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Commanderie de la Feuilllée en Bretagne |
La commanderie de la Feuillée, dit un aveu de 1731, est « une fondation des anciens ducs de Bretagne, lesquels conservèrent sous leur protection immédiate les fiefs et les biens en dépendant, afin qu'ils ne pussent être usurpés en l'absence des commandeurs ». La Feuillée fondée, probablement dans la première moitié du XIIème siècle, en faveur des chevaliers hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, dut être à l'origine un hospice construit au bord de l'ancienne voie gallo-romaine de Carhaix à Plouguerneau et destiné à secourir les voyageurs pauvres franchissant l'aride passage des monts d'Arrée. Voir
aussi |
Commanderie de La Feuillée et ses annexes en Bretagne (abbé Guillotin de Corson – 1902)
Sur l'une des crêtes des montagnes d'Arrée, à 280 mètres
au-dessus
du niveau de la mer, dans une contrée sauvage, couverte de landes, dépourvue
d'arbres, peu habitée et ne possédant
guère de terres labourables, s'élevait au Moyen Âge la
commanderie de la Feuillée. C'était
une fondation des ducs de Bretagne (nota : La
commanderie de la Feuillée, dit un aveu de 1731, est «
une fondation des
anciens ducs de Bretagne, lesquels conservèrent sous leur protection immédiate
les fiefs et les biens en dépendant, afin qu'ils ne pussent être usurpés
en l'absence des commandeurs » - Archives de la Vienne, 3 H, 446), qui
possédaient, non loin de là, le château du Huelgoat, entouré
d'une vaste forêt dont il reste encore de magnifiques débris. La
Feuillée fondée, probablement dans la première moitié du XIIème
siècle, en faveur des chevaliers hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, dut être à l'origine un hospice construit au
bord
de l'ancienne voie gallo-romaine de Carhaix à Plouguerneau
et destiné à secourir les voyageurs pauvres franchissant l'aride passage des monts d'Arrée. La charte de Conan, duc de Bretagne,
datée de 1160, mentionne cet établissement, sous le nom un peu
défiguré de « An Folled » parmi les possessions déjà nombreuses
que l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem tenait
en Bretagne de la charitable munificence de nos princes. Cet hospice de la
Feuillée dont les commencements furent sans doute très humbles,
était destiné à devenir dans le cours des
temps le chef-lieu d'une importante commanderie s'étendant dans
une foule de paroisses situées en six diocèses. A la fin du XVIème siècle huit commanderies, à l'origine indépendantes
les unes des autres, étaient groupées en une seule commanderie
portant le nom de la Feuillée, et cet état de choses persista jusqu'à
la Révolution française. Ces huit commanderies étaient : la Feuillée,
Quimper, le Croisty, Le Loc'h, Plouaret, Plélo, Le Palacret et
Pont-Melvez (Archives de la Vienne, 3 H, 469). Mais
il ne faut pas attacher trop d'importance
à cette subdivision de la commanderie de la Feuillée ; on la trouve ailleurs
divisée en cinq membres, parfois même en dix membres. La constitution
des commanderies variait parfois, suivant l'union que faisaient les
chevaliers
hospitalier de tel membre à tel autre d'après les circonstances. De ces
membres
Quimper et Pont-Melvez ne furent unies à la Feuillée que
durant le XVIème siècle, tandis que les autres commanderies perdirent
plus tôt leur autonomie. Pour
nous rendre compte de ce qu'était devenue, à la suite de
ces annexions, la commanderie de la Feuillée, il nous faut étudier
successivement chacun de ses membres en commençant par le
chef-lieu de l'établissement. 1. La Feuillée
La paroisse entière de la Feuillée, sise en l'évêché de Cornouaille, relevait du commandeur qui portait son nom ; « ledit commandeur s'y trouvant seul seigneur spirituel et temporel, avec juridiction haulte, moyenne et basse, exercée sur tous les habitants audit bourg de la Feuillée par séneschal, bailli, lieutenant, procureur et greffier et avec justice patibulaire à quatre piliers élevés proche ledit bourg » (Déclaration de 1697 - Archives de la Loire-Inférieure, B. 188 - En 1574, la justice de la Feuillée n'avait que trois piliers).
Le
commandeur jouissait du droit d'avoir au même bourg de la Feuillée un
marché tous les mardis et deux foires par an aux fêtes de l'Invention et
de l'Exaltation de la Sainte-Croix, aux mois
de mai et septembre. Le
marché fut supprimé à la suite des guerres du XVIème siècle qui ruinèrent
le pays. Néanmoins Ogée nous dit que de son temps (vers 1775) il se
tenait à la Feuillée le premier mardi de chaque mois une foire considérable
de bestiaux ; il ajoute que deux autres foires, fixées alors au 24 août
et au 17 novembre,
y duraient six jours chacune (Ogée, Dictionnaire de Bretagne, V° la Feuillée). L'église
paroissiale de la Feuillée, reconstruite de nos jours, était
alors un édifice remontant en partie au XIIIème siècle. Le commandeur
en était le seigneur supérieur, fondateur et prééminencier
: aussi y avait-il « son enfeu, ses banc et escabeaux,
et ses escussons, et luy seul (était) en possession d'y avoir
les prières nominales » (Déclaration de 1697). On voyait, en effet,
à la Feuillée « à costé du banc du commandeur, un grand tombeau,
eslevé de trois pieds hors de terre, pour leur sépulture, et sur
lequel (étaient) des armes inconnues » (Archives de la Vienne,
3 H, 464). Au
commencement de notre siècle (XXème siècle) apparaissaient encore dans les vieilles
verrières peintes de l'église de la Feuillée plusieurs
blasons présentant les armoiries des commandeurs. Cette
église était dédiée à saint Jean-Baptiste, patron de l'Ordre
des chevaliers hospitaliers ; en 1617 on y voyait « costé du grant
autel un tabernacle où repose le Saint-Sacrement et, dans des capses de
bois fermant, les statues de Notre Dame et de
Monsieur saint Jean ». Près de la grande porte d'entrée se trouvait
« une chambre avec porte en bois et porte en fer où (étaient)
les vases sacrés, ornements et reliques » (Archives de la Vienne, 3 H, 464). Seigneur
patron de la Feuillée le commandeur présentait à l'évêque
de Cornouaille, pour desservir la paroisse, un prêtre qui
ne prenait que le titre de vicaire, lui-même commandeur étant
considéré comme curé primitif. Des offrandes apportées à l'église,
un tiers appartenait au commandeur, un autre tiers au
vicaire et le reste à la fabrique pour l'entretien de l'édifice. Le
vicaire recueillait, en outre, une dîme de grains (Archives de la
Vienne, 3 H, 464).
Dans
ce même bourg de la Feuillée s'élevait un autre édifice religieux plus ancien que l'église
Saint-Jean construite par les chevaliers
hospitaliers. C'était l'église ou chapelle de Saint-Houardon
« qui anciennement souloit estre l'église parrochiale de la Feuillée, ayant un cimetière autour et deux autels à l'intérieur
» (Procès verbaux de visites de la commanderie de la Feuillée en 1617
et 1720 – Archives de la Vienne).
De ces autels, le principal était
orné des statues de la sainte Vierge et de saint Houardon et le
second était consacré à saint Maudez et surmonté de son
effigie. En 1617 on faisait encore l'office
paroissial à toutes les fêtes de Notre-Dame en cet antique sanctuaire dédié aux saints du pays breton. Mais la cloche en
avait été enlevée par les gens de guerre à la fin du XVIème siècle
et n'était pas encore remplacée. Naturellement le commandeur de la Feuillée jouissait de tous les droits honorifiques
en l'église Saint-Houardon dont les vitraux contenaient les
armoiries de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem (Procès verbaux de
visites de la commanderie de la Feuillée en 1617 et 1720 – Archives
de la Vienne).
Enfin
ce modeste bourg de la Feuillée renfermait encore une troisième
petite chapelle dédiée à sainte Catherine ; elle faisait partie
du manoir de la commanderie appelé logis de l'Hôpital. C'était
l'oratoire privé des commandeurs ; aussi n'avait-elle qu'un autel et
qu'une cloche en 1617 (Procès verbaux de visites de la commanderie de
la Feuillée en 1617 et 1720 – Archives de la Vienne).
Quant à ce manoir de l'Hôpital
il se trouvait « proche l'église de la Feuillée » et ne
consistait plus au XVIIème siècle qu'en une maison habitée par un
fermier et composée de « salles, cuisine et
chambres haultes, avec caves et celliers et une écurie pour quatre
ou cinq chevaulx ». Autour s'étendaient un jardin, quelques pièces de
terre et un bois de décoration contenant 80 cordes. C'était en ce
manoir que le commandeur faisait débiter le vin en détail, les jours
de foires et marchés, étant personnellement
exempt de tous devoirs d'impôts et billots (Visite de 1617 et déclaration
de 1697).
Depuis
un certain temps, en effet, les commandeurs de la Feuillée avaient cessé
d'habiter la maison de l'Hôpital ; ils lui préférèrent
d'abord le manoir de Kerberon, puis celui du Palacret
et enfin la commanderie de Pont-Melvez.
Dès
1426 on lit dans les cahiers de la Réformation de la noblesse
ce qui suit : « Jean Le Fer, metaier, demeure en la ville de
Kerberon qui est le lieu principal et manoir du commandeur de
la Feuillée seigneur de la paroisse, et y souloient demeurer les
prestres chapelains ». La maison noble de Kerberon, sise en la
paroisse de la Feuillée, était un vrai manoir avec cour close de
murailles, portail et jardins, étang et bois futaie ; la retenue comprenait
vingt-quatre pièces de terre, un bois taillis contenant
cent journaux et deux moulins appelés Kerberon et Kerelcan (Visite de
1617 et déclaration de 1697) ; c'était une assez jolie
terre assise dans une fraîche vallée et
une résidence bien plus agréable que le bourg de la Feuillée. Cette
paroisse de la Feuillée se composait de quatorze villages,
compris le bourg, et tout son territoire était divisé en quatre-vingt-quatorze
convenants tenus en quevaise du commandeur.
