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LES SEIGNEURIES D'ALLAIRE

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LES SEIGNEURIES.

Nous arrivons maintenant aux nombreuses seigneuries et terres nobles de la paroisse d'Allaire. Je ne reprendrai pas ici leur étude détaillée. Monsieur l'abbé Merlet l'a fait déjà dans son ouvrage « Les domaines seigneuriaux en Allaire » (Vannes, 1909). Ce livre devenu introuvable, j'ai pensé qu'il serait intéressant d'en revoir les principaux chapitres auxquels j'ai pu adjoindre quelques détails inédits découverts au cours de mes recherches.

Avant de commencer cette nomenclature, ardue et sèche, il nous est nécessaire de revenir un peu en arrière.

Le 16 janvier 1345, Jean Ier, sire de Rieux, époux de Jeanne de Clisson, soeur du connétable, fonda à Rieux un couvent de Trinitaires.

« Jehan, sr de Rieux, chevalier en Bretagne, au diocèse de Vennes. en l'honneur de Dieu et de la benoiste Vierge Marie… avons fondé en nostre dite ville de Rieux une maison de religieux de l'ordre de la Sainte Trinité au lieu où nous avons fait commencer l'emprise de l'église, maison et habitation pour les dits pères... ». Cet acte de fondation était signé de Frère Michel Casuren, ministre de Château-Brient, de Guillaume André, gouverneur de la maison de Rieux et de Frère Thomas, ministre général de l'ordre.

La fondation d'un couvent à Rieux établit un nouveau centre religieux, transformé quelques années plus tard en paroisse. Allaire fut alors réduit de moitié, car la contrée de la Poterie et de Saint-Jean-des-Marais fut jointe à cette nouvelle église. Malgré cette amputation de taille, la superficie d'Allaire restait de 4.737 hectares : son territoire actuel plus celui de Saint-Gorgon. Aujourd'hui Allaire s'étend sur 4.168 hectares.

LE BOAIS-PÉRIGAULT [Note : Bois-Bérigo au cadastre]. — Située au bourg d'Allaire, cette ferme, ancienne terre noble, est citée pour la première fois à la réformation d'Allaire en 1513. Elle appartenait à Guillaume de Bogier, sieur du Vaudeguip.

Dès la fin du XVIème siècle, elle fut détachée du Vaudeguip et passa aux Marquier, lignée bourgeoise qui remplit plusieurs charges sous le Comté de Rieux. En 1636, Alain Marquier possédait, en plus de cette terre, celle de Logeraie qui passa ensuite aux mains des Guyoldo, sieur de la Sauldraye. Au XVIIeme siècle, le Boais-Périgault était la propriété des Voisin par suite du mariage de la riche — mais laide — Perrine Méhaud, dlle de Chez Méhaud, de la Dentollerie, du Groschêne, de Trouhesnel et du Boais-Périgault avec Jacques Voisin.

1720. — Jean Voisin en est le propriétaire.

Nous trouvons ensuite Pierre Voisin en 1809 et Mathurin Voisin dont une fille épousa Jean-Marie le Mauff, de Péaule.

1893. — Le Boais-Périgault appartient à Joseph le Mauff, maire d'Allaire et conseiller général du canton, époux de Marie Debreuve.

La maison actuelle fut construite en 1797. Ajoutons que Perrine Méhaud, épouse de Jacques Voisin, se maria à la chapelle de Saint-Eutrope. Ce mariage fit la fortune des Voisin qui possédaient, en outre, des terres et métairies à Saint-Eutrope et à la Méhaudaie. Le premier maire en 1789 fut Jean Voisin, descendant de Jacques et ancêtres des familles Voisin.

LA BOULARDRIE [Note : Les pièces de terre contiguës au Puits-Dréan, au Nord-Est du bourg, portent encore ce nom]. — Manoir situé au nord de l'église, face à la bascule publique. Il se trouve caché en partie par le bâtiment neuf élevé par M. Joseph Philippot. Ce manoir fut reconstruit en 1610 comme l'indique la date inscrite sur le frontispice de la porte principale. C'était une résidence de notaires et de greffiers.

1660. — La Boulardrie est habitée par Me Pierre Chevrel, propriétaire du manoir par sa femme, Madeleine Bertaut. Pierre Chevrel était notaire et greffier de la seigneurie de Deil.

1675. — On y trouve toujours Chevrel, remarié à Marguerite Clouet.

1700. — A Pierre Filleuc, époux de Marguerite Barniquel. C'est ce Filleuc qui fit tailler l'écusson que l'on peut encore voir sur le manteau de la cheminée d'une des pièces du rez-de-chaussée.

Du XVIIIème au XIXème siècle, la Boulardrie devint successivement la propriété des Dayon, de Marie Jouan et des Duval.

Actuellement, le manoir, de bien pauvre allure, appartient à Constant Duval et à Joseph Philippot, époux de Jeanne Duval.

La Boulardrie tomba en roture dès le milieu du XVIIIème siècle.

BOCQUÉREUX. — Le village de Bocquéreux, en bordure de la Vilaine, est une des plus anciennes terres nobles d'Allaire [Note : Cf. le chapitre : Alain le Grand]. La réformation de 1427 cite « l'hébergement de Boccareuc à Jehan de Gravot (natif de Carentoir) et à sa femme à cause d'elle ».

