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LES ÉCOLES D'ALLAIRE |
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LES ÉCOLES.
Et
j'instruis les enfants du village, et les heures
Que je passe avec eux sont pour
moi les meilleures ;
.......
Et mon cœur dans leurs cœurs se verse goutte à
goutte.
LAMARTINE.
Dès 1536 existait une école à Allaire dirigée par Jehan Kervérien. L'instruction donnée se bornait à quelques principes religieux fondamentaux, à la lecture et écriture et à de sommaires notions de calcul. Plus tard, les prêtres campagnards, résidant dans les frairies de la paroisse, se chargeaient de donner aux petits enfants les rudiments de sciences profanes et l'instruction religieuse suffisante. Une école se tenait au bourg, probablement au presbytère.
Par acte notarié du 19 avril 1681 [Note : Voir : « les Seigneuries » Brandéhal], missire de Racinoux, sieur de Brandéhal, avait grevé sa propriété d'une rente annuelle en faveur du maître d'école d'Allaire.
On le voit, le premier établissement scolaire de la paroisse, fondé il y a quatre siècles, fonctionnait assez régulièrement. Les actes notariés et d'état-civil portent souvent « a déclaré ne le scavoir faire », néanmoins il apparaît que l'instruction était assez répandue dans notre campagne — du moins pour l'époque — Bien des paysans de villages éloignés ont apposé leur signature sur les registres.
Malgré tout, l'instruction ne pénétrait pas partout. En 1833, on comptait 74,76 pour cent de conscrits illettrés dans le Morbihan ; en 1866, il n'y en aura plus que 53,88 pour cent. La première moitié du 19ème siècle amena de ce côté des progrès très sensibles, bien qu'insuffisants.
Après la Révolution, quelques femmes pieuses, comme les demoiselles Maigret et Chédalleux, s'occupaient de l'instruction des enfants du pays dans un local de leur propre habitation, sans aide, sans aucune rétribution fixe. Malgré ce dévouement, elles ne pouvaient agir efficacement sans un soutien officiel.
En 1837, nos édiles se préoccupèrent de la question : Allaire sera dotée d'une école primaire, mais où trouver un local ? Peu de maisons se prêtaient à cet usage dans le bourg. Seule la Fabrique possédait une maison et un jardin situés à l'Est de l'agglomération : l'habitation d'Yves Thébaud [Note : Maison actuelle des religieuses. A cette époque, elle ne comportait pas d'étage. Un bâtiment à usage d'écurie s'élevait à côté, face au manoir du « Patis Saint-Hilaire ». Elle fut reconstruite en 1914]. Ce dernier avait légué à la Fabrique la maison, le jardin (très vaste) et un pré situé à Bocquéreux. Les héritiers attaquèrent le testament. Le procès dura quatre ans. Finalement la Fabrique gardera maison et jardin. Voilà un local tout désigné : par sa situation il se prêterait mieux que n'importe quel autre à l'usage qu'on voulait en faire.
Le 2 mars, le Conseil municipal exprima — bien humblement — son désir d'établir une école primaire dans la maison Thébaud. La Fabrique ne refusa pas, mais imposa ses conditions.
1°) Que la servante d'Yves Thébaud, une certaine Méaude, qui occupait une chambre de la maison, soit logée dans un autre local. Elle refusait de partir. La Commune prit l'affaire en mains et lui alloua 300 fr. de dédommagement. Le 1er septembre, elle quittait les lieux.
2°) La Commune paiera chaque année à la Fabrique la somme de 50 fr., montant du prix des services religieux demandés par le donateur. Ce qui fut accepté. Bien entendu, le conseil de Fabrique restait propriétaire des lieux.
L'accord fut passé le 22 juin 1839. On y installa l'école des garçons.