Sur chaque convenant étaient dûs « un quartier d'avoine grosse faisant deux boisseaux mesure de Morlaix, une
poule
et trois corvées » ; de plus, les tenanciers étaient obligés à
laisser au commandeur « la dixme à la sixiesme et septiesme gerbe
de tous leurs bleds et grains » et devaient « porter les bleds
provenant desdites dixmes et autres redevances aux marchés et ports de
mer prochains de la Feuillée, comme Morlaix, Landerneau et autres lieux
circonvoisine ». Nous
venons de nommer la quevaise; c'était « l'usement universel
tant dans la dite paroisse de la Feuillée qu'és autres paroisses
et membres de ladite commanderie, aussi bien dans les diocèses
de Vannes, Tréguier, Saint-Brieuc et Dol qu'en celui
de Quimper. Aussi le commandeur de Beaulieu de Belthomas,
rendant aveu au roi pour sa commanderie de la Feuillée en 1697,
croit-il devoir expliquer tout au long en quoi consiste la quevaise, quel usement est tel qui s'ensuit :
Cet
usement de quevaise subsista jusqu'à l'approche de la Révolution
dans toute la commanderie de la Feuillée et ses annexes. Mais en février
1789, le dernier commandeur, Alexandre de Freslon, fut autorisé par le
roi à « convertir en cens le droit
de quevaise dans sa commanderie de la Feuillée » (Archives du
Parlement de Bretagne, 46e reg., p. 53).
Voici
les noms des quatorze villages de la Feuillée en 1697 et
le nombre des tenues qu'avait chacun d'eux : le bourg de la Feuillée
(16 tenues), Kermabilou (5 tenues), Penanroz (1 tenue), la Villeblanche (4 tenues), Kerelcan (13 tenues), Ruguellou (13
tenues),
Trédudon (6 tenues), Kerangueroff (6 tenues), Keruran (5
tenues), Kerbargain (5 tenues), Kerberon (3 tenues), Le Lettier
(9 tenues), Kerbruc (4 tenues) et Botbihan (4 tenues) (Déclaration de
1697).
Mais
la commanderie primitive de la Feuillée, ou, comme on disait
plus tard, le membre de la Feuillée, ne comprenait pas seulement
la paroisse de ce nom ; elle s'étendait encore en dix autres paroisses, savoir : Scrignac, Plonévez-du-Faou, Lopérec
et
Hanvec (du diocèse de Cornouaille) ; Commana, Plounéour-Menez,
Plouguin, Plouénan et Taulé (du diocèse de Léon) ; Plouigneau et
Lannéanou (du diocèse de Tréguier).
En Scrignac (Finistère),
le commandeur de la Feuillée possédait le membre de Lannouédic,
composé des trois villages de Lannouédic,
Kertanguy et Quilliou, d'une douzaine de tenues et
du moulin à eau de Lannéoudic, sur un ruisseau coulant aux pieds
des monts d'Arrée, moulin affermé 200 livres en 1697 (Déclaration de
1697). En
Plounéour-Menez, Plouénan,
Taulé, Plonévez-du-Faou et Lopérec, les
commandeurs avaient un certain nombre de villages
et de tenues ; aussi la charte de 1160 mentionne-t-elle l'aumônerie
de Plonévez-du-Faou sous le nom de Eleemosina de Fou. En Hanvec, les tenues et villages étaient plus
nombreux,
et les chevaliers de Malte avaient un étang et un moulin. On croit qu'ils possédèrent même à l'origine
l'Hôpital-Camfrout,
aujourd'hui paroisse distraite d'Hanvec, mais les aveux de la
Feuillée n'en parlent pas
(nota : Les archives de la
Feuillée déposées au fonds du Grand-Prieuré d'Aquitaine (Archives de
la Vienne), n'ont pas malheureusement d'actes antérieurs au XVIème siècle).
Enfin,
en Plouguin (Finistère) était le membre de Saint-Jean de Banalan,
dont le nom Bannazlanc figure dans la charte de 1160. Aussi les commandeurs de la Feuillée déclarent-ils que
« les église
et bourg de Saint-Jean Banalan appartiennent en entier à
l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, excepté une chapelle faisant
la my-croix de ladite église du costé de l'évangile, laquelle
a été jadis donnée par les commandeurs au baron de Penmarc'h,
en recognoissance de quoy ledit baron est tenu poyer
20 sols de rente auxdits commandeurs. En laquelle église ledit
Ordre a ses escussons, banc, escabeaux et accoudoirs, présente
le chapelain et prend les offrandes » (Déclaration de 1697).
Cette
église de Banalan renfermait six autels, dont le principal «
en pierre et fort long » était surmonté de la statue de la Sainte
Vierge, entre celles de saint Jean-Baptiste et de saint Jean l'Evangéliste ; les jours de fête, on y plaçait un
« devant d'autel
en cuivre doré >> et on y exposait une relique de saint Jean
renfermée dans un bras d'argent. Enfin, au-dessus de la grande
porte de l'édifice, apparaissait un groupe de pierre représentant
saint Jean baptisant Notre-Seigneur, et accompagné des blasons
de l'Ordre de Malte (Visite de 1720 – Archives de la Vienne, 3 H,
464).
L'Hôpital
de Banalan conserva longtemps, semble-t-il, son indépendance
: en 1443, le chevalier de Rhodes Perrot du Dresnay
prenait encore le titre de « gouverneur de Saint-Jehan de
Balaznant » (Potier de Courcy, Nobiliaire
de Bretagne - On disait indifféremment Banalan ou Balanan).
A
côté de l'église se trouvait, en effet, « le manoir de Saint-Jean
de Banalan, consistant en maisons, cour close de murs » avec
deux jardins, une retenue de 8 pièces de terre, un étang et
un moulin. On appelait vulgairement ce manoir la Commanderie,
et non loin étaient deux autres maisons appartenant également
au commandeur, mais dont jouissait le chapelain de Banalan, en
1617, dom Charles Le Paige (Visite de 1617 et déclaration de 1697). 2. Quimper
La
charte donnée en 1160 en faveur des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem mentionne un établissement qu'elle
appelle Hospitalis inter duas Kemper. On
n'est pas d'accord sur l'interprétation
à donner à ce texte : cet hôpital semble à quelques-uns devoir être le Palacret, situé entre Quimperven et
Quimper-Guézennec,
ou le Moustoir en Kernevel, sis entre Quimper
et Quimperlé. M. de Blois regardait ce texte comme s'appliquant mieux
à Saint-Jean de Quimper, bâti à l'origine entre
la vieille cité Civitas Aquilonia (aujourd’hui Locmaria) et la
ville actuelle de Quimper (Ogée, op. cit., V° Quimper). Malheureusement, toutes ces
hypothèses
tombent devant le procès-verbal de la visite de la commanderie
de Quimper en 1617 ; on y lit, en effet, que la maison de cette
commanderie portait le nom de Temple de Saint-Jean
; ce n'était donc pas primitivement un hôpital de l'ordre
de Saint-Jean de Jérusalem, mais un établissement de Templiers
auquel ne peut se rapporter le texte de la charte donnée par Conan en
faveur des chevaliers hospitaliers. Quoiqu'il
en soit, la commanderie de Quimper remontait certainement
à une haute antiquité. Au XVIème siècle, elle se trouvait en
mêmes mains que la commanderie de Pont-Melvez, sans être cependant,
semble-t-il, unie à ce bénéfice, car les commandeurs
possédant Quimper et Pont-Melvez rendaient séparément
aveu au roi pour chacune de ces commanderies. Le
commandeur Jean de la Barre fit ainsi en 1540 (Archives de la Loire-Inférieure,
B, 187) ; sa déclaration va nous
faire connaître l'étendue de la commanderie
de Quimper au XVIème siècle. Comme toutefois cette déclaration est
très brève, nous chercherons ailleurs quelques éclaircissements
et quelques détails que nous ajouterons au texte de l'aveu. La
commanderie comprend tout d'abord « le membre de Quimper-Corentin, consistant en juridiction haulte, moyenne et
basse,
laquelle s'exerce près la chapelle Saint-Jean sur le quai de
la ville de Quimper, capitale de l'évesché de Cornouaille ». Cette
chapelle, dédiée à saint Jean-Baptiste, se trouvait à l'angle
du quai et de la rue Vis, et s'ouvrait sur cette rue (vis-à-Vis de la
cale actuelle de Saint-Jean) ; ses dimensions étaient d'environ 20 mètres de long sur 8 mètres
de large. Tombée en ruine pendant les guerres de la Ligue, elle avait
quelques portions appartenant au XIIIème siècle, mais elle fut presque
totalement reconstruite au commencement du XVIIème par le
commandeur René de Saint-Offange. En 1617, Saint-Jean de Quimper était desservie par un chapelain nommé dom
Primel
Le Levier, et l'on y honorait un reliquaire « en forme de teste
d'homme en bois doré, renfermant des reliques du précieux corps de
saint Jean-Baptiste ». (Visite de
1617).
Derrière cette chapelle
s'élevait « une maison ruisnée (en 1617),
située sur le quay en la Terre-au-Duc » avec un jardin. C'est
cette maison, demeure primitive des commandeurs, qu'on appelait « le
Temple de Saint-Jean » (Visite de 1617).
Dans la cour de ce vieux
logis se trouvait l'auditoire ; la haute justice de la commanderie s'y
exerça tous les jeudis jusqu'en
1621. A cette époque, elle se trouva quelque temps dépourvue
d'officiers, et le présidial de Quimper en profita avec empressement
pour la déclarer supprimée. Ce ne fut qu'un siècle plus tard, en
1727, que le commandeur de la Feuillée demanda et obtint sans peine du
Parlement de Bretagne un arrêt rétablissant
la juridiction de Saint-Jean de Quimper (Trévédy, Promenade
dans Quimper).
Le
fief de la commanderie à Quimper même était d'ailleurs peu considérable
; il n'avait ni justice patibulaire, ni poteau à carcan, et ne
comprenait dans les siècles derniers que la chapelle et l'ancien manoir
avec son auditoire.
En
dehors de Quimper, le commandeur avait des tenues et levait des dîmes
dans les paroisses de Penhars, Ploneiz, Ergué
(nota : en Ergué-Gabéric se trouvait jadis la chapelle
Sainte-Anne-du-Guélen, attribuée aux Templiers), Beuzec-Cap-Sizun et
Plougastel. De ces paroisses, les quatre premières ont leurs
noms inscrits dans la charte de 1160 : Eleemosine de Pennhart et de Ploeneth et de Arke et
de Bodoc-Kapsithun.
Le manoir de Lestivien
en Plouhinec relevait aussi de la commanderie,
ainsi que le château et la seigneurie du Mur en Saint-Evarzec.
