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ALLAIRE DURANT LA RÉVOLUTION

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LA RÉVOLUTION.

« Vous avez tort de vous réjouir, il arrivera de ceci de grands désastres à la France ». Mme de MONTMORIN - 4 mai 1789.

Qu'un mécontentement général ait soulevé le peuple en 1789, nul ne saurait s'en étonner. Les gens du tiers-état, en campagne comme en ville, se voyaient réduits à une misère sans issue. Les mauvaises années pré-révolutionnaires avaient amené une famine générale. Les paysans ne pouvaient plus s'acquitter des impositions réclamées par les agents subalternes, hommes souvent véreux, âpres et cupides. Les nobles encore aisés avaient délaissé leurs manoirs et résidaient en ville, les autres, noblaillons campagnards étaient eux-mêmes dans une situation déplorable. Partout l'injustice ! Il faut un minimum de bien-être pour pratiquer la vertu, dit-on. En cette veille de Révolution, les paysans, aigris, réclameront justice et égalité de droits. On ne peut leur en vouloir. Ils seront vite dépassés par les événements et finalement fourniront les premières victimes.

Dès que Louis XVI décida la convocation des Etats Généraux, il fut demandé à chaque paroisse de rédiger un « cahier de remontrances ». Pleins de réclamations, quelquefois trop vagues, ils font apparaître surtout le désir de ne pas payer d'impôt ou d'en payer le moins possible.

« Le cahier de remontrances du tiers-état de la paroisse d'Allaire » fut rédigé les 24 janvier et 16 mars 1789. On y trouve les réclamations générales du tiers-état : Guerre à l'injustice fiscale ! Article I : « Que les Etats Généraux déterminent la nature et la durée des impôts et que leurs assemblées se réunissent à deux périodes fixes ». L'article 2 demande que la répartition de ces impôts soit faite par une commission. Que les francs-fiefs, fouages et autres impositions soient abolis, ainsi que la contribution aux corvées, milices et casernements.

Outrés de la tracasserie administrative des fermiers généraux et des tarifs trop obscurs, les réclamants exigent « un tarif clair et précis pour le contrôle ». L'article 8 pose le principe de l'égalité : « Que les gens du tiers soient admis à parvenir à toutes charges ou dignités ecclésiastiques, civiles ou militaires ». Article 11 : « Que la mendicité soit abolie, qu'il soit défendu sous peine corporelle à tout mendiant de sortir de sa paroisse et que dans chacune soit établi un bureau de charité à l'effet de pourvoir à la subsistance des malheureux ».

En somme, le cahier d'Allaire ne contient que des réclamations justes et raisonnables. Les « remontrances » sont énoncées fermement, mais sans haine.

Le 4 avril 1789, Laurent Dayot, sénéchal du Comté de Rieux, ayant pour adjoint Me François-Joseph Lanoë, convoqua « au lieu ordinaire des délibérations » les représentants des 7 frairies de la paroisse. Il s'agissait de parapher le cahier de doléances et surtout d'élire les députés qui se rendront à Ploërmel pour désigner les membres à envoyer à Paris. Voici quelques noms : Pierre Le Villoux, Joseph Lebeau, Joseph Trémoureux, Joachim Juhel, Joseph Lucas, Jean Paris, etc...

« La pluralité des suffrages s'est réunie en faveur de Jean Voisin, Pierre Amouroux et Julien Mouraud qui ont accepté la dite commission et promis de s'en acquitter fidèlement... Les dits habitants leur ont donné tous pouvoirs requis et nécessaires à l'effet de les représenter à leur assemblée pour toutes les opérations prescrites par M. le Sénéchal, comme aussi de pouvoirs généraux et suffisants de proposer, remontrer, aviser et consentir tout ce qui peut concerner les besoins de l'état, la réforme des abus, l'établissement d'un ordre fixe et durable dans toutes les parties de l'administration pour la prospérité générale du Royaume et le bien de tous et chacuns des sujets de sa majesté ».

