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LES RUINES DE L'ANCIENNE ABBAYE DE LANDEVENNEC

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LES RUINES DE L'EGLISE ABBATIALE.

Abbaye Saint Guénolé de Landévennec (Bretagne)

LE PORCHE ROMAN.

Nous pénétrons, comme il convient, par le portique d'entrée, qui constitue la partie la plus ancienne de l'édifice, et, tout compte fait, la mieux conservée. Ce porche, dont on peut apprécier les proportions remarquables depuis les travaux de dégagement du seuil, présente un aspect quelque peu énigmatique. Que l'on veuille se reporter aux gravures du frontispice de la notice de l'anglais R. Perrott de 1857 (page 16). Faisons abstraction des quatre contreforts en grand appareil, d'origine relativement récente, mais de quand allons-nous dater ces quatre arcades pleines qui encadrent l'entrée ? Diverses anomalies laissent supposer plusieurs remaniements ; le bas-côté nord à gauche - ne comporte pas d'arcade alors qu'il est éclairé par une étroite fenêtre (actuellement obturée), faisant pendant à celle du collatéral sud - à droite - dont la butée est soulignée par la robustesse d'une arcade analogue à celles qui accostent la porte d'entrée. M. Roger Grand n'hésite pas à dénoncer le percement postérieur de ces fenêtres d'un tout autre appareil que celui de la masse de la façade.

Abbaye de Landévennec (Bretagne).

Mais si nous considérons maintenant le côté interne, nous avons le droit d'être surpris. Charles de La Monneraye, dans son rapport au Congrès de l'Association Bretonne de 1846, laisse percer son étonnement :

L'extérieur est d'une grande simplicité... toutes ces arcades et ouvertures sont nues et n'ont que des pieds-droits sans tailloir... il en est autrement l'intérieur de l'église où l'archivolte de la porte est subdivisée et enveloppée de moulures toriques qui retombent de chaque côté sur le chapiteau d'une colonne...

Ceci correspond à l'arcade du milieu ; de plus, voici à droite et à gauche, deux colonnes plus importantes aux chapiteaux ornés d'entrelacs et autres motifs d'assez heureux effet ; c'est l'amorce des arcades de la nef ruinée. Nous avons ici une décoration, dont nous retrouverons les éléments variés à l'intérieur du monument ; il faut la dater de la fin du XIème siècle ou début du XIIème. L'anglais Perrott conclut : « L'extérieur, dans son aspect de grande simplicité et de gaucherie, pourrait, considéré à part, être rattaché à une période antérieure au moins d'un siècle au reste de l'édifice ».

Suivant l'expression de M. Grand il faut y voir « un placage de la fin du XIème siècle sur une construction antérieure dont on aurait utilisé tous les restes ». Quant à la façade extérieure « elle donne l'impression d'une reconstruction de l'époque carolingienne probablement antérieure à la destruction de 914 par les Normands ». On se rend compte de l'intérêt de ces vénérables restes sur ce littoral breton, d'une façon très générale si démuni de monuments d'avant les invasions normandes.

Un détail sur l'état du monument à la veille de la Révolution [Note : Archives départementales de Quimper. Dossier 7894, série B (Fonds de la Maîtrise des Eaux et Forêts de Carhaix). Nous devons un remerciement très spécial à M. Jarry, archiviste en chef du Finistère, qui nous a aidé si efficacement dans nos recherches et qui a bien voulu faire prendre pour nous aux Archives Nationales une reproduction des plans de l'abbaye... M. le Chanoine Nédélec nous a permis de même de prendre connaissance des essais de reconstitution de l'architecte diocésain Bigot, dont nous possédons une excellente reproduction photographique du studio Legrand de Quimper. Quant au plan du chanoine Abgrall, dont nous avons fait amplement usage, nous avons pu le contrôler et le faire reproduire grâce à M. Coïc, bibliothécaire de la Ville de Quimper], tel que le constate le devis de l'ingénieur David en 1782, achève de nous éclairer sur le caractère composite de cette façade d'entrée. Il note : « réparer les petites colonnes et entrelacs du vitrail du portique d'église ainsi que les pieds-droits et voûte dudit vitrail » ; il ne peut s'agir que d'une fenêtre percée dans le pignon au niveau des hautes fenêtres de la nef - sans doute à la fin du XIème siècle.