Aussi le nom de cette dernière paroisse figure-t-il parmi ceux des possessions de l'Ordre du Temple en 1182. Le commandeur de Quimper jouissait également du membre de Penmarc'h (Finistère) et avait en cette paroisse la chapelle Saint-Jean de Kérity ; cet édifice, aujourd'hui ruiné, présente encore sa tour massive accolée d'une tourelle. On y voyait jadis un précieux retable en albâtre sculpté et doré, et une statue de saint Jean aussi en albâtre ; ces oeuvres d'art, heureusement conservées, ont été transférées de nos jours en des églises voisines. Le commandeur levait toujours quelques oblations à Kérity en 1697, mais à cette époque, la plupart des rentes dues à Penmarc'h étaient perdues (Déclaration de 1697). Le membre de Châteaulin (Finistère) devait être très ancien, puisque en 1217, le duc Pierre Mauclerc fit restituer aux chevaliers du Temple les Hospites in Castro Lini qu'on leur avait enlevés (Dom Morice, op. cit., I, 836). Mais au XVIIème siècle, il ne rapportait plus au commandeur de Quimper « ny rentes, ny chefrentes », sauf deux saumons prisés 15 livres en 1697, et qui lui étaient dûs en la pêcherie de Châteaulin. Dans cette ville lui appartenaient aussi quelques tenues et la chapelle Saint-Jean dont il cueillait les offrandes, étant obligé de l'entretenir. Par tolérance du commandeur, le seigneur de Kergoët du Guilly avait un banc dans ce sanctuaire (Déclaration de 1697). Le membre d'Audierne (Finistère) consistait en une chapelle bâtie sur le port de cette petite ville, mais en la paroisse de Plouhinec. En 1720, cette chapelle, dédiée à saint Jean, renfermait un jubé et dans son trésor « le chef de Saint-Jean et aussi le chef de Saint-Tugdual dans une boette d'argent à l'antique et des reliques de ces deux saints » (Visite de 1720). Au bas du cimetière de Saint-Jean d'Audierne s'élevait un second petit sanctuaire en l'honneur de saint Tugdual. Non loin se dressait « une belle croix de pierre de taille avec crucifix » qu'accompagnaient deux fontaines monumentales. Enfin à trente pas de là, on retrouvait « les vieilles mazières de l'Hospital Saint-Jean d'Audierne » (Visite de 1720). Preuve de l'importance relative qu'avait eue à l'origine cet établissement des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem.
La chapelle
Saint-Jean de Botlan, dit Ogée (Ogée, op. cit., V° Edern), est sur le
sommet d'une des Montagnes Noires qui forme un très beau point de vue. Elle se trouve dans la paroisse d'Edern (Finistère) et
dépendait de toute antiquité de
la commanderie de Quimper ; aussi y
voyait-on en 1720 les armoiries de l'Ordre de Malte, trois
autels et les statues de saint Jean et de saint Edern, ce dernier monté sur son cerf traditionnel. Il s'y trouvait aussi une
chaire
à prêcher « parce qu'en Caresme on y presche la Passion qui
attire une grande foule de peuple ». Ce sermon solennel
devait avoir pour origine l'adoration d'une Vraie-Croix déposée
en ce sanctuaire par les chevaliers. Enfin un beau calvaire
de granit « avec crucifix et figures de plusieurs saints » s'élevait
devant la chapelle. Toutefois le chapelain de Saint-Jean
de Botlan n'était tenu à y faire l'office divin qu'aux fêtes des
pardons (Visites de 1617 et 1720).
Plusieurs
villages de la paroisse d'Edern dépendaient avec leurs
tenues du commandeur de Quimper qui possédait aussi le moulin
de Saint-Jean d'Edern au village de Guilliau (Déclaration de 1697).
Dans les paroisses de Cuzon,
Briec, Saint-Thois, Plozevet et Tourc'h, le même commandeur avait sous sa
juridiction plusieurs villages et
jouissait de plusieurs tenues. Les noms des deux premières de
ces paroisses figurent dans la charte de 1160 Eleemosine de Cothon et
de Brithiac ; la dernière sous la
dénomination de Tourc se retrouve dans la charte de 1182. Les
deux Ordres de Saint-Jean de Jérusalem et du Temple avaient donc
concouru à la formation de ce membre.
La
paroisse de Scaër (Finistère) dépendait aussi en partie de la commanderie
de Quimper ; son nom « Scahart », paraît également dans l'énumération
des biens de l'Ordre du Temple en 1182.
Le commandeur avait à Scaër un bon nombre de tenues,
une dîme et une rente sur le manoir de Trévalot ; à l'origine
cette maison noble avait même appartenu aux Templiers qui la
firent figurer parmi leurs possessions en 1182. De plus, deux chapelles appartenaient en Scaër
au commandeur de Quimper. C'était d'abord la
curieuse chapelle du Christ ou de Saint-Sauveur
au village de Coatdry. C'est aux environs qu'on trouve les
petites pierres portant chacune sur sa face une croix semblable
à celle qui formait le blason des chevaliers hospitaliers. Ce sanctuaire renfermait en
1720 cinq autels et un jubé surmonté
d'un Christ et des statues de Notre-Dame et de saint Jean ; « sur ses
murailles (étaient) plusieurs peintures de fleurs et
de figures représentant la passion de Notre-Seigneur et plusieurs
autres histoires sacrées » : le retable du maître-autel était
« doré en sculpture et le Saint Sauveur au milieu, aussi doré
ainsi que les images de la Vierge et de saint Jean » ; enfin on voyait
« à l'aile gauche le sépulchre de Notre Seigneur dans une
voulte et au dessus de ladite voulte les images peintes de Notre-Dame
et de saint Jean ; on dit qu'il y a grand concours de dévotion
toute l'année en cette chapelle » (Visite de 1720). A la fin du XIXème
siècle encore les pèlerinages sont
fréquents à Coatdry et les pardons du lieu sont renommés. La
chapelle de Saint-Jean de Locjean en la paroisse de Kernevel
(Finistère) appartenait aussi au commandeur de Quimper qui en
recueillait les offrandes et entretenait l'édifice. En 1617 il s'y
trouvait trois autels et dans la verrière, par permission de l'Ordre
de Malte, les armoiries du sire de Kergorlay (Visite de 1617). C'est en Kernevel
que se trouve le village du Moustoir qu'on regarde comme une ancienne
propriété des chevaliers hospitaliers. Dans
la paroisse de Gourin (Morbihan) était ce qu'on nommait le membre de
Roudouallec, en 1160, Eleemosina
an Rodoued Gallec. Cet
antique établissement de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem
comprenait le bourg et l'église de Roudouallec – qui était
alors une trêve de Gourin – et une douzaine de villages avec
d'assez nombreuses tenues et une dîme de grains ; le manoir de Penguily
devait lui-même une petite rente au commandeur.
L’église de Roudouallec – devenue paroissiale de nos jours – était
en 1617 dédiée à saint Jean, et l'ensemble des biens
des chevaliers en ce lieu portait le nom de « Temple de Roudouallec
» (Visite de 1617).
Non
loin de Gourin le village de Besmays en la paroisse de Leuhan
(Finistère) dépendait également de la commanderie de Quimper. Il
s'y élevait une chapelle, qui subsiste encore, construite en l'honneur
de saint Jean ; au commandeur appartenaient les oblations et
quelques tenues voisine.
Dans
la paroisse de Langonnet (Morbihan) se trouvait le membre du Croisty
qu'il ne faut pas confondre avec la commanderie du même nom dont nous
parlerons plus loin. Il consistait en plusieurs
villages et tenues tant en Langonnet qu'en Le Faouët, Querrien,
Plévin, Guiscriff et Moëlan, paroisses voisines de Langonnet.
La dernière de ces paroisses figure sous le nom de Eleemosina
de Moëlan non seulement en la charte de 1160 mais
encore en celle de 1182, parce que les deux Ordres des Hospitaliers
et des Templiers y avaient reçu des biens.
En
Guiscriff le manoir de Kervelaouen et le village de Saint-Maudez
relevaient du commandeur de Quimper qui possédait aussi
à l'origine en cette paroisse le moulin de Languedorec.
En Plévin la chapelle
Saint-Jean du Poullandu et en Le Faouët
(Morbihan) celle de Saint-Jean appartenaient au même commandeur. Cette dernière, bâtie au village de
Saint-Guénan, présentait
en 1617 dans ses verrières les armes de l'Ordre de Malte conjointement
à celles des ducs de Bretagne et des sires de Goulaine, barons du Faouët.
M.
Rosenzweig a écrit que la jolie chapelle Saint-Fiacre du Faouët
- justement célèbre par son merveilleux jubé - était « la chapelle
principale de la commanderie de Saint-Jean du Faouët » (Rosenzweig, Répertoire
archéologique du Morbihan, 83). Malheureusement, nous n'avons trouvé
aucune mention de Saint-Fiacre du
Faouët faite dans les archives de la Feuillée ; aussi
croyons-nous que Saint-Jean était l'unique sanctuaire possédé par
l'Ordre de Malte dans la paroisse du Faouët. Aux
environs de Quimperlé (Finistère) deux chapelles dépendaient de la
commanderie de Quimper en 1574 : l'une située en l'évêché de
Cornouaille et dans la paroisse de Riec, subsiste encore ; elle
s'appelle Saint-Jean de Pontmen, et l'on croit qu'elle est désignée
dans la charte de 1160 sous le nom de Hospitalis super Beloen. Ses vitraux
contenaient en 1617 les blasons des ducs
de Bretagne et de plusieurs gentilshommes des environs. L'autre,
bâtie l'extrémité d'un faubourg de Quimperlé, se trouvait
en l'évêché de Vannes, et on la nommait Saint-Jean de Cramou
(Archives de la Loire-Inférieure, B 187). Près
d'Hennebont s'étendait le membre du Temple de Beauvoir,
uni en 1574 à la commanderie de Quimper ; son chef-lieu se
trouvait en la paroisse d'Inzinzac (Morbihan) et non pas en celle de
Priziac, comme quelques-uns l'ont cru. Il consistait en un manoir tombé
en ruines avant 1697, mais dont le nom est demeuré
aux deux villages du Temple et du Bas-Temple ; à côté se trouvait un moulin usurpé à la même époque et non loin se
dressait
la chapelle Saint-Jean du Temple avec ses trois autels ; ce
sanctuaire menaçant ruine fut interdit en 1718 (Déclaration de 1697 et
visite de 1720). Du
Temple de Beauvoir relevaient quelques villages, et le commandeur
avait quelques tenues dans les paroisses d'Inzinzac,
Caudan, Cléguer et Quinstinic-Blavet ; ces deux dernières ont leurs noms inscrits dans la charte de 1160
Eleemosine de Cleker
et de Kinstinic-Blagueth. En
Quinstinic-Blavet se trouvait
une autre chapelle de Saint-Jean du Temple. En 1720 elle était
ornée d'un vaste retable accompagnant le maître-autel « il comprend
– dit le procès-verbal de visite – toute la face du pignon
et on y voit au milieu Notre-Seigneur en croix, et peints des
cieux côtés plusieurs figures de saints comme saint Joachim, sainte
Anne, la sainte Vierge, saint Joseph, etc. ». Dans
une niche apparaissait en place d'honneur la statue de saint
Jean. 3. Le Croisty
Aujourd'hui
église paroissiale mais jadis trève de la paroisse de saint
Tugdual (Morbihan) au diocèse de Vannes, le Croisty doit son nom la
Maison de la Croix et son origine à un vieil établissement
des chevaliers hospitaliers. Le duc Conan IV mentionne dès
1160 cette fondation, sous le nom d'aumônerie de Quasgurq dans
le doyenné de Guémené-Guégant Eleemosina de Quasgurq
in Kemenet-Guegant. Si le
nom du lieu paraît estropié
dans cette charte, on le trouve mieux écrit dans le Cartulaire
de Quimperlé ; vers l'an 1200 un certain Rotaud donna à l'abbaye de
Sainte-Croix ce qu'il avait dans la paroisse de Priziac juxta terram Hospitalis Jerosolimitani quœ terra
vocatur
Croasti in Priziac.
