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LESNEVEN
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III. Epoques gauloise et gallo-romaine.
Occupation de la région lesnevienne par les Agnautes, fraction des Léonices. — Vestiges de l'époque gauloise à Lesneven et au Folgoët. — Vestiges gallo-romains disséminés dans la région et plus spécialement à Lesneven, au Folgoët, à Saint-Frégant. — Borne milliaire de Kerscao. — Prétendue découverte, aux portes de Lesnenen, de l'antique cité d'Occismor.
A l'époque gauloise, la Bretagne se nommait l'Armorique, de deux mots Celtiques Armor : ar mor, la mer (sous-entendu pays donnant sur la mer).
La section territoriale de l'Armorique correspondant au département du Finistère était habitée aux temps antérieurs à l'ère chrétienne par les Celtes qui, de l'autre côté de la Manche, peuplaient aussi la Grande-Bretagne et l'Irlande. Cette importante tribu de Celtes armoricains s'appelnit Osismes ou Osismiens [Note : Certains auteurs écrivent : Occismiens ou Occimoriens]. César, dans ses comentaires sur la Gaule la désigne sous le nom d'Ossimii.
Le territoire des Osismiens se divisait en cantons ou pagus ; le canton ou pagus en cent bourgades environ dénommées plouëfs ou plebs.
Chaque canton était occupé par une peuplade portant un nom particulier.
Les Ostyens — plus tard Léonices — dominaient la région du Léon. Les Agnautes, fraction des Léonines, stationnaient dans la région lesnevienne, dépendance du pagus Léonensis.
M. du Chatellier dans son intéressant ouvrage : « Epoques préhistoriques et gauloises dans le Finistère, » s'étend longuement sur les vestiges de l'époque gauloise disséminés dans le canton et plus particulièrement à Kerlouan, à Plounéour-Trez, Saint-Méen, Ploudaniel, Trégarantec. Nous bornerons nos indications à Lesneven et au Folgoët, en priant, pour le surplus, le lecteur de se reporter à l'étude de M. du Chatellier.
A Lesneven, les vestiges de l'époque gauloise mis à jour se réduisent à une seule découverte.
En 1828, il a été trouvé à Kerdurand, une monnaie gauloise en argent. Cette pièce portait au recto « une tête tournée à droite, l'œil de face, la chevelure indiquée par de grosses boucles, un cheval [Note : Le cheval était la marque ordinaire des monnaies gauloises] androcéphale, galopant à gauche, entre les jambes, un sanglier tourné à droite » [Note : M. du Chatellier].
Au Folgoët, découverte d'une cachette de fondeur sur les terres du village de Pen-ar-Prat.
« Cette cachette se composait d'une superbe hache à talon, ayant deux anneaux latéraux, longue de 0m22, ornée sur le plat, pesant 1 kilo 177, de 20 haches à ailerons, de 6 haches à douilles, de 4 poignées et de 14 fragments de lames d'épée avec et sans renflement central et filet, d'une lame décorée de traits au burin, de 9 très beaux grattoirs. dont 6 percés d'un trou de suspension, de 7 fragments de grattoirs, de masselottes et de nombreux lingots coulés dans des moules de toutes tailles » [Note : M. du Chatellier].
Ajoutons que toutes ces antiquités historiques figurent musée de Kernuz (Pont-l'Abbé) propriété de M. du Chatellier.
Depuis le jour où le fameux chef gaulois, Brennus, avait jeté, à Rome, sa lourde épée dans le plateau de la balance au cri de : Malheur aux vaincus ! les Romains avaient juré l'asservissement de la Gaule.
L'Armorique dut à sa situation géographique de n'être conquise qu'en dernier lieu. Elle demeura durant quatre siècles sous la domination romaine.
En vue de prévenir toutes tentatives de soulèvements, les Romains occupèrent diverses régions armoricaines, notamment le Léon, on ils placérent des légions.
De même que les Gaulois, les Romains ont laissé au Folgoët, à Kerlouan, à Plounéour-Trez, à Saint-Méen, à Plounéventer, à Trégarantec, à Saint-Frégant... de nombreuses traces de leur séjour prolongé dont l'énumération détaillée se trouve dans l'ouvrage de M. du Chatellier.
Nous limiterons notre étude à Lesneven, au Folgoët, à Saint-Frégant, nous réservant de nous étendre sur l'importante découverte de M. de Kerdanet, au village de Kéritien, en Plounéventer.
