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L'ÉGLISE D'ALLAIRE |
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L'ÉGLISE.
« ... in plebe quae vocatur Alair, juxta aecclesiam plebis ».
Cartulaire
de Redon, p. 183.
Comme nous l'avons déjà dit dans un précédent chapitre, la première église d'Allaire remonte à une époque très ancienne. Elle existait certainement au 8ème siècle et probablement bien avant. Longtemps elle demeura le seul centre religieux de la région. Il ne reste rien de cette antique construction. Tout au plus remarque-t-on sous la « Balay » deux anciens bénitiers taillés dans la pierre brute, seuls souvenirs de l'église existant à l'époque Carolingienne.
En 1675, Missire Daniel le Vaillant décida la reconstruction de l'église. Cette restauration fut en grande partie financée par Gabriel de Kervérien, sieur du Vaudeguip. M. Le Vaillant, voulant lui témoigner sa gratitude, l'autorisa à apposer ses armes au-dessus de la porte Ouest. L'emplacement est encore visible. De cette église, il ne reste que la partie de la nef allant de la chaire aux fonts baptismaux. Le contraste est d'ailleurs frappant entre les deux styles, même pour un profane.
Le chœur et transepts du XVIIème siècle ont disparu depuis la restauration de l'église en 1867. Le transept sud s'appelait « la chapelle du Vaudeguip » dont l'autel était dédié à saint Jacques. Autres autels : ceux de sainte Catherine, saint Vincent, sainte Marguerite, sainte Anne, saint Roch, saint Rosaire, ce dernier dans la chapelle du Buisson-Guérin. Il y avait aussi une chapelle dite de Boger. Les « palis » formaient le sol de l'édifice. Ça et là, au hasard des droits et prééminences, des pierres tumulaires : les seigneurs mettaient leur point d'honneur à être enterrés dans l'église, à l'emplacement qui leur était réservé durant leur vivant. De plus, ils jouissaient de droits de bancs et d'enfeus. Notons ceux de la Poinaie, du Vaujouan, de la Pommeraye, de Coueslée, de Deil, du Vaudeguip. La prééminence revenait aux sires de Rieux, suzerain immédiat des nobles de toute la région. L'un d'eux offrit à l'église d'Allaire deux bannières — disparues depuis longtemps, hélas ! — En 1727, Messire Dondel du Faouédic prit possession de son droit de prééminence dans le choeur, du côté droit, immédiatement après le Comte de Rieux.
Les archives du Vaudeguip contiennent maintes pièces relatives à ces fameuses prééminences dans l'église d'Allaire. Quelle source de procès et de chicanes, que de susceptibilités froissées ! Nous en avons déjà donné un exemple [Note : Cf. : Coueslée]. C'est d'ailleurs grâce à ces mémoires et à ces plaintes que nous pouvons imaginer un peu l'aspect de notre église, même avant 1675.
« Les mémoires de la dame de Deil contre Jean Kervérien » — toujours les mêmes — nous apprennent qu'en 1629, le père dudit Jean avait été enterré dans le bas du chœur. « A cet endroit, il n'y avait auparavant aucune tombe, mais seulement un pavé de palis d'ardoises. Le retrait ou jubé qui est au bas de l'église servant aux prêtres à chanter aux grand'messes et vêpres, était autrefois placé contre la muraille qui sépare le chanceau avec la nef, en dedans du chœur, derrière le crucifix ».
Le même mémoire nous indique que l'autel Saint-Roch se trouvait en haut de la nef, du côté de l'épître. Ce brave saint Roch se voyait attribué un autel dans beaucoup d'églises. Il était invoqué contre la peste, fléau du Moyen-Age.
En 1659, Messire Kervérien, voyant ses prééminences mises en doute par la terrible Jeanne Cybouaud, répliqua par... un autre mémoire — cela devenait une mode ou une distraction — Il soutient son droit de posséder deux bancs : « celui qui est dans le choeur est à la seigneurie du Vaujouan, l'autre sous (?) la nef est celui de la Pommeraye. Mes droits honorifiques ? dit il : ils m'ont été accordés par le sire de Rieux en récompense des bienfaits que les seigneurs avaient faits à cette église longtemps avant 1539 ! ». Affirmation toute gratuite ; en 1539, son ancêtre « maistre » d'école à Allaire, besognait près des enfants !