« Ce
texte prouve que l'établissement du Croisty appartenait aux
Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem et non aux Templiers, comme on
l'a dit trop souvent. Si aujourd'hui le peuple
donne à la terre du Croisty le nom de terre du Temple et
au moulin voisin le nom de Moulin du Temple, c'est par suite d'une
confusion d'autant plus excusable qu'elle se retrouve dans
quelques écrits des siècles derniers. L'église d'ailleurs est dédiée
à saint Jean » (Abbé Le Mené, Histoire des paroisses du diocèse de
Vannes, I, 199).
Il est possible aussi
que les Templiers aient eu quelques biens au Croisty à côté de ceux
des Hospitaliers.
Le
même texte prouve encore que le Croisty au commencement du XIIIème
siècle faisait partie de la grande paroisse de Priziac.
Mais au siècle suivant le Croisty était lui-même devenu paroisse
et en 1422 on le trouve uni à la paroisse de Saint-Tugdual
; toutefois avant la Révolution il n'était plus considéré que
comme une trêve de Saint-Tugdual ; il a été de nouveau érigé
en paroisse en 1865.
« Le
membre du Croixty – dit la déclaration de 1697 – a ses fiefs
et juridiction, haulte, moyenne et basse, exercée audit bourg du
Croixty, en la paroisse de Saint-Tugdual. En
1617, cette église du Croisty semblait assez riche : elle avait
six autels et des fonts baptismaux, et dans son trésor «
une croix processionnelle d'argent, un crucifix et deux images de
saints, le tout d'argent doré » (Archives
de la Vienne, 3 H, 464). L'édifice est encore aujourd'hui
une belle construction ogivale du XVIème siècle. Dans le transept,
des anges tiennent une banderole portant ces mots : « L'an mil cinq cenz cinquante troys, Me Pierre Le Dorfen a
faict faire le boys de céans ». « Sur les sablières sont sculptées des scènes
grotesques, notamment un homme unissant la patte d'un chien à celle d'un lièvre. Les meneaux sont en
trilobes, quatre-feuilles,
flammes et fleurs de lys. Le grand vitrail du choeur
offre divers traits de la vie de saint Jean-Baptiste, et en 1720
on y voyait les armoiries du commandeur de Belthomas ; enfin au
maître-autel se voit une portion de retable en bois représentant
six apôtres sous des dais de la Renaissance. Au bas de l'église
s'élève une tour, et au sud de la nef est un porche
carré accompagné d'un ossuaire dont les baies en anse de panier
sont séparées par des colonnettes à volutes » (Abbé Le Mené, op.
cit., I, 200). Revenons
à la commanderie du Croisty. Aux
alentours du bourg du Croisty, dix villages avec un certain
nombre de tenues dépendaient du commandeur. Celui-ci levait aussi la dîme
dans la paroisse ; il cédait au recteur un tiers
de cette dîme des grains blancs, mais conservait la dîme entière
du sarrasin. Il jouissait aussi d'un étang et d'un moulin qu'il
affermait 390 livres en 1697. Quoique
en 1540 Jean de la Barre ne prît que le titre de commandeur
de Quimper et de Beauvoir, il rendit cependant aveu pour la commanderie de Saint-Jean du Croisty au diocèse
de
Vannes, en même temps qu'il le faisait pour ses commanderies
de Quimper et de Beauvoir. C'est une preuve que, dès cette époque, le Croisty se trouvait uni à Saint-Jean de Quimper. Près
d'Hennebont, mais en la paroisse de Saint-Caradec, existait une dépendance
de l'Hôpital du Croisty c'était la chapelle
de Saint-Sévérin, construite dans le village de ce nom. A l'origine,
les commandeurs y possédaient même une maison appelée l'Hôpital,
qui, en 1697, était déjà « ruisnée depuis plusieurs
siècles ». Toutefois il leur restait encore quelques pièces de
terre aux alentours, et une rente sur le manoir de Brangolo (Déclaration
de 1697).
Dans
la ville de Pont-Scorff (Morbihan), mais en la paroisse de Cléguer,
s'élevait une autre maison appelée également l'Hôpital. C'était
l'établissement des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem,
mentionné dans la charte de 1160 sous le nom de Eleemosina
de Cleker. L'évêque
manifesta en 1235 l'intention d'annexer les revenus de cette aumônerie
à la chapelle de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, située au
Bas-Pont-Scorff, près de l'Hôpital Saint-Jean ; mais ce projet ne reçut
point d'exécution, et les chevaliers hospitaliers conservèrent leur propriété
de Pont-Scorff qu'ils unirent plus tard au Croisty.
Les
eaux du Scorff baignaient la maison de l'Hôpital et sa chapelle
dédiée à saint Jean ; autour se trouvaient des prairies et un
bois en dépendant. Enfin, à quelque distance dans la campagne
apparaissait le village du Temple, relevant de Saint-Jean de
Pont-Scorff ; ce qui indique qu'à l'origine, les deux Ordres
des Hospitaliers et des Templiers avaient reçu des biens dans
cette région.
«
En 1794 et 1795, on vendit nationalement la chapelle de Saint-Jean,
la maison dite l'Hôpital, le jardin attenant, le pré de la commanderie et deux autres parcelles de terre. La chapelle,
transformée
en brasserie, se voit encore dans la rue du Temple. Elle
est de forme rectangulaire avec une nef et deux bas-côtés ; elle a trois travées d'architecture et des colonnes cylindriques. Il
reste
à l'Est de larges fenêtres à plein cintre pour éclairer la nef et
les bas-côtés. Il y avait autrefois sur le côté septentrional un grand
portail avec un porche » (Abbé Le Mené, op. cit., I, 171). On voit
encore dans ce sanctuaire, sculptés dans les sablières, des animaux et des personnages
couchés horizontalement, tenant des écus.
Non
loin de Pont-Scorff, dans la paroisse de Redené (Finistère), les
chevaliers de Malte possédaient la chapelle Saint-Jean de Lannou
et percevaient quelques rentes de peu d'importance (Déclaration de
1697). Enfin, remarquons que
le marquis de Pontcallec devait sur les terres
de sa seigneurie, en Berné, une rente de 30 livres tournois à
la chapelle Saint-Jean de Pont-Scorff (Déclaration de 1697). 4. Le Loc'h La
charte de 1160 donnée en faveur des chevaliers hospitaliers
de Saint-Jean de Jérusalem, mentionne l'aumônerie de Maël et du
Louc'h Eleemosina de Maël et Luc'h. Il s'agit ici de l'Hôpital
du Louc'h ou du Loc'h - comme on dit maintenant - situé dans la
paroisse de Maël-Pestivien (Côtes-d'Armor), au diocèse de
Cornouaille. Le
chef-lieu du membre de Maël
et Louc'h était le bourg du Louc'h,
trêve de Maël-Pestivien. C'est aujourd'hui un simple village bâti
au milieu d'énormes blocs erratiques, dans un paysage
des plus sauvages et au bord d'un pittoresque étang ; il appartient maintenant à la paroisse de Peumerit-Quintin. Les
commandeurs
avaient « haulte, moyenne et basse justice exercée
audit bourg du Louc'h le lundy de chaque semaine ; plus le droit
de présenter un curé ou vicaire pour desservir l'église tréviale du
Louc'h » (Déclaration de 1697). Seigneurs temporels et spirituels du Louc'h,
ils y possédaient à l'origine un manoir dont les « vieilles maziéres
qu'on dit avoir esté anciennement un chasteau » sont signalées dans le procès-verbal de la visite faite en 1617.
Aujourd'hui
encore, on retrouve « les ruines de l'aumônerie du Loc'h en très
petit appareil, situées au sommet d'une motte de terre entourée
d'un étang » (Gaultier du Mottay, Répertoire archéologique des Côtes-du-Nord). A
côté des derniers débris de cette demeure primitive des
Hospitaliers, se trouvait la chapelle Saint-Thomas, leur appartenant
aussi, mais également tombée en ruines avant 1617. Relevé
toutefois au XVIIème siècle, ce
petit sanctuaire présentait en 1720
le blason de l'Ordre de Malte sculpté sur sa façade,
et renfermait les statues vénérées de saint Thomas et de saint Cado.
Comme
à la Feuillée, un bois futaie ombrageait l'église et le bourg
du Louc'h. Cette église – devenue de nos jours (fin du XIXème
siècle) chapelle frairienne – est dédiée à saint Jean et en forme de croix latine.
C'est
un édifice en grande partie du XVème siècle, mais conservant quelques
débris de sa construction primitive au XIIème, « notamment deux piliers qui soutiennent le porche, une lancette dans
le
collatéral sud, et un maître autel formé d'une table de pierre reposant
sur deux petits piliers » (Gaultier
du Mottay, op. cit., 137). Au réseau de la principale vitre, on
retrouve les armoiries des sires de Rostrenen et de Quelen
; dans un débris de la verrière placée au-dessus de l'autel
du transept septentrional, on lit encore « L'an mil IIIICC IIIIXX XVI
(1496), fast faict cet aultier et chapelle ». Enfin, dans le
cimetière s'élève un intéressant calvaire du XVIème siècle.
«
De ladite église tréviale Saint-Jean du Louc'h – dit la
déclaration
de 1697 – le commandeur (de la Feuillée) est seigneur fondateur
et luy appartiennent les oblations, prières nominales, escussons, enfeu et escabaux, aucun aultre seineur n'y
ayant
droit, ladite église et son cimetière étant bornée des terres de la
commanderie » (Archives de la Loire-Inférieure, B, 188).
Outre
leur manoir et ses deux chapelles, les commandeurs possédaient
au Louc'h des jardins, un étang et un moulin.
A Maël-Pestivien, l'église paroissiale, dédiée à saint Laurent, dépendait
également de la commanderie, aussi bien que le presbytère
sis au village de Kersimon ; le commandeur prétendait même présenter
le recteur. L'Ordre de Malte possédait encore
dans cette paroisse deux autres chapelles : Saint-Jean et
Saint-Pierre de Kerismaël appelée aussi la Vieille-Eglise et Saint-Jean
de Locmaria, près du village de Coëtmaël. Dans ces deux
chapelles, on voyait en 1720 les armoiries du commandeur
de Sesmaisons et les statues de Notre-Dame et de saint Jean. En
1617, dom Jean Le Gal desservait la chapelle de Locmaria, tombée en
ruines aujourd'hui.
