Web Internet de Voyage Vacances Rencontre Patrimoine Immobilier Hôtel Commerce en Bretagne

Bienvenue !

LESNEVEN DURANT LES EPOQUES
MEROVINGIENNE ET CAROLINGIENNE.

  Retour page d'accueil      Retour "Ville de Lesneven"   

Boutique de Voyage Vacances Rencontre Immobilier Hôtel Commerce en Bretagne

Boutique de Voyage Vacances Rencontre Immobilier Hôtel Commerce en Bretagne

IV. Epoques mérovingienne et carolingienne.

Emigration des Celtes de la Grande-Bretagne en Armorique. — La contrée débarrassée de l'élément romain. — Invasions barbares : Bataille de Lochrist (401). — Invasions normandes : grande bataille de Run-Even, dite aussi de Plouider ou de Kerlouan (937). — Tableau mémoratif de cette bataille à l'église de Goulven.

Vers la fin de la domination romaine, les Celtes de la Grande-Bretagne, chassés par une invasion de barbares de race germanique, les Angles et les Saxons, émigrèrent en masse, en Armorique, où ils se fixèrent définitivement. Les moines, les Saints de la Bretagne-Armorique qui les guidaient, donnèrent plus tard leurs noms à diverses agglomérations bretonnes : Saint-Brieuc, Saint-Pol, Goulven, Gouesnou, Loc-Majan, Saint-Renan, Trébabu, Saint-Pabu, etc...

Le nom même de Bretagne revint de l’île avec les émigrés ; la Grande-Bretagne allait devenir l'Angleterre (pays des Angles), et l'Armorique, la petite Bretagne, dénomination qu'elle a conservée.

L'empire romain, affaibli par des dissensions intestines, menacé d'autre part par des nuées de barbares, sentait sa domination vaciller. Les Armoricains, justement exaspérés par l'odieuse fiscalité romaine, en profitèrent pour lever l'étendard de la révolte. Avec le précieux concours des insulaires, celtes purs comme eux, ils se débarrassèrent de l'élément romain, en constituant un nouvel Etat, connu sous le nom de Domnonée [Note : A cette époque, la Bretagne-Armorique était divisée en 3 Etats distincts : la Domnonée, baignée par la Manche, de la presqu'île du Cotentin à la rade de Brest ; puis la Cornouaille ; enfin le « Bro-Waroch, » plus tard comté de Vannes].

A cette époque éloignée, le territoire de Lesneven était une subdivision du Léon, lequel formait lui-même une importante section territoriale de la Donmonée [Note : Le pays de Léon fut rataché à la Domnonée, vers l'an 530].

A peine délivrées du joug des Romains, les peuplades de la région de Lesneven allaient se trouver en butte aux furieuses attaques de véritables barbares.

Les Annales de Bretagne témoignent, en effet, que, dès l'époque la plus reculée, la région de Lesneven fut, à plusieurs reprises, cruellement éprouvée.

Déjà, en l’an 401, une armée de pirates du Nord débarqua sur les côtes de Guissény et de Kerlouan où elle sema la ruine et la dévastation. Poursuivant leur marche victorieuse, ces hordes pillardes atteignirent et dépassèrent Goulven, paraissant peu désireuses de s'aventurer plus avant dans l'intérieur des terres. Cette tactique leur était sans doute inspirée par le désir de ne point trop s'éloigner de leurs barques, afin de pouvoir y charger rapidement le produit de leurs rapines.

