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LESNEVEN ET LA JUSTICE SEIGNEURIALE. |
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VI. Justice seigneuriale.
Etablissement de tribunaux ducaux et royaux à Lesneven. — Les épreuves de l'Ordalie ou Jugements de Dieu au champ dit Croaz-ar-Rot. — Prisons et gibet.
Au seigneur seul appartenait le droit de rendre la justice à tous les vassaux et sujets dans l'étendue de la châtellenie. Cette attribution était d'autant plus dangereuse que, souvent, le seigneur, pour se procurer de l'argent, la cédait au plus offrant, sans garantie ni de moralité ni de capacité.
Au pays du Léon, les règles de la justice féodale variaient d'une châtellenie à l’autre ; de là, l'adage bien connu : Cant bro, cant quiz - Cant parrez, cant ilis (cent pays, cent coutumes. Cent paroisses, cent églises, sous-entendu de formes et de dimensions différentes).
En l'an 1111, le duc de Bretagne, Alain Fergent — une rue de la ville de Lesneven porte son nom — essaye d'uniformiser les règles de la justice dans les diverses châtellenies du Léon. A cet effet, « il établit à Lesneven une cour de justice pour tout le pays du Léon, et publie ses Us et coutumes de la mer, qui, depuis, ont fait partie des jugements ou rôles d'Oléron ».
En 1551, création, par Henri II, d'un présidial [Note : M. de Kerdanet, docteur en droit], à Quimper « qui y fait ressortir le siège royal de Lesneven ».
Enfin, en octobre 1565, édit de Charles IX, daté de Châteaubriant, ainsi conçu :
« Sur les requestes des nobles et autres habitants de Lesneven, Brest, Saint-Renan et circonvoisins, hormis ceux de Saint-Paul-de-Léon.
A Lesneven, avons establi et establissons le siège royal, auquel toutes causes et différends de procez de Lesneven, Brest et Saint-Renan seront doresnavant traitez et jugez en première instance, et audit siège de Lesneven respondra, comme d'Ancienneté, le forbourg appelé la villeneufe de Morlaix ».
Dès lors, la ville possède un sénéchal et ses suppôts de justice, savoir : les procureurs, les notaires, les avocats, les sergents du roi, remplissant des fonctions analogues à celles de nos huissiers actuels ; enfin, au bas de l'échelle judiciaire se groupaient greffiers, geôliers et bourreaux.
Les épreuvés de l'Ordalie ou Jugement de Dieu semblent avoir été fort en honneur dans la châtellenie de Lesneven. Le champ clos où devaient se mesurer les deux adversaires et où, trop souvent, les accusés étaient mis à la torture, est encore désigné dans le pays sous le vocable suggestif de : Croaz-ar-Rot, (croix de la roue... des membres rompus).
Ce champ se trouvait non loin du carrefour des routes de Lesneven à Ploudaniel et du Folgoët à Saint-Méen. A une centaine de mètres de ce carrefour, on remarque une très ancienne croix en pierre toujours dénommée Croaz-ar-Rot. Tout à proximité, on distingue nettement les vestiges de sentiers herbus qui, sans doute, conduisaient au champ clos.
Comme toute seigneurie. Lesneven possédait sa potence ou gibet, ses fourches patibulaires. Le nombre et l'élevation des piliers [Note : L’ancien et très curieux hôtel de Lesneven, dit des Trois Piliers — dont la reproduction figure dans diverses histoires de Bretagne — était autrefois précédé de 3 énormes piliers en pierre, correspondant vraisemblablement au nombre de piliers du gibet seigneurial], variaient selon la qualité et l'importance de la seigneurie. Le gibet de la ville devait donc avoir des dimension plutôt imposantes : Lesneven, en effet, fut, pendant des siècles, siège de haute justice ou juridiction d’appel pour les seigneuries de moyenne et de basse justice. Ce gibet ne devait guère chômer. Le seigneur du lieu avait renoncé — nous l’avons déjà dit — au fructueux droit d’épaves en faveur d’un gentilhomme qui, en échange, devait fournir les cordages nécessaires à la pendaison des criminels, ou soi-disant tels, déférés à la cour. Ces cordes ne servaient qu'a une seule exécution. Il était d'usage de laisser les cadavres suspendus jusqu'à ce qu'ils fussent déchiquetés par les nuées de corbeaux ayant élu domicile dans les bois encerclant à cette époque la ville. Aussi, le gibet de Lesneven était-il rarement dépourvu de... gibier humain.
Avant de subir le supplice, de quelles prisons sortaient ces malheureux ?
« On frémit en entrant dans les prisons de Lesneven. Quelle infection ! Quelle malpropreté ! Quelle démonstration de la haine de l'homme pour ses semblables ou de son inconcevable insouciance ! » [Note : Cambry, ouvrage cité].
« Les matières fécales filtraient à travers les murs et pourrissaient le bois. Les fosses n'étaient vidées que de loin en loin » [Note : Liasse 641. Série C. Archives de l’Intendance]. Tel était l'état lamentable des geôles de Lesneven à la veille de la Révolution. D'après ce sombre tableau, nous laissons au lecteur le soin de se faire une idée de l'état des geôles à l'époque féodale, geôles considérées, à juste titre, comme l'antichambre du gibet seigneurial !
Nous nous excusons — elle est beaucoup trop longue — de ne pouvoir donner la liste des baillis, sénéchaux et autres officiers de la sénéchaussée. Ces indications, non dépourvues d'intérêt, se trouvent mentionnées sur des feuillets détachés d'une trop courte notice de M. de Kerdanet, éditée en 1825. feuillets déposés aux archives de la ville.
Le lecteur y trouvera également et la liste des députés aux Etats de Bretagne et celle des maires qui se sont succédé à la tête de la communauté.
(Marius-Fernand et Louis Blanc).
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