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LESNEVEN : A L'AURORE DE LA REVOLUTION.

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XII. EPOQUE REVOLUTIONNAIRE.

a) Lesneven, à l'aurore de la Révolution.

Election de deux députés à l'Assemblée Constituante. — Adresse de la Communauté de Lesneven à ses deux Représentants aux Etats généraux. — Les « Papegaut ». — création de la Garde nationale, d'un Comité de vigilance, — Le Guen de Kérangal, député de la sénéchaussée, provoque, dans la nuit du 4 août, la suppression des privilèges. — La fête de la Fédération, etc.

En suivant pas à pas l'histoire de la Révolution, on peut observer, à Lesneven, le contre-coup des évènements qui se déroulaient dans la capitale.

Tout comme à Paris, dans la vieille cité du comte Even germaient des idées de justice, de liberté et d'égalité.

Les fêtes et les réjouissances publiques, spontanément organisées en l'honneur de Rouxel de Belléchère et de Miorcec de Kerdanet, députés de ville aux Etats de Bretagne, en sont un témoignage éclatant. Ces deux notables, connus pour leurs idées nettement libérales, avaient été députés en 1788, près de Louis XVI, pour demander la mise, en liberté des Membres du Parlement de Bretagne détenus arbitrairement à la Bastille [Note : Les nobles de Bretagne, au nombre de 1200, assemblés à Saint-Brieuc et à Vannes, nommèrent 12 commissaires chargés de se rendre près du roi à Versailles pour protester contre les atteintes portées aux prérogatives de la Bretagne par les ministres et le gouverneur de cette province. A Versailles, ils attendaient le jour où il plairait à sa Majesté de les recevoir, lorsque, dans la nuit du 14 juillet 1788, ils furent tous arrêtés et enfermés à la Bastille, en vertu de lettres de cachet. A cette nouvelle, toute le Bretagne frémit d’indignation. Les nobles prisonniers sont relâchés en septembre, et de retour en Bretagne, portés en triomphe]. A leur retour à Lesneven, ils furent accueillis par des cris et des chants d'allégresse. Le Sénéchal lui-même, Cosson de Kervodiez, cédant à l'élan populaire, « improvise des odes et des couplets et M. Leguel Desplaces, avocat, prononce à l'auditoire un discours dont on ordonne l'impression » [Note : Miorcec de Kerdanet].

Le règlement édicté par Louis XVI pour la convocation aux Etats généraux dans sa province de Bretagne, et daté du 16 mars 1789, porte :

« La nomination des députés du Tiers-Etat se fera par Sénéchaussées, dites principales et secondaires, Les premières comme en 1614, députeront directement. — Les Sénéchaussées principales — dont Lesneven — nommeront deux députés ».

Après le dépouillement du scrutin pour la députation, Guy Le Guen de Kérangal, gentilhomme campagnard de Landivisiau et François-Augustin Prud'homme de Kéraugon, de Saint-Pol-de-Léon, furent proclamés, à Lesneven, députés de la sénéchaussée.

Dès l'ouverture des Etats généraux, la Communauté de Lesneven ne demeurait point inactive. La conduite énergique du Tiers-Etat les 17, 20 et 23 juin 1789 avait reçu l'approbation unanime des bourgeois de la ville « heureuse de voir que le Tiers-Etat prenait sa part du gouvernement, » et lui avait inspiré la délibération suivante :

« La communauté de Lesneven supplie MM. les Représentants de la commune aux Etats généraux d'agréer l'hommage de sa reconnaissance des efforts, de la fermeté, de la prudence et du zèle patriotique qu'ils ont montré pour l'intérêt et le bonheur de la Nation, et déclare adhérer à tous les arrêtés pris par l'Assemblée Nationale et de faire le dépôt de la présente délibération dont Copie sera envoyée à toutes les municipalités de province » [Note : Archives municipales de Lesneven].

Lesneven possédait depuis plus de deux siècles sa fameuse milice dite « Papegai ou Papegaut » [Note : On appelait ainsi un oiseau de bois au de carton fixé au haut d'une très longue perche ou du clocher et servant de cible à ceux qui s'exerçaient à tirer de l'arc ou de l'arquebuse. Cet exercice militaire, sévérement réglementé, n'était accordé qu'aux meilleures villes du duché. Le Papegaut avait été établi à Lesneven par lettres patentes de 1560], formée d'hommes d'âge mûr. Au mois de juillet 1789, les jeunes gens de la ville s'offrent spontanément pour former une nouvelle milice dite « Milice nationale ou Garde nationale » [Note : Sur la place du général Le Flô existe encore la vieille maison ayant servi de corps de garde aux miliciens de 1789] pour la sûreté et le bon ordre.

Le 24 juillet 1789, la communauté avec empressement accepte la proposition des jeunes gens de la ville. Vu leur nombre, elle les prie de s'organiser en 3 compagnies distinctes, savoir :

La Colonelle, Capitaine Lacaze ; sergent Lamarre ; caporaux, Yves Pochard, Le Gléau.

Les Grenadiers, Capitaine Prat ; sergent Le Moal ; caporaux, J.-M. Lesconnec et le Comte d’Ertonne.

Les Chasseurs, Capitaine Le Bourch ; sergent Kersingaz ; caporaux, J-M. Lescop et Pèlerin.

