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LESNEVEN ET LES GUERRES DE CENT ANS.

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X. Episodes des guerres de Cent ans et de succession de Bretagne.

Faits antérieurs à la guerre de Cent ans. — Lesneven embrasse le parti de Charles de Blois. — Prise et destruction du château fort de Porléach, en Trégarantec (1342). — Le château de Lesneven rasé pour la 2ème fois (1342). — Reprise de la ville par Charles de Blois. — Simon Richard, Capitaine de Lesneven, au combat des Trente (1351). — Garnison anglaise à Lesneven. — Massacre de la garnison. — Sanglantes représailles des Anglais. — Du Guesclin chasse les Anglais de la ville. — Cruautés anglaises. — Malentendu historique.

Avant d'aborder l'exposé des faits régionaux relatifs à la guerre de Cent Ans et à celle de la Succession de Bretagne, il convient de rappeler certains événements antérieurs du plus haut intérêt pour l'histoire de Lesneven.

En 1163, prise de Lesneven et destruction de l'antique château du Comte Even par Henry II, roi d'Angleterre « parce que le duc de Bretagne, Conan le Petit, ayant marié sa fille unique à Geoffroi, fils de Henri II, le comte Eudon, pour se mettre en état de résister à son fils Conan, épousa la fille de Hervé, vicomte de Léon, prit le parti de ce seigneur rebelle, leva des troupes, fit des courses dans le duché. Le roi d'Angleterre, instruit des démarches du comte Eudon, vint en Bretagne avec une armée considérable rasa les châteaux de Saint-Pol, de Tréflez, sur la rivière de Morlaix et de Lesneven et força ce vicomte à lui donner des ôtages » [Note : Ogée. Histoire et dictionnaire de Bretagne].

Duseigneur s'exprime ainsi au sujet de cette destruction : « ... Henri II se jette sur le Léonais qu'il met à feu et à sang. Il prend Lesneven et rase son antique château ».

En 1189, Richard-Cœur-de-Lion, furieux de ne pas tenir sous son influence son neveu, Arthur de Bretagne, débarqua en Bretagne une armée de Brigands « les Cottereaux » avec ordre de dévaster les seigneuries du Léon dont faisait partie Lesneven, ce qui fut fait.

Durant la longue et sanglante guerre de Succession de Bretagne (1341-1364) — une vieille tradition bretonne l'a nommée « le grand duel du loup français et du taureau anglais ». — Jean de Montfort et Charles de Blois se disputent la succession de Jean III avexc une opiniâtreté toute bretonne. Les Lesneviens prennent résolument parti pour Charles de Blois contre Montfort, ami et allié des Anglais.

En 1342, Hervé de Léon [Note : Les villes, comme les hommes, étaient partagés en 2 camps, et passaient facilement d'un camp à l'autre. Ainsi, au début, Hervé de Léon avait pris le parti de Montfort] se reposait des fatigues de la guerre au château de Porléach, à Trégarantec, aux portes mêmes de Lesneven.

A maintes reprises, il s'était secrètement efforcé de détacher le chevalier Tanguy du Châtel du parti de Montfort. Tanguy avisa traitreusement Gaultier de Mauny, fervent allié des Anglais, des menées ténébreuses de Hervé. Gaultier et Tanguy, à la suite de nombreux conciliabules résolurent de surprendre Hervé avec sa compagnie « le soupçonnant de méditer quelques entreprises en faveur de Charles de Blois ».

A la faveur d'une nuit obscure, ils arrivèrent de fort grand matin, à la porte du château de Porléach — au sud-est, il domine celui de Lesneven — dont la garnison était plongée dans un profond sommeil. Surpris, les gardes donnèrent l'alarme, mais trop tard. Les assiégeants, après avoir mis le feu à la porte principale, réussirent à la suite d'une mêlée acharnée, à se rendre maîtres de la forteresse. Hervé du Léon, son frère, son cousin et plusieurs gentilshommes de qualité sont faits prisonniers et emmenés en captivité en Angleterre, (Peu après, Hervé fut échangé contre le comte de Salisbury).

