Web Internet de Voyage Vacances Rencontre Patrimoine Immobilier Hôtel Commerce en Bretagne

Bienvenue !

LESNEVEN A L'EPOQUE FEODALE.

  Retour page d'accueil      Retour "Ville de Lesneven"   

Boutique de Voyage Vacances Rencontre Immobilier Hôtel Commerce en Bretagne

Boutique de Voyage Vacances Rencontre Immobilier Hôtel Commerce en Bretagne

V. Lesneven, à l'époque féodale.

Etendue et limites de la châtellenie. — Droits féodaux. — Particularités relatives au four banal et au droit d'épaves, — Tentatives de délaissement du four banal. — Affranchissement des serfs lesneviens.

A l'époque féodale, la Bretagne fut gouvernée par des princes d'origine bretonne [Note : Au XIème siècle, la Bretagne était divisée en huit grands Comtés, dont celui de Léon]. « Politiquement, les seigneurs sont tout, le duc comme souverain n'est rien ».

Le Léon — sauf Morlaix et Lanmeur était divisée en 4 puissantes Châtellenies : Lesneven, Daoudour, Saint-Renan, Landerneau.

De toutes les Châtellenies léonaises celle de Lesneven — exactement 42 paroisses ou trêves — était la plus étendue et aussi la plus importante.

Cette châtellenie s'étendait de la rivière de la Penzé à celle de l'Aber-Benoît ; elle était limitée au nord par la Manche, au Sud par la Châtellenie de Landerneau, à l'est par celle de Daoudour, à l'ouest par celle de St-Renan.

Sous sa dépendance immédiate, elle avait :
1° La seigneurie de Seizploué [Note : Mot signifiant 7 plous, 7 paroisses dans lesquelles s’étendait cette seigneurie] ou Coat-Seizploué, aujourd'hui Maillé, en Plounévez-Lochrist.
Kérouzéré, en Sibiril [Note : Au cours des guerres de religion, ce beau château soutint un siège opiniâtre contre les troupes de la Ligue auxquelles s’étaient joints les paysans du Léon. Après le couronnement de Henri IV, Boiséan de Coetnizan, seigneur de lieu, obtint de ce monarque une somme de 35.000 écus d’or, à titre de dommages de guerre]. — beau château de XVème siècle.
Kerjean, en Saint-Vougay (grande et somptueuse construction du XVIème siècle) ; le petit Versailles breton, aujourd'hui classé au rang des monuments historiques.
Kergournadec'h, en Cléder.
Penmarch, en Saint-Frégant.
Kermaouan ou Carman, en Kernilis.
Coatquénan, en Plouguerneau.
Le fief de l'Abbaye du Relec, y compris toute la paroisse de Plounéour-Ménez, donnée aux moines par les vicomtes du Léon [Note : Preuves : Histoire de La Borderie].

Les chefs de ces grandes seigneuries étaient les grands vassaux du châtelain de Lesneven, lequel eut pendant longtemps pour suzerains immédiats les comtes et vicomtes du Léon dont plusieurs fixèrent leur résidence à Lesneven. Les grands vassaux du seigneur de Lesneven avaient sous leur domination un grand nombre de seigneuries d'un degré inférieur. Dans diverses communes de la région, notamment au Folgoët, à Kerlouan, à Guissény, subsistent encore d'importants vestiges de ces petites seigneuries. Au Xème siècle — et non au VIème — le comte Even transforma le fief de Lesneven en véritable châtellenie, d'une indépendance longtemps absolue, et dont l'autorité, s'appuyant surtout sur la force brutale, s'étendit peu à peu a toutes les châtellenies limitrophes.

Il reçut le glorieux titre de Grand, en commémoration de la victoire de Run-Even, dite aussi de Kerlouan, de Plouider qu'il remporta sur les Normands en 937.

Dans notre « Supplément », nous nous réservons de publier la liste — combien langue hélas ! — des droits féodaux afférents à la châtellenie de Lesneven. La multiplicité de ces droits, leur caractère exorbitant, la nature particulièrement odieuse de l’un d’eux, attestent que, dés le debut du XIIIème siècle, les serfs de la châtellenie lesnevienne pouvaient s’associer à ces plaintes justifiées.

« Les seigneurs saisirent violemment - Champs et rochers, eaux et forêts - Bêtes fauves et bêtes domestiques. - Ils vous prendraient volontiers l'air, - L'air, la commune propriété. - Ils voudraient nous ôter le soleil - Même les vents et la pluie » [Note : La Manesse, Les paysans et leurs seigneurs avant 1789. Edit., Jouvet et Cie].