Le
commandeur de la Feuillée jouissait, par indivis avec le seigneur de
Couvran, du moulin du Blavet en Maël-Pestivien. Le
membre de la Magdeleine en la paroisse de Kergrist-Moëlou
(Côtes-d'Armor) dépendait aussi du Louc'h. Les Hospitaliers avaient là
une chapelle entourée de
bois touffus et de vieilles rabines ; sainte
Magdeleine et saint Jean étaient les patrons de ce sanctuaire.
Trois villages voisins, dont un nommé le Croisty et quatorze
tenues appartenaient également à l'Ordre de Malte. Les
chevaliers hospitaliers avaient encore dans la paroisse de Duault
(Côtes-d'Armor), un village nommé Burtulet, avec une chapelle signalée
en 1697. Il est à remarquer qu'à cette époque la Madeleine
de Kergrist et Burtulet sont dits formellement dépendre du membre
du Louc'h ; néanmoins en 1540 le commandeur de Quimper
avait rendu aveu pour ces deux établissements ; ce qui prouve
une fois de plus qu'on rattachait facilement les biens de l'Ordre
tantôt à un membre et tantôt à un autre. La
chapelle de Burtulet existe encore, pittoresquement assise dans les
montagnes ; c'est un joli petit édifice du XVIème siècle. La
déclaration de 1697 mentionne enfin, dans la paroisse de Plusquellec, une dîme appartenant au commandeur de Saint-Jean du
Louc'h. 5. Plouaret
Les
chevaliers hospitalier, héritiers des Templiers, prétendaient être fondateurs de l'église paroissiale de Plouaret (Côtes-d'Armor),
au diocèse de Tréguier ; aussi, en 1720, le commandeur de la Feuillée
en prit-il possession le 30 mai. Le procès-verbal de cette prise de possession déclare l'église de Plouaret
« fort belle
et
magnifique, avec quantité de chapelles et d'autels, et dans le portail
au-dessus de la porte, une petite chapelle de Notre-Dame
fermée de balustres et dans laquelle on monte par un escalier
au-dedans de l'église, et dans ladite chapelle est la figure
de la Vierge toute dorée et tout le portail est peint. Dans le cimetière est la chapelle Saint-Hervé et s'élèvent deux croix
avec crucifix, et à dix pas dudit cimetière est un pilier de pierre
aux armes de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem » (Archives de la
Vienne, 3 H, 464).
A
un quart de lieue de Plouaret, les commandeurs possédaient
une chapelle garnie de trois autels et portant le nom de Saint-Jean
du Temple ; ce sanctuaire a disparu, mais sa fontaine
subsiste encore au village de Saint-Jean. Par ailleurs, l'Ordre de Malte avait à Plouaret
« une juridiction haulte, moyenne
et
basse, exercée au bourg du Vieux-Marché, huit tenues de terre,
une dîme et quelques rentes » (Déclaration de 1697).
A quelque distance de
Plouaret, en la paroisse de Plounevez-Moëdec (Côtes-d'Armor), se
trouve isolée dans la campagne la belle chapelle
Notre-Dame de Keramanac'h, appartenant également aux
chevaliers hospitalier, qui donnèrent au village voisin son nom
de Village des Moines (Ker Menec'h). En 1617, on appelait encore
ce sanctuaire Saint-Jean de Kermenec'h, et on y signalait trois autels,
le principal « avec son retable fait de marbre où est despeinte la
Passion de Nostre-Seigneur », et dans
la verrière « en supériorité les armoiries de l'Ordre, celles du
commandeur de la Salle, et par sa permission celles du seigneur de Coëtedren
» (Visite de 1617).
La
chapelle de Keramanac'h est une construction très soignée du XVème siècle ; elle se compose d'une nef avec un seul
collatéral
; son porche au sud est fort beau et orné des statues des
Apôtres, d'un groupe de l'Annonciation et de l'effigie d'un seigneur agenouillé et présenté à la Vierge par son saint patron.
Le
chevet de l'édifice est occupé par une maîtresse-vitre vraiment
superbe, dont la rose flamboyante repose sur de multiples
meneaux ; au sommet est la bannière de Bretagne, et au-dessous les
armoiries de l'Ordre de Malte et celles de plusieurs gentilshommes des
alentours. Le
retable signalé en 1617 subsiste encore au-dessus du maître-autel en granit sculpté ; il se compose de charmants
bas-reliefs
non pas en marbre, mais en albâtre ; au centre, Jésus crucifié est accompagné de la sainte Vierge et de saint
Jean
; de chaque côté, sous des dais délicatement fouillés à jour,
apparaissent diverses scènes de la Passion terminées par celles
de la Résurrection. Enfin,
un beau jubé en bois sculpté, surmonté des statues de Notre-Dame
et de saint Jean, séparait jadis le choeur de la nef de cette jolie chapelle ; il existe toujours, mais a été transféré
naguère
à l'église paroissiale de Plounévez-Moëdec. Dans
cette même paroisse, le commandeur de la Feuillée avait en 1697
aux environs de Keramanac'h seize tenues et levait une dîme. En
Loguivy-Plougras (Côtes-d'Armor), le même commandeur possédait le membre
de Toulguidou dépendant aussi de Plouaret. Ce n'était plus en
1697 qu'un assemblement de quatorze tenues avec une
petite dîme ; mais la tradition locale soutient que les chevaliers
du Temple avaient fondé la remarquable chapelle de Saint-Emilion,
aujourd'hui église paroissiale de Loguivy-Plougras ; le clocher de ce sanctuaire est une des plus élégantes
constructions
de Basse-Bretagne, et l'église, restaurée avec art de nos jours (fin du
XIXème siècle),
ne le dépare d'aucune façon. La tradition est d'ailleurs
confirmée par la présence des armoiries de l'Ordre de Malte,
sculptées sur les murailles et peintes dans les verrières
de cette église. Nous savons d'ailleurs qu'en 1697, le commandeur
de la Feuillée possédait « la chapelle de Saint-Jean
de Loguivy, en la trêve de Loguivy, paroisse de Plougras, et en
recueillait les oblations » (Déclaration de 1697). Rappelons
aussi qu'il y a une trentaine d'années, des fouilles exécutées en
Loguivy-Plougras, en un lieu nommé Menec'h Ruz (les moines
rouges), firent découvrir des fondements de constructions antiques et des emplacements d'enclos ; l'opinion
populaire, qui n'abandonne jamais dans ce pays le souvenir des Templiers
n'hésita pas à attribuer à ceux-ci les débris mis au jour (Gaultier du Mottay, Géographie des Côtes-du-Nord, 675).
La
charte de 1160 signale l'aumônerie de Penvenan (Côtes-d'Armor) Eleemosina
de Pennguenan. En 1697, les
chevaliers n'avaient plus dans
la paroisse de Penvenan qu'une douzaine de tenues ; à côté, le
membre de Coatreven, en la paroisse de ce nom, était encore moins
important et ne rapportait que quelques rentes
au commandeur de la Feuillée. Enfin une paroisse de la même région,
Louannec - célèbre par le souvenir de saint Yves qui en fut
recteur - figure dans la charte de 1160 et semble avoir fait partie de la
même commanderie que les paroisses précédentes.
Dans
la paroisse de Ploumilliau (Côtes-d'Armor), les chevaliers de Saint-Jean
de Jérusalem avaient deux chapelles, dépendant l'une de la
commanderie de Plouaret, l'autre de celle de Pont-Melvez.
La
chapelle appartenant au commandeur de Plouaret s'appelait
Saint-Jean de Brézehant ; mentionnée encore en 1727, elle n'existe plus,
croyons-nous, maintenant ; le nom seul de Brézehant
est demeuré aux vastes landes qui l'entouraient. Six tenues seulement
dépendaient en 1697 du membre de Brézehant. 6: Plélo
Le
Temple de Plélo, dans la paroisse de ce nom (Côtes-d'Armor), au diocèse
de Saint-Brieuc, était certainement fort ancien, quoique son nom
ne semble pas figurer dans la charte de 1182. Comme la plupart
des établissements des Templiers, il perdit beaucoup en
passant aux mains des Hospitaliers. Au commencement du XVIème siècle,
Plélo se trouvait uni à la commanderie de Pont-Melvez, et à la fin du même siècle, il passa avec elle aux mains
du
commandeur de la Feuillée.
Le
Temple de Plélo consistait en 1697 en ce qui suit : « le village du
Temple de Pléloc'h et la chapelle Saint-Jean du Temple,
avec ses issues et bois fustayes en dépendant ; laquelle chapelle
appartient au commandeur (de la Feuillée), qui la fait desservir par tel
chapelain qu'il lui plaît et prend les oblations qui
tombent en icelle, et est seul fondé à y avoir armoiries, banc et enfeu » (Déclaration de 1697). On voyait néanmoins en ce
sanctuaire, au-dessous du
blason du commandeur de la Salle, celui du seigneur de Saint-Bihy,
mais « par tolérance dudit commandeur » (Visite de 1617). Le
seigneur de Saint-Bihy se disait, en effet, fondateur de la chapelle
de Plélo, sous prétexte qu'il avait contribué à la reconstruire
: il fallut plusieurs arrêts pour le forcer à rendre les cloches,
les ornements, la clef de la chapelle dont il s'était emparé, mais il
trouva moyen de garder les arbres qui en couvraient le placitre. «
Ce sanctuaire était tellement fréquenté, que le pape Benoît
XIII accordait encore, par un bref de 1626, une indulgence
aux pèlerins qui y feraient leurs dévotions au jour de la fête
du patron » (A. de Barthélémy et Geslin de Bourgogne, op. cit., VI,
111). La
chapelle Saint-Jean du Temple subsiste encore en Plélo à la fin du
XIXème siècle : c'est
une construction en partie du XIIIème siècle, en plus grande partie
du XVIème siècle. Sa porte principale, avec
accolade, est surmontée des
armoiries des sires de Quelen, seigneurs de Saint-Bihy. Le
même blason se retrouve à l'intérieur de l'édifice, à côté de celui
de l'Ordre de Malte. Les sculptures de la charpente et des sablières
sont curieuses à voir, et trois autels garnissent l'intéressant
sanctuaire. Non
loin de cette chapelle est une croix de granit du XVIème siècle
; elle présente sur l'une de ses faces la Sainte Vierge avec l'Enfant-Jésus,
et sur l'autre saint Jean tenant un agneau sur un coussin ; la hauteur de ce petit monument est de plus de
quatre
mètres (Gaultier du Mottay, Répertoire archéologique des Côtes-du-Nord,
183). Une
juridiction « haulte, moyenne et basse, dont les appelations
ressortissent directement au parlement de Bretagne » s'exerçait au bourg
de Plélo. Le commandeur de la Feuillée jouissait aussi en cette paroisse
d'un moulin et d'un étang, d'une demi-douzaine de tenues et d'une dîme
de grains (Déclaration de 1697).