1464. — François Gravot comparaît à la montre de Vannes. Il est inscrit pour 50 livres de rente.

1481. — Jehan Gravot taxé pour 40 livres.

La réformation d'Allaire de 1513 indique « maison, manoir et métairie de la Porte à Bocquéreux au dit Jehan de Gravot ».

1563. — Jacques Nyol, époux de Mathurine de Gravot, en est le propriétaire. Vers 1580, la Porte fut achetée par Jean de Kervérien qui la vendit à Gilles du Creux. Celui-ci ne garda pas longtemps le manoir, il le revendit au fils de Jean Kervérien le 16 octobre 1605, ainsi que la terre et maison de Coueslée. De 1605 à 1659, le propriétaire reste ce Jean Kervérien, marié à Perrine Fabron, du Parc-Anger. Ces terres passèrent ensuite à Guillaume de Vaucouleurs de Lanjamet, époux de Marguerite de Kervérien.

En 1727, messire Dondel du Faouëdic s'en rend acquéreur, ainsi que du moulin de l'avocat qui faisait alors partie du domaine de la Porte.

A la Révolution, le manoir appartient à René Pierre Couëssin de Kerhaude, sieur du Champ Mahé, de Brandéhal et de la Porte. Celui-ci ayant émigré, ses biens furent tout bonnement confisqués en 1793 et vendus par le tribunal révolutionnaire à Me Fraboulet de Kerléanec, notaire à Vannes. Il s'en rendit acquéreur pour 80.100 fr. en assignats.

Est-ce la peur des représailles ou le désir de retrouver la paix de sa conscience qui fit Me Fraboulet revendre la Porte à son propriétaire revenu d'émigration ? On ne le sait. En tous les cas, Couëssin de Kerhaude en redevient possesseur. Mais il n'est pas particulièrement attaché à ce domaine qui lui valut beaucoup d'ennuis et qui lui rappelait certainement de mauvais souvenirs, il le vend à M. de Tanouarn, maire de Pipriac, époux de Marie-Geneviève Dondel du Faouëdic. Et voilà le manoir de la Porte revenu à la famille de ses anciens propriétaires. Leurs armes portaient « d'azur au porc-épic d'or ».

Peu de temps après, la Porte fut vendue à des paysans. Les Gauthier s'en rendirent acquéreurs par l'entremise de Me Grayo de Kéravenan, notaire à Allaire, petit neveu de l'abbé Grayo de Kéravenan qui accompagna Georges Cadoudal à l'échafaud.

A signaler que lorsque le tribunal révolutionnaire vendit la Porte à Me Fraboulet, le domaine fut cédé en plusieurs lots achetés par différents amateurs. Ce fut le morcellement de cette ancienne propriété.

BRENBIS BRAMBIS. — Terre noble inscrite en 1427 comme appartenant à Jehan Frouessart. En 1481, Guillaume de la Rembaudière comparaît à la Montre d'Auray (50 livres de rente).

Jusqu'en 1623, Brambis resta la propriété de cette famille. A cette date, le domaine passa à Alain du Rochay, neveu de Pierre de la Rembaudière, mort sans enfant.

1666. — Le propriétaire est Louis de la Bourdonnaie de Liré. L'un de ses descendants, Charles-Bertrand de la Bourdonnaie du Loch, après avoir mené joyeuse vie, se ruina complètement. Ses biens furent vendus en 1793, entre autres Brambis acheté par Joseph Guéhenneuc d'Ayon. Ce dernier le céda à Jacques Gautier de Vaubily pour 4.000 francs.

En 1810, Brambis appartient à François le Clainche, notaire à Rochefort, qui le vendit en 1844 à la famille Catroux de Nantes. Le marquis d'Hérouville la possède ensuite. Il était marié à demoiselle Affre, nièce de l'évêque de Paris, tué le 25 juin 1848. De nos jours, Brambis appartient à la famille de Chanterac, domiciliée à Malansac.

BRANDÉHAL. — Encore un vieux manoir, aujourd'hui complètement disparu. Des bâtiments de ferme entourent l'ancienne cour.

Le domaine seigneurial de Brandéhal comprenait, d'après M. Merlet, les terres suivantes : Brandéhal, La Louaye (la Luée), Brambouhé, Prémohan, Trémahen et Villeneuve. Le premier propriétaire connu est Guillaume de Gouesby (ou Couesby) en 1384.

Jean Couesby, dernier représentant de cette famille, mourut en 1492. Les biens furent dispersés. C'est à cette époque que Tréméhan et Prémohan passèrent aux seigneurs du Vaudeguip. La Luée tomba en roture.

De 1492 à 1658, date à laquelle le recteur d'Allaire, Jérôme de Racinoux la possède, on ne connaît qu'un seul propriétaire : Jehan de la Houssaye.