Restait maintenant à établir une école de filles. La question du local se pose à nouveau. Le 11 août 1839, le maire s'adresse aux fabriciens réunis en session extraordinaire : « Nous avons dû nous préoccuper d'un établissement pour l'éducation des jeunes filles... dans ce nouveau besoin, c'est encore à la Fabrique que nous avons recours : elle seule peut nous fournir le terrain nécessaire à la construction qu'exige la fondation de cette école. La partie réservée du jardin Thébaud présente toutes les commodités pour exécuter nos plans, soit que l'on décide de bâtir dans le jardin une maison pour l'école des filles ou celle des garçons suivant que la maison Thébaud déjà cédée sera jugée propre à l'un ou à l'autre de ces établissements... Nous nous proposons de confier l'école des filles à des sœurs qui se consacrent tout à la fois à l'instruction des jeunes personnes et au soulagement des malades ».
Le 25 janvier 1840, le préfet donna son accord. La construction d'une école à l'extrémité du jardin Thébaud fut votée : la Fabrique s'en réservant toujours la nue-propriété. Pour hâter l'arrivée des religieuses, un accord s'établit entre les fabriciens et le Conseil Municipal. Le bâtiment projeté servirait d'école de garçons, l'école des filles prendrait place dans les anciens locaux. C'est donc depuis 1840 que la maison Thébaud sert d'école de filles et de logement aux religieuses de Saint-Jacut.
La nouvelle construction coûta 6.374,15 francs. Pour raison d'économie, on y installa les bureaux de la mairie.
Voilà notre bonne ville d'Allaire pourvue de deux écoles communales. L'école des garçons était dirigée par un instituteur laïc. Le premier fut M. Mounier, homme sectaire qui mécontenta la population. A son décès, le Conseil municipal « considérant qu'il est démontré par l'expérience qu'en effet l'éducation élémentaire donnée par des instituteurs attachés à des corporations religieuses produit sur la jeunesse des résultats tellement indiscutables... il place au nombre de ses devoirs les plus impérieux celui de doter celle d'Allaire d'un semblable avantage... le Conseil émet à l'unanimité l'avis que l'école communale soit dirigée par un frère de la Congrégation de Monsieur de La Mennais ». Ceci se passait le 28 mars 1855. En 1858, Mlle Guillot, en religion Sœur Saint-Paul [Note : Sœur Saint-Paul naquit à Péaule, le 28 août 1818. Elle enseigna à Allaire jusqu'au 4 septembre 1866, mais elle reviendra diriger notre école de filles en 1868. Elle se retira à Saint-Jacut en 1871 (Archives de la maison-mère des sœurs de Saint-Jacut)], « institutrice publique à Allaire », percevait un traitement annuel de 400 francs !! Le traitement des maîtres passera à 900 francs en 1880. La rétribution scolaire s'élevait soit à 1 fr. ou 0,75 fr. par élève, suivant la situation de famille. Beaucoup d'enfants sont admis gratuitement comme indigents : 16 en 1855, 40 en 1857 !
1880 : Le vent d'anticléricalisme commence à souffler. Le premier magistrat de la commune, Le Comte, gendarme en retraite, animé d'un sectarisme des plus violents, mène le combat, réclamant le vote de l'instruction laïque. Le Conseil ne le suit pas : il y a des réformes à apporter à l'enseignement actuel, dit-il, mais le moment n'est pas venu de confier à un instituteur laïc la direction de l'école communale de garçons. La Direction des Frères de Ploërmel s'émeut — trop vite — de ce petit incident. Quoi, on ergote sur la valeur de l'enseignement donné par nos Frères enseignants ? Eh bien, retirons-les ! La décision, vite prise, témoigne d'une susceptibilité trop poussée. Celui qui s'en réjouit ? notre bonhomme Le Comte ! Il atteint son but par voie détournée. Les Frères auront à regretter cette décision prise à la légère.
Cependant, il fallait ménager une transition. Pour rendre moins sensible le départ des Frères, l'Inspection Académique de Vannes nomma M. Bédard, instituteur à Allaire. D'opinions cléricales, catholique pratiquant, il plut beaucoup à la population. En 1885, l'Inspecteur crut la place conquise, il révoqua purement et simplement ce bon M. Bédard et le remplaça par un maître ayant fait pattes blanches laïques. Le Conseil Municipal protesta avec énergie contre cette révocation « ... En lui exprimant la profonde reconnaissance et les vifs regrets de la population entière, il accomplit un devoir. Il veut que ce témoignage public de haute satisfaction, consigné sur le registre des délibérations, prouve que la vie de ce vénérable instituteur de campagne est restée jusqu'au bout sans tache et pleine d'honneur ».
