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LES CROIX OU CALVAIRES D'ALLAIRE |
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LES CROIX.
« Voilà le souvenir, et voilà l'espérance ».
LAMARTINE.
Plusieurs croix, témoins de la piété des villageois d'Allaire, ont été érigées ça et là sur le territoire de la paroisse. Simples croix de carrefours ou de chemins, elles n'ont pas toutes la beauté et la richesse des croix et calvaires bas-bretons, mais quelques-unes n'en sont pas moins intéressantes au double point de vue de leur « histoire » et de leurs ornementations. On en compte 21 dans la paroisse d'Allaire, y compris le calvaire du bourg.
Depuis un an, le monument de Brancheleux s'est imposé comme centre de pèlerinage marial de l'extrême-est Vannetais : nous en reparlerons plus loin. Derrière le dolmen-autel édifié au pied du monument, une croix. Jusqu'à l'année dernière, elle s'élevait au bord de la route. On l'a quelque peu déplacée pour entrer dans le cadre du monument. Elle fut érigée en 1891 par les soins de M. Paul de Forges, maire de la commune, propriétaire du Plessix Rivaud. Le socle, élégant et d'un modèle assez curieux, est formé de deux parties superposées dont la plus élevée, sorte de cône taillé en facettes longitudinales, supporte la croix. Il n'y a là aucun intérêt archéologique. Au début du 20ème siècle, un auteur écrivait que « du pied de cette croix on apercevait l'un des spectacles les plus ravissants que l'on puisse voir en Bretagne ». Que dirait-il aujourd'hui s'il montait au chemin de ronde du monument ?
LA CROIX TORLAY. — Le 15 août 1903, la procession du vœu de Louis XIII, au lieu de se rendre au calvaire comme à l'accoutumée, se dirigea vers le sud-est du bourg, à l'intersection de la route d'Allaire à Rieux et du chemin de la Maladrerie. Là, M. l'abbé Le Cointre, curé-doyen, procéda à la bénédiction d'une nouvelle croix érigée à cet endroit grâce à la générosité d'un enfant du pays, Julien-Marie Torlay, en religion Frère Longin.
Jean-Marie Torlay naquit le 14 mars 1855 au bourg d'Allaire, dans la maison du Pâtis Saint-Hilaire, ancienne demeure du sénéchal de la Forêt Kerroland. Il passa là ses premières années, puis alla aider son père à exploiter leur autre ferme du Perret, sur les bords de la Vilaine.
D'une grande piété, il fut encouragé par l'abbé Geffroy, vicaire, à répondre à l'appel de Dieu. Il résolut d'entrer chez les frères de Ploërmel : il avait 17 ans. Ses grandes qualités le firent vite appeler par ses supérieurs au poste de maître des novices. En 1903, chassé par les persécutions contre les congrégations religieuses, il dut partir pour le Canada avec un grand nombre d'autres Frères. En 1914, il fut nommé directeur de la maison provinciale de Montréal. Il mourut là-bas le 20 avril 1918, à l'âge de 63 ans.
Avant de quitter son pays natal, il voulut laisser à ses compatriotes une croix qui serait pour eux à la fois un souvenir et un encouragement continuel. Cette croix, sortie des carrières de Saint-Servant (L'Hospital-Robin), a été taillée par Bouton, maître carrier. Sur le socle, on pouvait y lire : « Mon Jésus, Miséricorde - 1903 ». Au centre de la croix, un cœur stylisé sculpté dans la pierre porte les lettres : J. H. S. Ces inscriptions sont difficilement lisibles aujourd'hui. La hauteur totale du monument dépasse 2 mètres 50.
Tant par les circonstances qui l'ont fait ériger que par son aspect imposant, cette croix doit rester chère au cœur de tous les Allairiens.
LES CROIX OU CALVAIRE DU BOURG. — Le calvaire d'Allaire se dresse sur le bord de la route d'Allaire à Redon, entrée Est du bourg. Il fut inauguré en 1806 par M. l'abbé Hellard. Son style est de la plus mauvaise époque. Il ressemble à tous les calvaires des paroisses voisines. Ils ont tous été érigés d'ailleurs par la même équipe d'ouvriers qui allaient de paroisse en paroisse édifier ces monuments que la piété des fidèles réclamait en réparation des injures faites à Dieu pendant la Révolution. De dimensions massives, surmonté aux encoignures de pinacles terminés par des pierres grossièrement taillées en boule, il ne produit pas bel effet.
