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LESNEVEN : SES ORIGINES. |
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I. Lesneven : ses origines.
Généralités. — Lesneven, enceinte fortifiée. — Etymologies diverses du nom. — Le comte Even. Château et fortifications.
Lesneven est l'une des plus anciennes villes de la Bretagne-Armorique. A l'origine, elle fut un castel, une enceinte fortifiée, destinée, en cas d'invasion, à recevoir les populations du littoral et à les protéger contre les attaques des pirates. Au VIème siècle, au Xème, selon d'autres, le duc ou comte Even — on lui donne ces deux titres — fit bâtir un château et transforma dès lors Lesneven en une puissante forteresse féodale.
D'anciennes chartes, d'anciens actes de procédure la désignent parfois sous l'appellation de Château-Giron, à cause sans doute de son château et aussi de sa positiont avantageuse au centre d'une plaine élevée.
Lesneven est située dans la région du Finistère dénommée Léon. L'historien-géographe Ogée la place par les 6° 40' 27" de longitude occidentale et par les 48° 35' 20" de latitude septentrionale ; et M. le Président de Robien, par les 5° 40' 40" de longitude et par les 48° 34' 20" de latitude.
La carte d'Etat-major, feuille n° 52,
révisée en 1895, permet d'exprimer ainsi la situation topographique approchée de
Lesneven :
Longitude Ouest : 6° 39' 44" 6'". Soit : 7m 40' 25".
Latitude Nord : 48° 34' 22" 48'". Soit : 53m 97'.
La même carte lui assigne une altitude moyenne de 71m.
En 1682, la superficie de la ville était de 237 journaux. [Note : Procès-verbal de mesurage de M. René Dumains, ingénieur-géographe, et Prigent Cabon de Kergunic, expert]. Actuellement la commune de Lesneven a une étendue globale de 493 hectares dont 29 ha 20 pour la ville proprement dite. C'est la moins étendue des 10 communes du canton. Ploudaniel, la plus vaste de toutes, présente une surface de 4.669 hectares. Superficie du Canton : 15.359 hectares.
Lesneven est à environ 6 lieues 1/2 de Brest, (87 kilomètres de Quimper), à 4 lieues de Landerneau, à 7 lieues de Saint-Pol-de-Léon, ancienne résidence des évêques du pays ; 8 kilomètres à peine la séparent de la Manche, aperçue à travers la trouée de Kerlouan.
Le dénombrement de mars 1926 a donné pour la commune les chiffres suivants : 616 maisons, 850 ménages, 3.966 habitants, y compris les élèves internes des divers établissements scolaires privés de la ville et les pensionnaires de l'hospice. Le Collège comprend 389 élèves internes ; l'école N.-D., 118 internes ; l'école privée de garçons, 155 internes ; l'hospice, 78 pensionnaires et malades.
Au total, 3.966, la campagne y figure pour 339 unités seulement, en diminution de 56 unités sur le recensement du 5 mars 1921. Par contre la population globale augmente de 144 unités.
Le recensement du 5 mars 1921 donnait, en effet, 3.822 personnes, 553 maisons, 785 ménages ; au recensement de 1911, on avait enregistré 3.776 habitants. Au cours de la dernière période quinquennale, il a été construit à Lesneven 63 maisons [Note : Population globale du canton : 19.412 habitants (recensement de 1921)].
Avant la Révolution, la région de Lesneven était considérée comme l'un des greniers de la Bretagne. Aujourd'hui avantageusement desservie par les voies ferrées de Landerneau (11 juin 1894) et de Brest (15 février 1904), Lesnaaven est un centre commercial très actif. Les marchés hebdomadaires du lundi ainsi que les foires du dernier lundi de chaque mois, comptent parmi les plus importants du département. La plus forte foire, dite de Saint-Jacques, se tient le 28 juillet. Le pardon, très couru, a lieu le dimanche qui suit le 8 septembre.
Signalons enfin qu'anciennement Lesneven était l'une des 42 villes du duché qui possédaient le privilège de députer aux Etats de Bretagne.
« Les armoiries de la ville, peintes et figurées, après avoir été reçues, ont été enregistrées à l'armorial général de France, au registre Bretagne, tome 2, en conséquence du pavement des droits réglés par les tarif et arrest du Conseil du 20e de novembre 1696 » [Note : Archives municipales de Lesneven].