Rarement un tel éloge fut décerné à un maître d'école. En 1903, M. et Mme Michel, instituteurs, seront également envoyés en disgrâce à Plouharnel sur la foi des dénonciations mensongères de Jean Simon. L'époque n'était pas tendre pour les enseignants !
1881-1882: L'école sera obligatoire, gratuite et laïque, clame Jules Ferry. Cette loi ne sera pas appliquée immédiatement à Allaire. L'instituteur public continuera d'enseigner le catéchisme et de faire réciter de courtes prières en classe. Il le fera en grommelant jusqu'en 1903, mais le mécontentement de la population est si vif qu'il n'osera appliquer tout de suite le décret.
Le 29 novembre 1891, l'Inspection Académique somma la Commune de construire une nouvelle école de garçons, l'ancienne classe s'avérant insuffisante. Le devis s'élevait à 30.286,07 francs, plus 500 francs de mobilier scolaire, plus l'achat du terrain nécessaire à la construction.
Un point noir : il restait à laïciser l'école des filles. Mais cette école appartenait à la Fabrique. Si on la « nationalisait », il fallait envisager une nouvelle construction dont le devis s'élevait à 30.000 francs ! L'affaire apparaissait délicate. La population s'était attachée aux « sœurs ». Qu'à cela ne tienne ! Première mesure : licenciement des classes pour cause d'épidémie... La réouverture se fait attendre. L'épidémie de diphtérie est enrayée depuis longtemps, le maire s'inquiète : pourquoi n'ouvre-t-on pas l'école ? La situation reste tendue. L'Académie demande au Conseil de voter le principe de la construction d'une école de filles. Refus. Mais il fallut s'incliner ; en 1895, le préfet annonce au maire, M. de Gibon, que le local de l'école des filles est interdit pour cause d'insalubrité ! Dorénavant, les fillettes iront en classe dans le bâtiment de l'école des garçons. C'était un piège grossier. Comment pouvait-on réunir dans un seul local — déjà notoirement insuffisant — les deux écoles primaires de la commune ? Implicitement, le Conseil municipal se voyait dans l'obligation de voter cette fois le principe de la construction d'une école de filles. Et, qui plus est, il semblait admettre la laïcisation de cet établissement !
Le 21 avril 1895, M. Paris, président du Conseil de Fabrique, annonça qu'à partir de la rentrée de Pâques de la même année, la Fabrique rentrerait dans la jouissance de la maison Thébaud et de toutes ses dépendances !
Ainsi, après 15 années de tergiversations et de manœuvres dilatoires, les deux écoles communales d'Allaire devenaient laïques.
La réaction de la population fut immédiate ! On en construirait d'autres, mais cette fois chrétiennes ! La maison Thébaud rouvrit ses portes [Note : Le 9 septembre 1895. La fermeture avait eu lieu le 12 avril précédent] et devint école libre de filles. L'école libre des garçons sera mise en chantier en fin 1895, grâce au dévouement de l'abbé Mathurin Thomas, vicaire. La population aida à la construction de ces nouveaux bâtiments soit en nature, soit en journées d'hommes. Les propriétaires de Lallié avaient donné le terrain : « Le Clos des Périers » appelé encore « le Clos à Tous » [Note : Section E. N° 2189 du plan cadastral]. Les frères de Ploërmel dirigeront l'établissement jusqu'en 1923 ; le dernier fut M. Lehure. Les Frères seront sécularisés en 1903, les sœurs de Saint-Jacut en 1906.
Le directeur de l'école libre percevait 1.000 fr. par an. Les sœurs, logées dans la maison Thébaud (l'école avait été construite dans le jardin) recevaient :
Rente du legs Jausions ........... 266 fr.