Ce même papier cite deux vitraux. Au-dessus de l'autel, un écusson « d'argent à un aigle à deux têtes de sable » (armes des Bellouan, seigneurs du Vaujouan), à côté, les armes des Kervérien : d'or à trois chevrons d'azur. Nous voyons aussi que dom Pierre Marquier, prêtre de la paroisse, avait fait construire un coffre dans lequel il renfermait ses ornements. Episode significatif de ces mesquines querelles, lorsque Pierre Marquier mourut, la « femme de Deil » fit mettre ses armes sur le coffre, s'arrogeant ainsi un nouveau droit honorifique. La « Cherze à prêcher et à faire le prône était autrefois à côté de l'entrée de ce banc, l'échelle qui conduisait au clocher, à l'autre extrémité ».
A cet endroit se trouvait un enfeu à deux tombes « pour lequel les seigneurs du Boschet payent un devoir de 10 sols de rente à la Fabrique ».
Enfin un aveu rendu le 2 mars 1717 par Pierre Thomas de la Caunelaye, chevalier de la Ribaudière, nous donne la description de la chapelle Saint-Jacques, dite du Vaudeguip :
« Chapelle prohibitive du côté de l'épître, à 4 ou 5 pieds du grand autel, incorporée dans la muraille de l'église, fermant à clé aux deux portes vers le chanceau et cimetière, et séparée du chanceau de la dite église par une vieille cloison de bois ayant une fenêtre ; prise par le dedans, partie dans la muraille longère dudit chanceau, avec deux autres ouvertures de vitrage pour recevoir la lumière, l'une vers orient, l'autre vers midi ».
Le répertoire archéologique de Rosenweig, écrit juste avant la démolition du chœur et du haut de la nef, nous a laissé une brève description extérieure et intérieure du transept sud : arcade à cintre légèrement brisé reliant le transept à la nef, fenêtres à cintre brisé, meneaux de style flamboyant. La chapelle de ce transept renfermait autrefois une pierre tumulaire, probablement de cette famille (Vaudeguip).
Puisque nous essayons de retrouver la physionomie de notre ancienne église, énumérons rapidement les différents achats et réparations inscrits dans les archives de la Fabrique.
1781. — Olivier Gauthier et Olivier Hémery installent l'escalier du clocher : il existe encore.
1788. — Pour 840 livres, Julien Paris, menuisier à Loppo, se charge des réparations les plus urgentes de la boiserie. Dans ce but, on abattit 7 chênes dans le cimetière et 168 châtaigniers !!! dans les bois du presbytère !
1811. — Achat d'une lampe pour le sanctuaire : coût, 156 fr.
1813. — Acquisition d'une horloge. On la remplacera en 1838. La dépense montera à 576,20 francs.
1814. — La Fabrique achète une croix en argent : dépense, 50 francs.
1824 : Installation de deux nouvelles cloches : coût, 2.450 francs.
La grosse cloche sera refondue en 1836 dans les ateliers Voruz. Julien Josso en est le parrain. En 1841, achat d'une autre qui porte l'image de saint Gaudence ; elle sortit des ateliers Vieil, de Villedieu-les-Poêles.
1864. — Acquisition d'un nouveau maître-autel pour 580 francs.
De l'église édifiée en 1675, il ne reste, à l'intérieur, que deux statues placées de chaque côté du chœur : statue de saint Gaudence, patron de la paroisse, et celle de saint Yves. Ces deux images semblent être antérieures au XVIIème siècle. Elles doivent provenir de l'édifice existant avant 1675. A remarquer un tableau du 17ème siècle, peinture naive et grossière, représentant un martyr, saint Sébastien ; à ses côtés, saint Isidore, en costume de paysan de l'époque.