Cet armorial définit ainsi les armes de la ville « d'or au lion de sable qui est Léon, couronné de même et tenant dans ses pattes de devant un guidon d'Azur, chargé d'une fleur de lys d'or ».
A en juger par les armes qu'on voit actuellement à l'hôtel-de-Ville de Lesneven, on pourrait dire « lion rampant, lampassé et armé de gueules » [Note : Bulletin diocésain d'histoire et d'archéologie, p. 12. Année 1920].
Ville longtemps seigneuriale ou féodale, Lesneven, avec son château fort, ses murailles crénelées, ses larges douves, ses chevaliers bardés de fer, fut, durant de longs siècles, la vraie citadelle et la « reine du Léon ».
Comme la plupart des Cités dont l'origine remonte à la plus haute antiquité, Lesneven a été soumise « aux progrès, aux ravages du temps et aux caprices de la fortune » [Note : M. de Kerdanet] ; aussi, rien d'étonnant qu'à travers ces multiples vicissitudes historiques, elle n'ait pu garder ni l'éclat, ni la splendeur d'antan.
Lesneven !!! Efforçons-nous d'expliquer l'étymologie du nom de cette Cité, si fameuse dans les annales léonaise. En remontant à la source même du mot Lesneven, en le dépouillant des légères altérations qui sont venues le travestir, en le ramenant à la simplicité de sa forme primitive, historiens et étymologistes en expliquent ainsi la formation :
La résidence des vieux rois, celle des anciens comtes de la Bretagne-Armorique était qualifiée dans les anciens actes du temps de Aula, en latin ; lis ou lez, lès en breton, c'est-à-dire cour, à la fois de justice et cour du prince [Note : De la Borderie — Histoire de Bretagne, tome 2. — Editeurs : Plichon et Hervé, Rennes].
Le lieu choisi par le fameux duc ou comte Even, dit le Grand, pour établir sa demeure, fut donc dénommé par les Bretons armoricains de l'époque Lès-an-Even, partant cour, palais, château du Comte Even.
Peu à peu, la lime de l'euphonie a usé la voyelle a de la syllabe an pour former le mot de Lès-n-Even, puis par contraction Lesneven.
J. Loth (Annales de Bretagne 1893-94, p. 430) écrit :
« On explique généralement Lesneven, par Lès-an-Even, la cour d'Even, et on voit naturellement dans Even, Even Le Grand. Or, les noms propres bretons n'ont jamais devant eux l'article, excepté quand il s'agit d'anciens noms communs, substantifs ou adjectifs : Ar C'héméneur, le tailleur, Le Quéméneur ; ar Briz ou Le Bris, an dû, le noir, Le Dû, etc. On ne le trouve jamais devant les noms propres vieux bretons. Even a pour correspondant vieux gallois Engein, Ewein, plus tard Ywein et remonte vraisemblablement à Eugénius. Lesneven signifie simplement la cour de Névent » [Note : Etymologies bretonnes, d'épres J. Loth, Annales de Bretagne, 1893-94].
A ce sujet, M. le chanoine Uguen [Note : Originaire de Guissény. Directeur du petit séminaire de Pont-Croix], très tiercé dans les questions d'étymologie bretonne et non moins bien documenté sur l'histoire de Lesneven et de ses environs, nous écrivait, il y a deux ans : « L'observation de M. Loth est juste, et donc, d'après lui, ce serait Lez-Néven, le château de Néven. Mais. on peut répondre qu'il n'y a pas de règle générale sans exception, et quelquefois, on met l'article devant les noms propres, et même l'article devant un nom propre constitue une sorte de superlatif : An Even, Even le fameux, Even le Grand » [Note : Signalons que les villageois disent, en breton, non Lesneven, mais Lesléven. Nul n’a pu nous expliquer la raison de cette déformation orthographique].
M. Francis Gourvil, auteur d'une savante étude sur les noms de lieux, en Basse-Bretagne, déclare :
« L'étymologie la plus courante admise de ce nom : Cour du Comte Even, est à rejeter. Lez « cour » suivi de Even, eût donné régulièrement Leseven, et non Lesneven. Nous sommes ici en présence d'un nom propre totalement différent d'Even, lequel est Néven, apparaissant encore dans Lannevain, village près Bégard (C.-du-N.) ; Néven, village en Saint-Pierre-Quilbignon et à Lanrivoaré. En Galles, il y a un Neveyn... dont l'église était dédiée à une sainte Neveyn, fille de Brichan qui vivait au Vème siècle. La forme ancienne de ces noms est Narmien, dont un dérivé Nominoë est célèbre dans l'histoire de Bretagne ».
