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LA SEIGNEURIE DU VAUDEGUIP ET SON MANOIR A ALLAIRE

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LE VAUDEGUIP.

C'est par le moulin qu'il faut parvenir au château du Vaudeguip. Du pignon de la maison, vous le verrez surgir en contre-bas, dominant les vastes prairies, calme, majestueux. D'où vient cette immobilité, cette impression de solitude et de tristesse qui vous étreint et vous submerge ? Tel un fantôme, il semble étonné d'être toujours là, mélancolique et orgueilleux à la fois.

On pourrait appeler le Vaudeguip « la terre du passé ». Il a connu les guerres, révolutions et intrigues, mais aussi le plaisir, les fêtes et la veulerie humaine. Il reste là comme un témoin inébranlable de la malheureuse humanité qu'il a vue se débattre à ses pieds.

Ah ! murs du Vaudeguip, si vous pouviez parler !

***

Le Vaudeguip, c'est le Val des Deguip. On retrouve ce radical Vau dans de nombreux noms de villages : Vaudepierre, Vaubily, Vaubio, Vaujouan. Le Vaudeguip fut sans doute élevé par un Deguip, nom déjà connu dans la paroisse à la fin du XIVème siècle.

Les premiers possesseurs du Vaudeguip sont les Bogier, originaires du village du même nom Bogier (aujourd'hui Bogé). C'est vers 1425 qu'un Guillaume de Bogier acheta le Vaudeguip où il s'installa. Son fils, du même nom, s'intitule seigneur de Bogier et du Vaudeguip. Il épousa la riche héritière Marguerite de Téhillac.

Grâce à ses nouvelles rentes, Guillaume de Bogier devint un seigneur assez puissant pour fréquenter la cour du duc de Bretagne Pierre II, époux de la Bienheureuse Françoise d'Amboise.

Guillaume devint trésorier de l'Epargne du duc et capitaine du Solidor. La famille était sortie de l'ornière et elle atteindra son apogée sous son fils.

Guillaume de Bogier, troisième du nom, épousa une demoiselle de la maison de Comblessac. Il fut écuyer du duc, écuyer et conseiller du maréchal de Rieux. Le duc Pierre II avait accordé à son père une justice avec sénéchal qui se tenait près de la chapelle de Saint-Eutrope.

C'est dire que la maison de Bogier était « bien en cour ». Notre homme n'avait plus qu'à suivre les traces de son père. Il s'aboucha avec le maréchal de Rieux, son suzerain. Il se trouva alors mêlé à la révolte des seigneurs bretons contre leur duc François II. De quoi s'agissait-il ?

Le duc, prince velléitaire, avait nommé grand trésorier Pierre Landais, un roturier partisan acharné de l'indépendance bretonne. Chef du parti anti-français, Landais s'était attiré de nombreux ennemis, notamment les nobles qui ne voulaient pas d'une guerre contre la France et qui supportaient avec aigreur la domination du trésorier. Par ambition, Jean IV, maréchal de Rieux, voulut faire disparaître Landais. Il réunit une troupe de rebelles, dont Guillaume de Bogier.

Rieux était partisan du mariage de Maximilien d'Autriche et de la petite Anne. Maximilien ne se trompait pas en voyant dans cette rébellion l'occasion assurée d'épouser la future duchesse... et d'avoir le duché ! Il encouragea la révolte et sans plus attendre, versa maints subsides aux conjurés. Guillaume de Bogier s'en tira avec une pension de 3.000 livres [Note : Elle fut vite supprimée], somme considérable à l'époque quand on la compare avec les rentes du Vaudeguip qui atteignaient péniblement 400 livres.

Le but des révoltés ? Supprimer Landais et délivrer le chef de l'opposition, Guillaume Chauvin, séquestré au château de l'Hermine à Vannes.

Apprenant la mort de ce dernier, de la simple réprobation, les partisans de Rieux passèrent à l'offensive. Le 7 avril 1484, une quarantaine d'hommes pénétrèrent par surprise au château de Nantes dans l'intention de s'emparer de Landais. A la tête se trouvaient Rieux, Louis de Rohan et quantité d'autres seigneurs dont Bogier. Le château ducal fut pris, fouillé, mais Landais restait introuvable. Les bourgeois de Nantes, alertés, envahirent les alentours du château et menacèrent de venger leur duc qu'ils croyaient en danger. Le fait est significatif.