A Lesneven, dans le champ n° 605, section B du cadastre, prés de la route de Saint-Pol, au sud du mur de l'hospice, aux Salles, à 500m de la ville, il a été trouvé des tuiles et des débris romains [Note : M. du Chatellier]. Au-dessus du moulin du Folgoët, touchant la route de Lesneven à Brest, vaste enceinte avec grande et petite motte, « Ce camp, dit Pen-Lédan (tête large) est situé à l'extrémité d'un promontoire qui domine d'une quinzaine de mètres le confluent de deux ruisseaux qui le baignent sur trois de ses côtes. Il est défendu par un fort parapet et un fossé de 4 à 5m de large et a 180m sur 90m ; à 100m en avant de son extrémité, il est défendu par un retranchement semi-circulaire de 250m de développement. Ce camp est à environ 1.200m de l'ancienne voie romaine allant de Carhaix à Plouguerneau » [Note : M. du Chatellier].
Les vestiges de cet important camp romain sont toujours très apparents. Depuis un temps immémorial, il est désigné dans la région sous l'appellation suggestive de « Camp de César ». Les villageois racontent aux visiteurs que les cavaliers romains abreuvaient leurs chevaux aux deux ruisseaux qui le baignent sur trois de ses côtés.
Jusqu'en 1873, on pouvait voir, au village de Kerscao, sur la limite des communes de Kernilis et de Plouguerneau, — anciennes dépendances de la Châtellenie de Lesneven — non loin du château de Penmarch, en Saint-Frégant, une borne milliaire dédiée à l'empereur Claude, en l'an 43 ou 46 avant Jésus-Christ. « En 1873, on tira la borne du village de Kerscao, on la fit voyager aux frais de l'Etat, on la logea en grande pompe au musée de Quimper, et M. Le Menn, archiviste du département, finit par désigner ainsi la ligne Vorgan M. P. VIII. Cette lecture signifiait que la ville de Vorganium (Carhaix), jusqu'au lieu où se trouve placée la borne, il y avait 8.000 romains (millia passium VIII), c'est-à-dire 11.848m, le mille romain répondant à 1.481m ». [Note : Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, tome 2. — Note. — Divers archéologues contestent l'exactitude de cette traduction. — Sur l'emplacement même de cette borne romaine avait été fixé un poteau fortement ancré au sol, avec plaque explicative. Le poteau a été renversé, la plaque contournée. Ce stupide acte de vandalisme — dont les auteurs sont demeurés inconnus — a été accompli la nuit, à l'aide de cordages. Poteau et plaque se trouvent actuellement remisés dans une maison voisine — une forge si nos renseignement sont exacts].
Cete borne se trouvait à 8 kilomètres ouest de Lesneven.
Au village de Kéradennec, en Saint-Frégant, localité très rapprochée de Lesneven, M. de Kerdanet, « constatait sur une étendue de 4 hectares des ruines d'une importance capitale avec trouvailles de pierres gravées, d'urnes en verre bleu, de petits chevaux en terre cuite » [Note : Pitre Chevalier. Bretagne Ancienne et Moderne].
Ces ruines provenaient sans doute d'une ville gallo-romaine [Note : N’est-ce pas à l’un des chefs de cette ville gallo-romaine qu’il faut attribuer la fondation du pemier château de Penmarc’h ?] nommée par les paysans « La ville rouge » probablement à cause des amas de briques rouges qu'on a extraits des parcelles de terrains respectivement dénommées Parc ar Moguériou Braz, Parc ar Moguériou Bihan, Coat ar Moguériou (champ de la grande muraille, champ de la petite muraille, bois ou taillis de la petite muraille). Ces terrains accusent une pente très prononcée. Les villageois nous ont déclaré que, sitôt qu'ils se livrent à des labours profonds, le soc de la charrue heurte des amas de pierres, faisant partie de véritables murs souterrains. Le meunier de Penmarch, nous disait, il y a six ans, qu'on continue à mettre à découvert des briques d'un rouge très prononcé et dont l'aspect dénote une existence fort ancienne. « Il n'est pas rare, poursuit-il, de découvrir des pierres façonnées avec inscriptions presque illisibles », pierres trop souvent hélas ! utilisées comme clôture. Ainsi, lors de notre dernière visite au moulin et à l'étang de Penmarch, nous avons pu remarquer, au milieu d'un entassement de cailloux clôturant le terrain dit « Coat ar Mogueriou » une curieuse pierre gravée de forme semi-circulaire, avec inscription à peine visible.
Il y a une quinzaine d'années, le propriétaire de ces terrains aurait découvert une pierre façonnée, avec inscription parfaitement conservée ; il aurait fait don de cette pierre à un habitant de Lesneven.
Aujourd'hui encore — les témoignages des villageois sont unanimes sur ce point — des fouilles méthodiques pratiquées en ces lieux réserveraient d'agréables surprises aux antiquaires et aux archéologues.