La dernière mission d'Allaire en 1954 donna l'occasion de restaurer ce monument dont l'entretien s'avère très onéreux.
La plus belle croix de la paroisse s'élève à l'entrée de l'église, près du chapitret appelé « La Balay ». C'est la traditionnelle croix de procession morbihannaise du début du XVIème siècle. Elle porte en avant un christ sculpté et en arrière la Sainte Vierge tenant l'Enfant Jésus dans ses bras ; au pied de la colonne, une Madeleine quelconque. Cette croix est à rapprocher de celle qui se trouve aujourd'hui dans le cimetière. Cette dernière s'élevait auparavant dans l'ancien cimetière qui entourait l'église, elle fut transportée au Puits-Dréan. On en profita pour la restaurer. Les sculptures rappellent celles de l'autre croix (toutes les deux sont de la même époque), mais la colonne, d'une longueur démesurée, ne cadre pas avec la grandeur des personnages.
LA CROIX PAYEN. — Située à l'entrée Nord du bourg, à l'intersection des routes d'Allaire à Peillac et d'Allaire aux marais de Tresnan.
Cette simple croix de cimetière en a remplacé une autre qui s'élevait là jusque 1907-1908. Cette ancienne croix était une des plus belles de la région : en granit, avec christ sculpté et une Piéta ; mutilée sous la Révolution, elle fut insuffisamment restaurée et tomba en ruines au début de ce siècle. On la remplaça par la croix actuelle, elle-même réparée en 1931. Son nom garde le souvenir des Payen, fondateurs du manoir de la Payennaie, aujourd'hui La Poinaie.
LA CROIX DE BOIS : appelée assez communément la croix de la Gousselaie. Elle se dresse au bord de la route de Peillac, face au chemin vicinal qui conduit à Logeraie et à Lionnaie. Elle aussi a été entièrement refaite en 1903 et bénite le 19 mai de cette même année, jour de la procession des Rogations se dirigeant vers la chapelle Sainte-Barbe, par M. l'abbé Le Cointre. C'est une croix ordinaire de cimetière, ressemblant à sa voisine la Croix-Payen. En 1935, elle fut en partie réédifiée.
LA CROIX DE LA HILLIAIE actuelle date de 1904. Elle fut taillée dans les carrières de Questembert et bénite le lundi des Rogations par M. Le Cointre. Cette croix en a remplacé une autre beaucoup plus ancienne. Elle s'élève au croisement de la Voie Romaine Angers-Vannes par Rieux et de la route d'Allaire, face à la prairie de Léhéro, emplacement du temple gallo-romain. Certains auteurs affirment que la première croix de la Hilliaie aurait été érigée sur une borne milliaire. Il n'y a là rien de certain, mais c'est possible.
Sur la même route, ancienne voie romaine, face au chemin de Saint Eutrope, LA CROIX PERRAULT que l'on dit avoir été dressée elle aussi sur une borne milliaire. Cette croix rappelle le souvenir d'un riche propriétaire de Saint-Eutrope, Perrault (ou Perrot) Trousson, qui possédait plusieurs domaines dans cette frairie au XVème siècle. Nous avons là une fort jolie croix de procession avec un christ sculpté.
Ne quittons pas Saint-Eutrope sans citer la croix située près de la chapelle du même nom, contemporaine de cette construction du XVème siècle. Elle a été restaurée tout dernièrement. Dans la même frairie nous trouvons une autre croix au bord du chemin Ouest qui pénètre dans le village du Sourd. Elle a été entièrement refaite en 1903, sauf la base, grâce à l'initiative de M. Le Cointre et à la générosité des habitants du village. La bénédiction eut lieu le 30 avril.