Le coup de main des nobles échoua. Colère du duc qui réprouva leur « damnable et traîtreuse entreprise ». Il les déclarait coupables « d'infidélité, félonie rébellion, désobéissance et déloyauté ». La confiscation des biens fut prononcée par le duc, poussé par Landais. Les maisons de Guillaume de Bogier furent abattues et les bois de haute futaie rasés !

C'est alors que se place l'action la plus vile de Rieux et de ses amis. En représailles, ces grands feudataires bretons n'hésitèrent pas à signer le traité de Montargis dans lequel ils sacrifiaient l'indépendance bretonne au profit de la rusée Anne de Beaujeu.

— Landais tint tête, chercha des alliés, et envoya contre le maréchal de Rieux une armée ducale de 4.000 hommes qui... trahit ! Les soldats de Rieux unis à ceux qui étaient chargés de les combattre, s'avancèrent de concert vers Nantes et obligèrent François II à leur livrer Landais. Le même jour, le trésorier fut jugé (ce fut une « parodie judiciaire ») [Note : Histoire de Bretagne. Abbé Poisson, p. 169] et exécuté dans la prairie de Biesse. C'était le 19 juillet 1485.

« Ardent et fidèle Breton, il combattit pendant vingt-cinq ans pour le salut de la patrie et mourut à la peine », nous dit La Borderie.

La mort de Landais sonna le glas de l'indépendance bretonne, déjà si menacée par Louis XI et, après lui, par sa fille « araigne qui convertit toute bonne viande en venin ». C'est avec un serrement de cœur que nous avons suivi Rieux et son alter ego Guillaume de Bogier dans cette lutte où l'ambition et l'orgueil leur ont fait oublier leurs devoirs fondamentaux.

Quoi qu'il en soit, Guillaume récolta les fruits de ses tractations. L'amnistie accordée par François II lui procura la succession de Landais, le collier de l'ordre de l'hermine [Note : Le plus ancien ordre de chevalerie de Bretagne, institué par Jean IV en 1381] et d'amples dédommagements pécuniaires qui lui permirent de rebâtir l'actuel château.

Le duc, bon prince, avait accordé à Guillaume de Bogier deux foires qui se tinrent au Vaudeguip le 23 avril 1456 et 1460. Renouvelant sa demande, en 1494, mais au roi cette fois, il en obtint une autre qui devait se tenir le 13 septembre de chaque année près de la chapelle de Sainte-Barbe.

C'est Guillaume de Bogier qui fit construire cette chapelle en 1484.

En récompense de « ses bons et loyaux services », le sire de Rieux lui accorda la concession d'un « tiers post » à sa justice patibulaire desdits lieux de Bogier et du Vaudeguip, ainsi que le droit de sceaux.

A sa décharge, il est juste de dire qu'il se montrait bon administrateur de ses biens. On retrouve aux archives des actes de vente, échanges, achats signés de sa main. Concession du « Champ du Bucat » à Guillaume Bezier, du Chesne-Regnaud — acte d'achat d'un cent d'anguilles en 1505 — bail du moulin à vent de Saint-Eutrope (moulin aux Roches) pour 120 boisseaux, moitié seigle, moitié froment. Guillaume de Bogier blasonnait : « d'argent au croissant de sable entouré de 8 merlettes de même en orle ».

Claude de Bogier, personnage effacé, ne régna que 17 ans au Vaudeguip. Il mourut sans enfant en 1537 et laissa ses domaines à sa sœur Peronnelle, épouse de Guyon de Quengo.

Jehan de Quengo hérita du Vaudeguip par sa mère. Il commanda le ban et l'arrière-ban de l'évêché de Vannes. François de Quengo, son fils, devint propriétaire du Vaudeguip. Il avait épousé Jacqueline de Bourgneuf, fille du premier président du parlement de Bretagne.

Ensuite nous trouvons René de Quengo, chevalier de l'ordre royal, dont le fils, René II de Quengo, comte du Rochay, sire de Tonquédec, vendit le Vaudeguip le 15 déjembre 1661 à Gabriel de Kervérien [Note : Frère de René de Kervérien, sieur du Vaujouan ; cf. « la famille Kervérien »] et à Françoise Allaire, sa femme, pour 74.000 livres.