L'assemblée de Ploërmel se tenait 3 jours après cette délibération, soit le 7 avril 1789.

Emportés par le galop de leurs chevaux, nos 3 députés se doutaient-ils de la période d'anarchie qu'ils allaient inaugurer ?

***

Les événements se précipitent. Le 28 février 1790, la ville de Rochefort est choisie comme centre d'un district comprenant 30 paroisses. Quelques semaines auparavant, en application d'un décret du 22 décembre 1789, il fut procédé dans chaque paroisse à l'élection d'une assemblée communale, ancêtre de notre conseil municipal actuel.

Furent élus :
1. Jean Voisin, maire, de Chez-Méhaud ;
2. Jacques Gauthier, dit Bily, couvreur, du Vaubily ;
3. Aimé Héry, fermier général de Deil ;
4. Guillaume Bloyet, buraliste, bourg ;
5. Joseph Noël, de Trouhesnel ;
6. Laurent Mahé, de Peudu ;
7. Jean Rivière, de Brelan ;
8. Le Lièvre ;
9. Chédalleux, officier public à Saint-Gorgon.

Les personnages les plus marquants de ce conseil sont Jean Voisin, homme instruit et « de bonne famille » disent les archives, et Jacques Gauthier, caractère décidé et homme d'action.

Jusqu'ici, rien de grave. Réformes administratives sans trop de conséquences. Le peuple s'étonne un peu des échauffourées parisiennes. Il faudra la proclamation de la Constitution Civile du clergé en novembre 1791 pour mettre le feu aux poudres. Si la religion elle-même — considérée au point de vue temporelle — avait besoin de réformes, les gens de l'Ouest étaient très attachés à leurs prêtres, hommes du peuple, proches d'eux. On le verra lorsque traqués, les ecclésiastiques trouveront asile sûr dans tous les villages de la paroisse. A Allaire on ne cite pas un cas de dénonciation venant du peuple.

En février 1793, le 6 exactement, Laurent Dayot, sénéchal de Rieux et procureur fiscal de Saint-Gorgon et du Vaudepierre, est élu procureur-syndic du Directoire de Rochefort. Il semble avoir été au fond un ennemi du nouveau régime.

Le 25 février de la même année, la Convention décrète la levée de 300.000 conscrits : mesure très impopulaire. Allaire fournit peu de volontaires. On ne trouve la trace que d'un seul : Mathurin Gimard (probablement Guimard) « natif d'Aller, volontaire de la réquisition du Morbihan ». Cette conscription achève de soulever le peuple. L'effervescence croît d'une façon si inquiétante que les municipalités s'en émeuvent. Le 16 mars, une troupe de chouans, évaluée à 8.000, organise une attaque contre le chef lieu du district : Rochefort. Ces hommes venaient de Muzillac, Questembert, Allaire, La Gacilly et même de Rochefort. En passant, messe à Malansac. Rochefort fut pris, mais ce soulèvement imparfaitement mis au point, ne restera maître de la ville que peu de jours.

Le 26 mars, nouvelle attaque aussi sérieuse à Aucfer où les Chouans s'étaient cachés dans les rochers après avoir détruit les bateaux servant au passage. Le général Beysser détourne les positions ennemies et réussit non sans mal à disperser la bande. Le tocsin résonnant lugubrement à Allaire, Rieux et Saint-Jean-des-Marais, l'incendie dévorant deux maisons achevèrent d'éparpiller les Chouans. Dans son rapport, Beysser n'oublie pas de faire savoir qu'il a eu « l'avantage de faire ces deux expéditions sous les yeux des commissaires de la Convention Nationale » (Billault-Varennes et Sevestre).

L'alerte a été chaude. Pour prévenir un nouveau rassemblement, Beysser et Billault-Varennes appellent un bataillon de Volontaires de Seine-et-Marne : on ne fait pas confiance aux gens du pays. Allaire devra loger 150 hommes au presbytère et payer une indemnité de 7.600 livres pour participer aux dédommagements réclamés par « les patriotes » de Rochefort. Le Batteux, commissaire du directoire de Redon, vole au secours du district menacé et commence la pacification en faisant piller et incendier le manoir de la Sauldraye. Il fera main basse sur les richesses volées qui prendront la direction de son « auberge de la Tête Noire » dans la grande rue de Redon.