Le même devis nous apprend l'existence d'un auvent d'ardoises à charpente de bois d'une superficie de deux toises : quelque chose peut-être dans la ligne du gracieux auvent de Saint-Martin de Lamballe. Enfin, nous devons encore à l'ingénieur David une utile précision qui nous renseigne sur la hauteur de voûte de la nef : « aiguille du pignon au-dessus dudit portique mesure la hauteur réduite de huit toises » soit près de 16 mètres.

LA NEF.

Nous regrettons de ne pas posséder au moins un essai de plan en élévation de l'intérieur, mais nous avons le plan de reconstitution à terre du Chanoine Abgrall. La singulière faveur avec laquelle a été accueilli, lors de la séance inaugurale du Congrès, le souvenir du regretté président de la Société Archéologique du Finistère nous est un garant que nous ne saurions trouver de guide plus averti.

L'ancienne église abbatiale de Landévennec (Bretagne).

Quand on franchit le seuil on ne peut manquer d'être saisi par la noblesse des proportions que nous offre la vue plongeante du haut de l'escalier qui surplombait de plus de dix marches le sol de l'église. Le vaisseau, privé de sa voûte, n'en paraît que plus vaste : 51 mètres 80 de longueur totale contre plus de 30 mètres de largeur au transept ; la profondeur du chœur, nettement supérieure à celle du sanctuaire contemporain de Loctudy, accentue encore l'ampleur de la nef qui mesure 20 mètres sur 7, en dehors des bas-cotés. Une curieuse dénivellation du sol en direction du chœur, plus marquée qu'à Loctudy, semble reculer la perspective du fond qui, par les arcades ruinées de l'abside rejoint, au soleil levant, le plan d'eau de la mer toute proche.

Avant de descendre dans la nef, apprécions l'équilibre du plan original : de chaque côté se déroulait vers le chœur une rangée de six arcades reçues sur cinq piles aux lignes très simples : un massif rectangulaire sans aucun relief sur la nef, mais accoté à chaque extrémité d'une colonne recevant le rouleau des arcades. On peut se demander si ces colonnes, loin d'être engagées dans la masse, n'ont pas été ajoutées après coup, comme cela paraît évident pour le dosseret donnant sur le bas-côté, actuellement bien décollé de la pile elle-même, comme nous le montre le seul témoin de la fin du XIème siècle : la première pile à droite en rentrant, les autres n'étant que des piliers postiches qui n'ont pas soixante ans... On peut se demander si nous ne sommes pas en présence d'une pile plus ancienne, dans son état primitif, que les piliers si dépouillés de Locmaria de Quimper. Nous avons sous les yeux les traces de plusieurs campagnes de travaux, telle cette fenêtre d'une étroitesse singulière, très évasée à l'intérieur, une véritable meurtrière, bizarrement placée, comme à Locmaria, au droit d'une pile. De plus, si nous jetons un coup d'œil sur les fouilles opérées au pied de cette même longère méridionale marquée par l'unique fenêtre si archaïque, nous apercevons, à un espacement assez régulier qui rappelle celui des arcades pleines du porche d'entrée, une série de pieds-droits reposant sur la semelle du sol primitif de l'église ; ces pieds-droits se retrouvent des deux côtés de la longère, à l'extérieur comme à l'intérieur. Il ne peut s'agir de véritables contreforts ; on a cru y découvrir des vestiges d'arcades carolingiennes renforçant le mur méridional dans toute sa longueur. La série est d'ailleurs interrompue au bout de douze mètres, par les constructions de bâtiments monastiques appuyés contre les murailles de l'église. Des fouilles à l'emplacement présumé de l'ancienne longère nord nous permettront peut-être d'éclairer le problème.