Fragan, alors chef incontesté du Léon, résolut de s'opposer à leur marche dévastatrice. A la tête d'une nombreuse armée recrutée dans la région lesnevienne, il leur barra résolument la route à Lochrist même [Note : Lieu du Christ, en Plounévez-Lochrist, ancienne dépendance de la châtellenie de Lesneven], où eut lieu une sanglante bataille. Les Bretons furent victorieux, et Fragan, « pour consacrer sa victoire fit ériger en cet endroit une église sous l'invocation de la Sainte-Croix » [Note : De Fréminville, Antiquités de Bretagne, tome 1]. « On la rebâtit en 1786, à l'occasion d'un morceau de la vraie croix, envoyé de Rome à M. l'abbé de Bonnévez, recteur de Plounévez » [Note : Notice Cyrille Le Pennec — NOTE. — L'ancienne cuve pour les baptêmes par immersion, que l'on voit encore à Lochrist, provient, au dire des archéologues, de la chapelle primitive construite par Fragan].

La tradition rapporte : Durant toute l'action, le jeune Guénolé [Note : Plus tard, Saint Guénolé, fondateur du monastère de Landévennec. Son père Fragan, dit aussi Frégant, a donné son nom à la paroisse de Saint-Frégan], fils du chef Fragan, se tint aux côtés de son père, les bras constamment tendus vers la mer, comme pour implorer le Tout-Puissant de rejeter, de refouler les envahisseurs au milieu des flots.

En 875, nouvelle invasion. Lesneven, alors dépourvue de fortifications est prise et détruite [Note : M. de Kerdanet]. Moissons, chaumières, églises en bois, tout devient la proie des flammes. Tolente, opulente cité, située à l'embouchure de l'Abervrach, subit le même sort. Le pays est tansformé en désert.

Au Xème siècle, sous le règne du Comte Even dont la cour siégeait à Lesneven, s'ouvre l'ère des grandes invasions normandes.

Le récit du combat homérique qui eut lieu aux portes mêmes de Lesneven ne devrait être ignoré dans aucune des chaumières de l'ancienne châtellenie de Lesneven.

C'est pourquoi, nous croyons devoir reproduire la version la plus autorisée de ce mémorable événement historique. Au surplus, nous y ajouterons la version populaire.

 

Grande bataille de « Run-Even »,
dite aussi de « Plouider ou de Kerlouan » (937)

(D'après De La Borderie).

« Parmi les Bretons revenus de l'exil pour travailler sous la conduite d'Alain Barbetorte à la délivrance de la Bretagne, l’un des principaux, par sa naissance et se bravoure, était Ewen ou Even, héritier de ces comtes de Léon qui avaient disputé à Gurwant et à Pascwéten la suzeraineté de la Bretagne, se prétendant être chez eux tout aussi rois, tout aussi souverains que ces deux princes ci-dessus. Rentré en Bretagne, Even alla s'établir en son Comté, où il n'y avait plus guère de Normands ; avant d'en finir avec eux, il bâtit pour sa défense une belle forteresse en terre à la mode eu ce temps qu'on nomma Lesneven.

… Il appela autour de lui ses fidèles, ses colons, ses tenanciers qui, sous sa protection, rétablirent comme ils purent leurs demeures, quelques églises, et sur ce coin de terre, la civilisation recommença. Ce qui restait de Normands dans le Léon et dans l'Ouest de la Cornouaille, prévoyant avec raison une prochaine attaque d'Even, résolurent de le prévenir. Un beau jour, une flotte normande déposa sur l'une des grèves du littoral léonais, à 4 ou 5 lieues nord de Lesneven [Note : Contradiction : Nous nous inclinons devant l'autorité de M. de La Borderie. Qu'il nous soit toutefois permis de faire remarquer que, plus loin, l'auteur déclare que le débarquement eut lieu à Kerlouan ; or, ces grèves sont distantes de Lesneven de 10 kilomètres au plus] une armée piratique qui se répandit aussitôt dans la campagne, pillant, brûlant, ravageant ses champs, ses maisons fraîchement relevées [Note : Au début de ce chapitre, nous avons vu que la région avait été dévastée en 875] et se dirigeant sur la résidence du Comte.