Voici les articles stipulés sur l'acte de vente :

« Le manoir du Vaudeguip avec tous les logements et dépendances, bois, terres arables et non arables, garennes, marais, communs. Les métairies de Tréméhan, Prémohan, Legré, le Placix, Le Motay. Les prééminences et droits honorifiques en l'église paroissiale d'Allaire consistant en une chapelle prohibitive fermant à clé au chanceau et joignant le balustre du grand autel du côté de l'épître ; droit de présentation de messes fondées par le seigneur du Vaudeguip dans ladite chapelle, bancs et accoudoirs, avec tous les écussons armoriés. Les moulins à eau du Vaudeguip, de Renaudin, des Roches. Les fiefs et bailliages de Saint-Eutrope, Coesnongle et la Fosse. Le droit de juridiction haute, basse et moyenne s'exerçant au bourg d'Allaire, avec justice à trois pots dans la lande du Vaudeguip conduisant à Coesnongle ».

Laissant sa femme au château, notre nouveau propriétaire entra au service du roi pour la garde de la côte de la Province. Un certificat du 10 août 1689, signé de son capitaine de compagnie, atteste qu'il réside à Belle-Isle depuis 1674 avec les « autres gentilshommes ». C'est lui qui paya en partie la reconstruction de l'église paroissiale d'Allaire en 1675. En témoignage de gratitude, le recteur l'autorisa à mettre ses armes au-dessus de la porte Ouest. L'emplacement est encore visible.

Tout aurait pu aller pour le mieux dans « le meilleur des mondes » si Gabriel de Kervérien n'avait eu maille à partir avec Jeanne Cybouault, dame de Deil. Procès sur procès, mémoires, transactions achevèrent de ruiner notre homme qui s'était déjà endetté pour l'achat de sa propriété, malgré la dot de 20.000 livres apportée par sa femme.

Agé de 76 ans, il rédigea son testament le 10 août 1699 et mourut quelques semaines après. Sa première femme, Françoise Allaire, l'avait précédé dans la tombe. On fit dire pour elle 100 messes au couvent de Bodélio.

La vente des meubles du Vaudeguip, exigée par les créanciers, eut lieu le 19 juillet 1700. On y trouve entre autres « un carrosse sans guindage (vendu 25 livres), un calice en argent avec sa patène et son étui de cuir (30 livres) et le bateau servant à la pèche de l'étang (5 livres) ».

Le Vaudeguip passa alors aux enfants de sa sœur, Jacquemine de Kervérien, épouse de Pierre Thomas de la Caunelaye. Hyacinthe Thomas de la Caunelaye, sieur de la Ribaudière et du Vaudeguip, épousa Louise le Sénéchal de Carcado. Il mourut jeune (1752), laissant une fille Jeanne Thomas de la Caunelaye qui épousa à l'âge de 18 ans Charles Du Bot, marquis du Grégo [Note : Le mariage eut lieu à Allaire dans la chapelle du Vaudeguip ; armes des Du Bot du Grégo « d'azur au chevron d'or, accompagné de trois quintefeuilles d'argent »].

Le ménage ne s'accordait pas. Au bout de 8 ans de vie conjugale, Jeanne se sépara de son mari et courut la prétantaine. De son côté, Charles menait joyeuse vie, s'habillant de baudriers piqués de soie et trouvant lui aussi de bonnes fortunes.

Ils eurent une fille : Louise Exupère-Charlotte.

***

LOUISE DU BOT DU GRÉGO. — Elle naquit en 1772 et mourut au château de Trévarez près de Châteauneuf-du-Faou le 17 janvier 1826. Née de parents insouciants qui, en cette veille de Révolution, jouissaient de la vie avec fureur, elle traversa cette époque troublée avec énergie et sang-froid, mettant sa beauté et son charme au service de ses intrigues. Elle était jolie, agréable de compagnie, enjouée même, mais de petite taille. Ce fut une femme fatale, immorale et amorale à la fois.

Elle n'avait que quinze ans lorsqu'elle épousa le vicomte Damphernet de Pontbellanger, d'une vieille famille normande. Les événements se précipitent : Révolution, Chouannerie. De Pontbellanger quitte sa jeune femme et prend les armes pour la défense du roi et de l'autel. Louise sent le danger. Elle frémit, elle craint de se voir ruinée comme les autres nobles partis en émigration. Faudra-t-il dire adieu à toutes ces fêtes qui charmèrent les années insouciantes de sa prime jeunesse ? Non, il faut sauver par tous les moyens ce qui peut-être sauvé. Que son benêt de mari soit parti chouanner, qu'importe, elle sauvera la face et trouvera de solides protections !

