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UN DISCOURS BRETON DE NAPOLEON III EN 1858

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Un Discours Breton de Napoléon III.

Au mois d'août 1858, l'empereur Napoléon III et l'impératrice Eugénie visitèrent la Bretagne. On disait la région fort royaliste, et on estimait en haut lieu qu'un voyage officiel en grande. pompe serait propre à éveiller chez le peuple breton des sentiments loyalistes à l'égard de la famille impériale.

On quitta Paris le 3 août, et, avant d'aller en Bretagne, on se rendit à Cherbourg où la reine Victoria devait arriver deux jours plus tard. Après de nombreuses réceptions où le jeune prince de Galles parut en costume de Highlander, l'Empereur et l'Impératrice, à bord de la Bretagne, partirent pour Brest où ils arrivèrent le 9 août. Le Maréchal Baraguey d'Hilliers et tous les fonctionnaires du port, de la ville et du département, les recurent.

Napoléon III venait en Bretagne avec un sentiment de vive curiosité à l'égard de notre pays qu'il ne connaissait que par des lectures et des récits. Il exigea que la Bretagne et les Bretons se montrassent à lui tels qu'ils étaient, et non point déguisés en costumes français, comme certains n'auraient pas manqué de leur suggérer de le faire. Le Préfet du Finistère reçut même l'ordre d'adresser à ses administrés une circulaire exprimant la volonté de l'Empereur de connaitre les usages, les costumes, les danses, etc. de la Bretagne, et leur enjoignant d'organiser les fêtes de manière à satisfaire le désir impérial. A ces fêtes officielles, la Bretagne demeura donc bretonne.

Lors de l'arrivée à Brest, d'après un journal de l'époque, « la haie était formée par des troupes de terre et de mer et par des députations des communes rurales portant l'antique costume breton, si riche et si pittoresque ».

Le 12 août, à Quimper, arrivée à 4 heures 1/2 du soir ; feu d'artifice. Des paysans en costume national dansent au son du biniou et de la bombarde. (Les journaux disaient alors « du bigniou et de la bombardiz »). Le 13, l'empereur est à Lorient et à Quimperlé. Le 14, il arrive à Vannes à 3 heures ; il en repart le 16 à 10 heures, après un « achat de chevaux bretons pour les fermes de l'Empereur ».

A Cornuet, déjeûner offert par la princesse Bacciochi ; 6,000 paysans sont les hôtes de la princesse et l'empereur passe sous un arc de triomphe où se lit en breton, dit toujours notre journal « Duel mal her-koiner houet » ; il est évident que le transcripteur a dû mal lire ; du moins nous donne-t-il obligeamment la traduction : « Soyez les bienvenus ! ». Puis le cortège impérial accompagné de plus de 800 cavaliers bretons continue sa route vers Napoléonville car Pontivy a repris ce nom par lequel il manifesta son loyalisme au temps du Premier Empire.

Le 17 et le 18, on passe à Saint-Brieuc, Moncontour et Saint-Malo. Encore des arcs de triomphe, encore des achats de chevaux.

Le 19, à 6 heures du soir, l'Empereur et l'Impératrice arrivent à Rennes. Leur entrée s'effectue, naturellement, « au milieu des acclamations d'une foule immense animée du plus vif enthousiasme ». Il y a plus de 100,000 étrangers dans la ville, et c'est entouré de 800 prêtres que l'évêque de Rennes attend l'Empereur sur le seuil de la cathédrale.

Le 20 eut lieu un grand banquet où l'Empereur prononça un discours en breton. Faire un discours à des Bretons en langue bretonne, c'était depuis longtemps son rêve, et un familier de Saint-Cloud nous montre l'Empereur, bien avant son voyage, faisant composer son discours et s'exerçant patiemment à le lire de façon à peu près correcte. Beaucoup l'avaient entendu ; on voulut que toute la Bretagne pût le lire, et on fit faire chez Oberthür, imprimeur de la Préfecture à Rennes, une affiche [Note : Le format de cette affiche était de 0,45x0,57] officielle bilingue avec l'aigle impériale pour en-tête, affiche dont voici la copie :

EMPIRE (ARMES) FRANÇAIS

DISCOURS
PRONONCE
Par Sa Majesté l'Empereur
An Banquet Breton
A Rennes
LE 20 AOUT 1858.

Messieurs,
Je suis venu en Bretagne par devoir comme par sympathie. Il était de mon devoir de connaître une partie de la France que je n'avais pas encore visitée ; il était dans mes sympathies de me trouver au milieu du Peuple Breton, qui est, avant tout, monarchique, catholique et soldat.

On a voulu souvent représenter les départements de l'Ouest comme animés de sentiments différents de ceux du reste de la Nation. Les acclamations chaleureuses qui ont accueilli l'Impératrice et moi dans tout notre voyage démentent une assertion pareille. Si la France n'est pas complètement homogène dans sa nature, elle est unanime dans ses sentiments. Elle veut un Gouvernement assez stable pour enlever toute chance à de nouveaux bouleversements ; assez éclairé pour favoriser le véritable progrès et le développement des facultés humaines; assez juste pour appeler à lui tous les honnêtes gens, quels que soient leurs antécédents politiques ; assez consciencieux pour déclarer qu'il protège hautement la religion catholique, tout en acceptant la liberté des cultes ; enfin un Gouvernement assez fort par son union intérieure pour être respecté comme il convient dans les conseils de l'Europe. Et c'est parce que, Elu de la Nation, je représente ces idées, que j'ai vu partout le peuple accourir sur mes pas et m'encourager par ses démonstrations.