Ainsi que le fait remarquer d'autre part, M. de la Passardière, à la page 17 de sa notice sur « l'Occupation militaire de l'Armorique par les Romains » « le nom de Neven existe encore, et comme nom de famille et, comme nom de lieu, soit simple, soit en composition. On peut citer des Neven à Saint-Pabu, à Landévennec ; Neven, en Lanrivoaré, le manoir de Nevent, en Plouzané, le Névent, en Landunvez.
..... Lesneven, en Ergué-Armel, Lesneven, près Poullan, le manoir de Lesneven, en Châteauneuf-du-Faou, près d'un camp retranché ». Il y avait en Louannec, une famille de Lesneven qui portait pour armes : d'argent à trois étoiles d'azur, au bâton de gueules brochant à dextres (Guy Le Borgne).
Citons encore Lanéven, Quéménéven... (littéralement gouvernement d'Even).
Comment, en certains de ces lieux, expliquer l'origine de noms paraissant appartenir à la famille du mot Even ? Historiens, étymologistes sont muets à ce sujet. Seul. M. de Kerdanet paraît avoir trouvé la clef de ce mystère.
« Even avait fondé une seconde Léonie dont Châteaulin était la capitale, comme Lesneven l'était de la première. Even y avait terminé ses jours de la manière la plus sainte : plusieurs localités ont retenu son nom, telles que Lesneven. Neven, Ploéven, Quéménéven » [Note : M. de Kerdanet, nouvelle notice sur N.-D. du Folgoët. Edit. Lefournier].
Evénopolis, telle serait d'après M. de Kerdanet, l'historien breton, la traduction latine du mot Lesneven. Est-ce bien exact ? Even n'est-il pas plutôt celtique ou breton, et polis, grec ? A cet égard. les règles de l'étymologie ne nous portent-elles pas à nous ranger à l'opinion de M. de La Borderie, en désignant Lesneven, sous l'appellation latine de : Aula Evini ? (cour d'Even).
M. du Cleuziou — (France artistique et pittoresque) — se montre particulièrement sceptique et railleur pour tout ce qui touche à l'étymologie et aux origines de Lesneven.
A titre documentaire, nous croyons devoir citer quelques extraits de son intéressant ouvrage :
« D'anciennes chartes appelaient cette ville Château-Giron, à cause de la situation de sa forteresse, située au centre du pays.
Tous les faiseurs de guides modernes vous racontent qu'elle fut fondée par un certain roi Even qui y tenait autrefois sa brillante cour.
Cette cour, ce roi, cette forteresse nous ont toujours fait rire. Lez, en breton, veut bien dire cour, comme Portz, mais cour de ferme, de manoir, avec écuries, hangars, étables et crèches, tout à l'entour. Exemples Lezormel, la cour des ormeaux (coquillages), Lescoat, la cour du bois. De là à y planter un roi, des comtes et des marquis enrubannés, poudrés et musqués, il y a loin, à moins de remonter au temps où les comtes étaient de simples valets (comitex sive domestici), où les connétables soignaient les chevaux et les vaches (conzex stabuli).
Lesneven n'a jamais eu en fait de roi diadème qu'un de ces rois à bon marché, ainsi que les appelle d'Argentré, qui, n'ayant pas de quoi acheter une couronne d'or, d'argent, en portaient une d'étain, comme le roi Galonus, chef des Agnautes. ............
Toutes les fois que j'ai passé à Lesneven, où l'on ne rencontre dans les rues que des troupeaux d'oies innombrables [Note : M. du Cleuziou exagère : avant la circulation des automobiles, on rencontrait journellement dans les rues de la ville, non des troupeaux d'oies innombrables, mais des bandes composées de 15, 20, 30 individus ; que M. du Cleuziou s’en retourne à Lesneven : il y verra cette fois déambuler de véritables troupeaux de porcs de 100 à 200 têtes, et destinés à l'allimentation de Paris], errant sans guide à l'aventure, preuve de la bassesse de la cour de ce fameux porte-sceptre, je me suis rappelé l'anecdote de cette fille des champs qu'une baronne peu fortunée avait habillée en demoiselle pour accompagner sa fille à la ville voisine : « Mademoiselle, donnez-vous la peine de vous asseoir. Mademoiselle, voulez-vous vous rafraîchir ? ». La compagne abasourdie s'écria tout à coup : Mamz’elle ! Mamz'elle !. je ne suis pas Mamz'elle, je suis Françoise de la Métairie que Madame a harnachée pour le parcours.