Celui-ci, rassemblant ses guerriers, marcha aussitôt contre les païens. Une tradition locale (recueillie par M. de Kerdanet) place le lieu de la rencontre au village de Run-Even (tertre d'Even), à 2 kilomètres Ouest du bourg paroissial de Plouider.

D'autre part, suivant un gwerz breton, publié par M. de la Villemarqué, il y a un arbre qui domine le rivage au lieu où les Saxons prirent la fuite devant la face d'Iwen-Bras (Grand).

Les Saxons représentent là les Normands — ce qui n'a rien d'étrange, l'ennemi pour le paysan breton actuel s'appelant toujours en breton Saozon (Anglais). Le vieux texte latin relatif à cette bataille porte : « Le Comte Even, homme très chrétien, attaqua les ennemis, Normands, Danois, tous païens et, se jetant sur eux impétueusement les vainquit, les chassa au loin devant lui, fit un grand massacre de fuyards, leur reprit tout leur butin. A peine en échappa-t-il quelques-uns qui se cachèrent isolement dans les nombreux rochers du rivage, n'osèrent jamais reparaître dans le pays du Léon ».

Le débarquement des pirates avait eu lieu sur cette longue et rocheuse grève de Kerlouan... ; de là, ils étaient descendus vers Goulven et Plouider qui, à cause de la grande dévotion de Saint Goulven, devaient être des paroisses riches ; ils avaient fait plus de deux lieues en terre ferme, quand ils trouvèrent devant eux sur la rive droite de Lissen [Note : Nom ancien de la rivière dite aujourd’hui : La Flèche], le Comte Even et sa troupe.

Il arrêta les pirates, les battit, les poussa vivement devant lui et les poursuivit dans leur retraite qui devint bientôt une pleine déroute. Nécessairement, ils se dirigèrent vers le lieu où ils avaient laissé leur flotte, c'est-à-dire vers les grèves de Kerlouan, toutes couvertes de rochers. Mais ces grèves ne sauvèrent qu'un petit nombre de vaincus, Even ayant sabré tous les fuyards.

Telle fut cette bataille de Kerlouan illustra le vainqueur connu depuis lors sous le nom d'Even le Grand et jeta l'effroi dans tous les repaires piratiques du Léon et de la Cornouaille » [Note : De La Borderie, Histoire de Bretagne, tome 2].

Albert le Grand, dans la « Vie des Saints de la Bretague-Armorique » consacre de longs développements au récit de cette bataille. Mais comme il fait vivre le Comte Even en même temps que Saint Goulven, (VIème siècle) sa version diffère sensiblement de celle de La Borderie.

La tradition populaire — elle ne perd jamais ses droits, bien que trop souvent simpliste — avance que, lors de la bataille de Run-Even, le pieux, solitaire Goulven se tenait à genoux au sommet d'un monticule. Quand il levait les bras au ciel pour implorer le Tout-Puissant, Even triomphait. Mais si, vaincu par la lassitude, il les abaissait, le chef normand Amalec l'emportait. Ce que voyant, Goulven, par un effort suprême de volonté — tel un nouveau Moïse — tint pendant la durée de l'action les bras tendus au ciel. Cette attitude, à la foi stoïque et suppliante, ajoute la tradition, décida du sort de la journée et consacra le succès d'Even.

Ajoutons : Un tableau peint du VIIème siècle, placé à l'église de Goulven, représente le victorieux Comte Even, retour du combat et remerciant l'ermite de son assistance.

« L'artiste ignorant a donné à ses personnages le costume de l'époque où il les a peints, de sorte que le Comte Even du VIème siècle [Note : Nous dirons du 10ème] représenté avec un habit rouge galonné et à grandes basques, un chapeau à trois cornes et une perruque à la Louis XIV, rend ce tableau encore plus ridicule qu'il n'est mal peint » [Note : De Fréminville. Antiquités de Bretagne, tome 1].

(Marius-Fernand et Louis Blanc).

© Copyright - Tous droits réservés.