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LESNEVEN : LIEU DE DETENTION POUR LES FAMILLES D'EMIGRES.

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XII. EPOQUE REVOLUTIONNAIRE.

d) Lesneven, lieu de détention pour les familles d'émigrés.

Extraits des requêtes de : Chateaufur (de). — Dame de Rosily, veuve de Montecler. — Poulpry (de). — Lesguern (de). — Réponse du Comité révolutionnaire de Lesneven et des Représentants du Peuple.

En sa qualité de chef-lieu de district, Lesneven devint un lieu de détention pour les familles nobles de la région, et plus particulièrement pour celles dont un ou plusieurs membres avaient émigré.

Les nobles, ainsi détenus à la maison d'arrêt de Lesneven, sollicitaient des Représentants du Peuple, à Brest, leur mise en liberté.

Certaines de ces suppliques, rédigées en termes piquants et parfois émouvants, méritent d'être relatées. Afin de leur conserver toute leur saveur, nous les reproduisons d'après les originaux mêmes, en respectant scrupuleusement style et orthographe.

(a) Extrait de la requête de Châteaufur. — … « Les détenus ne sont en arrestation que comme cy-devant nobles et suspects de n'avoir pas donné des marques d'attachement à la Révolution. Mais quant à la qualité de cy-devant nobles, c'est un pur accident qui les a fait tels. Ils ne pouvaient éviter d'être les enfants de leurs pères. Ce qui est de notoriété publique, c'est qu'il n'a jamais vécu ce qu'on appelait noblement et, pour tout dire, l'habit qui lui servait en son moulin en est une preuve parlante... ».

Cette supplique, avant d'être transmise aux Représentants du Peuple, à Brest, est ainsi annotée par le Comité révolutionnaire de Lesneven : « Ne peut certifier les faits énoncé (sic) en ladite pétition ».

(b) Extrait de la requête de dame de Rosily, veuve de Montecler. — « J’ai à regretter que ma qualité de femme ne m’ait pas fourny plus de moyens d’être utile à ma Patrie. En effet, que peut-on exiger d’une femme ?

Soumission aux loi et aux autorités constituées. On ne me reproche point de n’avoir pas rempli mes devoirs à cet égard…

J’ai tous mes parents au service de la République. Mon Frère aîné, Rosily, contre-amiral, a été sur le point d'être nommé ministre de la marine. Le cadet aussi contre-amiral. Il a ramené à Lorient, il y a peu de temps, une cargaison estimée 30 millions. Mon cousin commande les troupes de la République à La Martinique... ».

Cette requête demeurant lettre-morte, dame de Rosily adresse des supplications émouvantes aux Représentants du Peuple qui persistent dans leur mutisme.

Le sort de cette infortunée dont le fils, l'enseigne de vaisseau de Montecler, venait d'être guillotiné à Brest [Note : Exécuté à Brest, le 9 février 1794, sur la place du Champ-de-Bataille, aujourd'hui place Wilson], excite à Lesneven, un vif sentiment de compassion. Diverses notabilités, connues pour leurs idées révolutionnaires, notamment Rouxel de Belléchère, fils, plaident chaleureusement sa cause.

« Ne va pas croire, écrit Rouxel de Belléchère au Représentant du Peuple, que ce soit un égoïste ou un modéré qui te parle, non, c'est un patriote depuis 1789, qui te demande une justice. Es-tu trop bon pour la lui refuser ? Au nom de sa jeune fille que j'ai vue cent fois pleurer, faute de voir sa maman libre, et je t'avoue que cela m'a fait de la peine, ayant le cœur naturellement sensible comme celui de tous les vrais républicains... ».

(c) Requête du Poulpry [Note : Originaire de Lavengat, en Guissény. Cette vieille famille seigneuriale avait fourni 4 sénéchaux à Lesneven]. — « Nous nous sommes toujours conformés aux lois, nous nous sommes empressés de rendre nos armes dès que nous avons été requis, nous nous sommes rendus à toutes les réquisitions qui nous ont été faites ; nous avons fourni des fournitures aux hôpitaux ; avons prêté notre jument toutes les fois qu'on l'a requise ; nous avons accordé notre maison gratis pour servir de maison d'arrest, nous avons toujours porté la cocarde tricolore et l'avons fait porter à nos domestiques ; nous avons rendu nos titres qui ont été bruslés.... ».

(d) Requête de Lesguern (3 fils émigrés). — « Trois de mes enfants sont absens ; ils étoient majeurs avant leur émigration, à laquelle, bien loin de contribuer, j'ai emploié tous les moyens que me laissoit la loi dont ils se sont servys pour se soustraire à l'autorité paternelle. Un poussa l'insolence jusqu'à menacer de se tuer plutôt.

Je crois pouvoir dire que mon attachement à ma Patrie sera certifié par mes concitoïens. Ils scavent que j'ai eu l'émigration en horreur. C'est devant eux que je disais à mes fils (Citoïens, pardonnez l'expression) vous aurez le bâton merdou, je vous abandonne et vous serez abandonnés.

Des le 7 mars 1790, j'ai prêté le serment civique à la municipalité de Lesneven avec Duplessix, mon gendre. L'extrait du serment est joint à une pétition que j'ai faite au district en 1792. Par cette pétition, j'offre de prouver que j'ai fait déffense expresse à mes fils d'émigrer. J’ajoute que s'estant évadé de nuit, j'ai couru après eux pour les engager à revenir. Que pouvais-je faire de plus ? ».

Nous arrêterons là notre énumération. Aux multiples pétitions à lui adressées, le Comité révolutionnaire de Lesneven, répondait presque invariablement :

« Citoyen. Citoyenne, La loi du 17 décembre 1793 (vieux stile) dit que les pères, femmes et sœurs d'émigrés qui non pas manifestés leurs attachement à la Révolution depuis son commencement seront mis en arrestation par mesure de surrettés général » (Sic).

Les Représentants du Peuple à Brest répondaient non moins invariablement « à maintenir en état d'arrestation par mesure de sûreté générale » [Note : Les extraits reproduits dans ce chapitre figurent à la liasse 64. Ans 2 et 3, Archives municipales de Brest].

La plupart des détenus politiques de Lesneven ne recouvrèrent la liberté qu'à la chute de Robespierre. Seules les deux infortunées Châtelaines de Kerjean furent guillotinées sous l'inculpation d'avoir correspondu avec des émigrés de leur famille.

(Marius-Fernand et Louis Blanc).

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