Ce bon recteur mérite qu'on parle un peu plus longtemps de lui et surtout de ses faits et gestes. De famille noble, blasonnant « d'argent au lion de sable », Il devint, on ne sait trop comment, par achat plutôt que par héritage, propriétaire de Brandéhal. Vers 1658-1660, il quitta Allaire et fut nommé chanoine scolastique de Rennes. Il y avait déjà longtemps qu'une école était ouverte à Allaire, bien petite école, ne recevant que peu d'élèves, mais elle existait. On conserve aux archives d'Allaire un acte de 1536 portant la signature de « maistre » Jehan Kervérien, maître d'école à Allaire. Cet instituteur de l'époque héroïque ne recevait pas de salaires fixes, mais se voyait attribuer de nombreux dons versés à titre régulier par certaines familles nobles qui lui assuraient ainsi, à lui et à ses successeurs, une faible rente, juste assez forte pour lui permettre de vivre. M. de Racinoux, devenu propriétaire de Brandéhal, voulut participer à la subsistance du maistre d'école de la paroisse. Le 19 avril 1681, par acte passé devant les notaires royaux de Vannes, Maîtres Gouélesdre et Gobbé, il institua une rente perpétuelle en faveur de l'école d'Allaire et de son titulaire. Copie de cette fondation se retrouve dans l'acte de vente de Brandéhal en 1765. Elle mérite d'être citée en partie... « ... à charge de faire livrer tous les ans et à perpétuité au maitre de l'école pour l'instruction de la jeunesse d'Allaire le nombre d'un tonneau de seigle, un demi tonneau d'avoine, bon grain, sec et net, loyal, marchant et bien conditionné, de rente créée et fondée sur l'hypothèque générale et spéciale de la métairie de Brandéhal, par feu noble et discret missire Jérôme de Racinoux, ci-devant recteur d'Allaire et propriétaire de cette métairie ».

Ne serait-ce que pour cela, son nom ne doit pas sombrer dans l'oubli. A sa mort, Brandéhal devint la propriété de Perrine de Racinoux, sa nièce, épouse de Louis Le Loup en 1729.

Joseph Le Loup et sa sœur, Perronnelle, vendirent Brandéhal à messire René-Pierre Couëssin, chevalier de Kerhaude, par l'acte de 1765 dont nous avons cité un extrait plus haut. Ce chevalier émigra pendant la Tourmente et nous avons vu que ses biens furent vendus nationalement [Note : Voir « Bocquéreux »]. Le procureur syndic du Directoire de Rochefort, François Le Clainche, méprisable paltoquet, acheta Brandéhal pour 9.900 fr. Si la Révolution ruinait certains propriétaires, elle enrichissait ce freluquet qui se rendit acquéreur de Brambis en 1810. Brandéhal passa ensuite à Cottier qui avait épousé une Le Clainche.

Aujourd'hui, la ferme appartient en grande partie à la famille Baron.

COUESLÉE : nom d'origine bretonne, koadlez, bois de la cour, s'écrit Coetlès. Coueleix jusqu'au XVIIIème siècle et de nos jours Coueslée.

1427. — Les deux métairies de Coueslée appartiennent à Jehan Jégou, époux de Jeanne de Coëtmal (encore un nom bien breton !).

1513-1536. — Le propriétaire de Coueslée est Jehan Lévesque. A cette date les métayers sont Guillaume Mourault et Eon Panhaleuc.

1605. — Gille du Creux vendit la Porte [Note : Voir Bocquéreux] et Coueslée le 16 octobre à Jehan de Kervérien qui laissa par testament en 1659 Coueslée et le Vaujouan à son fils René de Kervérien, époux de Charlotte Janvier. A la mort de ce dernier, le Vaujouan passera à son fils : Louis-Redon, Coueslée à sa fille Marguerite qui épousa le 21 février 1669 messire Guillaume de Vaucouleurs de Lanjamet de Miniac. Marguerite mourut le 25 novembre 1708. Son mari était décédé à Rennes le 14 janvier 1691 ; son corps fut ramené à Miniac-sous-Bécherel le 15.

Marguerite de Kervérien et son époux s'avérèrent mauvais administrateurs de leurs biens. A la tête d'une immense fortune, ils gaspillèrent leur avoir et ne tinrent aucune gestion. Il fallut emprunter 8.000 livres à l'évêque de Périgueux, Daniel de Francheville. Le remboursement ? On n'y pense pas. En 1727, non seulement le capital n'était pas amorti, mais il était dû 30 années d'intérêt [Note : Et non 90 années comme dit M. Merlet, probablement une erreur d'impression]. L'héritier du prélat, Gervais de Francheville, fit saisir les biens de la défunte Marguerite. Fortune impressionnante. Que l'on en juge : Le Parc-Anger, en Redon ; Camson et Kerbonnaire en Rieux, Le Vaujouan (hérité, de son frère Louis-Redon en 1679) ; Coueslée, la Porte, la Pommeraie et la Venuraie en Allaire.

Le Parc-Anger, Coueslée, la Porte et le Vaujouan furent acquis par Pierre Dondel du Faouèdic. Celui-ci afferma Coueslée « 90 livres, plus 45 livres de beurre (poids de Rochefort), 12 poulets, 12 chapons et moitié de toute espèce de grains, lin et chanvre, plus 38 livres d'argent pour le pré de Coueslée, ce qui était estimé valoir le prix d'argent de 370 livres. Le seigneur se réservait de fournir la moitié des semences ».

Jean-Stanislas, fils du précédent, hérita de Coueslée qui passa à sa fille Marie Françoise en 1809. La sœur de cette dernière, mariée à Jean-Charles de Tanouarn, en hérita. De Tanouarn avait déjà acheté le manoir de la Porte.

1956. — Les deux fermes de Coueslée appartiennent à M. le Mintier de Léhellec.