Les prêtres non jureurs, pourchassés par la troupe, n'ont d'autres issues que de fuir ou de se cacher dans les villages. M. Baston, recteur d'Allaire, doit s'échapper dans l'été 1793 et passera en Espagne. Les autres vicaires se disperseront ça et là, protégés par la population, tel l'abbé Hémery, titulaire de la trêve de Saint-Gorgon ; il trouvera asile dans son village natal de la Ville-Mahé.

De leur côté, les membres influents de la Convention en mission dans l'Ouest : Carrier et Pocholle, encouragent la répression et ordonnent une battue générale à Rieux et à Allaire en septembre 1793.

La Chouannerie était née. Quels en étaient les chefs à Allaire ? Yves Maucoiffé, probablement originaire du Vaudepierre et Joseph Cheval « son lieutenant ». On sait peu de choses sur eux. Un troisième dont nous avons déjà parlé, Gauthier, dit Bily. Ce dernier a laissé le souvenir d'un chouan sans pitié. Dès le début de la chouannerie, il se fera protecteur des prêtres persécutés. Il jouera un rôle considérable dans la paroisse grâce à un ascendant indiscutable. Parmi les membres de la municipalité, le maire Jean Voisin est favorable aux Chouans, alors que ses « seconds », Rivière et Noël, applaudissent au régime nouveau.

En général, on peut dire que toute la population d'Allaire soutenait les Chouans, sauf un village, Bocquéreux, qui, sans être résolument hostile, restera dans une neutralité prudente.

***

L'année 1794 débute par un calme relatif. Les Chouans sont les maîtres du pays. L'abbé Hémery circule presque librement à Loppo pour porter le secours de la religion à ses compatriotes. La crise économique sévit dans la région et contribue à entretenir le désordre.

Les Chouans, vêtus d'une veste de drap blanc, de grandes culottes à « la mattelotte », coiffés d'un chapeau rond garni d'épines blanches se réunissent au cri convenu de « Gare au loup ». Le départ des troupes de la Convention vers Saint-Malo dégarnit le pays et amène une recrudescence de guérillas. Vannes envoie une expédition pour rétablir l'ordre. En 3 jours, 82 hommes seront capturés à Allaire et à Malansac.

Les membres du Directoire sont aux abois : « La consternation est générale dans nos campagnes, les brigands ont rempli leur objet, personne n'ose plus venir faire leur raport, les complots s'y trament sans crainte et la mort de tous les patriotes est assurée si nous ne sommes promptement secourus ».

Le 2 Vendémiaire, l'agent national du district s'émeut à son tour : « Je ne cesserai de répéter qu'on ne parviendra jamais à les retenir (les déserteurs) au service de la république qu'en les éloignant de leur pays et en leur otant jusqu'au plus petit moïen de désertion ».

Les assassinats se multiplient. Le 2 pluviose on en déplore 4 à Peillac. Le recrutement chouan s'intensifie. Le 3 Nivôse, le procureur syndic en donne les raisons au citoyen Bachelot : « l'augmentation des Chouans vient de ce qu'on envoye contre eux des bataillons dans lesquels on a incorporé la réquisition de nos départements, ces requis sont à peine sur notre territoire qu'ils ne peuvent se défendre de la sollicitation de leurs parents, ils désertent et portent aux Chouans des armes, des munitions, des bras... ».

Le 22 brumaire an II, Carrier nomme François Lanoë comme administrateur du district de Redon. Ce Lanoë, ancien procureur des seigneuries de la Poisnaie et de La Gras, tenaillé par la peur de restituer les biens nationaux, luttera farouchement contre les Chouans... qui l'exécutèrent le 22 brumaire an VII à Rieux, au cours d'une nuit tragique.