Avant de se retirer, les vainqueurs incendièrent le château dont on peut constater l'emplacement à Porléach, et du coté opposé à la chapelle Jésus [Note : L'emplacement du château est depuis demeuré inculte. Les cavités et les monticules donnent une idée approximative du plan de l'ancienne forteresse. En 1589, Rolland de Neufville, évêque de Léon, échangea l’île d'Ouessant contre la terre de Porléac’h, en Trégarantec, avec le marquis de Sourdéac].

Poursuivant leur succès, Gautier et Mauny accourent à Lesneven et assiègent le château. Privée de ses chefs, tous faits prisonniers à Porléach, la ville tomba aux mains des partisans de Montfort. Le château fut rasé pour la 2ème fois (1342) [Note : Une 1ère fois, en 1163].

La ville et toute la région demeurèrent en la possession de Montfort jusqu'en 1351. A cette date, les partisans de Charles de Blois chassèrent les Anglais de leurs positions. En apprenant l'heureuse nouvelle. Charles qui attachait une importance capitale à la possession de Lesneven alors véritables clef du Léon, tomba à genoux, en s’écriant : « Dieu soit loué ! ».

Le 27 mars 1351, Simon Richard, capitaine de Lesneven, au service de Charles de Blois, prend part au fameux combat des Trente, près de Ploërmel. Il en fut l'un des plus valeureux champions, ainsi que l'atteste ce vers d'un poème manuscrit contemporain découvert en 1817, à la bibliothèque royale, par MM. du Penhouët et de Fréminville :

Et Simonnet Richard qui n’y a fait faillance [Note : N’a point failli].

Charles de Blois trouva la mort à la bataille d'Auray ; Duguesclin y fut fait prisonnier (1364). Montfort, devenu duc de Bretagne, sous le nom de Jean le Conquérant, se rendit peu après à Lesneven.

La guerre de Cent Ans continuant, Montfort sollicite nouveau le secours des Anglais. Ces derniers deviennent tout puissants à la cour du duc « qui leur accorde plus de confiance qu'à ses propres soldats. Il les établit en plusieurs parties du duché et mit des garnisons anglaises à Morlaix, Lesneven, St-Pol » [Note : Duseigneur, p. f. cité]. Les habitants de ces villes étaient si durement traités par l'Anglais que les chevaliers léonais, par représailles, massacraient impitoyablement tous les soldats anglais faits prisonniers. Les Anglais, d'ailleurs, eux aussi, réservaient le même sort aux partisans du roi de France. La région lesnevienne devint ainsi un champ de carnage et d'horreur.

La vieille cité du comte Even, excédée par les cruautés anglaises, donne le signal de l'insurrection générale. Secrètement, elle invite le chevalier Robert de Quitté à la délivrer de ces hôtes fâcheux. De connivence avec la population, Robert surprend, an lever de l'aurore, la tour anglaise qui se réfugie en toute hâte dans la tour du château. Les Anglais ayant capitulé, Robert Guitté les passa tous au fil de l'épée « sans en vouloir recevoir un seul à rançon » (1372).

Montfort, partout vaincu, se réfugie en Angleterre, « d'où il retourne en 1374 avec le comte de Cambridge, 2.000 hommes, 3.000 archers ». Il se présente à nouveau devant Lesneven où, à son tour, il surprend la garnison qui, par mesure de représailles, est passée au fil de l'épée.

Enfin, te 12 octobre 1375, Duguesclin, en personne, acclamé comme un libérateur et un sauveur, fait son apparition dans le pays [Note : Avant de faire le siège de Brest — du parti de Montfort — Duguesclin devait purger des Anglais les petites villes des environs, dont Lesneven]. Il chasse les Anglais de Lesneven et de toute la région. Pour la mettre à l'abri de nouvelles surprises, il y renouvelle malheureusement l'ancienne ordonnance sur les « serfs et taillis » obligeant, sous peine de mort, tous les paysans à faire leur résidence près du « Chastel ».