Les seigneurs de Coueslée avaient droit de moyenne justice. Ils pouvaient condamner à l'amende et aux châtiments corporels. Leur lieu d'audience était sis au bourg.

Nos petits seigneurs se montraient jaloux de leurs prérogatives. Les questions de prééminences les chagrinaient beaucoup et les amenaient à des querelles et disputes que nous traiterions aujourd'hui d'enfantillages. Telle cette rivalité qui opposa la dame de Deil à Jean de Kervérien.

Le 25 juin 1659, la « dame de Deil » Jeanne Cybouault, rédige un « mémoire contre Jean de Kervérien, sieur de Coueslée, relatif aux prééminences de l'église d'Allaire et aux prétentions dudit Kervérien ». De quoi s'agissait-il ? D'une histoire de banc dans l'église !

Le père de Jean de Kervérien avait été inhumé dans le bas du chœur de l'église d'Allaire. C'était monnaie courante à l'époque chez les nobles. L'ancien recteur d'Allaire, missire Julien Pavin, devenu vieux et infirme, s'était fait fabriquer un petit accoudoir portatif qu'il transportait d'un endroit à l'autre dans le chœur. Après son décès, l'accoudoir fut relégué dans la chapelle Notre-Dame, appartenant à la seigneurie de Deil. Notre ami Kervérien fit enlever en tapinois le banc à accoudoir de missire Pavin et le fit mettre sur la pierre tombale de son père, s'attribuant ainsi un droit de banc à l'église d'Allaire. Le respect dû aux morts empêchait de reprendre cet accoudoir installé sur un tombeau. Colère de dame Cybouault ! D'abord, on lui a volé le banc, et ensuite son indignation ne connaît plus de bornes en voyant un troisième banc prohibitif dans l'église, alors que de tous temps, il n'y en avait que deux : celui de la Poisnaye et celui de Deil ! Voilà de Kervérien sur le même pied que la dame de Deil ! De quoi appeler l'apothicaire !

Mais ce n'est pas tout. Le dit Kervérien « continuant ses usurpations, a fait mettre un écusson dans la vitre de la longère près de l'autel Saint-Jacques, au midi de l'église, alors qu'auparavant il n'y avait dans cette vitre qu'un seul écusson ; celui mis par Kervérien a un timbre et un collier de l'ordre de Saint-Michel, marques d'honneur et de noblesse qui ne lui appartiennent pas ».

Dame Cybouault fulmine. « Les prédécesseurs de Jean Kervérien (elle supprime la particule) n'ont jamais prétendu à la qualité de noble. Au contraire, ils vivaient comme des roturiers et des personnes de basse condition. La grand'mère de celui-ci, nommée Olive du Rochay, dit Gorguette, était fille naturelle ! ».

Jeanne Cybouault ne devait pas être non plus une femme attachante si l'on en juge par le nombre impressionnant de procès qu'elle soutint pendant son règne à Deil.

LA COUTURE [Note : Cultura ? en latin exploitation agricole]. — Les premiers propriétaires du domaine de La Couture sont des Barniquel ou Barniguel, originaires de Caden. Cette famille fournit de nombreux hommes de loi, notaires, procureurs, greffiers et sénéchaux.

1575-1600. — L'abbé Jean Barniquel, sieur de la Couture. C'est lui qui fit construire la chapelle du Bois-Payen en 1576.

1607-1622. — Le sieur de la Couture est François Barniquel, époux de Jeanne le Floc'h. Il se remaria en 1622 à Françoise Jarnier.

Nous trouvons ensuite Me Ollivier Barniquel et en 1686 Charles Barniquel.

La Couture passa ensuite aux Chevalier, par suite du mariage de Françoise Barniquel à Julien Chevalier. Au XIXème siècle, le propriétaire en est Mouraud.

Il existait à La Couture un manoir qui avait certainement belle allure si l'on peut en juger d'après les magnifiques pierres sculptées qui ornent encore la façade de plusieurs maisons. On y voit les initiales J.H.S. (Jesus hominum Salvator), surmontées d'une croix. De chaque côté trois clous et un fer de lance. Une demeure porte également un écusson circulaire impossible à déchiffrer.

DEIL. — Avec le Vaudeguip que nous étudierons dans un chapitre séparé, Deil constituait la plus puissante seigneurie d'Allaire. Le corps du logis principal est contemporain de la première Croisade : voir la date inscrite à l'intérieur : 1108.

Les premiers possesseurs connus sont des Camzon, bretons bretonnants qui donnèrent tout naturellement un nom breton à leur nouvelle propriété : Deil signifie feuilles en gallois et en breton. D'après le dictionnaire de l'Estourbeillon, cette famille serait originaire de Plaudren et blasonnait : « d'or à 2 fasces de gueules ». C'est ainsi que nous trouvons Poncet de Camzon, Sylvestre de Camzon, Olivier de Camzon qui trépassa le 8 juillet 1409 et laissa la seigneurie de Deil à son gendre Guillaume Coëffort (ou Couëffo). Celui-ci eut 2 fils qui moururent en 1465. Leur minu fut fourni par leur héritière Charlotte Coëffo, épouse de Guillaume Couëssin, sieur de Kerhaude.

Devenue veuve en 1472, Charlotte se remaria à Pierre de Coëtdro qui devint ainsi sieur de Deil.

La seigneurie resta aux Coëtdro jusqu'en 1590, date à laquelle elle échut par héritage à la famille Cybouault.