Le roi Even m’a toujours semblé harnaché de même sorte. Redonnons-lui sa couronne d'étain ; il s’en trouvera bien plus à l'aise » [Note : Henri du Cleuziou, France artistique et pittoresque, Bretagne tome 2. Editeurs : Monnier, de Brunhoffit et Cie, Paris].
Et la fondation de Lesneven, à quelle époque remonte-t-elle ?
C'est là une question vivement agitée, débattue et sur laquelle historiens et archéologues sont en plein désaccord. Par malheur, les archives, les manuscrits, les grand, poèmes bretons détruits en grande partie pendant la Révolution rendent vaines toutes recherches à ce sujet. Il est donc très difficile, pour ne pas dire impossible, d'assigner une date précise à la fondation de Lesneven.
Dans ces conditions, nous nous voyons réduits à faire connaître les opinions des divers historiens qui se sont attachés à étudier, à éclaircir cet intéressant point d'histoire locale.
Selon certains archéologues, Lesneven était la capitale ou cité des Lesnovices, placée par César dans l'Armorique, Elle serait donc antérieure à l'ère chrétienne, ce qui est dans le domaine du vraisemblable, les grottes et pierres mégalithiques du littoral témoignant que la région a été habitée dès la plus haute antiquité [Note : Ainsi, la caverne rocheuse de Guissény — longueur, 7m ; largeur, 4 à 5m — situé à 1 kilomètre à l’ouest de Guissény, sur la falaise qui domine la côte sud de l’anse « a dû être habitée par la race primitive, par des troglodytes ; elle l’a été certainement par les hommes de l’époque celtique ». On y a découvert, lors de l’exploration archéologique faite en 1880 ; par les soins de la Société Académique de Brest, des ossement divers, une poterie brune, une hache de Pierre, une hache en silex, etc… (Bullet. de la Société Académique, 1880). La grève de Kérisoc paraît avoir été également habitée : « On y voit de vieux troncs de chênes noirs comme du charbon de terre » Cambry].
D'autres avancent qu'elle jouissait d’une certaine célébrité un temps du roi Gradlon, soit au commencement du Vème siècle : Lequel passa par Lesneven - Avec Monsieur Kerminaoüen - Sur un petit cheval jument - Tout gris, tout blanc - Pour porter li - Du Pontivy » [Note : Archives et bibliothèque de M. de Kerdanet].
Ce qu'il y a de certain, c'est que les Bulletins diocésains d'histoire et d'archéologie proclament que le premier temple chrétien fut érigé à Lesneven en 495 et dédié à l'Archange Saint-Michel. considéré depuis lors comme le saint patron de la paroisse.
L'érection de ce premier monument religieux n'implique-t-il pas déjà une forte agglomération ?
Occismor — géographes et historiens paraissent en avoir longtemps ignoré la position exacte — passe, aux yeux de plus d'un historien, pour le berceau même de Lesneven. Cette opinion est si fortement accréditée que la notice géographique départementale de M. Nonus, longtemps en usage dans les écoles du Finistère, fixe l'emplacement d’Occismor sur les limites de Saint-Méen et de Plounéventer, terroir de Coatançon, c'est -à-dire aux portes de Lesneven [Note : Malheureusement, les références font défaut].
Déric, dans son ancienne histoire ecclésiastique de Bretagne, écrit : « Les descendants du premier seigneur de Ploudaniel ont peut-être donné naissance à la ville de Lesneven ». Quels sont les mobiles qui ont incité Déric à poser cette hypothèse? Ce seigneur de Ploudaniel auquel il fait ainsi allusion, qui était-il ? D'où venait-il ? Serait-ce un ascendant des seigneurs de Kerno ? Mais alors à quelle époque vivait-il ?
Mystère ! Déric n'en souffle mot.
