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FAITS DIVERS D'ALLAIRE

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FAITS DIVERS ET AUTRES

Inventaire des biens de l'Eglise d'Allaire.

En application des lois nouvellement promulguées, l'inventaire des biens de notre église eut lieu le 5 mars 1906. La veille, le brigadier de gendarmerie, un nommé Marzac, prévint M. Le Cointre, curé de la paroisse. Il n'y avait qu'à s'incliner. La nouvelle, immédiatement propagée, souleva une protestation des plus violentes dans la population. Dès le soir de ce 4 mars, une quarantaine de paysans bien décidés envahirent l'église, barricadèrent toutes les portes et y passèrent la nuit.

Le lendemain, de bon matin, 150 soldats de la 8ème batterie du 35ème Régiment d'Artillerie de Vannes débarquèrent à la gare de Saint-Jacut. Arrivés au bourg, ils cernèrent l'église. Imaginons le spectacle : sur la place, des soldats en armes, goguenards — pour la plupart, c'était une « sortie » — à l'intérieur de l'église, 40 paysans... tout alentour, des fidèles stupéfiés et furieux à la fois.., un silence pesant, annonciateur de l'orage.

A neuf heures, le commissaire de police de Ploërmel arrive, flanqué de l'inspecteur de l'enregistrement et de deux ouvriers de l'arsenal de Lorient : les crocheteurs. Aux injonctions de l'inspecteur, M. le Curé répond par une énergique protestation :

« ... Nous vous refusons l'entrée de cette église... Nous déclarons que nous ne prendrons aucune part active à votre opération. Acte sacrilège, car ces biens que vous avez la prétention de vous arroger appartiennent à l'Eglise, et seul le Souverain Pontife en a la haute et suprême juridiction. Nous nous contenterons de prier Dieu de prendre en pitié notre pays dans lequel s'accomplit cet acte spoliateur ».

Sommations légales : « au nom de la loi, ouvrez ! ». Pour toute réponse, un cantique jaillit de la foule. M. Le Cointre, pâle, s'appuie résolument à la porte. Sur un ordre, deux gendarmes le retirent non sans brutalité. L'indignation de la foule est à son comble. Les ouvriers de Lorient commencent alors à défoncer la porte... coups de marteau, coup de hache. La foule reprend sans cesse les cantiques : « Nous voulons Dieu » ! Au bout de vingt minutes, le panneau défoncé, la porte cède. Nos 40 paysans sont toujours là, muets. Personne n'ose pénétrer dans l'édifice — par couardise. M. Le Cointre leur assure qu'il ne leur sera fait aucun mal. La gente officielle envahit l'église et l'inventaire commence. Les portes des sacristies, barricadées elles aussi, s'écroulent sous les coups de hache !

Pendant ce temps, de l'extérieur, M. l'abbé Thomas s'adresse aux centaines d'habitants témoins impuissants de cette scène. Cette harangue n'a pas le don de plaire au commissaire qui, furieux, s'apprête à le... gifler, mais la foule, hors d'elle, pousse des cris si menaçants que l'on peut prévoir une bagarre générale. Le commissaire se faufile dans l'église. Une jeune fille, Anne-Marie Clodic, domestique au Calvaire, est arrêtée, mais aussitôt relâchée devant l'hostilité des paroissiens.

Au cours d'un salut solennel, M. Le Cointre remercie les fidèles d'être venus si nombreux. Il félicite le Comte de Pioger, conseiller d'arrondissement, d'être venu apporter le précieux réconfort de sa personne.

Longtemps, la situation resta tendue. On assistera encore à des incidents, tel celui du 7 décembre de la même année où le garde-champêtre verbalisera M. Le Cointre pour... avoir célébré la messe sans déclaration préalable... le maire refusera de signer le procès-verbal.

La Résistance Catholique avait débuté plusieurs années auparavant. En août 1903, une réunion publique de protestation contre les lois sectaires du gouvernement se tint dans la grande prairie de Coueslée. Elle était présidée par le Lieutenant-Colonel de Soyer, assisté de tous les maires des communes du canton, sauf celui d'Allaire qui avait délégué M. Thaumoux, adjoint, pour le remplacer. On y distribua des tracts.