Les bas-côtés, d'une largeur moyenne, étaient certainement voûtés en bois, ainsi que la nef elle-même, bien qu'une tradition rapporte que la première église réédifiée après les invasions normandes, aurait été voûtée en pierres, ce qui provoqua un écroulement. La nef était éclairée directement par des fenêtres rondes, sans doute de l'époque romane, telles qu'on peut les relever sur la vue cavalière des Mauristes. D'après la hauteur des arcades, on peut estimer que la nef présentait, sous voûte, une élévation de plus de quinze mètres.

Nous sommes loin des proportions majestueuses de la basilique de Saint-Benoît-sur-Loire, dont saint Félix s'inspira dans sa reconstruction de Loctudy et de Saint-Gildas de Rhuis après les invasions, mais nous allons retrouver, à la croisée du transept, un point de ressemblance remarquable : la tour-lanterne qui servait de clocher.

LE TRANSEPT.

Il nous faut, à nouveau, descendre dans le transept. La dénivellation du sol s'est encore accentuée depuis que l'ancien propriétaire, M. de Chalus, a dégagé à l'entrée du chœur l'ancien pavement en briques rouges triangulaires, dessinant deux allées et qui daterait du XIIIème siècle ; nous croyons en avoir retrouvé le prolongement au début de la nef ; les Mauristes, en 1643, avaient cru bon de surélever le fond d'un pied et demi, d'après Dom Noël Mars.

Quatre piles marquent encore la croisée du transept ; mieux conservées que celles de la nef, elles comportent un plan cruciforme cantonné de trois colonnettes engagées, montant sans doute, comme à Locmaria, jusqu'au sommet, soutenant la tour carrée aux fenêtres multicolores, avec sa « belle flèche d'ardoises, flanquée de quatre tourillons de mesme ». Dom Noël Mars, dans sa description du monastère « tel qu'il est à présent » revient avec complaisance sur cette tour centrale « aussy gentille qu'on sçaurait voir et à augives ». Cette mention de fenêtres ogivales indique que nous sommes devant une reconstitution, à l'époque gothique, de l'ancien plan roman. De fait, l'une des piles, celle du Nord, côté de l'évangile, avait été refaite entièrement, sous l'abbatiat d'Arnould Briant, suivant l'inscription du pilier telle que la rapporte Dom Noël Mars : « L'an mil cinq cent quarante huict ce pilier cy fut faict et construit avec ses arches, tour, et tout ce qui suit par honeste... ». Comme il convient, le bon abbé se fit inhumer à cette croisée du transept remise en état par ses soins.

Tel quel le clocher ne donnait pas entière satisfaction « étant trop bas pour que le son des cloches (il y en avait cinq), et surtout l'horloge, puisse être entendu de loin, même de la maison conventuelle » ; l'ingénieur David nous a laissé un plan détaillé avec dessin à l'appui « du profil pris du midy du clocher projeté à exhausser de 12 pieds », soit quatre mètres environ.

Remarquons les dimensions harmonieuses des croisillons de droite et de gauche, - où nous reviendrons tout-à-l'heure, - qui équilibraient parfaitement le transept, comme à Saint-Gildas de Rhuys, et mieux qu'à Loctudy amputé de sa chapelle de droite.

LE CHŒUR.