C'est alors qu'on la voit circuler — librement — en Anjou, Poitou, revenir en Bretagne, courir les bureaux de Nantes pour s'employer à faire lever les menaces de sequestre qui pesaient sur ses biens. Que l'on s'imagine cette petite marquise voyageant librement dans tout l'Ouest alors que les guérillas faisaient rage et que luisaient derrière chaque landier les fusils et les sabres ! De quelle haute protection bénéficiait-elle donc ? De celle d'un général républicain, et quel général ! Hoche lui-même ! Entre deux combats ou deux pourparlers de paix, il accourait voir sa petite Louise, soit à Trévarez, soit au Vaudeguip. Pendant que son mari combattait « les bleus », elle recevait, on ne peut plus tendrement, le chef de ses ennemis... et elle trahissait ! Ce n'est pas pour elle le grand Amour, elle se moque au fond de Hoche comme elle se moquera de ses autres amants, ce qu'elle veut : sa protection. Qu'il lui garde ses châteaux et ses terres ! Qu'il empêche leur mise en vente ! Son père a émigré à Jersey, son mari traque les « sans culottes », mais elle rachètera leur inconduite. Elle trahit son père, son mari, pour garder ses biens ! Que l'on songe à son rôle perfide dans l'affaire de Quiberon lorsqu'elle fit détourner de son but l'armée de Tinténiac qui devait prendre Hoche à revers. Il faut le dire : sans le guet-apens de Coetlogon, il se peut que Hoche eût été vaincu à Quiberon. En mesure-t-on les conséquences ? Elle voit le danger ; avec quelques intrigantes, elle détourne l'armée royaliste, « l'armée rouge », sous de fallacieux prétextes. Réception enthousiaste... pendant que les bleus prévenus fourbissent leurs armes. Le baiser de Judas ! On sait le reste. Tinténiac tué, les débris de l'armée rouge se regroupent... oh, ironie ! sous le commandement de Pontbellanger lui-même dont la femme vient d'assassiner leurs compagnons.

C'en était trop. Rendu responsable du crime de sa Louise, De Pontbellanger est emprisonné, jugé et condamné à mort. Le grand Georges Cadoudal, plein de pitié pour ce malheureux, le fait évader. La trahison de sa femme l'a atteint profondément. Depuis longtemps il connaît son infortune, mais cette boucherie perpétrée si froidement achève de le désespérer. Quelques jours après, il périt à Médréac (Ille-et-Vilaine). D'aucuns disent qu'il se suicida, je n'en serais pas étonné.

Louise est libre. Hoche a quitté la Bretagne. En 1797, il mourra loin d'elle à Wetzlar, en Alsace.

Notre marquise est aux abois ! Son amant et protecteur disparu, elle risque de voir revenir les menaces de séquestration de ses biens. Avoir tant lutté, tant manœuvré pour recommencer ? Vite, elle cherche un autre protecteur, cette fois républicain bon teint qu'elle prendra pour mari. Ce sera le colonel Bonté, ami et subalterne de Hoche. Louise le connaît bien. Le 4 brumaire an VI (25 octobre 1797), elle épouse ce commandant de la 81ème demi-brigade.

A la suite de son mari, on la retrouve en Italie, en Dalmatie, en Croatie. Bonté est un vaillant soldat : il recevra des félicitations du premier Consul. Sa femme le soutient, revendique des droits, demande justice. Il faut sauver les vastes propriétés de son père, le marquis franc-maçon. Procès, contestations se succèdent. Elle n'oublie pas de tirer partie de la position de son mari. Aux archives de la Guerre [Note : Liasse 1069], on trouve « un état général pour prouver les malversations du colonel Bonté depuis 12 ans, particulièrement en Dalmatie ». Sa femme n'y est pas étrangère !

Bonté, devenu baron, applaudit au retour du roi et sollicite le poste de commandant militaire du Finistère. Protestations royalistes... Louise ira trouver le roi, suppliera et obtiendra gain de cause.

Le baron Bonté, dépassé par les événements, se montre dégoûté et inquiet des tribulations qui l'entourent. Dans une lettre du 22 septembre 1814, Louise avoue : « M. Bonté craint toujours d'être compromis dans mes affaires » ! Le 17 janvier 1826, la baronne Bonté rendait le dernier soupir à Trévarez.

Son mari s'empressa de se remarier avec Elisa de Carlotti. Il mourut à Paris le 6 mars 1836, d'une manière fort édifiante au dire de sa belle-fille. Il fut inhumé à Trévarez près de sa première femme. Sur le mausolée de marbre élevé sur sa tombe on peut lire :

Son bras servit la patrie et soutint le malheur,
Sa voix enhardit les bataillons et encouragea le talent,
Sa jeunesse appartint aux braves,
Son âge mûr au bonheur de tous.
Le soldat
L'artiste
L'ami
Et surtout l'épouse
Voudraient tracer ici son éloge.
Mais, quels accents prendrait leur reconnaissance
Pour parler aussi haut que ses bienfaits ?

