.
Une chapellenie est un bénéfice sans charge d'âmes d'origine très ancienne. Pour s'assurer des messes à certains jours de la semaine ou du mois, les fondateurs d'une chapellenie dressaient un acte devant notaire, indiquant les charges et dotation du bénéfice, ainsi que les conditions à remplir. Ces personnes pieuses prélevaient ainsi une part importante de leur fortune pour s'assurer, après leur mort, un nombre régulier de prières. Ces fondations permettaient à de jeunes ecclésiastiques sans grands revenus, de posséder ainsi un minimum vital.
Nous comptons 16 chapellenies s'échelonnant de 1482 à 1668. Je n'en citerai que quelques-unes.
La chapellenie de la Paulmeraye fut fondée en 1482 par Guillaume de la Paulmeraye. L'acte de fondation mérite d'être cité en partie : « Sachent tous que, en nostre cour de Ryeux à Peillac, devant nous, a comparu et s'est présenté vénérable et discret missire Guillaume de la Paulmeraye, chapellain et aumosnier du Duc notre Suzerain... lequel confesse de son bon gré, sans aucune malle induction, cognoit et confesse... avoir ordonné en dotation... ».
Par cet acte, nous voyons que Guillaume de la Paulmeraye était aumônier du Duc de Bretagne, François II.
Cette chapellenie, dotée de 13 livres de rente annuelle sur la terre de la Paulmeraye, se desservait d'une messe par semaine à l'église paroissiale. Elle s'enrichit en 1679 d'une rente de 24 sols monnaies sur une pièce de terre labourable située à La Borde, en Rieux.
La chapellenie de La Forest-Kerroland, instituée le 21 novembre 1504 par Jean Le Roux, prêtre d'Allaire, qui en réserva la présentation au sire de La Forest, d'où son nom. Cette chapellenie sera régulièrement desservie jusqu'en 1790 d'une messe basse par semaine au grand autel de l'église.
La chapellenie du Vaudeguip, fondée par Guillaume de Bogier qui la dota d'une maison au bourg avec jardin de 10 cordes, du tiers de la dîme sur une tenue de la frairie de Loppo. Une messe basse par semaine à l'église paroissiale. La chapellenie des Thébaud, date du 16 août 1541, établie par les prêtres Yves et Jean Thébaud, dotée d'une maison au bourg avec jardin d'un demi-journal. Deux messes basses par semaine à l'église paroissiale.
Citons encore la chapellenie de Deil, la chapellenie des Marquier, fondée par le prêtre Pierre Marquier dans un testament en date du 22 juin 1603.
Quelques-unes de ces chapellenies étaient d'ailleurs taxées par le Comte de Rieux. C'est ainsi que la chapellenie de Saint-Jacques devait 7 livres au sire de Rieux. La chapellenie de Calléon, également desservie dans l'église d'Allaire, 16 sols seulement. Le pauvre recteur d'Allaire devait lui aussi son obole au suzerain : 20 livres.
Toutes ces chapellenies témoignent de la piété de nos ancêtres qui n'hésitaient pas à grever leur patrimoine pour s'assurer longtemps après décès, les prières utiles à leur salut... ou à celui des autres.
Fondation d'une Mission.
Le 13 mars 1753, une humble paysanne du village de Legré (frairie de Sainte-Barbe), Françoise Rivière, fit un legs instituant la fondation d'une mission qui aurait lieu tous les dix ans. L'acte fut déposé chez Maître Le Mauff, notaire royal et apostolique de Questembert.
Cette « femme de labeur, craignant d'être surprise par la mort sans avoir
manifesté ses dernières volontés sur lesquelles elle médite depuis longtemps,
nous a prié de rapporter ce qui suit :
— Comme la testatrice voit depuis
longtemps les progrès que font dans les campagnes les missions qu'on y donne,
désirant procurer à ses compatriotes ce secours aussi salutaire, déclare fonder
à perpétuité une mission dans l'église d'Allaire, laquelle sera au moins de 15
jours de durée, sans en pouvoir abréger le temps, mais bien le prolonger si le
bien public et le salut des âmes l'exigent. ». Elle demande à « messieurs les
recteurs et prêtres de la paroisse d'Allaire d'être attentifs à veiller
exactement à l'exécution du présent et de le favoriser autant que leur zèle et
leur charité le leur inspireront ».
Cette brave femme pensait à tout. S'il se trouvait des empêchements imprévus, la mission se fera le plus vite possible, selon les économies et possibilités du recteur, curé et prêtres. Elle décréta que la première mission aurait lieu en 1761, et elle versa immédiatement un capital de 594 livres, somme non négligeable en cette moitié du XVIIème siècle.
En retour, elle réclame quelques faveurs — ce qui est bien naturel et dans la logique des choses. — Au commencement de chaque exercice, elle demande à être recommandée aux prières des fidèles. « surtout les jours de communion » et de plus, qu'il soit fait un service solennel pour le repos de son âme et de celle de ses parents et amis, le lundi de la deuxième semaine de la mission.
Une autre fondation, contemporaine de cette dernière, mérite d'être signalée : la fondation de la Noë-Blanche, du nom d'une vieille métairie située au Nord-Est de Trouhesnel, derrière le moulin de la Perrière. Les Noël qui la possédaient, la dotèrent d'une rente annuelle de 40 sous tournois... pour avoir les Saintes-Huiles.
Ces deux fondations seront supprimées à la Révolution.
(Georges Le Cler).
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