Pour pénétrer dans le chœur, il nous faut gravir quelques marches:  le sol est à un mètre au-dessus du niveau du transept, disposition exceptionnelle que nous n'avons pas rencontrée dans les églises monastiques bretonnes qui, jusqu'ici, nous ont servi de points de comparaison. Instinctivement on se reporte plutôt à la crypte de Saint Benoît dans sa basilique des bords de Loire, et l'on se prend rechercher comme là-bas la modeste chapelle souterraine qui aurait pu, à l'origine, contenir le corps de saint Guénolé. Qu'on tienne pas compte du vulgaire puisard, qui, à droite, fait faussement figure de fontaine sacrée, fabriquée de toutes pièces avec certains éléments anciens dont nous voudrions bien connaître la provenance. Nous savons simplement que M. de Chalus avait découvert en 1895, dans l'abside centrale « un petit caveau voûté renfermant un squelette intact reposant sur des traverses de Kersanton... on y descendait au moyen de trois marches actuellement recouvertes d'une maçonnerie formant allée ». Sans doute s'agit-il de la tombe de quelque abbé de marque ; à cet endroit précis, du reste, nous ne sommes pas au point d'intersection des axes des chapelles rayonnantes, qui, à Saint-Benoît-sur-Loire, sont centrées sur la crypte dont la disposition commande toute l'architecture du chœur.

Voici d'ailleurs comment, à Landévennec, s'inscrit au sol le plan tel que le frère Plouvier l'a relevé en 1657. Le chœur comprenait d'abord une travée droite (Saint-Gildas en compte deux, Loctudy n'en possède aucune, ce qui rompt l'équilibre avec la nef). Cette travée droite était suivie d'un chevet en hémicycle, entouré d'un déambulatoire, peut-être de construction plus récente. Quatre piles recevaient les arcs de la voûte en moellons ; enfin trois chapelles rayonnantes s'ouvraient sur le déambulatoire, disposition classique de l'architecture romane au XIIème siècle.

Il est actuellement assez difficile de faire le tour extérieur des trois chapelles du chœur : le coup d'œil en vaudrait pourtant la peine. Elles ont gardé, dans leur abandon, leur aspect fruste en appareil assez grossier, et même une allure de forteresse avec les contreforts qu'il fallut y ajouter au XVIIIème siècle, si nous en croyons le rapport de l'entrepreneur Julien Gilbert (1761, Archives de Quimper).

Les murs qui forment les chapelles de saint Maure et de saint Benoist, situées dans le bout d'orient derrière le chœur, sont anguillés et hors de leurs aplombs. Ce qui nous. paraît avoir occasionné le dérangement des voûtes d'arette et circulaires à l'extérieur. Ils satisferont cependant maintes années en élevant un contrefort en console de trois pieds d'épaisseur et de six pieds de saillie par le bas se réduisant à trois pieds à la hauteur entière des dists murs...

A l'intérieur nous croyons devoir signaler une erreur du rapport d'Aymar de Blois lors de l'excursion de l'Association Bretonne de 1853.

Cet édifice, dit-il, se terminait à l'Orient par trois absides semi-circulaires, ornées chacune de trois fenêtres en plein cintre. L'une de ces trois absides correspondait à la grande nef, les deux autres se développaient en saillie sur les murs extérieurs des bas-côtés... On peut reconnaître la forme de ses neuf fenêtres absidales. Leur archivolte en plein cintre n'a pour décoration qu'un gros tore tombant sur un tailloir.

La description ne vaut que pour les ouvertures de la chapelle du milieu, d'ailleurs un peu plus profonde que les deux autres ; mais si nous ne pouvons rien dire des fenêtres de la chapelle ronde de gauche, dont les murs sont réduits à l'état de moignons presque informes, nous remarquons que la chapelle de droite, intacte dans son gros œuvre, était éclairée par des fenêtres à cintre surbaissé, profilé intérieurement par une arcade pleine sans tailloir ni aucune ornementation, qu'il n'est pas aisé de dater. Mais il semble bien que, là encore, nous nous trouvons devant les vestiges de plusieurs campagnes de travaux, la chapelle médiane, la plus digne (peut-être est-ce celle qui était dédiée à saint Corentin), étant sans doute la plus ancienne, dans le prolongement logique de la nef. Toutes ces fenêtres, d'ailleurs, sont évidemment d'une exécution moins archaïque que l'ouverture en forme de meurtrière que nous avons rencontrée sur la longère méridionale de la nef.

