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ALLAIRE, MARCHE DU BRO-WEREC |
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ALLAIRE, MARCHE DU BRO-WEREC.
Devant eux Beppolen fuyait, épouvanté,
Et les sombres vainqueurs
redoublaient de courage.
Breiz, une fois de
plus, triomphait de l'orage,
De ses landes montait un chant de liberté.
(Pierre de PORTGAMP). Ma Bro.
Chassés de leur île par les attaques successives des Saxons, Pictes et Scots, les bretons insulaires reflouèrent en masse vers l'Armorique. Cette émigration étalée sur deux siècles, se fit au hasard, par tribus. La région d'Allaire vit alors s'installer un petit lot d'émigrants, formant surtout un « commando » chargé de défendre les marches du Bro-Waroc'h, du nom du comte breton Waroc'h [Note : Ne pas confondre avec le Comte Waroc, père de sainte Trifine] régnant sur la région comprise entre l'Ellé et la Vilaine. Rieux, domaine personnel de Waroc'h, constituait le bastion avancé de ses terres, voisines de celles des Franks de Nantes.
La rapacité, l'hostilité profonde entre Bretons et Franks amenèrent Waroc'h à piller ses voisins, protégés par le vieux Gontran, roi de Bourgogne, oncle et tuteur de Clotaire II. Décidé d'en finir, Gontran envoya en 590 une puissante armée au secours des Franks, armée commandée par les généraux Beppolen et Ebrakher Beppolen ayant imprudemment attaqué les fortifications de Waroc'h à Cranhac [Note : On voit encore aujourd'hui les restes des défenses en terre élevées par Waroc'h] (commune de Peillac) vit son armée périr sous le glaive des Bretons qui trouvèrent un allié dans la vase traîtresse des marais. Lui-même périt dans le combat. Ebrakher, plus stratège, tourna les positions de Waroc'h et, par la Voie Romaine, fila sur Vannes par Allaire. Déconfit, Waroc'h le rejoignit là bas et l'on se jura amitié éternelle. Chargé de cadeaux et de promesses, Ebrakher reprit le chemin du retour et repassa donc par Allaire. Mais le fils de Waroc'h, Canao, poursuivit l'arrière-garde et détruisit son armée dans les marais de la Vilaine, sous le château de Rieux. L'endroit de la lutte porte toujours le nom de « pré de la bataille ».
IXème siècle : Alain Le Grand.
Le vainqueur des Normands à Questembert (888) resta seul roi de Bretagne jusqu'à sa mort en 907. Le cartulaire de Redon [Note : p. 182-183] laisse entendre qu'il résidait à Rieux.
En mai 878, Alain tomba gravement malade. Se voyant en grand danger de mort, il promit, si Dieu le guérissait, de restituer au monastère de Redon, le plou d'Arzon en Rhuis. L'évêque de Nantes, Hermengar, lui apporta l'extrême-onction. Rétabli en juin 878, Alain ratifia cette donation promise dans l'église « d'Alair », devant l'évêque de Nantes probablement resté à son chevet. Cette charte du cartulaire de Redon a fait couler beaucoup d'encre. Certains historiens, et non des moindres, tel La Borderie, ont donné à cette restitution un caractère plus politique : Hermengar n'aurait pas simplement administré l'extrême-onction à Alain, mais il aurait sacré son autorité. D'autres auteurs, comme le chanoine Le Mené et le Comte de Laigue s'obstinent à ne voir dans cette cérémonie qu'une extrême-onction ordinaire, mais administrée par un évêque.
La charte porte « in plebe quae vocatur Alair, juxta aecclesiam plebis ». Le glorieux malade confirma sa donation devant l'évêque Hermengar et « à côté » de l'église (juxta), ce qui s'explique : l'édifice étant trop petit pour contenir la foule qui assistait à cette cérémonie. La charte, en effet, indique que cette restitution se passa « au milieu d'un grand concours de peuple ».
Que ce soit sacre ou non, il est intéressant de noter que cette cérémonie se fit à Allaire et non à Rieux, résidence du Comte. Rieux était un centre militaire, sans édifice religieux et il fallut aller à l'église la plus proche pour célébrer cet événement. Une preuve supplémentaire qu'Allaire fut un des premiers centres chrétiens de la région.
Werec.
Dix ans plus tard, en novembre 888, Alain eut encore l'occasion de faire une donation importante aux moines de Redon [Note : Rappelons que le monastère de Redon fut fondé par Saint-Conwoïon vers 830, avec l'aide de Nominoë, qui voulait ainsi protéger sa frontière de l'Est]. Alors qu'il séjournait à Rieux, l'un de ses fils, Werec - Guérec ou Quérac partit à la chasse dans la forêt de Rieux, le long de La Vilaine. Frappé d'une attaque, ce pauvre Werec tomba foudroyé et fut recueilli au plou d'Allaire chez un nommé Linworet, habitant la villa de Bran-Hermelin. Le père prévenu, et voyant l'état quasi-désespéré du malade, fit appeler l'abbé de Redon, Fulcric. Il lui demanda de mettre toute la communauté en prières pour obtenir de Dieu la guérison de son fils. Il donnait au monastère les paroisses de Marsac et de Masserac. Aussitôt arrivé à Redon, Fulcric fit prier tous les moines et, oh ! miracle, le prince Werec se sentit immédiatement soulagé et il guérit.
A quel endroit du plou d'Allaire se trouvait la villa Bran-Hermelin ? Un des marais de La Vilaine porte encore aujourd'hui le nom d'Hermelin. Cette villa devait se situer à l'emplacement de Bocquéreux, un des plus anciens villages d'Allaire. L'étymologie de Bocquéreux [Note : Bocquéreux s'est écrit Bocquerec, Boccareuc au XVème siècle, probablement Bod Gwérec : le bosquet de Guérec] pose d'ailleurs de sérieux problèmes. Mais il n'y a aucun doute, c'est là que Linvoret recueillit le fils d'Alain Le Grand.
Pendant tout ce IXème siècle, le pays fut ravagé par les Normands. Remontant les estuaires en quête de villes et de monastères à piller, il est certain que ces loups de mer détruisirent Redon [Note : Le monastère fut détruit et les moines s'enfuirent jusqu'auprès de Plélan où ils construisirent une nouvelle maison. C'est là que saint Conwoion mourut à l'âge de quatre-vingts ans] et rayonnèrent dans la contrée. Allaire n'échappa pas à la destruction [Note : Derrière le village des Grêles, un pré s'appelle encore « La Noë des Normands »]. Alain Le Grand stoppa une première offensive à Questembert en 888, mais il faudra attendre les victoires de son petit fils, Alain Barbe-Torte, en 937 et 939 pour rejeter définitivement ces « Normands sans mercis » : « d'en purger la Bretagne, il eut toute la gloire ».
(Georges Le Cler).
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