De son côté, François Le Clainche, procureur du district de Rochefort, tonitrue contre les bandes rebelles et encourage la répression. Il n'oublie pas d'augmenter son patrimoine aux dépens des biens des émigrés. Il achètera coup sur coup Brambis, Brandéhal et les Petites Forêts.

En mars 1795, le général de Sol de Grisolles, de retour en France, organise militairement les bandes « chouannes » à Allaire. Il aurait poussé l'audace jusqu'à afficher des proclamations « au nom du roi » sur les murs des maisons du bourg. Il semble surtout avoir voulu assumer le ravitaillement des armées insurgées à l'intérieur du pays. Il installe des dépôts de ravitaillement à Lallié ; lui-même, toujours en déplacement, se cache soit à Deil, soit au Champ-Mahé en Saint-Gorgon. Le 1er juin 1795, il passe 2.000 hommes en revue à la Chapelle des Landes. Survient une troupe républicaine en patrouille. Forte de 60 hommes seulement, cette dernière préfère s'esquiver.

Cet attroupement prépare le rassemblement général en vue du débarquement des émigrés à Quiberon.

On ne sait plus où on en est. Jean Hidoux et son fils, Yves, cordonniers au bourg, sont arrêtés les armes à la main. Jugés à Rochefort, ils se disculpent en disant que les Chouans les avaient embrigadés de force dans leur rang !

Marie Juhel et son frère Joseph sont soupçonnés de complicité avec les prêtres réfractaires. On les laisse en liberté. Quelques semaines plus tard, la citoyenne Juhel « est requise d'écrire une lettre insidieuse au chef des Chouans, Briend, de Malansac. Sur son refus, on prie son père d'user de son autorité sur sa fille. On n'obtient rien de ce côté-là non plus. Le père et la fille sont déclarés suspects et conduits en prison ».

Le Clainche ordonne une battue générale à Allaire pour découvrir 4 prêtres réfractaires [Note : Un prêtre se cachait à Logeraie ; un autre à la Chênaie, dans l'habitation de Jean Potier. On voit encore leurs chambres], dont l'insaisissable René Hémery. Deux colonnes envoyées en expédition à Deil et au Vaudeguip se rejoignent au bourg... bredouilles. Leur chef, le capitaine Dubois, se prend de querelle avec le maire Jean Voisin qui « commence à devenir suspect ». On perquisitionne dans le bourg, chez les Juhel, on fouille le clocher... les habits sacerdotaux du ci-devant recteur Baston sont découverts sous la toiture. L'habit ne fait pas le moine ; à défaut de ce dernier, on expédie les ornements à Rochefort.

Deuxième expédition à Loppo. Sur la lande de Brancheleux, les bleus tombent sur un paysan occupé à « étréper ». Interrogatoire... Pour toute réponse, « l'étrépeur » brandit son outil... un soldat lui fracasse le bras.

On l'emmène. La Ville-Mahé, maison natale de l'abbé Hémery, est fouillée, la chapelle saccagée, mais les marais complices avaient favorisé la fuite des ecclésiastiques. Perquisition inutile au Plessix-Rivaud. L'abbé Hémery trouve refuge à La Née en St-Gorgon. Noël Briend, ancien vicaire à Saint Guyomard, se cache dans les bois d'Allaire, près de la Poinaie. Il sera pris à Saint-Perreux et fusillé à Vannes le 6 mai 1794.

Les Chouans s'en prennent aux officiers municipaux révolutionnaires. Jean Rivière « connu pour son civisme, se présenta au district blessé et son écharpe teinte de son sang, déposa un certificat d'un officier de santé constatant ses blessures, dénonça qu'il les avait reçues au bourg d'Allaire dans l'exercice de ses fonctions ». Colère du Directoire de Redon qui expédie une force armée « pour prendre des informations ». Bien entendu elle sera nourrie par l'habitant.