Mais au XVIIème siècle,
l'ancienne importance du Temple de Plélo
avait disparu depuis longtemps ; on reconnaissait cependant encore un canton de plus de deux lieues de diamètre, limité de
toutes parts par des chemins ; c'était ce qui avait formé le fond
du fief. Mais si les anciens tenanciers acceptaient encore la
juridiction, ils soutenaient n'être tenus à aucun cens, et nul titre
n'établissait le contraire. L'année d'interrègne qui s'était écoulée
au XIVème siècle
entre la saisie des biens du Temple et leur remise aux
Hospitaliers, avait été mise à profit ; ces biens et leurs
archives étant restés à l'abandon pendant ce temps, il en était
résulté des envahissements scandaleux (A. de Barthélémy et Geslin de Bourgogne, op. cit., VI, 110).
Le
membre de la Villeblanche, en la paroisse de Boqueho (Côtes-d'Armor) figure
sous son nom breton Caerguen, aussi bien que Boqueho lui-même
Boocerhut parmi
les biens des Templiers en 1182. Il faisait
partie du Temple de Plélo, mais ne rapportait plus aux siècles
derniers que quelques rentes au commandeur de la Feuillée. Certains
vestiges rappellent cependant à la Villeblanche qu'un établissement
considérable a dû s'y trouver. M. de
Barthélemy signale, entre autres choses, une large voie pavée
conduisant directement à un ancien grand marché aux chevaux,
Marc'hallac'h, depuis longtemps disparu, mais qui fut au Moyen Âge l'un des
principaux lieux d'échange de la Bretagne. Il pense que les Templiers
avaient la police de ce marché et le
devoir de veiller à la sûreté des grandes voies qui y
conduisaient (A. de Barthélémy et Geslin de Bourgogne, op. cit., VI,
110).
De
Plélo dépendait aussi, d'après les aveux de 1532 et 1540 (Archives de
la Loire-Inférieure, B, 187), le membre de Beschepoix, en la paroisse du
Vieux-Bourg de Quintin. On y rencontre
encore à la fin du XIXème siècle les ruines d'une belle chapelle
dédiée à saint Jean, et dont le chevet est percé d'une superbe fenêtre de style flamboyant ; le blason des Hamon s'y
voit
au-dessus de la porte latérale, et la tradition veut qu'un membre
de cette famille, chevalier de Saint-Jean de Jérusalem, ait fait bâtir
ce sanctuaire (Annuaire des Côtes-du-Nord, 1862, p. 64).
Voilà
tout ce que nous avons pu recueillir sur ce vieux Temple de Plélo,
devenu un membre sans importance de l'Ordre de Malte, uni d'abord à la
commanderie de Pont-Melvez, puis avec celle-ci à la commanderie de la
Feuillée.
7. Le Palacret
C'est
en la paroisse de Saint-Laurent (Côtes-d'Armor), au diocèse de Tréguier,
que se trouvait la commanderie Saint-Jean du Palacret. Quelques-uns
ont voulu voir cet établissement désigné dans la charte de 1160 sous le nom de
« Hospitalis inter duas
Kemper »,
parce qu'il se trouve, en effet, entre les deux paroisses de Quimperven et Quemper-Guézennec ; mais il faut
avouer
qu'il n'en est point limitrophe et même assez éloigné.
Au
commencement du XVème siècle, nous voyons le Palacret uni à la
Feuillée, et dès cette époque il semble la résidence préférée de
certains commandeurs, car Pierre de Keramborgne,
l'un d'entre eux, y fut inhumé en 1449. Plus tard, le commandeur
René de Saint-Offange fit au manoir des travaux considérables, et
voulut même y être représenté dans la chapelle
en un « grand tableau », agenouillé aux pieds de saint Jean-Baptiste,
patron de son Ordre (Archives de la Vienne, 3 H, 464).
La
commanderie avait son chef-lieu en ce manoir du Palacret, situé
à un quart de lieue du bourg de Saint-Laurent. C'était en 1727
une maison composée de deux salles basses avec cuisine,
et trois chambres hautes auxquelles conduisait un escalier de
granit ; au-dessus des ouvertures étaient extérieurement sculptées
les armoiries de l'Ordre de Malte et du commandeur René de Saint-Offange. Le manoir occupait le fond d'une cour close de muraille, précédée d'un grand portail formant pavillon. Dans cette cour s'élevait la chapelle dédiée à saint Jean ; celle-ci contenait quatre autels, le tombeau du commandeur de Keramborgne, consistant en « une pierre tombale avec escriture en lettres gothiques », et le tableau du commandeur de Saint-Offange ; on y voyait aussi les statues de Notre-Dame et de saint Jean, et dans la verrière les armes du roi de France en supériorité, et au-dessous celles de l'Ordre de Malte et du commandeur René de Saint-Offange. Ce dernier avait encore construit dans la même cour une écurie « pour sept chevaux » qui lui coûta plus de 1 000 livres (Archives de la Vienne, 3 H, 464). Actuellement, le manoir et la chapelle du Palacret sont détruits de fond en comble. Leurs ruines, situées dans une vallée, « près de la rivière du Trieux montrent une enceinte carrée entourée de fossés ; quelques pans de murs couverts de lierre sont seuls encore debout, dans l'un d'eux est encastré un écusson dont on ne reconnaît plus les pièces » (Gaultier du Mottay, op. cit., 26). Autour de ce manoir s'étendaient jadis des jardins et des bois de décoration avec quelques pièces de terre, le tout contenant en 1697 environ 15 journaux. Au joignant de la cour, les eaux du Trieux faisaient tourner la roue d'un moulin. L'église paroissiale de Saint-Laurent étant bâtie dans le fief du Palacret, le commandeur s'en trouvait le seigneur patron et prééminencier. Il avait droit d'en présenter le recteur; « en recognoissance de quoy les fabriques de ladite église » payaient « par chacun an, au lendemain de Noël, feste de saint Estienne, audit commandeur cinq sols monnoye et une obolle de chefferente ; faute duquel poyement ledit commandeur (avait) pouvoir de faire fermer le missel et empescher l'évangile de se dire jusqu'à ce qu'il eust esté poyé » (Déclaration de 1697). Ce qui prouve qu'on devait apporter cette rente au commandeur durant la première partie de la messe, après qu'il eût pris place au sanctuaire dans son banc seigneurial. L'église de Saint-Laurent, oeuvre des XIVème et XVème siècles, ne manque pas d'intérêt. Extérieurement, elle a un joli porche au sud ; à l'intérieur, elle renferme de curieuses peintures sur sa voûte et des boiseries sculptées, le tout dans le style de la Renaissance. Mais ses belles fenêtres quadrilobées ne présentent plus les armoiries des commandeurs du Palacret qu'on y voyait encore au XIXème siècle. En revanche, dans le mur du cimetière, sont encastrés deux écus de chevaliers de Malte : l'un d'eux est en bannière et chargé de trois quintefeuilles, l'autre porte un chevron accompagé aussi de trois quintefeuilles (Gaultier du Mottay,op., cit., 26). Peut-être l'un de ces blasons provient-il du pilier dressé jadis près du cimetière, portant ceps et collier pour la punition des blasphémateurs et témoignant de la haute juridiction du Palacret. Non loin de l'église Saint-Laurent, le commandeur du Palacret avait encore « une cave pour le débit du vin les jours de pardons et assemblées d'icelle église ». Nous avons déjà vu ailleurs que les commandeurs, étant exempts de payer au roi les droits sur les boissons, en profitaient pour faire vendre du vin certains jours de fête à la porte de leurs églises. Outre le bourg de Saint-Laurent, quelques villages de cette paroisse et une vingtaine de tenues relevaient de la commanderie. La grande paroisse de Louargat (Côtes-d'Armor) dépendait presque entièrement du Palacret, qui n'y comptait pas moins d'une centaine de tenues. Louargat était l'établissement des chevaliers hospitalier mentionné dans la charte de 1160 « In Treker eleemosine de Louergat ». Le commandeur du Palacret y levait les dîmes des bourgs de Louargat et de Saint-Eloy, des frairies de Keranséoal et de Keranfiol et une portion de celle du Menec'h-Ty (la Maison des Moines), qu'il partageait avec l'abbé de Bégard ; il y possédait aussi le moulin de Keranfiol, affermé 160 livres en 1697. Le commandeur du Palacret jouissait en l'église Notre-Dame de Louargat, dont il était seigneur, de droits analogues à ceux qu'il avait en celle de Saint-Laurent. Ces privilèges étaient même plus considérables, car « à cause du patronage de ladite église » dont il présentait le recteur, ce commandeur recevait chaque année dudit recteur, d'abord « 20 deniers monnoye pour cause de son presbytère », puis le premier dimanche d'août, fête du pardon paroissial, « 10 sols monnoye pris sur les offrandes » ; enfin une rente de 18 livres, « poyable en deux termes à Noël et à Pasques » (Déclaration de 1697). Mais ce n'était pas tout : ce pauvre recteur de Louargat devait encore de rente annuelle au commandeur du Palacret, toujours « en recognoissance de patronage », à la fête de saint Michel, 20 deniers monnaie, « et à deffault dudit poyement, le commandeur ou ses receveurs (en son absence) peuvent clore le livre ouvert avant de commencer la grande messe » (Déclaration de 1697). D'après le procès-verbal de la visite de 1617, la rente de Pâques devait se payer de la même façon au commencement de la messe : « Le recteur de Louargat doit 5 livres monnoye le jour de Pasques, qu'il doibt poyer avant entrer en évangile de la messe dudit jour ». La grande verrière de l'église de Louargat renfermait en supériorité les armoiries de l'Ordre de Malte. Ce sanctuaire reconstruit de nos jours - possédait aussi en 1720 « un grant autel fort beau et une belle et magnifique croix d'argent pour porter en procession » (Archives de la Vienne, 3 H, 464). A côté on voyait, en 1727, un poteau aux armes du commandeur de Tambonneau, avec cep et collier pour la punition des