***

Le lendemain, mardi 6 mars, même scène à Saint-Jacut. Il fallut trois heures de siège aux préposés pour pénétrer dans l'église.

Le 7 mars, le bourg de Peillac est envahi par 200 soldats — l'administration avait appelé du renfort. Comme partout, résistance acharnée des catholiques. Le 8 mars, c'est le tour de Rieux, Béganne et Saint-Jean-la-Poterie.

Le choc le plus violent eut lieu le samedi 10 mars à Saint-Gorgon. Les officiels ne se méfiaient pas de cette petite paroisse, bien tranquille, de cette bergerie sans histoire : ils n'envoyèrent qu'un contingent de 33 gendarmes. Ils eurent à le regretter. Ici, pas de réprobation muette ou scandée par de pieux cantiques, mais des actes.

A l'arrivée des gendarmes, le recteur, M. Bléher, s'avança vers la troupe, entr'ouvrit sa soutane en criant : « Si vous êtes des hommes, tirez, car j'ai honte d'être français ! ». Une violente échauffourée éclata : les pierres, arrachées au mur du cimetière [Note : Le mur du cimetière fut refait sous le rectorat de M. Jean Guillouzouic, recteur actuel de la paroisse] tombaient comme grêlons en hiver. Voyant le danger, le maréchal des logis Sagorin commanda : « revolver au poing » ! — peine perdue. La troupe fut débordée et l'inventaire ne put se faire. On compta 6 blessés parmi les soldats, l'un d'eux succomba à ses blessures. Un habitant du pays mourra quelques temps après des suites des coups reçus dans cette bagarre.

Les gendarmes n'osèrent pas utiliser leurs armes : s'ils l'avaient fait, nul doute que le nombre des morts eût été considérable des deux côtés.

Remarquons que tous les hommes blessés appartenaient à des compagnies de la région parisienne, notamment d'Alfortville. Le gouvernement n'avait pas voulu envoyer les gendarmes du pays ; il craignait leur défection.

Cette petite révolution fit grand bruit. Les journaux de Paris s'emparèrent de l'incident et le décrirent — à leur manière. « Le Pèlerin », hebdomadaire catholique, consacra deux pages à une gravure de Damblans représentant cet accrochage.

Une enquête fut ouverte ; elle n'aboutit pas. Le préfet se borna à révoquer le maire, M. d'Audiger [Note : Propriétaire de Brambouhé].

Saint Louis n'a-t-il pas fait deux croisades ?

24 Mai 1903 : une confirmation à Allaire.

Pour recevoir Monseigneur Latieule, évêque de Vannes, le bourg avait pris un air de fête. Les maisons ressemblaient à des reposoirs de Fête-Dieu ; partout, des lanternes vénitiennes, des écussons, des bouquets, des sapins plantés le long des routes.

Vers 9 heures, des cavaliers aux montures enrubannées s'élancèrent au galop à la rencontre de l'évêque, soulevant derrière eux un épais nuage de poussière. Monseigneur revenait de Saint-Jean-la-Poterie et tous ces écuyers l'escortèrent jusqu'au presbytère. Là, réception officielle. Le maire prononce un discours de bienvenue. C'est ensuite la cérémonie à l'église. M. Le Cointre dresse le bilan de l'action catholique dans la paroisse : « L'esprit est bon, dit-il, la foi est vive, le devoir pascal généralement accompli, les vieilles traditions pieuses telles que la prière en commun et la récitation du chapelet dans les familles sont toujours en honneur ». Monseigneur répond en exhortant les fidèles à maintenir dans leur état actuel de prospérité toutes les œuvres de la paroisse.

Le vicaire général interroge alors les enfants d'Allaire et de Saint-Gorgon, puis la cérémonie débute.

Après les vêpres, réception habituelle de Monseigneur aux deux écoles chrétiennes. Le soir, pour clôturer cette fête, une coutume disparue : le feu de joie sur les buttes de la Perrière.

Même cérémonie qu'aujourd'hui : pérennité de l'église à travers les âges.

(Georges Le Cler).

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