C'est René Cybouault, sieur de Deil, qui fit construire la fuie que l'on peut encore admirer. Les armes sont encore visibles. Sa fille et héritière, Jeanne Cybouault, la « dame de Deil », se maria en 1623 à René Pépin [Note : Il acheta le Buisson-Guérin], ancien président aux requêtes du Parlement de Bretagne. Il mourut en 1633, mais son épouse, la femme forte s'il s'en fut, se laissa vivre jusqu'en 1669. Leurs armes se voient au-dessus de la porte Ouest de la chapelle Sainte-Barbe, mi-partie Pépin, mi-partie Cybouault. Nous trouvons ensuite Gabriel Pépin, conseiller au parlement. Il eut deux fils : Jean, mort en 1690, et Hyacinthe-Vincent Pépin. Celui-ci étant mineur, sa mère et tutrice, Françoise Le Gouvello, rendit minu au roi pour Deil. Ce précieux document nous donne l'importance de cette terre à la fin du XVIIème siècle.

« La seigneurie de Deil comporte manoir et maison en Allaire avec ses dépendances, chapelle, viviers, fuie, garenne, bois, etc... La métairie de Bude, deux moulins à eau, l'un à moudre le seigle, l'autre à moudre le froment ; l'étang des moulins, etc... ; le fief nommé le rôle de Deil ayant haute, moyenne et basse justice, s'étendant aux paroisses d'Allaire, Saint-Jagu (sic) et Saint-Vincent, aux villages de la Touche (2 tenues), de la Vallée (6 tenues), de la Haute-Couture (1 tenue), du Bois-Payen (1 tenue) et auprès de cette dernière est située une chapelle fondée en l'honneur de Dieu et de Notre Dame de la Patience dont les seigneurs de Deil sont patrons, aux villages de la Nouette (1 tenue) et de la Barre (2 tenues) en Saint-Jagu. Ces tenues rapportent 24 livres 4 sols en argent, 14 boisseaux d'avoine, 4 quarts d'avoine, 15 chapons, 6 poules, 25 corvées, dont l'une à bœufs et charrue, 1 mouton gras avec sa laine ». Ajoutons la seigneurie du Buisson-Guérin qui comportait 7 tenues et une maison au bourg, auditoire et prison de la seigneurie [Note : Salle du café Le Gallic]. Le Buisson-Guérin rapportait 9 livres 11 sols 17 deniers, 8 chapons, 2 poules, 20 corvées, 7 boisseaux d'avoine.

Le fief s'étendait encore sur les villages de la Harguenaie, les Grands-Buissons, Le Béziers, La Glanerie, Brelan, La Ville-Garel, La Giraudaie, Lyonnaie, le Rondret, La Méhaterie, la Chesnaie, Poupian, Séjourné, etc... Arrêtons-nous là, cette liste suffit largement à nous convaincre de l'importance de la seigneurie.

A sa mort, Hyacinthe Pépin laissa Deil à Madeleine de Claye, épouse de François de la Bourdonnaye.

1793. — Charles-Bertrand de la Bourdonnaie, ayant follement dissipé ses biens dès avant la Révolution, fut contraint de vendre Deil ainsi que Brambis. Me René Héry, acheta le tout 150.000 fr. Sa famille régissait les terres de Deil depuis le début du siècle.

Marie-Louise Héry, épouse Jausions, hérita de la propriété. Ses frères et sœurs reçurent la Quinaie et le Buisson-Guérin.

1857. — Le Comte Paul de Gibon achète d'un seul coup Deil, le Buisson-Guérin et la Quinaie. L'ancien domaine se reconstituait. Son fils, Georges de Gibon, maire d'Allaire, vendit ses biens en 1897 à Me Louis-Adrien Cosset pour 290.000 fr. Le fils Cosset hérita de Deil et termina misérablement sa vie sous les balles d'un peloton d'exécution à Quimper.

Aujourd'hui, le château appartient à Jean Le Souëf, les fermes avoisinantes aux familles Dano et Lelièvre.

Malgré la destruction systématique des bois qui entouraient le château — bois qui lui valurent son nom — Deil reste un joli lieu de promenade. On peut y admirer la fuie, la fontaine et le corps de garde. J'ose espérer que les propriétaires actuels feront tous leurs efforts pour conserver à cette vieille demeure son cachet bien breton.

La tradition raconte que Jules Verne, l'écrivain bien connu, serait venu passer quelques semaines à Deil du temps de la famille de Gibon. Je n'ai pu trouver de preuves. Fait certain, Deil fut une des cachettes du chef chouan, le général de Sol de Grisolles.

La juridiction des seigneurs de Deil s'exerçait au bourg d'Allaire tous les samedis et extraordinairement en plaids généraux, deux fois l'an, le lendemain du jour des rois et le lendemain de la saint Gaudence. Ces plaids se tenaient également auprès de la chapelle de sainte Barbe le samedi avant le quatrième dimanche de septembre, veille de la dédicace de cette chapelle. On ne badinait pas en ce temps-là. Dans sa maison du bourg, le seigneur avait en permanence un cep et un poteau armorié de ses armes où pendent colliers et carcans de fer pour attacher « les jureurs et blasphémateurs du saint nom de Dieu, conformément aux ordonnance royaux » (sic).