malfaiteurs (Archives de la Vienne, 3 H, 464). Outre l'église de Louargat, les chapelles de Saint-Eloy, Saint-Michel et Saint-Jean, situées dans cette paroisse, appartenaient aussi à l'Ordre de Malte. La chapelle de Saint-Eloy - aujourd'hui église paroissiale séparée de Louargat - était surtout importante ; c'était déjà et c'est encore un des lieux de pèlerinages les plus fréquentés en Bretagne par les éleveurs de chevaux, qui accourent par milliers à ses pardons. En 1727, il s'y tenait « chacune année sur le placître de l'église onze foires », dont les coutumes étaient levées par le commandeur du Palacret. Ces droits de coutumes et les oblations de la chapelle étaient à cette époque affermés 150 livres, « oultre l'entretien de ladite chapelle » (Archives de la Vienne, 3 H, 464). La chapelle de Saint-Michel, subsistant encore au village de Kermicaël, offre peu d'intérêt ; il en est de même de la chapelle Saint-Jean qui se trouvait, disent les actes de 1697, « au village de Locquenvel, paroisse de Louargat », entourée d'un bois de haute futaie appartenant également au commandeur du Palacret. Le nom de la paroisse de Pédernec figure dans la charte de 1160 ; les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem possédaient, en effet, sur le territoire de Moustérus, trève de Pédernec, quelques villages, un certain nombre de tenues et une petite dîme ; l'un de ces villages porte toujours le nom significatif de Kozh-Mouster (le Vieux Monastère). Dans la paroisse de Prat (Côtes-d'Armor) se trouvait le membre de Trévouazan. Le commandeur du Palacret avait là onze tenues, levait une dîme et possédait une chapelle et un moulin. Cette chapelle était celle de Saint-Jean de Trévouazan, tient le pardon continue d'être très suivi le 24 juin. L'édifice se compose d'une nef avec un seul collatéral au nord, séparé d'elle par trois arcades en anse de panier. Jadis il s'y trouvait trois autels avec les statues de la Sainte Trinité, de Notre-Dame et de saint Jean ; alors un jubé en bois sculpté, surmonté de Notre-Seigneur crucifié, séparait le haut de la grande nef du bas de l'édifice. La maîtresse-vitre, posée dans une belle fenêtre de style flamboyant, renfermait les armoiries de l'Ordre de Malte et du commandeur (Visite de 1720) ; elle conserve encore quelques fragments de ses anciennes peintures. Au-dessus de l'autel et de la fenêtre est sculpté intérieurement l'écu d'un autre commandeur, posé sur une croix de Malte et portant : d'azur à la fasce de... chargée de trois étoiles d'or, accompagnée en chef d'une croix, en pointe d'une aigle éployée de sable à deux têtes (Gaultier du Mottay, op., cit., 350). En 1617, Saint-Jean de Trévouazan avait des fonts baptismaux et un cimetière justifiant la tradition locale - confirmée par le nom même du lieu - qui prétend que cette chapelle était originairement une trêve de Prat. On croit reconnaître Runan (Côtes-d'Armor) dans le Runargant de la charte donnée aux Templiers en 1182. Notre-Dame de Runan - jadis trêve de Plouëc, aujourd'hui église paroissiale - se trouvait, en effet, « assise dans le fief du Palacret ». Aussi le commandeur de la Feuillée en prit-il possession le 5 juin 1720 en qualité de commandeur du Palacret (Archives de la Vienne, 3 H, 464). C'était déjà un sanctuaire très fréquenté des pèlerins, lorsqu'en 1414 le duc de Bretagne Jean V y créa une foire en faveur des habitants. L'église de Runan est un fort bel édifice qui vient d'être habilement restauré ; ses trois nefs sont couvertes de blasons, comme la robe d'une grande dame au temps de la chevalerie. Dans sa magnifique fenêtre flamboyante du chevet, la verrière présente les armes de la reine-duchesse Anne de Bretagne, bienfaitrice du lieu, et plus bas les blasons de tous les gentilshommes des alentours ; aux siècles derniers, les armoiries de l'Ordre de Malte et celles de plusieurs commandeurs du Palacret s'y trouvaient également. Dès 1438, le commandeur de Keramborgne fit aussi sculpter son blason, tenu par des lions, au-dessus des fenêtres. En 1617, cette église renfermait sept autels, et il s'y faisait « un très beau service journellement, car il y tombe de grands biens ». La statue de Notre-Dame de Runan, « toute dorée », et dans une superbe niche, était accompagnée de celle de saint Jean. Le trésor contenait « une croix processionnelle, un soleil magnifique, des calices, ciboires et encensoirs, le tout en argent ». Il y avait quatre cloches dans la tour ; dans le cimetière se trouvait un reliquaire, un « grand calvaire avec figures de saints », une chaire pour prêcher en plein air, et un oratoire avec autel où l'on disait la messe les jours de pardons, à cause de la multitude des pèlerins (Archives de la Vienne, 3 H, 464). Malgré sa richesse, la fabrique de Runan ne devait au commandeur du Palacret que 24 sols de rente, et « pour les offrandes du lieu 100 sols, à la Nativité de Notre-Dame ». Par ailleurs, ce commandeur avait certains droits sur la halle de Runan, et jouissait de treize tenues et d'une dîme (Déclaration de 1697). C'était en Pommerit-le-Vicomte (Côtes-d'Armor) que se trouvait le membre de Kerdanet. Son chef-lieu était le village de Kerdanet en la trève de Saint-Gilles-le-Vicomte faisant partie de la paroisse de Pommerit. Il existe encore actuellement un manoir de Kerdanet, édifice du XVIème siècle, relié au manoir voisin de la Garde par un souterrain voûté en granit de 160 mètres de longueur (Gaultier du Mottay, op. cit., 110). Mais si ce manoir a jamais appartenu aux chevaliers, depuis bien des siècles ils ne le possédaient plus, car il, n'en est point fait mention dans leurs archives. Quant à la chapelle de Kerdanet – aujourd'hui détruite – elle se trouvait dans le village de ce nom et s'appelait Saint-Jean du Temple. Dans son vitrail on voyait en 1617 l'écu du seigneur du Cleuziou, « par tolérance du commandeur de la Salle qui avait même autorisé ce gentilhomme à placer un banc dans le sanctuaire ; au siècle suivant on y signalait les armoiries de l'Ordre de Malte et celles du commandeur de Belthomas. En 1697 le commandeur de la Feuillée laissait au curé de Saint-Gilles un tiers des oblations de Kerdanet » (Archives de la Vienne, 3 H, 464). La tradition a conservé le souvenir d'une ancienne templerie en Saint-Gilles-le-Vicomte, mais elle l'appelle Kerhénoret et la place au lieu de Kerharzh, à moins d'un kilomètre du bourg. « La vérité est que des fouilles faites en cet endroit en 1825 ont amené la découverte de plusieurs objets marqués au coin de l'Ordre du Temple (sic). Deux ans plus tard on y découvrait encore un vase rempli de sous tournois. Les champs qui recelaient ces diverses curiosités s'appellent encore le Grand et le Petit Cloitre, nom qui donne une certaine autorité à la tradition » (Jollivet, Les Côtes-du-Nord, III, 260). Il est d'ailleurs bon de remarquer que ce lieu de Kerharzh figure, en effet, dans la charte de 1182 donnée en faveur des Templiers ; il y est appelé Keraart. La paroisse de Lanmeur était dans l'évêché de Tréguier une enclave du diocèse de Dol ; là se trouvait l'église tréviale Saint-Jacques de Locquirec dépendant du Palacret. Aussi les commandeurs étaient-ils à Locquirec (Finistère). « Seigneurs, patrons et fondateurs, y ayant tout ferme droit, banc, enfeu, accoudoir et escabeau ». Ils n'y étaient néanmoins tenus à « aucun service, cette église estant desservie et entretenue par les offrandes qui tombent en elle » (Déclaration de 1687). Il est dit ailleurs que l'église de Locquirec est « magnifiquement ornée », ayant quatre cloches et tout ce qui est nécessaire au culte. On y voyait en honneur les statues de saint Jean, patron de l'Ordre de Malte, et de saint Gwireg, patron du lieu ; dans le cimetière étaient « un reliquaire et une croix de pierre de taille avec un crucifix au pied duquel sont en bosse les armes de l'Ordre » ; à cinquante pas de ce cimetière le même écu était sculpté sur un autre beau calvaire de granit « avec grand nombre de figures et de statues de saints » (Visite de 1720). « En recognoissance du patronage de leur église les fabriciens de Locquirec devaient seulement 2 deniers monnoie de rente au commandeur du Palacret ». On attribue encore à la commanderie du Palacret diverses possessions dans les paroisses de Peumerit-Quintin, Cohiniac et Pléguien ou Plegwenn (Paul de la Bigne Villeneuve, op. cit., Classe d'archéologie, IV, 192), mais nous n'avons point de détails sur ces biens. Notons cependant que les noms de ces paroisses figurent dans la charte de 1160, donnée en faveur des Hospitaliers, Eleemosine de Pumerit et de Cohiniac et de Pleguen ; en Pléguien se trouvait même une chapelle dédiée à saint Jean.
Nous
avons dit précédemment que le commandeur René de Saint-Offange
habitait ordinairement le Palacret. Aussi lorsqu'en
1617 les chevaliers Adam de Bellanger, Gabriel de Chamber
et N... de Boisbaudrant firent la visite de cette commanderie, interrogèrent-ils
les voisins du commandeur sur « sa vie et son bon mesnagement ». Ce furent Yves Quintin, seigneur de Kerhamon,
Olivier Nouel, seigneur de Kerguen, Yves Jégou, seigneur de
Kerdibertho et Pierre Morin qui répondirent à leurs questions. Ils témoignèrent unanimement eu faveur du commandeur de
Saint-Offange,
de sa vie active et bien réglée, de sa bonne administration
des biens de sa commanderie et de « sa plus continuelle résidence
au Palacret » (Archives de la Vienne, 3 H, 464).