La crise économique atteint son paroxysme. La barrique de cidre coûte 3.500 livres en assignats ; le « pain de froment fine fleur » se vend 27 sous 2 deniers. Les champs, délaissés, ne produisent que de maigres récoltes. On décide le lancement d'une nouvelle culture : la pomme de terre. Le 12 ventôse an II, le Directoire de Rochefort écrit, au représentant du peuple : « Il nous en faut une quantité suffisante, cette culture étant inconnue dans nos campagnes, nous te prions de nous en faire parvenir, en attendant les terrains destinés à les recevoir vont être préparés ».

La fausse-monnaie se répand un peu partout. Une perquisition chez « la citoyenne la Pommeraye, en Allaire », permet d'en découvrir un ballot entier.

Un double assassinat met en émoi toute la population.

Le 29 août 1794, 11 fructidor an II, on découvre le corps de « deux patriotes » de la commune, Marcel Danto, âgé de 52 ans et Julien Lambert, 47 ans, trouvés morts « d'un coup de feu à la tête et de plusieurs autres coups d'instruments tranchants ou contondants, sur la grande route de Redon à Vannes, près la métairie de Lallié » [Note : Très probablement à « la Croix des Barres »]. Le Commandant en Chef de l'état-major à Vannes s'indigne : « Les brigands ont assassiné cette nuit deux malheureux paysans sur la route de Vannes à Rhedon ». Il dépêcha un commissaire et 30 hommes pour « rechercher les autheurs du massacre ». On accuse un chef de brigand « bien armé » aperçu la veille dans le village voisin. Recherches infructueuses. Furieux, les bleus incendient la chapelle de Bocquéreux — réaction étonnante quand on sait que ce village était réputé pour son civisme !

Le 23 ventôse an III, les troupes du général de Sol attaquent de nuit le cantonnement des soldats au presbytère. Les 50 révolutionnaires ripostent, tuent un des chefs et en blessent plusieurs autres. Mais ils n'osent pas poursuivre les attaquants, trop nombreux.

Quelques jours après, une expédition de bleus est assaillie au retour d'une patrouille près du village de Chez-Méhaud. Il y eut de nombreux tués ; ils seront enterrés par les femmes dans « Le Courtil Chauvin » [Note : Section E du plan cadastral. N. 529]. Un Chouan, gravement blessé, s'enfuit à La Rigaudaie. Il succombera à ses blessures et on l'enterra au pied d'un châtaignier. Un chef Chouan fut abattu à travers la fenêtre du Vaujouan alors qu'« il se promenait et lisait à la lueur d'une faible lumière dans la cuisine ».

Certains prêtres, pourchassés, tombent dans des traquenards. Dom Voisin sera fusillé à Trouhesnel, deux autres ecclésiastiques à Saint-Gorgon et à la Cadaie [Note : Voir le chapitre : Vieilles maisons, vieux villages].

Le 21 brumaire an VII, François Lanoë, notaire du canton de Rieux, ayant accumulé trop de haines contre lui, sera enlevé de son lit par les Chouans et traîné à plusieurs kilomètres de son domicile pour être abattu finalement sur le territoire de la commune de Rieux. Cette même nuit, Thébaud, commissaire de la commune, et Lallemand, vice-président du canton, subissent un sort aussi tragique.

De 1797 à juillet 1799, la fatigue se fait sentir de part et d'autre. La persécution devient moins violente. Il faudra attendre le coup d'Etat du 18 brumaire 1799 pour espérer enfin une ère de tranquillité. Le Concordat de 1801 rouvrira les églises et amènera la paix religieuse. La plupart des Chouans délaisseront leurs armes et reprendront le mancheron de la charrue. Quelques escarmouches se produiront encore, mais sans grande conviction. Le pays était fatigué de ces luttes qui le ruinaient. La seconde Chouannerie de 1815 trouvera peu d'écho dans la masse de la population. Seul Couëssin de Kerhaude, du Champ-Mahé, entraînera quelques irréductibles à la suite de l'indomptable de Sol [Note : Le général de Sol de Grisolles naquit à Guérande le 29 décembre 1761 ; il mourut à Bordeaux en 1836. Il entra dans la conspiration de Cadoudal, fut arrêté et soumis à la torture de la question : on lui écrasa les deux pouces entre deux tiges de bois serrées par des coins... C'était en 1803 !!! Il séjourna à Trégouët, en Béganne, à Deil, au Vaudeguip et au Champ-Mahé].