HENLÉ. — En breton, vieille cour, à rapprocher de Coetlès. Au XVème siècle, Henlé est attribuée à la famille Le Taffle que nous trouvons aux différentes réformations.

1488. — Le propriétaire est messire Guillaume de la Pommeraie. Son fils, recteur de Saint Gravé, hérita de Henlé en 1513. L'abbé de la Pommeraie fonda à Allaire une chapellenie qu'il dota de 25 livres de rente annuelle, à charge de faire célébrer chaque dimanche une messe au grand autel des églises de Saint-Martin, Saint-Jacut et Allaire et deux autres messes, l'une chaque vendredi à l'autel Saint-Jacques dans l'église d'Allaire, et la seconde le lundi de chaque semaine en la chapelle Notre-Dame de Loppo.

L'autel Saint-Jacques était situé au midi de l'église, dans la chapelle dite du Vaudeguip.

Au XVIIème siècle, Henlé fut acheté par Jean Kervérien qui la laissa à son fils René, déjà propriétaire de Coueslée et du Vaujouan.

Marguerite de Kervérien hérita de Coueslée et de Henlé. Nous avons vu qu'elle fit de mauvaises affaires. Ses créanciers mirent en vente tous ses domaines après son décès. La famille Dondel du Faouëdic acheta les deux manoirs contigus de Coueslée et de Henlé.

Au XIXème siècle, Henlé appartient à Henriette du Faouëdic, épouse de Henri de Monestrol, marquis d'Esquille qui décéda à Redon le 20 juillet 1922.

Aujourd'hui, Henlé est la ropriété de la famille Voisin.

LALLIÉ. — Sise à l'ouest du bourg, la terre noble de Lallié comprenait maisons, métairies et un manoir situé au bourg d'Allaire - la maison Brohan actuelle [Note : Ce manoir vient d'être complètement transformé. Si l'on doit sacrifier au confort, j'avoue que c'est avec regret que j'ai vu cette vieille demeure seigneuriale s'écrouler sous le pic des démolisseurs !].

Les premiers possesseurs connus sont originaires de Rieux.

1420. — Guillaume de la Boucelaie.

1426. — Charles de la Boucelaie.

Cette famille resta propriétaire de Lallié jusqu'à la fin du XVIIème siècle. En 1664, la terre et manoir de Lallié passent à Joseph Nyol, sénéchal de Deil et greffier de Redon.

Son fils, Jean Nyol, épousa la fille de Me Ollivier Barniquel, sieur de la Couture. Ce sont les Nyol qui achetèrent la maison de la Noëferme (maisons Ayoul et Juhel).

La Noëferme, ancienne terre noble, était une résidence de greffiers et comprenait le village du Haut-Davy (aujourd'hui Haut-David). Armes des sieurs de la Noëferme : « d'argent, à la coquille le gueules accompagnée de 3 croissants ».

Par son mariage avec Renée Nyol, Pierre Huet de la Pommeraie, négociant au Croisic, devint propriétaire de Lallié, de la Noëferme et de la Ville Jumel (achetée par Joseph Nyol).

L'année 1829 voit le démembrement de cette propriété. Pierre Béliote de la Ville-Alain, sieur de Lallié, vend la Noëferme à la famille Sevestre et la Ville-Jumel à Charles Saunier.

1870. — Le maître de Lallié est Eugène Maigret. Il vendit la Croix des Barres à Pierre Guyot, facteur rural.

1956. — Lallié est la propriété des familles Malgogne et Josso.

Ajoutons qu'à Lallié se tenait un dépôt d'armes et de ravitaillement pendant la chouannerie. Le général de Sol de Grisolles s'y rendait fréquemment.

L'actuelle école libre de garçons a été construite dans un champ donné par les propriétaires de Lallié. On l'appelait « le clos des périers » (clos des poiriers).

LA FORÊT. — Tire son nom des bois touffus qui l'encerclaient jusqu'au siècle dernier. C'était un des plus beaux domaines d'Allaire et les ruines du château témoignent de sa grandeur passée. Plusieurs légendes sont attachées aux seigneurs de la Forêt. Cruels et dévoyés, ils auraient acquis une mauvaise renommée en enlevant les plus belles filles du pays qu'ils faisaient périr — après violences — dans les oubliettes du château.

Premier propriétaire connu : Guillaume Couldebouc, originaire de Bains. A ce propos, signalons que son neveu, Jean, fils de Perrine Couldebouc, fut guéri miraculeusement à l'âge de 11 mois par le grand thaumaturge saint Vincent Ferrier.

XVIème siècle. — La Forêt appartient à la famille de la Haye qui la vendit aux Le Trezle de Kerroland. C'est cette famille qui donna à ce domaine sa nouvelle appellation : La Forêt de Kerroland (et non de Kerlaurent). A la veille de la Révolution, un riche négociant de Nantes, Pierre Doucet, s'en rendit acquéreur.

Le 9 vendémiaire an VII. La Forêt fut vendue à une société redonnaise parmi laquelle on trouve un certain Gloahec, capitaine au cabotage, originaire de « la Côte Celte » [Note : J'emprunte cette dénomination au titre du récent ouvrage de M. Michel de Galzain (côte de la Trinité-sur-Mer à Quiberon)]. Au XIXème siècle, le territoire de La Forêt (361 hectares) fut morcelé et vendu à différents propriétaires.

Les seigneurs de ce fief avaient droit de basse justice.