Dans cette notice, nous nous bornerons à signaler deux particularités relatives à ces droits, et dont l'une, tout au moins, est peut-être unique dans les Annales de Bretagne.

Ainsi, alors que, partout ailleurs, le four banal de la cité était propriété seigneuriale, à Lesneven, ville pourtant essentiellement féodale, ce four appartenait à l'abbesse de Saint-Sulpice, près Fougères, en vertu de la donation du 16 septembre 1216, faite par le duc Pierre de Dreux et sa femme Alix de Bretagne, à Ameline d'Ecosse, abbesse dudit monastère.

Dès lors, l'abbesse perçoit les droits sur la cuisson du pain et, le cas échéant, sur celle des aliments. Ces droits, faut-il le croire, étaient particulièrement élevés, puisque, à diverses reprises, les Lesneviens tentèrent de se soustraire à cette sujétion.

Vers le millieu du 18ème siècle, les Lesneviens, d'un commun accord, délaissent le four banal, d'où véhémentes remontrances de l'Abbesse.

Incontinent, elle soumet le différend au Parlement de Bretagne. Par un arrêt longuement motivé, (9 février 1756) ce dernier déclare et confirme que les Lesneviens sont et demeurent tous assujettis — sauf les seigneurs de Kerno — à faire cuire leur pain au four banal, sous peine de 10 livres d'amende par infraction, La population dut s'incliner et le four banal ne cessa de fonctionner que lorsque l'Assemblée Constituante décréta les biens du clergé et des congrégations propriétés nationales.

Ce four, objet de tant de litiges, était situé tout à proximité de l'emplacement du château d'Even dans la rue dénommée, depuis le XIIIème siècle, rue du Four.

« On voit encore, caractérisée par un renflement extérieur très prononcé, la maison où était le four féodal. Elle fait le coin d'une place, à l'entrée de la rue du Four » [Note : Bulletin diocésain d'histoire et d’archéologie, septembre 1917].

Mais les habitants n'avaient pas à se plaindre que de la taxe [Note : « En 1553, la rétribution pour les fournages est fixée à 10 deniers pour un boisseau de farine convertie en pâte. En 1693, les fermiers réclament 3 sols et 6 deniers pour un boisseau de froment. Les fermiers et leurs valets ne se contentent plus de la taxe qu'on leur sert bénévolements : ils exigent encore un morceau de pâte » (Dom Anger)]. Les fours, mal construits, étaient une source constante d'inquiétudes et de dangers. « En 1634, la maison qui abrite les fours est couverte de genêts. Il y a des genêts dans le grenier, il y a des tas de genêts dans la cour et les environs. Ce combustible, encore vert, sert pour les chauffaisons et produit une fumée épaisse, abondante, noirâtre qui, faute de cheminée, s'échappe par la porte, une petite fenêtre, se répand dans la ville et l'enveloppe d'un nuage pestilentiel, corrompant le linge, les meubles, les toilettes, les provisions, les marchandises. Les bourgeois de l'endroit se plaignent de cette chaumine enfumée où leurs ménagères risquent de périr d'asphyxie en pétrissant et préparant la pâte pour la cuisson, de cette chaumine enfumée qui menace la cité d'une ruine globale...

Les incendies devenaient si fréquents que les gens semblaient toujours hallucinés par l'idée d'un malheur. Ils croyaient voir le feu partout [Note : En 25 ans, les fours banaux qui avaient 29 pieds de long sur 22 de large ont été incendiés trois fois], le jour, la nuit ; à la moindre alerte, on sonnait le tocsin... » [Note : Dom Anger, Historique de l’Abbaye de Saint-Sulpice-la-Forêt (Ille-et-Vilaine). Imprimerie, Vatar, Rennes].

La seconde particularité a trait au droit dit « d'épaves ». En vertu de ce droit seigneurial, tous navires, toutes cargaisons de marchandises jetés sur le littoral lesnevien : grèves de Trèflez, de Goulven, de Brignogan, de Kerlouan, de Guissény et de Plouguerneau, devenaient propriétés exclusives du châtelain de Lesneven. Ce droit était particulièrement cher au seigneur du lieu, si l’on s’en rapporte aux déclarations d’un certain Hervé vicomte du Léon qui, du doigt, désignant un groupe de rochers du littoral — Kerlouan, vraisemblablement — s'écriait : « Voilà une pierre noire que je n'échangerais pas pour les diamants de toutes les couronnes du monde » [Note : Ce rocher, cause continuelle de naufrages, était situé, selon certains auteurs, sur le littoral de Kerlouan. Cambry le fixe à la pointe du Raz, territoire relevant à l'époque du Comté de Léon].