C'est dans cette chapelle médiane de l'abside que nous avons exposé le très beau gisant de Jean du Vieux-Chastel, mort en 1522, le dernier abbé régulier, avant cette grande misère de la commende qui désormais va livrer à des séculiers d'origine et de vertu fort diverses, le titre d'abbé et la fonction abbatiale, jusqu'à la Révolution, qui a balayé bien d'autres privilèges.

Au fait, ce gisant provient de la chapelle du transept gauche que nous allons visiter à l'instant ; mais n'est-il pas à sa place au milieu de ce chœur où se manifestait avec munificence, la générosité du bon abbé ? Nous savons en effet, par Dom Noël Mars que c'est lui « qui fit faire le grand saint Guénolé de pierre qui est au grand autel » (disposition assez peu liturgique dont sont responsables les Mauristes du temps de Dom Mars). « De mesme il fit faire les grandes fenestres qui sont dans nostre église, sçavoir au bout de la nef, à la croisée du costé du cloistre et celle qui sont au tour des chapelles ». Il avait rajeuni ce chœur d'un roman bien caractérisé, par toute une fenestration gothique, dont nous avons recueilli des éléments presque entiers, actuellement disposés dans notre salle d'exposition. C'est donc lui, qui au début du XVIème siècle ouvrit trois fenêtres en tiers-point dans la voûte ronde en cul-de-four aveugle, qui couronnait toute l'abside, au dessus du déambulatoire, comme à Saint-Gildas et à Loctudy ; mais ne peut-on pas supposer que, comme dans ces dernières églises, la base de la voûte était relevée par une série d'arcades en plein cintre - au nombre symbolique de sept - avec leurs délicats chapiteaux et leur colonnettes ? L'architecte Bigot parle même d'un triforium, qui aurait été desservi par l'escalier qui menait à la tour de la croisée du transept.

LES CHAPELLES DU TRANSEPT.

On s'attend normalement à trouver dans chaque bras du transept une chapelle ronde, orientée, suivant la disposition du plan de Locmaria, plus modestement qu'à Saint-Benoît-sur-Loire, où elles sont doublées. Mais précisément cette partie de l'église de Landévennec a subi de profondes transformations en raison de deux centres d'attraction du plus haut intérêt : les sépultures, de part et d'autre, des fondateurs de l'abbaye, Guénolé et son ami, le populaire roi Gradlon.

C'est dans la chapelle de gauche que Dom Noël Mars nous convie à aller vénérer le tombeau de saint Guénolé, qui « fut transféré à la grande église d'à présent, au bout de la croisée, où l'on voit un sépulcre à l'antique, tout de pierre, sur quatre petits piliers de mesme ». (Où en sont passés les débris ?) Nous ne sommes donc pas en présence de la sépulture primitive, qui au dire de notre historien, était contigüe au sanctuaire actuel, et non pas située au Pénity (le manoir abbatial plus à l'ouest, à peu près où résida d'abord le saint de Landévennec, de son vivant).

Un coup d'œil aux ruines de cette chapelle du transept nous amène à conclure que nous sommes dans un ensemble qui remonte à la fin du XIème siècle ou au début du XIIème siècle, d'après les bases des colonnes engagées dans les murs nord et ouest. Sur le sol, au même niveau que celui du chœur, nous retrouvons, face à l'est, le tracé de la petite chapelle ronde, voûtée en cul-de-four, avec ses trois fenêtres, reproduisant la disposition des chapelles de l'abside. Elle ne figure pas sur le plan du frère Plouvier de 1657, et pour cause : elle avait été rasée pour faire place à un avancée de forme rectangulaire ; c'était là que devait figurer le tombeau du saint, devant un autel gothique de grandes dimensions, surmonté d'une large fenêtre à chevet plat ; le mur de droite conserve une élégante console gothique. Ces transformations sont l'œuvre, sans doute, de Jean du Vieux-Chastel : il avait son tombeau dans cette chapelle qui porta longtemps son nom, après avoir été dénommée de sainte Barbe et avant d'être dédiée à Notre-Dame.