8. Pont-Melvez
La commanderie de Pont-Melvez (Côtes-d'Armor) sise en la paroisse de ce nom, au diocèse de Tréguier, figure sous la dénomination de « Penmaelvas » parmi les biens des chevaliers du Temple, énumérés en la charte de 1182. De tous les membres unis à la commanderie de la Feuillée, Pont-Melvez fut le dernier à conserver son autonomie. Nous connaissons même les noms de quelques-uns de ses commandeurs avant son union à la Feuillée ; en voici la liste : Frère Yves Fournier, chevalier de Rhodes, reçut en 1432 des lettres de sauvegarde du duc Jean V ; il y est traité de « gouverneur de l'ospital de Pomelven » (Lettres du duc Jean V, III, 23). Frère Raoul de Véronne donna, le 20 août 1500, procuration au commandeur de la Feuillée pour arrenter sa propre commanderie de Pont-Melvez ; il paraît encore en 1513 avec le titre de « preceptor de Pontmelvé » (Archives de la Vienne, 3 II, 465). Frère Jacques Aymer, chevalier de Saint-Jean de Jérusalem comme les précédents et les suivants, rendit aveu au roi le 21 décembre 1532 pour sa commanderie de Pont-Melvez ; il était en même temps commandeur de Quimper et de Plélo (Archives de la Loire-Inférieure, B, 187). Frère Jean de la Barre fit au roi la déclaration de Pont-Melvez en 1540 et lui prêta serment de fidélité, en qualité de commandeur, le 14 avril de la même année (Archives de la Loire-Inférieure, B, 1014 et 187). Frère Jean Garçon, dit Guyonnière, précéda le suivant et mourut vers 1557. Frère Gilles Berrambault, tout à la fois comme ses prédécesseurs commandeur de Pont-Melvez, Quimper et Plélo, fit à son tour hommage au roi le 21 avril 1561. Il vivait encore en 1577 et semble avoir été le dernier à posséder Pont-Melvez indépendant ; vers la fin du XVIème siècle, en effet, cette commanderie fut définitivement unie à celle de la Feuillée (Archives de la Loire-Inférieure, B, 1008 et 1013). La commanderie de Pont-Melvez consiste – dit la déclaration de 1697 – « en la paroisse dudit Pont-Melvez en entier, delaquelle le sieur commandeur est seul seigneur spirituel et temporel ; ladite paroisse est entièrement tenue à titre de quevaise et disme de tous les grains à la 6ème et 7ème gerbe ; et doibt chaque quevaisier, le jour Saint-Clément, 3 sols et 2 deniers audit commandeur sur chaque charette lui appartenant ». « La juridiction de la commanderie, haulte, moyenne et basse, s'exerce au bourg dudit Pont-Melvez par séneschal et autres officiers ; sur les landes de Pont-Melvez contenant 500 journaux et appartenant à ladite commanderie s'élèvent quatre grands piliers de pierre signe de haute juridiction. Et sont les nouveaux mariés de ladite paroisse, la première année de leurs nopces, incontinent l'issue de la grande messe, le lundy de Pasques ensuivant, tenus de saulter trois fois en la rivière du Léguer au lieu accoustumé, en présence dudit commandeur et de ses officiers, sous peine de 60 sols d'amende » (Archives de la Lore-Inférieure, B, 188 – Archives de la Vienne, 3 H, 464). Ce saut dans la rivière – parfois assez désagréable à Pâques – des nouveaux mariés de Pont-Melvez, est un des rares devoirs féodaux de forme pittoresque que nous trouvions usités dans nos commanderies de Bretagne. C'est à saint Jean-Baptiste qu'est dédiée l'église paroissiale de Pont-Melvez. Le commandeur en était « fondateur et prééminencier, y ayant banc, accoudouer, escabeau, les armoiries de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem et les siennes, et seul droit d'enfeu et de prières nominales (Déclaration de 1697). Edifice du XVIème siècle, cette église se compose de trois nefs terminées par un chevet droit garni d'une belle maîtresse-vitre de grande dimension et de style flamboyant. Dans le cimetière on voit encore adossée à la tour de l'église une statue de granit du XIVème siècle représentant saint Jean l'Evangéliste » (Gaultier du Mottay, op. cit. 46). A un quart de lieue du bourg se trouvait le manoir noble de Pont-Melvez ; on y arrivait par une longue avenue de chênes. La maison occupait une cour close de murailles et bien pavée avec un grand portail d'entrée. Sur ce portail, comme sur la principale porte du logis, étaient en 1720 sculptées les armes de l'Ordre de Malte et du commandeur de Sesmaisons (Visite de 1720). Construit en forme d'équerre avec escalier en bois et à balustres dans l'angle intérieur, le manoir de Pont-Melvez comprenait au rez-de-chaussée un salon, une cuisine et une chambre, et au-dessus une salle et quatre chambres dont l'une était destinée à conserver les archives de la commanderie ; un cabinet servait de colombier. Autour du logis s'étendaient dans la basse-cour les écuries et les étables ; au-delà étaient un bois de décoration, un étang, les moulins de Penanpont et du Redou, et quelques pièces de terre (Visites de 1617 et 1720). Il paraît qu'au XVIIème siècle il n'y avait pas de presbytère à Pont-Melvez. Le commandeur, qui avait le droit de présenter le vicaire chargé en son nom de desservir la paroisse, fut condamné en 1688 à fournir un logement à ce prêtre ; comme il n'habitait pas alors le manoir de Pont-Melvez, il offrit d'y loger son vicaire, et en 1720 Julien 0llivier, curé ou vicaire de Pont-Melvez, « se contentait de la jouissance du manoir », mais il n'avait pas naturellement celle de la retenue affermée en 1697 150 livres plus quatre charretées de foin (Archives de la Vienne, 3 H, 464). Le manoir de Pont-Melvez ne subsiste plus, mais on en retrouve les ruines entourées de ses anciennes douves ; la métairie voisine (jadis la retenue) porte toujours le nom de la Commanderie. « La chapelle qui dépendait de cet établissement, près duquel existait une fontaine miraculeuse, vient d'être restaurée ; elle a pour patron saint Jean l'Evangéliste » (Gaultier du Mottay, Géographie des Côtes-du-Nord, 482). Quoique les aveux que nous avons lus ne parlent point de ce sanctuaire, il devait, en effet, exister néanmoins, le manoir de Pont-Melvez étant assez éloigné de l'église paroissiale ; d'ailleurs les commandeurs, étant souvent prêtres, avaient coutume d'avoir toujours une chapelle dans leur résidence. Nous avons dit que féodalement toute la paroisse de Pont-Melvez appartenait au commandeur ; on y trouvait 26 villages et 110 tenues dépendant de lui ; il affermait, en outre, les dîmes de la paroisse plus de 1 000 livres et ses moulins 465 livres ; de sorte que Pont-Melvez était d'un plus grand rapport que la paroisse de la Feuillée. Il nous faut indiquer maintenant quels étaient - en dehors de la paroisse de Pont-Melvez - les autres biens dépendant de la commanderie ; nous nous servirons pour cela des aveux de 1532 et 1540 rendus par les commandeurs Jacques Aymer et Jean de la Barre, et nous utiliserons pour les détails les déclarations postérieures. Une partie de ces possessions se trouvaient à une certaine distance de Pont-Melvez dans les diocèses de Tréguier et de Léon. Ainsi en Ploumilliau (Côtes-d'Armor) était le membre de Saint-Jean de Keraudy ; il avait pour chef-lieu le village de ce nom et sa chapelle devenue l'église tréviale de Keraudy ; celle-ci est un édifice du XVIème siècle, existant encore quoique placé depuis un certain temps sous le vocable de Notre-Dame. Mais on a pu remarquer déjà que plusieurs églises appartenant à l'Ordre de Malte étaient indifféremment appelées Saint-Jean ou Notre-Dame, parce que les chevaliers honoraient tout spécialement la Mère de Dieu et le Disciple bien aimé dont les statues ornaient les autels de tous leurs sanctuaires. Il est probable qu'à l'origine le moulin à eau du Mouster en Ploumilliau appartenait aussi aux chevaliers. Ploulec'h, paroisse voisine de Ploumilliau, renfermait le membre de Kerjean composé du village de ce nom et de quatorze tenues. Le commandeur de la Feuillée y possédait, on outre, le moulin du Pontel et y levait une dîme. Enfin les Hospitaliers, héritiers des Templiers, avaient quelques rentes à Lannion ; c'était les derniers vestiges des Hospites in Lennion qu'avaient recouvrés les chevaliers du Temple du duc Pierre Mauclerc en 1217 (Dom Morice, op. cit. I, 836). Ceci confirme en partie la tradition locale, d'après laquelle la monumentale et si curieuse église de Brélevenez, dans un faubourg de Lannion, aurait été construite par les Templiers ; on prétend même y avoir découvert des pierres tombales des chevaliers du Temple. Dans la paroisse de Commana (Finistère) se trouvait le membre de Saint-Jean de Mougoult. Là s'élevait une chapelle en l'honneur de saint Jean-Baptiste, reconstruite en 1659, renfermant trois autels, entourée d'un cimetière et accompagnée d'une « belle fontaine avec niche pour la statue de saint Jean ». Le commandeur avait ses armoiries dans la maîtresse-vitre et en nommait le chapelain, qui était en 1617 dom Jean Gorret (Visites de 1617 et 1720). A côté, les eaux des deux étangs de Mougoult faisaient tourner le moulin de la commanderie. Les villages de Mougoult, Kerhamon-Moal, Pennanroz, Kerdreinbraz, Penntraezh, Killidieg et Kerfornérit, avec une vingtaine de tenues, relevaient du commandeur ; le dernier de ces villages est signalé en 1160 comme appartenant déjà aux chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem ; il est appelé dans la charte Kaerfornerit in Commana. Notons encore les dîmes de Mougoult, qui étaient en 1697 affermées 213 livres (Déclaration de 1697). La chapelle Saint-Jean de Mougoult subsiste toujours, aussi bien qu'un manoir portant le même nom ; l'annotateur d'Ogée nous apprend qu'elle est maintenant sous le vocable de Saint-Jean-du-Doigt (Ogée, op. cit., V° Commana). En Plouigneau et en Lannéanou, sa trêve, le commandeur de Pont-Melvez avait également des villages et des tenues, et levait une dîme. Ses armoiries étaient en 1720 peintes sur le maître-autel de l'église de Lannéanou, et au milieu de la nef apparaissait alors un jubé, « grand balustre de bois séparant le haut du bas » et orné des statues de la sainte Vierge et de saint Jean. Non loin de là, la paroisse de Plounérin (Côtes-d'Armor) renfermait le membre de Saint-Jean du Rechou. Cet établissement est mentionné dans la charte de 1182, donnée en faveur des Templiers, sous le nom de « Le Rachoou » ; aussi est-il appelé en 1617 le Temple du Rechou. Il s'y trouvait au village du Rechou une chapelle dédiée à saint Jean, dont les oblations revenaient au commandeur qui la faisait desservir « par qui il veut ». Ce commandeur y avait ses armoiries et autres intersignes seigneuriaux, et jouissait aux environs de Plounérin de treize tenues, d'une dîme, d'un étang et d'un moulin appelés étang et moulin du Temple (Déclaration de 1697). La commanderie de Pont-Melvez avait des « rentes et héritages » au village de Pratledan, en la paroisse de Coatréven, et quelques rentes aussi dans les paroisses de Plouisy et Squiffiec ; en cette dernière, les Templiers possédaient en 1182 le village de Runellec et peut-être aussi celui de Kermanac'h. Enfin, dans la paroisse du Merzer (Côtes-d'Armor), « la chapelle Saint-Jean dépendait de la commanderie de Pont-Melvez avec ses issues et rabines, et avoit le commandeur les mesmes droits qu'ès aultres chapelles » (Déclaration de 1697). abbé Guillotin de Corson |
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