Cette mesure draconienne fut d'autant plus mal accueillie que les Anglais, pour s'attirer la sympathie de la population, avaient précédemment supprimé le servage à Lesneven. A la joie de la délivrance succéda bientôt un vif sentiment d'indignation et de haine à l'adresse de l'illustre Connétable [Note : Les ordonnances relatives au rétablissement du servage out puissamment contribué à l'impopularité de Duguesclin en Bretagne. Il fut si profondément affecté de se voir honni de ses compatriotes qu'il en mourut de chagrin, en 1380, au siège de Châteauneuf-de-Randon. Au 16ème siècle, son buste fut exclu de la salle des Etats de Bretagne].

Pendant que se déroulaient ces sanglants événements, la soldatesque anglaise se répandait dans les localités voisines, commettant toutes sortes de cruautés. Trop souvent hélas ! les mercenaires au service du roi de France ne se comportaient guère mieux. Le souvenir de ces atrocités, déformé, amplifié, et soigneusement conservé par la tradition, a suscité, dans la suite, chez les habitants de la châtellenie une haine farouche contre l'Anglais, haine implacable dont les effets se sont manifestés à travers les siècles. Pouvait-il en être autrement ? « Les soldats anglais faisaient de la guerre un métier ; ils ne songeaient qu'à piller ; aussi quand les gens de campagne ne voulaient pas leur donner leur argent — ils en avaient si peu à l'époque — on les fouettait, un les déchirait avec des tenailles, on leur cassait les dents une à une, on leur coupait les pieds, les poings, on leur écrasait le ventre à coups de marteau » [Note : Page 570, Revue de l’Enseignement, année 1906-07].

Cette haine de l'Anglais a atteint son paroxysme chez l'habitant du littoral : Plounéour, Kerlouan, Guissény, et pour cause. Ces populations, par suite de débarquements successifs de troupes anglaises sur leurs rivages, eurent plus particulièrement à souffrir de l'invasion étrangère. Ces souffrances expliquent — sans la justifier — l’inhumanité avec laquelle les riverains lesneviens accueillaient trop souvent les équipages anglais que les hasards périlleux de la navigation jetaient sur leurs côtes rocheuses hérissées d'écueils, tant de fois meurtrières aux marins de la fière Albion !

En l'an 1485, l'Histoire nous fournit, entre tous, un exemple saisissant de l'intensité de cette haine.

A cette époque, les Anglais, une fois de plus, s'apprêtent à envahir la Bretagne, d'où grands armements à Lesneven. Les habitants du littoral s'assemblent en toute hâte. Armés simplement de crocs, de râteaux et de bâtons, ces rudes paysans, sans attendre l'arrivée d'importants renforts, concentrés à Lesneven, s'élancent, telles des bêtes déchainées, sur les nouveaux débarqués. Ceux-ci, surpris par cette attaque soudaine, essayent vainement de fuir : les paysans les poursuivent et en font un carnage.

Hâtons-nous d'ajouter que cet état d'âme s'est heureusement modifié à la suite de l'Entente cordiale. Le douloureux passé est oublié et l'Anglais — allié — considéré comme un ami.

Avant de quitter ce chapitre, il nous reste à dissiper un léger malentendu d'histoire locale relatif à la bataille de Cocherel, gagnée en 1364, par Duguesclin, sur Charles Le Mauvais, allié des Anglais. Il est exact, comme le témoignent les Annales de Bretagne, qu'un chevalier du Léon, du Pont-du-Châtel, prit une part active à cette victoire ; mais, contrairement à une opinion qui tend trop à s'accréditer, dans la région de Lesneven, ce Chevalier n'était nullement originaire de Pont-du-Châtel, en Plouider, près de Lesneven, mais bien de Pont-du-Châtel, dépendance de la Châtellenie de Saint-Renan [Note : Ce château se trouve à une lieue de Saint-Renan. Le seigneur auquel il est fait ici allusion, se nommait de son vrai nom Thipault du Pont-du-Châtel. Il combattit à Cocherel « armé d’une épée de cinq pieds de long et du poids de 12 livres ». Il y fit merveille, (De Fréminville : Antiquités de Bretagne, tome I)].

La Châtellenie de Lesneven est suffisamment riche en souvenirs historiques sans qu'il soit besoin d'empiéter sur le domaine historique des Châtellenies voisines. Rendons donc — la probité nous le commande — à la Châtellenie de Saint-Renan ce qui lui appartient.

(Marius-Fernand et Louis Blanc).

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