Enfin, « entre le manoir et l'étang de Saint-Frégant, presque en face de l'ancienne église de Guicquelleau, non loin de celle du Folgoët » M. de Kerdanet, à lui seul, a recueilli plus de 500 monnaies romaines donnant la succession des empereurs romains. Ces souvenirs historiques, propriété des héritiers de feu M. de Kerdanet se trouvent enfermés dans leur antique maison familiale, de la rue N.-D. à Lesneven.
Mais la plus importante découverte est sans conteste celle effectuée en mai 1829, dans la commune de Plounéventer, non loin de Lesneven.
Pour plus d'exactitude, nous cédons la plume à l'auteur même de cette découverte, au savant de Kerdanet.
« Le défrichement d'une vaste lande située sur les limites des communes de Ploudaniel et de Plounéventer, m'ayant fait traverser les villages de Kérilien, de Coatalec et de Kergroas, je fus surpris des amas de décombres que couvrent tous les champs de ces villages, je le fus également de l'immense quantité de briques dont la terre était jonchée. En creusant la terre, à quelques mètres de profondeur, je ne trouvai que de la brique. J'en rencontrai sur les chemins, dans les fossés, sous les buissons, en si grand nombre qu'il n'y a peut-être point dans le rayon d'une lieue, un seul petit espace qui n'en soit rempli. Je trouvai, en outre, des fragments de vases antiques, ornés de fleurs et de guirlandes.
Poussant plus loin mes recherches, j’apercus dans quelques-uns de ces champs, des restes d'édifices dont l'ancienne distribution m'était encore indiquée par le gazon qui couvre leurs ruines : ici, c'était la trace d'une maison élégante avec son jardin ; là, s'offraient à ma vue les vestiges d'un hôtel, avec son corps de logis et ses ailes latérales…
Je découvris ensuite l'emplacement de l'ancien temple de la cité, près de la fontaine d'Icol ; plus haut, l'ancien Forum ; à quelques, pas de là, la place des Constances. Je découvris également, non loin de la croix et du petit ruisseau qui séparent les deux communes que j'ai citées, le cimetière d’Occismor...
Mais la découverte la plus curieuse fut sans contredit celle de ce champ de Diribin. C'est là que, dans un seul jour, le 8 mai 1829, je découvris 29 urnes remplies de cendres et d'ossements...
Je possède plusieurs de ces urnes qui ressemblent parfaitement à celles dont Montfaucon, Grévius et les autres antiquaires nous ont donné les dessins. Elles sont de fabrique romaine, en terre cuite plus ou moins fine, d'un gris clair ou foncé, les unes unies, les autres ornées de raies simples ou croisées en losanges, du reste moulées avec soin, et même avec une certaine délicatesse. La plus hante a 10 pouces. Elle était placée, avec cinq ou six urnes plus petites, au milieu du champ où, toutes réunies, elles semblaient former une espèce de tombeau de famille. Les autres urnes étaient disséminées. Au bas du champ, on en déterra une en verre très épais, assez semblable pour la forme aux globes de nos lampes. Elle ne contenait que des débris d'ossements calcinés. Ce devait être, si l'on en juge du moins par l'élégance de la forme et par sa position dans le champ à la tête de toutes les autres, l'urne cinéraire de quelque chef ou personnage éminent de l'ancienne cité... » [Note : Archives et bibliothèque de M. de Kerdanet].
Tous ces vestiges gallo-romains font partie de l'intéressante collection de Miorcec de Kerdanet, à Lesneven.
Dans les ruines ainsi découvertes, M. de Kerdanet a cru reconnaître celles de l'antique cité d'Occismor qui, selon certains historiens était la capitale des Osismiens, et aussi le berceau de Lesneven.
L'importante découverte de Miorcec de Kerdanet a fait l'objet d'un rapport substantiel de la part d'une commission de la Société Académique de Brest.
« Ce rapport, tout en laissant entrevoir la possibilité d'une ville
gallo-romaine en cet endroit, n'a pas confirmé les
indications de Miorcec de Kerdanet » [Note : Duseigneur].
Selon, d'autre part, l'archéologue Lejean, de Plouégat-Guérand, cette ville fut détruite vers l'an 400 par le légendaire Conan Mériadek, auquel on attribue également le massacre, à Lanrivoaré, de milliers d'indigènes, désignés aujourd'hui sous le nom de 7777 saints [Note : En breton, on dit : Seiz mil Seiz cant, Seiz, ugent ha Seiz, ce qui donne en français 7.847 Saints et non 7.777, comme on l'a inventé pour avoir autant de 7 que de chiffres].
(Marius-Fernand et Louis Blanc).
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