Traitement et autres avantages
....... 600 fr.
plus l'usufruit de trois terrains, dont « la Clôture » et le « Pré du Bilet », légués par M. Jean-Pierre Paris, président de la Fabrique.
Décembre 1905 : Séparation de l'Eglise et de l'Etat, le budget des Cultes est supprimé. A partir de cette date, la charge des Ecoles libres incombe à la paroisse.
Dernier soubresaut : Le 1er juillet 1906 un décret paru à l'Officiel ordonne la fermeture de l'école congréganiste des Sœurs de Saint-Jacut à Allaire. M. Emile Fay, commissaire de police à Ploërmel, annonce cette décision aux religieuses le mercredi 4 juillet. Dès le 11 septembre, l'école rouvrira, tenue par les soeurs sécularisées. Seule la religieuse infirmière quitta la maison Thébaud : elle ne pouvait demeurer avec ses compagnes sans amener la fermeture de l'établissement. Elle ira demeurer dans la maison de la Bouilleterie.
Aujourd'hui Allaire comprend deux écoles libres au bourg et une école publique. Bocquéreux possède une école publique de hameau. A l'autre extrémité de la paroisse, l'école libre de Loppo instruit les enfants de cette frairie.
***
Par déformation professionnelle, je me suis longuement penché sur le dossier « écoles ». J'y ai trouvé notamment les emplois du temps et programmes pour l'année 1872. Voici quelques extraits :
De 7 h. 55 à 8 h. 5 : Mise en rang, inspection de propreté, entrée en classe, appel, prière du matin.
De 8 h. 5 à 8 h. 35 : Récitation des leçons de catéchisme et de grammaire tous les jours, d'Histoire de France le mardi et le vendredi. Tous les samedis, récapitulation de toutes les leçons vues pendant la semaine.
De 8 h. 35 à 9 h. : Lecture dans un imprimé ou dans un manuscrit. L'après-midi, les classes recommençaient à midi 55 et débutaient par le catéchisme.
De 1 h. 30 à 2 heures, lecture du latin. Le samedi « il y aura aussi l'explication de la civilité. Remontrances sur les manquements aux convenances et à la politesse, en un mot, cours d'éducation ».
Dans les programmes, peu de place pour le calcul, beaucoup de lecture et d'écriture (anglaise, ronde, bâtarde). Les effectifs trop nombreux contraignaient le maître à se faire aider par des moniteurs désignés parmi les meilleurs élèves de la première division. Ce mode mutuel d'enseignement à cessé d'être en usage dans les écoles.
Les traitements des maîtres provenaient en partie des rétributions scolaires. En 1859, 80 élèves fréquentaient l'école ; l'instituteur surchargé réclama un adjoint. Pour créer les nouvelles ressources, le Conseil municipal décida de réduire le nombre des élèves admis gratuitement et... d'augmenter la rétribution scolaire pour quelques autres, plus fortunés.
En 1882, l'école des filles (encore dans la maison Thébaud) recevait 117 élèves dans une seule classe qui, normalement, n'aurait dû en contenir que 30 !
Les Grandes Vacances duraient un mois. Le dernier jour de classe avait lieu la distribution solennelle des prix, présidée par un personnage important. C'est ainsi qu'en 1892, M. Bouëssel, conseiller de Préfecture, vint récompenser les meilleurs élèves de la commune.
Un encrier coûtait 0,15 fr., une carte murale Vidal-La Blache 7 fr., une Méthode de Lecture en 1 Tableau : 8 fr. ! Pour 1,75 fr., vous aviez une boite de bons-points ! L'école possédait une Bibliothèque ; elle ne comprenait que 22 volumes en 1889. Citons : « Histoire de la Terre » de L. Brothier. « Une année dans le Sahel » de Fromentin, et l'inévitable « Géographie du Morbihan » de Joanne, livre peut-être intéressant et bien documenté pour l'époque, mais où le sectarisme et le parti-pris atteignent quelquefois les limites du ridicule.
Pauvres écoles ! Pauvres écoliers ! Les temps ont bien changé.
(Georges Le Cler).
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