On peut se demander si cette « translation » du tombeau de saint Guénolé, date simplement du début du XVIème siècle. C'est l'opinion de Bigot, semble-t-il :

Cette chapelle dédiée à la Vierge était cylindrique comme à l'église de Locmaria à Quimper qui date de la même époque et... à l'église romane de St-Jacques de Nantes ; mais, plus tard, quand on eut la pensée, je le suppose, d'y placer le tombeau de saint Guénolé on fut obligé de refaire la forme curviligne en celle carrée dont deux bouts de murs doivent exister encore.

L'endroit exact de la sépulture du saint présentait d'ailleurs, à cette époque, moins d'intérêt depuis que, au début du Xème siècle, ses reliques avaient été transportées à Montreuil-sur-Mer, d'où elles ne revinrent jamais. Pour suppléer à cette carence, les moines de Landévennec s'adressèrent, en 1640, au monastère Saint-Serge d'Angers qui possédait une relique importante ; le fragment qu'ils en obtinrent fut déposé dans un beau reliquaire, dont il ne reste plus que la description : « composé de deux anges debout sur un tapis d'argent, posé sur un pied d'hébaine portant un canal d'argent en rond. Le tout pesant douze marcs une once et demie... ». Nous sommes donc autorisés à rechercher, sous la direction de M. Grand, si la sépulture de saint Guénolé ne se trouvait pas, primitivement, à quelque endroit remarquable de « la grande église d'à présent ».

Nous serions portés à la trouver plutôt à l'autre bout du transept, près de la tombe du roi Gradlon ; on peut croire à priori, que les sépultures des deux fondateurs étaient voisines l'une de l'autre. La chapelle funéraire du légendaire Roi d'Ys excite vivement la curiosité du visiteur, avec parfois une nuance de scepticisme... Le monument ne manque pas d'originalité. La voûte est en blocage de pierre, dans la manière du XIIIème siècle, revêtu d'un enduit stuqué à fond d'hermines rouges et de fleurs de lys, soigneusement entretenu jusqu'à la fin. On descendait par sept marches jusqu'au niveau d'une tombe ouverte en maçonnerie, dont on devine encore la forme, épousant celle du corps, les pieds tournés à l'est. Un petit autel en pierre était surmonté d'une fenêtre trilobée, trois autres ouvertures nous mènent du roman à la fin du gothique. C'est par la porte de gauche, au beau cintre roman, que la tombe était encensée au cours des services solennels célébrés au maître-autel pour l'ancien « roi des Bretons », jusqu'en 1781, date de l'extinction du titre abbatial et de la réunion de la mense à l'évêché de Quimper.

Abbaye de Landévennec (Bretagne).

Or, tout-à-côté, et communiquant avec la chapelle funéraire par une porte ronde, voici une salle basse dont il reste des vestiges importants où Bigot reconnaît « soit une sacristie (?), soit une salle capitulaire... ayant un pilier central supportant quatre arcades dont deux en longueur et deux en travers ». Il semble qu'il s'agit de la salle au trésor, à la voûte solide et aux ouvertures rares bien défendues. M. Grand pense que nous sommes sur l'emplacement du premier tombeau de saint Guénolé, dont la place est tout indiquée à côté de celui de Gradlon, dont Noël Mars nous dit qu'il a été conservé soigneusement et qu'il a été englobé dans la construction « de la grande église ». Il est bien remarquable que cette chapelle funéraire se présente comme celle de Nominoé à Saint-Sauveur de Redon, où on avait élevé, au XIIème siècle un double édicule pour recevoir le corps du prestigieux protecteur de l'abbaye en même temps que celui de saint Convoion ; or ce monument était placé dans l'angle entre le chœur et le croisillon sud du transept, exactement comme à Landévennec, où il est facile de relever les traces du raccord fait ultérieurement avec la maçonnerie du chœur.