Sans doute, dès le milieu du XVème siècle les naufrages se firent plus rares sur le littoral lesnevien : le châtelain renonça momentanément au droit d'épaves au profit d'un gentilhomme. En compensation, ce gentilhomme devait fournir les cordages nécessaires à la pendaison des criminels déférés à la cour de Lesneven.

En 1457, ces fonctions étaient dévolues à l'un des trois choristes du Folgoët « un petit Pilguen de Ploudier, du doux manoir de Kérouriou. Il avait la maîtrise sur toutes les grèves du littoral lesnevien, ce qui lui faisait dire : flux ou reflux, je suis partout le maître et Kérourinu est mon nom ». [Note : M. de Kerdanet. Nouvelle Notice sur N.-D. du Folgoët].

Hâtons-nous de dire qu'à côté de l'état d'asservissement des habitants de la châtellenie se trouvait une institution destinée à le battre en brèche et à en amener fatalement la disparition. C'était celle du « convenant au franc au duc ou de personnaux au duc ». en faveur des serfs désireux de s'affranchir individuellement.

Ainsi, un serf de la châtellenie de Lesneven trouvait-il sa situation trop pénible et voulait-il recouvrer sa liberté, il se rendait avec les siens à Lesneven, ville ducale, et là « il bannissait au convenant franc au duc », c'est-à-dire qu'il déclarait renoncer à sa tenue pour devenir franc, libre sous la protection du duc.

Cette déclaration faite, le serf et sa famille étaient tenus de résider à Lesneven pendant 1 an et 1 jour, ce que Dom Lobineau appelle faire le carème ou la pénitence d'une année.

L'affranchi et chacun des siens devaient payer au duc 12 deniers par an. A la mort du serf ainsi libéré, son propre mobilier devenait propriété seigneuriale.

En échange « les personnaux au duc » étaient libérés de toutes obligations seigneuriales, « libres d'aller, de résider où ils voulaient et de laisser leurs immeubles, s'ils en avaient, à leurs héritiers » [Note : De La Borderie, Histoire de Bretagne, tome 3].

Parfois le serf, à ses risques et périls, tentait de se soustraire, par la fuite, à la sujétion seigneuriale. Si, pendant 1 an et 1 jour, le seigneur n'avait pu le découvrir, il perdait tous droits sur lui.

De La Borderie, à qui nous empruntons la plupart de ces détails, ajoute : « Malgré la défense formelle d'aliéner leurs mottes, les serfs, pour recouvrer leur liberté, les vendaient aux vassaux du châtelain de Lesneven, après quoi ils se réfugiaient à Saint-Pol — ville épiscopale — où ils obtenaient sans peine le privilège de cléricature qui les mettait à l'abri de tout retour possible aux liens de servage [Note : De La Borderie, Histoire de Bretagne, tome 3].

Au surplus, un extrait du Rentier ducal de Lesneven s'exprime ainsi au sujet de l'état de servage de la châtellenie, au début du XVème siècle : « En 1435, il existait en cette châtellenie 83 mottes de terre servile réparties de façon inégale dans 6 paroisses voisines les unes des autres, savoir : Plounéour-Trez, Kerlouan, Guissény, Electrec (depuis le Folgoët), Kernouës, Kernilis ; mais la plupart de ces mottes étaient depuis longtemps désherbergées et choites en ruines ; sur 83 mottes, 34 seulement étaient hébergées, c'est-à-dire habitées et cultivées par des serfs. C'était bien peu » [Note : Extrait du Rentier ducal de Lesneven. Archives de la Loire-Inférieure (fonds de la chambre des comptes de Bretagne)].

Le dernier comte du Léon, Hervé Le Prodigue, après avoir, par ses prodigalités, dilapidé ses immenses richesses, se vit contraint, pour se procurer de l'argent, de céder pièce à pièce la presque totalité du comté de Léon, dont Lesneven était le chef-lieu, à Jean Ier, dit Le Roux, duc de Bretagne (1275).

Enfin, le 8 septembre 1486, le duc François II abolit, dans les ressorts des cours de Lesneven, Brest et Saint-Renan, les ordonnances relatives au maintien du servage et aux servitudes militaires imposées aux paysans.

(Marius-Fernand et Louis Blanc).

© Copyright - Tous droits réservés.