La création de la jeune Garde nationale fut l'objet de grandes réjouissances populaires auxquelles furent conviées les communes voisines.

Le dimanche suivant, à l'issue des vêpres, le clergé, suivi d'un immense concours de populations accourues de toutes parts, escorté par l'ancienne compagnie des « papegaut », en armes toutes bannières au vent, se rendit au feu de joie, sur le Champ de bataille. Sitôt l'immense bûcher allumé, le recteur entonne le « Te Deum » ; des milliers de voix reprirent en chœur. A la fin de la cérémonie, la Communauté fit distribuer une grande barrique de vin aux 120 fusiliers de la milice. Il revint plus de deux litres à chaque volontaire, dose plus que suffisante pour exciter encore, si possible, l'enthousiasme des jeunes miliciens.

Le soir, illumination générale de toute la ville, bal à grand orchestre, distribution de viande, de gâteaux, le tout aux frais de la Communauté qui, à cet effet, avait voté unanimement un crédit extraordinaire de 1.200 fr.

A Lesneven, ce jour-là, tous les cœurs battirent à l'unisson. Cette touchante unanimité ne devait hélas ! pas être de bien longue durée...

A l'exemple de Brest, sa voisine, Lesneven créa un Comité de vigilance de 18 membres, avec mission de veiller au maintien de l'ordre public.

Dès lors, la ville eut deux assemblées : la Communauté, le Comité de vigilance ; deux milices : le Papegaut et la Garde nationale. La Communauté, appuyée par les « Papegaut » ne tardera pas à entrer en lutte avec le Comité de vigilance soutenu, lui, par la jeune Garde nationale. Est-il besoin d'ajouter que la victoire demeurera finalement au jeune Comité dont les aspirations se confondaient avec celles des hommes épris de justice et de liberté ?

N'est-ce pas ici le lieu de mentionner l'heureuse intervention du député de la sénéchaussée de Lesneven, Le Guen de Kérangal, dans la mémorable séance de nuit du 4 août 1789, intervention qui décida de la suppression des privilèges dans toute la France et fut, en outre, la cause déterminante de la liberté religieuse et de la liberté de la presse ?

A ce sujet, le grand historien Louis Blanc, membre du gouvernement provisoire de 1848, s'exprime ainsi :

« Un cultivateur parut à la tribune. Son geste était rude, sa figure austère. Il portait un habit de paysan [Note : Costume de Landivisiau]. Il se nommait Le Guen de Kérangal. On ne l'avait jamais entendu. Tous prêtèrent l'oreille. Lui, non pour prononcer un discours, mais pour faire un acte. « Qu'on nous apporte, dit-il, ces titres qui outragent la pudeur, qui insultent à l'humanité, qui forcent des hommes à s'atteler à une charrette comme les animaux du labourage. Qu'on nous apporte ces titres, en vertu desquels des hommes passent des nuits à battre des étangs pour empêcher les grenouilles de troubler le sommeil d'un voluptueux seigneur » [Note : Louis Blanc, Histoire de la Révolution francaise (tome 1), Editeur : Librairie du Progrès, Paris. — Lors des la récente dénomination des rues de la ville, on s'étonne qu'on n'ait point songé à l'ancien représentant de la sénéchaussée, Le Guen de Kérangal. Sa mémoire ne méritait-elle pas cet hommage posthume ?].

Signalons que notre grand historien national, Michelet, lui aussi, a consacré une page éloquente à la courageuse et bienfaisante intervention du député de la sénéchaussée de Lesneven.

Le 4 mars 1790, Lesneven devint chef-lieu de district [Note : A cette époque, le département était divisé en 9 districts]. Ce district avait pour diamètres : 1° de Plouguerneau à Sibiril, 8 lieues ; 2° de Saint-Eloga à Plounéour-Trez, 4 lieues. Il se partageait en 9 cantons, savoir : Lesneven, Plouguerneau, Goulven, Guicquelleau, Ploudaniel, Plounévez-Lochrist, Cléder, Plouzévédé et Plounéventer, en tout 28 communes.

Les premiers administrateurs du district furent :

Yves-Marie Brichet, Guillaume Le Jannic, Martin Rolland, Jean-Marie Leclech et François-Gabriel Cren, procureur syndic, assistés de 8 membres du Conseil.

Le 14 juillet 1790, anniversaire de la prise de la Bastille, fête de la Fédération. Au milieu du Champ de Mars — Champ de bataille — est dressé l'Autel de la Patrie. Le commandant de la Garde nationale, Kermoné, prête le serment fédératif, en présence de toute la population, notabilités comprises. A l'issue de ce serment solennel, tous les corps constitués, suivis d'une foule enthousiasmée, se rendent à l'église Saint-Michel, où clergé et assistance chantent à cœur joie le « Te Deum ».

Le 23 août, établissement à Lesneven d'un tribunal de première instance.

La loi du 19 vendémiaire, an 4 (11 octobre 1795) supprimera le district de Lesneven ; dès lors, la ville sera classée au rang de chef-lieu de canton.

Enfin, en vertu de la loi du 28 pluviôse an 8 (17 février 1800) le canton de Lesneven ressortira du tribunal de Brest.

(Marius-Fernand et Louis Blanc).

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