LA CROIX DES BARRES. — A l'Ouest du bourg, au bord de la route nationale de Redon à Vannes. Croix très ancienne, sans Christ. L'histoire de ce monument est incertaine. Depuis quand se trouve-t-elle là ? Au moins depuis la fin du XVIIIème siècle ou le début du XIXème. Est-elle liée à l'assassinat qui eut lieu pendant la Révolution « sur la grand'route de Redon-Vannes, près la métairie de Lallié » ? Certes, elle est de beaucoup plus vieille ; elle devait s'élever à une autre place, peut- être pas très éloignée de l'emplacement actuel. Il est probable qu'à la fin de la Tourmente, on la transporta à l'endroit précis où Lambert et Danto trouvèrent la mort. Au début de ce siècle, au cours d'une nuit, des sectaires impies ne trouvèrent rien de mieux que de venir abattre ce monument, immédiatement restauré.
Citons encore LA CROIX DES ARRHES, ou CROIX DU CLOS, la plus ancienne de la paroisse : elle date du XIème siècle. Elle s'élève au bord de la route de Deil, près du Chemin Redonnais.
LA CROIX DE LOPPO, à l'autre extrémité de la commune ; finement sculptée, elle se dresse sur le mur de l'ancien cimetière entourant la chapelle Saint-Marc ; du XIVème siècle également.
Non loin de là, la CROIX DU PONT-QUINET, érigée en 1900 par les soins de M. Josso, conseiller municipal.
Près de l'étang de Quip, sur la chaussée, une autre croix très ancienne, restaurée une première fois en 1801, s'élève dans un des plus beaux sites de la paroisse.
Et il y en a bien d'autres… croix du Haut-David, croix des Dréans, de Bocquéreux, de Ker Fouesnel. N'oublions pas Bellecroix, appelée croix de la Buvette : en ruines ; elle fut démolie par les briseurs de monuments pieux à la Révolution : deux restaurations, en 1848 et en 1906, n'ont pu la sauver.
La statue de sainte Anne.
Une statue de la patronne de la Bretagne a été élevée en 1896, au bord de la route d'Allaire à la Brousse, dans une prairie de l'ancienne métairie de Keranna, dépendant jadis du grand domaine de Kerneven. Cette propriété faisait anciennement partie de la grande forêt de Rieux qui s'étendait jusqu'aux villages du Breuil et des Petites-Forêts. La prairie dans laquelle se situe la statue est traversée par la voie romaine Angers-Vannes. On la distingue à une nette élévation du sol coupant la prairie transversalement.
La statue fut édifiée par le docteur Ménager de Nantes, propriétaire de ces terres. Artistiquement sculptée dans les ateliers de Maître Ferrand, de Nantes également, cette statue est la réplique de celle qui s'élève sur les bords de la Loire. Sainte Anne tend le bras droit en un geste protecteur, à côté, la Sainte Vierge, les mains jointes, s'associe au geste de sa mère par une prière fervente. Au pied, les armes de la Bretagne et celles de la ville de Nantes [Note : Les plus anciennes armes de Nantes remontent au tout début du XVIème siècle. Elles comprennent une nef flottante, sur mer, voile d'argent enrichie d'hermines. L'écu est surmonté d'une couronne comtale et entouré d'une cordelière. Sous la Restauration, la devise fut changée : Favet Neptunus eunti : Neptune favorise son voyage], avec leurs devises respectives : « Potius mort quam fœdari » (plutôt la mort que la souillure) et « oculi omnium in te sperant, Domine » (les yeux de tous se tournent vers vous, Seigneur, dans l'attente).
Le Docteur Ménager, père de 14 enfants, partit pour le Canada où il alla faire de... l'agriculture. Il fit don verbalement à la Fabrique de la statue ainsi que de la portion de prairie qui l'entoure.
Malheureusement cette statue eut à subir les insultes de quelques dévoyés. Dans la nuit du 9 février 1908, des malfaiteurs s'y attaquèrent : le bras de sainte Anne fut cassé et la tête de la Sainte Vierge rompue par le cou. La gendarmerie, mise au courant, fit une enquête qui ne donna officiellement aucun résultat : on craignait encore la réaction jacobine. Cependant les saboteurs étaient connus et la tradition raconte que la justice divine les punit par où ils avaient fauté. De tels faits étaient monnaie courante dans ces années tragiques de 1905 à 1908.
(Georges Le Cler).
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