Un mot sur le chapitret. Les gens du pays l'appellent « La Balay ». Il se pourrait qu'il ait été surmonté d'un ossuaire comme dans bien d'autres paroisses, mais l'accès en était difficile. Sous « la Balay », les deux vénérables bénitiers ; nous en avons parlé précédemment.
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Dès 1845, le Conseil de Fabrique décida le principe de réparations urgentes à l'église et il adressa une demande de subventions dans ce sens au Conseil Municipal qui répliqua par une fin de non-recevoir : Pas d'argent, impossible de contribuer aux dépenses que vous pourriez engager !
En 1849, la Fabrique exprima de nouveau avec fermeté son désir de voir de gros travaux s'effectuer à l'église.
« ...il est reconnu que l'église d'Allaire est trop étroite pour contenir l'affluence des fidèles, qu'il résulte de cet inconvénient une pression qui occasionne un désordre indécent et qui peut même être dangereux pour les enfants et les vieillards, que les jours de fête solennelle, la foule est tellement compacte qu'il est très difficile au célébrant de se frayer un passage, que l'église [Note : Erreur du secrétaire de séance, il faut lire : bourg] d'Allaire se trouvant traversée (sic) par une route départementale assez fréquentée, beaucoup de voyageurs s'y arrêtent et leur nombre ajoute à l'encombrement... qu'en conséquence, il a fait examiner les constructions et réparations à faire à l'église d'Allaire et en a fait dresser, par un homme de l'art, un plan et un devis s'élevant à 8.239,93 francs ».
La municipalité fit la sourde oreille. Voyant cet état de choses, la Fabrique décida de reconstruire partiellement le chœur et les deux ailes. Le devis s'élevait à 14.680,78 fr., et elle ne possédait que 6.000 francs !
La Providence viendra à son aide. Depuis plusieurs années, le Conseil municipal réclamait la possession de « communs » regardés jusqu'ici comme propriétés de villages. Il les obtint. D'un seul coup, la commune s'enrichit de revenus substantiels. La Fabrique en profita pour présenter une nouvelle requête, appuyée cette fois par le préfet.
En 1859, l'accord est signé.
M. Houks, architecte départemental, présenta le plan et une note... « salée », de 70.000 fr. Où trouver cette somme ? La commune lança une souscription parmi la population, la Fabrique emprunta 8.000 fr. en hypothéquant ses biens, vendit les arbres situés sur ses terrains et finalement céda le pré et le Courtil des Paroissiens à la Famille Le Mauff. La décision prise souleva un débat orageux parmi les membres de la Fabrique. Ces deux terrains, sis au N.-0. du bourg, avaient appartenu depuis longtemps à la paroisse, d'où leur nom. Vendus sous la Révolution, Jean Voisin, maire d'Allaire s'en rendit acquéreur... dans l'intention de les recéder à la Fabrique après la Tempête. Mort en 1810, sa veuve laissa les affaires traîner. Elle ne les vendit que le 1er mai 1823. Il était bien spécifié, suivant le désir exprimé par Jean Voisin, que la Fabrique « devait payer et servir aux pauvres de la dite commune d'Allaire, une rente annuelle et perpétuelle de 40 fr., soit en argent, soit en combustible, le jour de Pâques de chaque année ». Cet épisode nous montre une fois de plus la grande piété et la charité débordante de Voisin.
Grâce à ces premières provisions, les travaux commencèrent en 1864 sous la direction de l'entrepreneur Le Gland. Celui-ci avait-il trop présumé de ses possibilités ? avait-il conclu ce marché en n'en voyant que les avantages sans en peser les inconvénients ? Toujours est-il qu'il arrêta les travaux à peine ébauchés et résilia son contrat.
