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LESNEVEN ET LES GUERRES DE RELIGION. |
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XI. Episodes des guerres de religion.
Lesneven se range du côté de la Ligue. — Soulèvement populaire contre les Ligueurs. — Sanglantes représailles de Anne de Sansay, comte de la Magnane, lieutenant du duc de Mercœur. — Soumission des habitants au marquis de Sourdéac, représentant de Henri IV. — Brigandages de Gui-Eder de La Fontenelle dans la sénéchaussée. — Enlèvement de la jeune et riche châtelaine de Mézarnau (Plounéventer).
En Bretagne, les guerres de religion commencèrent lors de l'assassinat de Henri de Guise (1588), chef de la Ligue, et se terminèrent, en 1598, par l'établissement de l'Edit de Nantes.
A cette époque troublée, la sénéchaussée de Lesneven — hormis les châteaux de Carman, en Kernilis et de Kérouzéré, en Sibiril — se rangea, comme presque tout le Léon, du côté de la Ligue.
La région lesnevienne dut à sa position avantageuse, et aussi à son extrême proximité de Brest, d'être occupée par une véritable armée de Ligueurs, ignorant tout de la langue bretonne et des usages et coutumes du pays. C'était déjà plus qu'il n'en fallait pour indisposer ces populations à l'âme fière et indépendante contre des soldats qu'elles qualifiaient d'étrangers et d'intrus. Malheureusement, les Ligueurs ne firent rien pour dissiper ces sentiments d'hostilité à peine déguisés. Mieux : leur séjour dans la contrée se prolongeant, ils se conduisirent comme en pays conquis, commettant une série de méfaits qui ne tardèrent point à les rendre odieux à toutes les classes de la population. Tous ces faits amenèrent à la longue un mécontentement général qui dégénéra bientôt en sédition, puis en révolte ouverte. A un signal convenu, les paysans, excédés par les vexations sans nombre dont ils étaient l'objet, se soulèvent en masse et tuent 300 à 400 Ligueurs sous les murs de la ville (1594).
A cette nouvelle, Anne de Sansay, Comte de la Magnane, chef de bande et lieutenant du duc de Mercœur en Bretagne, rassemble en toute hâte une armée. Impatient de venger le dommage subi par son parti, il se dirige à marches forcées vers Lesneven dont il connaissait admirablement la région pour avoir épousé une des filles de la maison de Penmarc’h, en Saint-Frégant [Note : Anne de Sansay avait épousé, en 1588, Marie de Tromelin, veuve du baron de Penmarc’h].
Armés de bâtons, de crocs et de fourches, les paysans, au nombre de 6.000, marchent résolument à sa rencontre. Les Ligueurs, bien armés, bien commandés, en firent un épouvantable carnage : 2.000 paysans furent tués, un plus grand nombre, estropiés. Non contents d'avoir exterminé, les malheureux paysans, les Ligueurs d'Anne de Sansay mirent le pays au pillage et se dirigèrent sur Morlaix, emportant un immense butin, d'autant plus précieux que, selon Montmartin, la région, à cette époque ensanglantée, était un « vrai petit Pérou ». Au château de Mezarnou, en Plounéventer, un gentilhomme ligueur — de Liscoët — [Note : Ne pas confondre avec Barbier de Lescoët. De Liscoët avait ensuite abjuré la foi catholique pour obtenir le cœur et la main d'une charmante protestante angevine, En 1593, Henry IV le nomma Maréchal de Camp, en récompense des services qu’il lui avait rendus en Bretagne. De Liscoët fut tué au siège de Crozon (novembre 1594), victime de sa bravoure] enleva pour 120.000 livres d'argenterie à la dame de Mézarnou, Françoise de Parcevaux, Marquise de Kerjean.
Les sanglants exploits du bourreau, Comte de La Magnane, eurent, dans la région lesnevienne, un douloureux retentissement et provoquèrent dans tout le Léonais un vif sentiment d'indignation.
A l'instigation de leurs notables, les Lesneviens exprimèrent le vœu de se rapprocher du bon roi Henri dont les sentiments humanitaires formaient un saisissant contraste avec les cruautés des Ligueurs opérant dans la région.
Les 8 et 9 août 1594, peu après l'abjuration solennelle de Henri IV à Paris et son sacre à Chartres, les notables régionaux de tous ordres s'assemblent au Folgoët, d'où ils adressent au gouverneur de Brest, marquis de Sourdéac, en ce moment à Lesneven, leur acte de soumission. Ce traité, l'un des plus curieux de l'époque, est ainsi conçu.
« Ils (les notables) protestent n'avoir eu oncques l'intention de se désunir de l'état et couronne de France et que telle difficulté qu'ils faisaient de reconnoistre l'autorité de sa Majesté, n'était que dans la crainte de tomber sous la domination de l'hérésie ; mais que depuis s'étant la conversion de Sadite Majesté faite à la foi catholique, apostolique et romaine qui estait ce que plus ils désiroient, ils se réduisent sous son obéissance et promettent de servir le roi de leurs personnes et biens avec la même fidélité qu'ils avaient fait aux rois, ses devanciers ».
La capitulation fut solennellement jurée à Lesneven, en présence de Sourdéac, de Liscoët, Maréchal de Camp [Note : Le même qui avait dévalisé le château de Mézernou (ou Mézarnou)] des baillis et procureurs du roi, en Léon, par les nobles et notables dont les noms suivent : Ollivier de Kerc'hoënt, Louis Barbier, Charles et Claude de La Forêt, Dourdu, de Kercrist, Jean de Keranguen (du manoir de Traongurun, en Languengar, près Lesneven), de Kersaingily de Saint-Gilles Jean de Kéruzaud, Raoul Bellingant, Yves Kerguz, Bastien et Nicolas Le Gac, de Kermellec, de Launay, Claude Cadrouillat, Keraldanet, Lesguern, Jean du Garo, Jacques de Coëtnempren, Kéroulas, Ch. de Kersauson, H. de Kerliviry, D. Le Maucazre, F. Coëtelez Kérozven, J. et P. Touronce, de Penfenténiou, René Guernesac, D. Larvor, Coëtquelfen, du Poulpry, Kérouzéré, Hervé Huon, etc., etc.