***

De son mariage avec Damphernet de Pontbellanger, Louise du Bot eut deux enfants.

1. Charles Félix Damphernet de Pontbellanger, né en 1788. Il mourut à la « Barre » en Redon, le 8 août 1827.

2. Une fille, née en juillet 1790 et décédée le 25 septembre de la même année au Vaudeguip. Elle fut inhumée dans la chapelle de Boger — église d'Allaire — en présence d'Armand Couëssin, chevalier de Kerhaude.

Charles-Félix hérita du Vaudeguip. Il acheta les deux moulins de Quip 9.000 fr., mais vendit la métairie du Mottay le 19 mars 1823 à Jean Guéheneux qui la céda le 24 avril de la même année à Gabriel Dondel du Faouëdic. Le Mottay appartient aujourd'hui à Mlle de Marcé, ainsi que le Vaujouan et les Championnais.

Charles-Félix de Pontbellanger eut un fils, Michel, qui hérita du château de Trévarez, et une fille, Antoinette, qui se maria à Henri du Fresne de Virel. Le Vaudeguip resta la propriété de cette très riche famille jusqu'en 1932, date à laquelle M. Garnier, industriel à Redon, s'en rendit acquéreur. Aujourd'hui, le Vaudeguip appartient à son fils, M. Henri Garnier [Note : Je dois une reconnaissance spéciale à M. Garnier qui m'a donné toute liberté pour visiter le château chaque fois que j'en exprimais le désir].

***

Cette demeure historique reproduit le style de la fin du XVème siècle : tourelle cylindrique remarquable de finesse, fenêtres à fronton triangulaire sur lesquelles se trouvent sculptées les armoiries des Kervérien et des de la Caunelaye. Le château fut agrandi probablement au XVIIème siècle. A remarquer la tour carrée de l'ouest coiffée du « chapeau de gendarme ». Jusqu'au début de ce siècle, un étang s'étalait au pied du jardin, au midi du château. Les eaux alimentaient un moulin situé sur la chaussée — le moulin banal des seigneurs du Vaudeguip.

L'intérieur nous laisse rêveur. Certes, depuis l'époque de sa splendeur, bien des transformations l'ont rendu méconnaissable. On remarque la magnifique cheminée sculptée de la grande salle portant les armes du Vaudeguip (six merlettes avec un croissant au milieu ayant la pointe en haut). Au-dessus du manteau de cette cheminée, une niche, aujourd'hui vide, dans laquelle Gabriel de Kervérien avait fait placer une statue de sainte Barbe tenant dans ses mains une tour, réduction de celle du Vaudeguip. La reproduction de cette statue se trouve encore en la chapelle de Sainte-Barbe, mais la tour a disparu.

Une chapelle privée s'élevait à l'est du château. Aujourd'hui transformée en hangar, elle est difficilement reconnaissable sous sa toiture de tôles. On y voit encore la pierre d'autel et les bénitiers. Cet oratoire fut abandonné pendant plusieurs années ; l'acte de réconciliation de la chapelle est daté de 1726.

La seigneurie du Vaudeguip avait droit de haute, moyenne et basse justice. L'exemple suivant nous le prouve :

En 1615, un nommé Jean Morin, convaincu d'assassinat, fut emprisonné à Rieux sur l'ordre du sénéchal du Vaudeguip qui rendit la sentence : Morin devait être conduit par l'exécuteur, « en chemise, tête et pieds nus, la corde au cou, une torche de cire ardente du poids de deux livres en mains devant la grande porte et principale entrée de l'église paroissiale d'Allaire. Là, à genoux, il demandera pardon à Dieu, au roi et au seigneur du Vaudeguip ; ensuite il sera mené au lieu patibulaire pour être pendu et étranglé jusqu'à extermination de vie. Ses biens confisqués feront retour au seigneur ».

La sentence fut exécutée au lieu ordinaire, dans la lande du Vaudeguip à Couesnongle.

Vicomtesse de pontbellanger.

Signature de Louise Du Bot du Grégo, Vicomtesse de Pontbellanger (Vaudeguip-Allaire).

Fac-similé de la signature de Louise Du Bot du Grégo,
Vicomtesse de Pontbellanger (Vaudeguip).

(Georges Le Cler).

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