LES PETITES-FORETS. — La réformation d'Allaire de 1427 cite « Guillo Le Clerc, métayer dou sire de Rieux demourant ô l'hébergement dou lieu de la Petite Forêt ».

1513. — François de la Paumeraye en est le propriétaire.

1780. — Les Petites-Forêts appartiennent à messire de Trégomart qui émigra en 1793. Le tribunal révolutionnaire, toujours aux aguets, fit saisir le domaine que Me Briand, notaire à Vannes, acheta aux enchères publiques pour 12.200 fr.

Briand déclara agir pour François le Clainche, procureur syndic du Directoire de Rochefort. Il avait déjà acheté Brambis et Brandéhal. La Révolution, quelle aubaine ! !

En 1844, Mélanie Le Clainche céda Les Petites-Forêts à M. de Chabert, domicilié au Champ-Mahé en Saint-Gorgon. Le marquis de Chabert s'était rendu acquéreur, en 1843, du Breuil et du Bourgeix pour... 10.000 fr.

Mme de Chabert laissa à sa mort Les Petites-Forêts à ses neveux Simon qui les vendirent à Louis-Waldeck Rousseau, juge de paix à Blain, frère de l'auteur de la loi sur les Congrégations.

Louis-Waldeck Rousseau a laissé un bon souvenir chez ses fermiers. Homme d'une grande simplicité, agriculteur émérite, il encouragea les défrichements méthodiques. C'est lui qui fit de Boufèse une des meilleures fermes de la région. Il mourut en 1928, à l'âge de 84 ans à Bouvron (Loire-Inférieure).

1956. — Les familles Noury et Baron exploitent Les Petites-Forêts.

LE PLESSIX-RIVAUD.

« Marais, du pays de Redon
J'aime ta face désolée
Ta lourde peine inconsolée
Ta misère, ton abandon »
.
Ctesse de FORGES.

Dressant sa silhouette massive sur la rive droite de l'Arz, dominant les marais qui s'étendent à ses pieds jusqu'à Redon, le château du Plessix-Rivaud semble fuir l'agitation et le bruit des villes. Orgueilleux de son passé, revoit-il ces cortèges de nobles hommes et de gentilles damoiselles batifoler dans son parc ?

Son nom lui vient des Rivault qui le possédèrent jusqu'au milieu du XVème siècle. En s'alliant en 1549 avec Jean Lambart de Lanruas, Yvonne Rivault, dame de Clégreux, fit passer le Plessix-Rivaud à la famille de son époux. Voici la généalogie des Lambart, sieur de Lanruas et du Plessix-Rivaud :

Paul-Hector Lambart, eut pour parrain Dom Paul-Hector Scotti, abbé de Redon. Il fut inhumé au chanceau de l'église d'Allaire le 9 février 1619.

Julien Lambart, écuyer, frère du précédent.

Barthélemy Lambart, qui se maria à Béganne en la chapelle du Bon-Compfort.

Louis Lambart, épousa vers 1680 Jeanne de Lentivy, d'une vieille famille anglo-saxonne.

Arrêtons-nous à cette Jeanne de Lentivy, héroïne sans le vouloir, d'une légende que l'on m'a racontée [Note : Je la dois au Père Malabœuf, eudiste].

A cette époque, il faut bien l'avouer, les seigneurs passaient leurs loisirs — c'est-à-dire toute leur journée, — en promenades, bals et réceptions. Le Roi-Soleil ne donnait-il pas l'exemple à Versailles ? Dame Jeanne de Lentivy se rendit donc à un bal dans un château des environs. Vers minuit, elle prit, à cheval, le chemin du retour. Son mari ne l'accompagnait pas ce soir-là. Arrivée à un carrefour, près d'un bois appelé « les Galourets », elle entendit le galop d'un cheval et vit surgir des ténèbres un cavalier tout de noir habillé. Celui-ci plaça sa monture à côté de celle de Jeanne et, sans un mot, les chevaux côte à côte, ils continuèrent leur route. Notre bonne dame était à juste titre bien effrayée. Elle demanda à son cicérone inconnu : « Qui êtes-vous ? ». Aucune réponse. Seul le pas des chevaux et le bruissement des feuilles parvenaient à ses oreilles. « Je suis Jeanne de Lentivy, dame du Plessis-Rivaud ! ». Le cavalier fantôme gardait toujours un mutisme inquiétant ! Et ainsi jusqu'au château. Lorsque celui-ci apparut dans la clarté lunaire, le cavalier arrêta son cheval, fit demi-tour, et, au galop, disparut dans la nuit comme il était venu ! Gageons que Jeanne ne retourna pas au bal sans avoir cette fois le mari à ses côtés.

Cette histoire m'a semblé intéressante. Elle est à rapprocher d'une légende des environs de Lanouée racontée par François Cadic : « Le Cavalier Infernal ». Mathurine Plélo, se rendant à une veillée, trouve en chemin un gentilhomme qui l'accompagne puis... l'enlève au retour : c'était le diable ! Ici, heureusement, la légende n'est pas si dramatique !

Le fils de Louis Lambart, Joseph, chevalier et sieur du Plessix-Rivaud, décéda en son château d'Allaire en 1734. Il eut 6 enfants d'un second mariage. M. Merlet nous signale qu'ils moururent sans postérité et la famille Lambart s'éteignit à la fin du XVIIIème siècle. Elle blasonnait: « de gueules, au griffon volant d'argent ».