Belle situation pour la commune ! Faire tant de sacrifices financiers pour voir l'entrepreneur, homme sans vergogne, abandonner les travaux du jour au lendemain ! On ne pouvait plus reculer. Mis en demeure de reprendre la construction, le sieur Le Gland se dérobe sous de fallacieux prétextes. Pendant ce temps, l'église reste ouverte en plein vent. Par prudence, en attendant l'issue des pourparlers, on procéda à une nouvelle adjudication. M. Thareau, de Redon, accepta de reprendre le chantier... moyennant 20 % d'augmentation !! Le Gland, sommé de verser cette différence — puisqu'il en est le responsable — répond en réclamant.... le remboursement de son cautionnement ! Peine perdue ! Par sa conduite négligente, il occasionna une perte de 4.739,30 F. à la Commune.
M. Thareau reprit les travaux ; en 1867, l'église était terminée non sans quelques incidents, tel celui qui mit aux prises la Fabrique et le Conseil municipal. Les fabriciens avaient vendu les anciennes ardoises de l'église pour 90 francs. Colère du maire qui exigea le versement de cette somme dans la caisse du receveur municipal.
La reconstruction de l'église coûta exactement : 76.760 francs ! « Nous en avons pour 50 ans d'impôts supplémentaires », s'écriaient les grincheux. S'il fallait la refaire aujourd'hui, serait-ce possible ?
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L'église actuelle ne présente pas, il faut l'avouer, de valeurs artistiques remarquables. Les chapiteaux de colonnes, ornés d'entrelacs mystérieux sans aucun intérêt, n'attirent guère le regard. Le maître-autel décoré de panneaux en mosaïque mérite une attention spéciale. Il fut consacré en 1946 par Monseigneur Le Bellec, M. le chanoine Lamour étant curé-doyen. Surmonté d'une croix celtique stylisée, il a vraiment belle allure. La porte du tabernacle, en mosaïque également, représente un cœur et une croix. A côté, l'inscription : « dilexit me » : il m'a aimé.
Remarquons les deux seuls vitraux de l'église offerts par Charles de Forges, du Plessix-Rivaud : saint Gaudence et l'Assomption de la Vierge.
En 1949, eut lieu la bénédiction de quatre nouvelles cloches [Note : La plus petite était destinée à la chapelle Saint-Eutrope. Peu de temps après, la grosse cloche se fêla. Il fallut la refondre. M. Lamour, devenu vicaire général, procéda à sa bénédiction le 18 février 1951]. Elles ont été électrifiées en 1955. Quelques années auparavant, M. le chanoine Lamour avait pourvu la nef de bancs, supprimant ainsi les chaises dont beaucoup avaient atteint l'âge d'une retraite bien méritée.
Telle qu'elle se présente aujourd'hui, notre église paroissiale, sans faire le bonheur des amateurs d'art, — loin s'en faut — mérite cependant une visite détaillée. Et puis, n'est-ce pas à cet emplacement qu'Alain Le Grand, duc de Bretagne, vint se recueillir et accomplir ses promesses en l'an de grâce 878 ? Ne représente-t-elle pas le capital spirituel de la paroisse depuis plus de 11 siècles ?...
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M. Joseph Le Cointre, curé-doyen d'Allaire, mourut en 1874, n'ayant pu terminer tous les travaux envisagés.
Son successeur, M. Julien Géhanno, entreprit la construction des deux sacristies. Le 15 novembre 1874, le trésorier de la Fabrique, Louis Sevestre, passait un accord avec Hidoux, entrepreneur au bourg. Les travaux furent terminés en juin 1875. Le 1er février 1876, l'architecte Saupin vint vérifier la construction qu'il déclara satisfaisante et en bon état d'entretien.
La dépense s'éleva à 2.000 francs.
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Les anciens textes citent la « Chapelle Nostre-Dame, jouxte l'église », mais indépendante d'elle. Elle est encore mentionnée en 1633. On ne la rencontre plus après 1675. Elle fut probablement démolie à cette époque quand on rebâtit l'église paroissiale. Elle devait s'élever au Nord, à peu près à l'endroit où l'on construisit la seconde sacristie. Une des filles de Jean Coppalle, sieur de la Veneuraie, fut inhumée dans la chapelle Notre-Dame, le 25 juin 1622.
(Georges Le Cler).
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