Croyez, Messieurs, que le souvenir de notre voyage en Bretagne restera profondément gravé dans le coœur de l'Impératrice et dans le mien. Nous n'oublierons pas la touchante sollicitude que nous avons rencontrée pour le Prince Impérial ; dans les villes et dans les campagnes, partout les populations s'informant de notre fils comme du gage de leur avenir.

Je vous remercie, Messieurs, d'avoir organisé cette réunion qui m'a permis de vous exprimer ma pensée, et je termine en portant un toast à la Bretagne si honorablement représentée ici :

Que bientôt son agriculture se développe, que ses voies de communication s'achèvent, que ses ports s'améliorent, que son industrie et son commerce prospèrent, que les sciences et les arts y fleurissent, mon appui ne leur manquera pas ; mais que, tout en hâtant sa marche dans les voies de la civilisation, elle conserve intacte la tradition des nobles sentiments qui l'ont distinguée de puis des siècles ; qu'elle conserve cette simplicité de mœurs, cette franchise proverbiale, cette fidélité à la foi jurée, cette persévérance dans le devoir, cette soumission à la volonté de Dieu qui veille sur le plus humble foyer domestique comme sur les plus hautes destinées des Empires !

 

KOMPSIOU
LAVARET
Gand é Vajesté ann Impalaer
Au Banquet Breton
Roazhon
AN 20 A VIZ EOST 1858

Aotrounez,
Deúd ounn étouez ar Vretoned dré déver ével dré garantez ; falloud a rea d'in anaoud eur loden euz a vrò c'hall péhini n'em boa ked c'hoaz visitet ; meurbed c'hoantek é oann d'en em gavoud ékreiz ar bobl Bréton, péhini, dreist peb trâ holl, a gâr ann aotoritez, a zo katolik, ha den-a-vrézel.

C'hoantéet en deuz meur a weach diskouez départamanchou ar c'huzhéol ével dishenvel enn hô c'hréden euz a lodennou euz hon brô. Ar c'hriou joauz péré hô deuz digéméret ann Impalaérez ha mé eun honbéach hô deuz disklériet péger faoz int ann holl lavariou-zé. Ma n'int ked ann holl Francijen henvel enn hô doaré, holl hô deuzeunn hévélep kaloun. Falloud a ra d'ézhô kaoud eur Gouarnamant stard awalc'h évid ampéch révolutionou all ; skianted awalc'h évit protéji ar gwir greskadurez ha dévlopamand holl galloud spéred an den ; gwirion awalc'h évit tenna war é lerc'h ann holl dud honest, pétra bennag ma hô deuz servijet eur Gouarnamand all ; koustianzuz awalc'h évit diskléria pénaoz hê tifen a gréiz hé galoun al lézen gatolik, Pétra bennag ma lez pep hini da c'heul hé gréden ; enn eur gir, Falloud a ra d'ezhô eur Gouarnamant kren awalc'h, dré ar peuc'h braz a ren enn diabarz, évit beza doujed, ével ma éo dléet, enn holl Rouanteleziou euz ann Europ. Raksé, o véza bet galvet gand ar Bobl, hag o représenti ann holl grédénouzé, chétu-azé evit pétra em euz gweled é pep leac'h ar bobl o tirédi war ma lerc'h, hag oc'h ankouraji hô Impalaer dré hé griou joauz.

Krédit ferm, Aotrounez, pénaoz bikenn na c'hellimpankouat nag ann Impalaérez na mé hon béach étouez ar Vrétoned. Bépred ni hon bézo sonj euz hoc'h évez karantéuz ékenver ar Prins Impérial ; er c'hériou ha war a méz ann holl a c'houlenné euz kélou hon mab, sellet gant pep hini evel espérans ar vrô.

Hô trugarékaat a rann, Aotrounez, da véza préparet ar réunion-man péhini en deuz permétet d'hin digéri d'hoc'h ma c'haloun, hag évid achui ar gouel-man, évomp da iec'hed ar Vrétoned représented er Palez-man dré eunn nombr ken braz a dud enorabl.

Gwélomp-ni hep-dalé hô douarou labouret mui-oc'h-mui ; hô c'henchou achuet, hô Porsou-môr gwelléet, ar Michérer hag ar Marc'hadour enn eur stad vad, ar vichériou ha arg skianchou enn énor, galloud a réont kaout fians enn hô Impalaer ; mes éalloud a ra d'ar Vrétoned, o wellaat hô Brô, mirout didamall hô doafou nobl péré hô deuz distinged abaoué pell-amzer ; falloud a ra d'ezhô miroud hô c'hustummou dister, hô Frankiz hep hé far, hô feiz vad, hô Persévérans enn déver, hô doujans enn bolontez Doué, péhini a daol évezd'ann dud distéra ével d'ar ré a zo karget da ren war ar vrasa Rouantéléziou.

Chétu azé ma veuiou, pidi a rann ac'hanoc'h, Aotrounez, d'hô rei da anaout d'ann holl Vrétoned.

Le discours breton termina ces fêtes. Le 22 août, l'Empereur et l'Impératrice quittèrent Saint-Malo à 10 heures 1/2 du matin. Ils rentrèrent le même soir à Saint-Cloud.

Yann Morvran GOBLET.

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