Le gouverneur de Sourdéac apposa sa signature à la suite de celle des notables précités, accordant ainsi, au nom du roi, la capitulation demandée.
En outre, les signataires priaient le gouverneur de Brest « d'expulser tous les gens de guerre de l'évêché du Léon et de n'y maintenir qu'une garnison, celle de Brest, parce que ceux dudit évêché l'assisteront et serviront toutes les fois que requis seront et qu'il voudra les commander » [Note : Duseigneur, ouvrage cité].
Faut il ajouter que plusieurs des descendants des signataires de cet acte historique habitent divers manoirs du pays de Léon ?
En 1598, « les pluies furent si abondantes qu'elles détruisirent les moissons ; ce fut le commencement de la famine qui engendra la peste » [Note : Chanoine Moreau], obligeant une fois de plus la cour de justice de Lesneven à se réfugier dans le bois.
Grâce cependant à l'administration éclairée et vigilante du Marquis de Sourdéac, et aussi à la sage intervention de l'évêque diocésain, Rolland de Neufville [Note : Remarque : Ce fut l'évêque Rolland de Neufville qui ordonna de planter des croix en pierre aux carrefours des diverses routes de la région. Quelques-unes de ces croix subsistent toujours. Ce fut également lui qui imagina de ménager une cavité dans les facades des maisons pour y placer des statuettes saintes. Dans la région, et plus spécialement à Ploudaniel et à Plounéventer, existent encore des croix de granit érigées par les Templiers et, par conséquent, antérieurs à l’an 1307, date de l’abolition de l’ordre. Ces croix, dites orientales, sont inserites dans un cercle orné de trois points, symbole sans doute de la Trinité], la paix et la tranquillité régnèrent peu à peu dans le pays.
Pendant l'époque sanglante des guerres de religion, Sourdéac, par sa fermeté, préserva la basilique du Folgoët d'une destruction certaine, en enjoignant à ses propres soldats, sous peine de mort, de respecter le merveilleux monument architectural.
Avant de quitter Lesneven, Sourdéac y fit arrêter, par le grand prévôt Fardelle, l'un des lieutenants du Marquis de la Roche. Ce dernier, bien que gentilhomme et partisan du roi, avait conçu le projet de s'emparer par trahison de l’île d'Ouessant, propriété de la Couronne. Le lieutenant du Marquis de la Roche [Note : Marquis de La Roche, page et favori de Catherine de Médicis, de son vrai nom Troïlus de Mesgouez. Son château, dit de Coëtarmoal, était situé à Plouzévédé. Cette terre seigneuriale fut érigée en marquisat, en 1576, sous le nom de La Roche, au profit de Troïlus], convaincu du crime de haute trahison, fut condamné à mort, puis exécuté à Lesneven devant la porte de la place de Brest, dénommée « Petit-Paris ».
Terminons ce chapitre par un mot sur Guy Eder de La Fontenelle dont le nom est demeuré tristement célébre, non seulement en Cornouailles, mais encore dans la région lesnevienne.
De La Fontenelle — il s'intitulait chef ligueur — vivait de dilapidations et de rapines, commises indistinctement sur ses partisans ou ses adversaires. Ses cruautés dépassent les bornes de l'imagination : « Il assassinait les jeunes filles, et, dit-on, leur ouvrait le ventre pour se chauffer les pieds » [Note : L. Gallouédec, La Bretagne, p. 138. Ed., Hachette].
En 1591, ce chef ligueur, justement dénommé « Capitaine de brigands » ou « chat-tigre » s'empare de Landerneau qu'il met à sac. Après avoir pillé Roscoff et Plouescat, en compagnie du bourreau des paysans lesneviens — Comte de La Magnane — il se jette en 1597 sur les terres de la sénéchaussée de Lesneven. Il s'avance jusque sous les murs de la ville. La crainte de la garnison lui fait rebrousser chemin. Mais avant d'abandonner le pays, où il laisse tant de traces de sa fureur et de sa férocité, il enlève l'unique fille du château de Mézarnou [Note : Imposant château, à l'entrée du bourg de Plounéventer (Sud-Ouest), classé récemment comme monument historique]. Cette enfant de neuf ans était la plus riche héritière du Léonais. Il l'emmène dans son repaire à l'île Tristan, près de Douarnenez, et l'épouse malgré son extrême jeunesse.
Le chanoine Moreau — son témoignage n'est pas suspect de partialité — nous apprend que de La Fontenelle fit périr, au cours des guerres de la Ligue, plus de 30.000 personnes en Bretagne, dont le plus grand nombre en Cornouailles.
Amnistié par Henri IV de tous ses forfaits en Bretagne, il fut finalement condamné, par arrêt du grand Conseil, à être rompu vif, à l'âge de 28 ans, pour avoir trempé dans le dernier complot du Maréchal Biron. L'arrêt fut exécuté, en place de Grève à Paris, le 27 septembre 1602. Le monstre demeura « six quarts d'heure sur la roue » [Note : Deux mois auparavant — 31 juillet 1602 — le maréchal Biron, égaré par l'orgueil et l'ambition — avait été exécuté dans la cour de la Bastille. Il n'avait que 40 ans].
(Marius-Fernand et Louis Blanc).
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