Missire Charles Baston, recteur d'Allaire, sollicita un passeport le 26 floréal an 9 pour revenir de St-Jacques-de-Compostelle. Il abandonne sa charge de recteur d'Allaire et sera remplacé par M. Hellard, de Caden.

***

Quant à Jean Voisin, il restera maire jusqu'à sa mort survenue Chez-Méhaud le 19 décembre 1810. Anti-révolutionnaire, il sut se maintenir à la hauteur de sa tâche, grâce à une droiture et une énergie remarquables. Grand chrétien, il achètera nationalement les biens de la Fabrique pour les redonner après la Tourmente à leur ancien propriétaire. C'est ainsi qu'il cédera le pré et le courtil des paroissiens à la Fabrique « à charge de servir une rente de 40 fr. destinée à faire chaque année une distribution de pain aux pauvres ». « Considérant que les aumônes de la commune d'Allaire sont insuffisantes pour subvenir aux frais du culte, que la maison curiale est urgente de réparations et voulant donner un témoignage de sa piété » il fit donation le 10 prairial an 13, d'un verger planté de pommiers de 36 ares 46 ca., d'une pièce de terre nommée « le bois du presbytère », de 42 ares 54 ca. et d'un petit jardin situé derrière le presbytère : 7 ares 29 ca.

Jean Voisin eut plusieurs enfants. Ses descendants sont encore nombreux dans la commune.

***

Comme chef Chouan, nous avons déjà cité « Bily » : Jacques Gauthier [Note : Les renseignements sur ce Chouan m'ont été fournis par les archives communales d'Allaire, des archives privées et par l'un des descendants directs qui a bien voulu me raconter la tradition de famille concernant son arrière-grand-père], couvreur en ardoises du village du Vaubily. Il ne vécut pas jusqu'à 84 ans comme l'écrit l'abbé Merlet. Il décéda en 1805 à l'âge de 55 ans. Il joua un rôle actif à la tête des Chouans d'Allaire. Dès le début de la Révolution, il cacha les prêtres persécutés au Vaubily ; en cas d'alerte, il leur avait ménagé un refuge dans les taillis impénétrables qui s'étendaient derrière son habitation, du côté de Saint-Eutrope et de la Quinaie : endroit idéal pour établir un maquis. Aucun bleu ne s'aventurait là sans être sûr d'être abattu par un ennemi invisible. Il eut des réactions vives et parfois même brutales. C'est lui qui aurait fait incendier la ferme des Petites-Forêts lorsque Le Clainche — révolutionnaire bon teint — s'en rendit acquéreur. Il était très craint.

Il avait épousé Anne Blanchard. En 1795, il acheta Brambis pour 4.000 fr.

Il eut 6 enfants : Joseph, Jacques (aubergiste au bourg en 1816), François, Vincent, Perrine et Guillemette.

Une de ses filles se maria à un Torlay. Elle résidait au manoir du Pâtis Saint-Hilaire.

Joseph, l'aîné, était couvreur comme son père. Il fut « capitaine de la 9ème Compagnie de la 4ème légion de l'armée royale de Bretagne ».

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Parmi les Allairiens incorporés dans les armées républicaines, nous avons trouvé :

— Antoine Baron, fusilier au 2ème bataillon du Calvados.

— Joseph Baron, né à Brelan le 1er juin 1770 et décédé à l'hospice de Lorient le 10 thermidor an II. Il existe encore à Brelan un champ appelé « la bande Baron ».

— Joseph Noël, de Trouhesnel. Il décéda à Bruxelles le 17 fructidor an II.

(Georges Le Cler).

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