Enfin, la plupart des chroniqueurs et des historiens, et plus particulièrement Albert Le Grand, Dom Lobineau, Dom Morice, Ogée, Cambry, Miorcec de Kerdanet, la Borderie... attribuent la fondation de Lesneven à celui qui passe pour lui avoir donné son nom, c'est-à-dire au fameux Even le Grand, duc ou comte de Léon. Even le Grand y fixa sa résidence, attiré sans doute par l'attrait de l'immense et profonde forêt de la région, forêt dont il est si souvent fait mention dans les annales léonaises, forêt épaisse où Even le Grand, arcs et pieux ferrés accrochés au pommeau de la selle, pouvait se livrer en toute quiétude au plaisir de harceler le cerf ou de combattre la « bête noire. ».
Seul, l'historien Cambry fixe une date précise à la fondation de Lesneven. Il la place en 1096. Miorcec de Kerdanet, d'une érudition incontestée, affirme dans sa trop courte notice sur la ville de Lesneven, que la ville fut prise en 875, par les Barbares, en même temps que Tolente [Note : Opulente cité à l'embouchure de l'Abervrac’h].
C'est donc qu'elle existait déjà. Alors?...
Mais, là où les avis sont et demeurent encore partagés, c'est lorsqu'il s'agit de bien préciser et les origines du comte Even et aussi l'époque où il vivait.
L'abbé Gallet, Albert le Grand, M. de Kerdanet, etc., le font vivre en même temps que Saint Goulven, c'est-à-dire au VIème siècle. Ils reconnaissent qu' « Even était fils de Titur, gouverneur de Léon en 510, et père d'Azénor, femme de Judual, roi de la Domnonée eu 550 ».
Par contre, Dom Morice le fait vivre au Xème siècle [Note : Dom Morice, tome I, Collection 335-338]. Il en est de même de La Borderie. « Goulven, dit-il, est du VIème, Even du Xème siècle. Je l'ai démontré dans mes commentaires sur l'ancienne vie de Saint Goulven dans mon mémoire de la société d'émulation des Côtes-du-Nord (XXIX, pp. 233, 237, 242, 244) ».
En ce qui touche les origines du comte Even, le même historien s'exprime ainsi : « Il était, de par sa naissance et sa bravoure, le digne héritier de ces fameux comtes du Léon qui avaient disputé à Gurwand et à Pascveten la souveraineté de la Bretagne. Pour échapper à la vindicte des partisans de ces deux princes, il se réfugia en Grande-Bretagne, avec plusieurs de ses compagnons. Il revint bientôt de l'exil pour travailler sous la conduite d'Alain Barbetorte, à la délivrance de sa patrie » [Note : De La Borderie, Histoire de Bretagne, ouvrage cité].
« Je conseille, poursuit à ce sujet M. Duseigneur, aux écrivains qui s'occuperont de la chronologie des comtes du Léon, de placer le règne du comte Even à l'époque des grandes invasions normandes et d'en faire le contemporain de Rollon et de Nominoë » [Note : Duseigneur. Etudes sur l'histoire du Finistère. Edit. Halegouët].
M. de Fréminville, lui, déclare : « Il est infiniment probable que ce comte Even ou Yvain est le même personnage que Messire Yvain, un des héros du roi Artus et des preux de la Table ronde » [Note : De Fréminville, Antiquités de Bretagne. Edit., Come fils].
Pour dénouer cet imbroglio, M. Cariou dans sa courte notice manuscrite sur Lesneven (1846), émet une hypothèse, non dépourvue d'ingéniosité : « Il se peut, écrit-il, qu'il y eut au VIème siècle un autre comte Even distinct d'Even Le Grand, au Xème siècle » [Note : Archives de l'Evêché, manuscrit de M. Cariou, communiqué par le regretté archiviste M. Pondaven]. Quelque séduisante que paraisse cette solution, elle est à rejeter, M. Cariou n'appuyant son assertion d'aucune preuve historique.
Quant aux habitants de la région, ils sont, en général, persuadés — ont-ils tort ? ont-ils raison ? — que le Comte Even était l'ami et le contemporain de Saint Goulven, lequel — tous les historiens de la Bretagne-Armorique sont unanimes à le déclarer — vivait au VIème siècle. Cette conviction n'aurait-elle pas pris naissance à Goulven même, séjour de prédilection du pieux solitaire, là, ou, à l'église, un tableau du XVIIème siècle, de peu de valeur, représente le victorieux Comte Even, retour du combat et remerciant l'ermite de son assistance spirituelle ?