Ajoutons que M. de Chalus, dans une note de 1895, apporte à l'appui de l'hypothèse de M. Grand, le résultat des fouilles qu'il avait entreprises « dans la partie de la chapelle latérale voisine du tombeau du roi Gradlon » ... Il y a recueilli de nombreux ossements, qui lui semblent « antérieurs à la reconstruction de basilique, les murs de celle-ci reposant sur des terres foisonnées où ils se trouvaient. Ils étaient inhumés sur le fond de schiste, entourés de morceaux de bois fendus qui avaient dû leur servir de cercueils ». On peut croire qu'il s'agit du cimetière des moines tel qu'il se constituait autour de la tombe de leur saint abbé.

M. Grand a attiré l'attention sur le contrefort-colonne qui délimite l'entrée du chœur, au coin du tombeau de Gradlon : il y décèle l'influence poitevine, ce qui n'est pas pour nous étonner, puisque nous savons, par Dom Noël Mars, que le monastère de Landévennec était « en société de prières » principalement avec les abbayes du Sud-Ouest, en direction de la Touraine ou de l'Aquitaine, en particulier, au diocèse de Poitiers, Saint-Jouin-de-Marnes et Sainte-Croix de Talmont.

Devant le tombeau du roi Gradlon, aboutissait « l'escalier de matines » qui permettait aux moines de se rendre directement du dortoir au chœur pour l'office de nuit ; il avait été construit en 1645 sous le prieur Dom Eustache Raoul : on en devine les traces au ras du sol.

A cause des délicats chapiteaux qui ornent son couronnement, nous accorderons un coup d'œil à la construction toute moderne qui prétend reconstituer la chambre des archives au-dessus du cénotaphe du roi Gradlon. L'abondante décoration des bases et des chapiteaux - nous avons relevé plus de trente motifs - mériterait une étude spéciale : palmette, crossettes, entrelacs parfois savants, des feuilles d'angle, volutes, quelques animaux ou petits personnages assez grossièrement dessinés. Cette ornementation romane donnait une unité remarquable à toute l'église, de l'entrée au fond du chœur, jusque dans les chapelles écartées. Elle serait à mettre en relation avec l'art irlandais, qui, à l'orée du XIIème siècle, donnait son dernier éclat et s'imposait à toute l'Europe chrétienne par la diffusion des enluminures de ses manuscrits.

Nous avons terminé cette visite de notre antique église abbatiale, que l'on décorait, à bon droit, du titre de basilique. Oserons-nous risquer une hypothèse sur la détermination des constructeurs de la « grande église » romane ? La fin du XIème siècle correspond à l'apogée de Landévennec qui va bientôt perdre la prééminence au profit de Redon et de Quimperlé. Landévennec jouit encore de la faveur des princes de Bretagne : l'abbaye a donné, en la personne de Benoist, fils du comte Alain et de Judith, un évêque au siège épiscopal de Nantes. Or, avant 1050, nous rencontrons le nom de l'abbé Blenlivet qui fait figure d'abbé entreprenant : nous lui attribuerions de même l'initiative du célèbre cartulaire de l'abbaye. Quant à la toute première église, celle qui remonterait au temps du roi Salomon, mort en 874, ne serait-elle pas l'œuvre de cette autre célébrité du monastère, Gurdisten, l'auteur de la vie de saint Guénolé, le chef de l'école littéraire de Landévennec ? Nous laissons à de plus compétents le soin de conclure.

Voir   Ville de Landévennec (Bretagne) " Photos de l'ancienne abbaye de Landévennec ".

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