Le Plessix-Rivaud échut alors à la famille Provost de la Voltais, par suite du mariage d'un de ses membres avec Louise Lambart, petite fille de Paul-Hector. Il est bon de rappeler qu'un Provost de la Voltais se distingua dans l'armée de Dupleix au siège de Madras et de Pondichéry, ce qui lui valut une lettre de congratulation du patriarche de Ferney : Voltaire.

Au XIXème siècle, le Plessix-Rivaud devient la propriété de la famille De Forges de la Boucelaie par le mariage de Jeanne-Marie Provost de la Voltaie et de Charles de Forges qui mourut à 91 ans. Leur fils, Paul De Forges, licencié en droit, fut maire d'Allaire de 1884 à 1891, avec une interruption de deux ans (1886-1888). Nous trouvons ensuite Jacques de Forges qui épousa à Nantes, le 20 août 1910, Charlotte de Castellan. Mme de Forges écrivit plusieurs ouvrages, notamment « Sur les ailes de mon fils » et un recueil de poèmes « Du Soleil sur la Route ».

De ce mariage naquit Paul de Forges, aviateur émérite qui disparut pendant la dernière guerre [Note : Voir en appendice « Maurice Finat et Paul de Forges »].

Le château du Plessix-Rivaud fut alors vendu à M. Bailly qui le céda en 1954 à M. le Comte d'Audiffret [Note : D'une ancienne famille noble qui fonda la ville de Barcelonnette], époux de Mademoiselle Du Breil de Pontbriand.

La superficie des terres du Plessix-Rivaud atteignait à l'époque de sa splendeur le chiffre impressionnant de 210 hectares. Le château actuel fut édifié par la famille Provost de la Voltais. Bien avant, en 1681, les Lambart construisirent une petite chapelle dans l'enclos. Ruinée en 1908, elle fut transformée en maison d'habitation.

Signalons qu'on conserve au presbytère d'Allaire la crosse épiscopale de Mgr Paul de Forges de la Boucelaie, évêque de Ténarie in partibus infidélium.

Mgr de Forges était le frère de Charles de Forges, héritier du Plessix-Rivaud par sa femme.

LE VAUJOUAN. — Terminons par le Vaujouan. Il appartenait au XIVème siècle à Guillaume des Préaux. Sa fille, Mathurine, hérita du Vaujouan et le porta par son mariage à Guillaume de Bellouan, écuyer de la maison du duc de Bretagne. Leurs armes : « de sable, à un aigle éployé d'argent ».

Vinrent ensuite :

— Jehan de Bellouan, époux de Charlotte de Bogier, fille aînée du sieur du Vaudeguip.

— Eon de Bellouan, décédé en 1540.

— Michel de Bellouan, dont le fils, Bonaventure, mourut sans postérité.

Le Vaujouan passa alors à la famille de la Fresnaye, comme l'indique l'aveu rendu pour la maison du Vaujouan le 24 janvier 1611 par François de la Fresnaye et son épouse Claude de Bellouan.

Pierre de la Fresnaye, sieur du Vaujouan, vendit le manoir et ses dépendances pour 8.205 livres à Jehan de Kervérien. Nous retrouvons constamment cette famille dans l'étude des seigneurs d'Allaire. D'origine roturière, elle s'éleva aux plus hautes charges d'une façon assez discutable. Jehan de Kervérien, déjà sieur de la Porte et de Coueslée, devint donc propriétaire du Vaujouan qu'il laissa à son fils René.

Le 13 août 1650, Louis XIV envoya à son « ami et feal conseiller », des lettres patentes signées de Libourne, le nommant conseiller en ses conseils d'Etat, privé, et de ses finances. René de Kervérien était déjà avocat général au Parlement de Bretagne. Il mourut à Rennes et fut enterré à l'église des Carmes en cette ville le 15 mars 1658.

Le Vaujouan appartint alors à son fils Louis-Redon de Kervérien (il eut pour parrain la ville de Redon), mort sans héritier. Il légua tous ses biens à sa sœur, Marguerite de Kervérien. Elle laissa une succession délicate. Toutes ses terres furent achetées par François Dondel du Faouëdic, dont la famille possédera le Vaujouan jusqu'en 1900, date à laquelle Louise de Faouëdic le laissera en héritage à sa nièce, Emilie-Gabrielle. Cette dernière avait épousé Léonce de Marcé. Aujourd'hui, le Vaujouan appartient à Mlle de Marcé dont le frère, M. de Marcé, a épousé Mlle de Lattre de Tassigny, sœur du maréchal de France. Les Championnais et le Vaujouan furent groupés dans le même héritage dès le début du XIXème siècle. A cette époque, Trouhesnel faisait partie du Vaujouan. Gabriel du Faouëdic vendit ce village à la famille Noury.

— Un bel exemple de fidélité à la terre. La famille Dayon exploite la ferme du Vaujouan depuis 222 ans ! Le premier bail d'affermage remonte à 1734 !

Un manoir-forteresse s'élevait au Vaujouan. Il aurait été démantelé sur l'ordre du Cardinal de Richelieu, abbé commendataire de Saint-Sauveur de Redon [Note : Le démolition du château de Rieux, commencée vers 1560, continua également par ordre de Richelieu].

(Georges Le Cler).

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