Un héros, Even le Grand, (en breton, Even-ar-Vras) pieux solitaire Saint Goulven, tels seraient — d'après la tradition populaire — les deux glorieux fondateurs de Lesneven.
En présence d'opinions si nettement contradictoires, et en l'absence de tous documents probants, le souci de la vérité historique nous oblige à avouer qu'il semble impossible de fixer une date exacte, précise, à la fondation de la ville.
On peut toutefois avancer avec certitude qu'elle est antérieure au XIème siècle et aussi — les archives en font foi — très riche en souvenirs historiques.
Les historiens, à l'exception de M. du Cleuziou, proclament que ce fut le comte Even qui entoura la ville d'une forte muraille, dominée par un château qui eut à subir, au cours de l'histoire, plusieurs assauts furieux ; muraille et château furent démantelés à diverses reprises, puis, enfin, rasés.
A ce château, on fixe comme emplacement la prison et l'auditoire encore intacts en 1790. Un escalier de quarante degrés ou marches, quelques monnaies trouvées lors des fondements du mur sud de la prison, confirment cette tradition.
L'historien Cambry dont les études historiques sur la région de Lesneven ont mérité, en 1793, les remerciements et les félicitations des membres du district de Lesneven, et, en particulier, celles de l'agent national Le Gall [Note : Preuve, liasse 73, archives municipales de Brest], confirme qu'au début de la Révolution existaient encore, au haut de la rue Notre-Dame., les ruines d'une tourelle faisant vraisemblablement partie du système de fortifications érigées par les soins du comte Even.
A ce château, comme à la plupart des antiques constructions féodales, se rattache une étrange superstition : « Des souterrains pleins de démons, de gnomes et de trésors partent, dit-on, de ces ruines pour se rendre à deux lieues, sous le châtean de Carman » [Note : Cambry. Voyage dans le Finistère. Edit., Come fils]. ( En Kernilis).
Faut-il ajouter qu'à Lesneven existe encore aujourd'hui un lieu dit les « Douves »
et dont la forme justifie l'appellation ? D'autre part l'acte d'accusation dressé contre
Jehan Marhec en 1527, par la cour de Lesneven, ne porte-t-il pas « ... son second
bras attaché à ung poste près la douffve du chasteau... ». Au surplus, il y a un
quartier de
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la ville appelé de temps immémorial « le
Château » s'étendant sur l'emplacement présumé
de l'ancien château d'Even. C'est d'ailleurs sur ce point qu'ont été
successivement édifiés les divers hôtels de ville de Lesneven [Note : L'Hôtel de
ville actuel a été inauguré en juin 1888].
Rappelons enfin, qu'en 1486, fut abolie dans tout le ressort de la châtellenie la rigoureuse ordonnance sur les serfs et taillis, ordonnance obligeant les serfs à demeurer à Lesneven ou dans son voisinage immédiat. Cette mesure semble impliquer l'abandon de la forteresse.
Toutefois « ce château peut avoir existé jusqu'au commencement du XVIIème siècle, sinon en entier, du moins offrant encore quelques moyens de défense. Des ordres ont été donnés plusieurs fois pour sa démolition, rien n'est plus certain ; il est méme probable qu'un commencement d'exécution a eu lieu et que des circonstances restées ignorées ont fait rétablir ce qui avait été détruit. La destruction complète n'a pu avoir lieu que sous le ministre Richelieu pour se conformer à la déclaration datée de Nantes, du 31 juillet 1626 » [Note : Archives de l'Evêché : manuscrit de M. Cariou].
Malgré la destruction de son château, Lesneven n'en conserva pas moins son titre de place de guerre fort longtemps après. Les annales léonaises attestent, en effet, que le 24 septembre 1764, M. Francois-Claude Barbier de Lescoët fut pourvu du commandement militaire de cette place, et que, lors de son entrée solennelle dans la ville, « on lui présenta les clefs dorées sur un plat d'argent » [Note : Ces grosses clef font aujourd'hui partie du musée de M. de Kerdanet, rue N.-D., à Lesneven].
(Marius-Fernand et Louis Blanc).
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