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LESNEVEN : INSURRECTION GENERALE DANS LE DISTRICT.

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XII. EPOQUE REVOLUTIONNAIRE.

c) Insurrection générale dans le district de Lesneven.

Constitution civile du clergé. — Levée de volontaires. — Arrestation de M. de Parcevaux. — Emeutes sanglantes. — Le général Canclaux et la Garde nationale de Lesneven à Lannilis, — Insurrection général. — Sanglante bataille sur la route de Lesneven à Saint-Pol. — Soumission des insurgés. — Amendes. — Enlévement des cloches. — Ordre de raser le château de Kerjean. — Hommage de la Convention au général Canclaux et aux Administrateurs du Finistère.

La Constitution civile du clergé, votée le 12 juillet 1790, par l'Assemblée Constituante, rencontra de vives oppositions dans toute l'étendue du district.

« A cette époque troublée, la chaire évangélique était transformée dans les communes rurales du district de Lesneven en une tribune où l'anathème était fulminé contre la Constitution civile du clergé et ses adhérents menacés de damnation éternelle. Ces menaces impressionnaient vivement les paysans qui croyaient faire oeuvre méritoire en employant la force pour soutenir les prêtres rebelles et pour repousser les jureurs » [Note : Levot, Histoire de Brest pendant la Terreur, Imprimerie Fournier].

Ce ne fut que le 5 messidor de l'an III (1795) que la municipalité de Lesneven put adresser aux Représentants du Peuple, à Brest, l'acte de soumission des ministres du culte catholique de Lesneven, acte ainsi conçu :

« L'an 3 de la République une et indivisible ont comparu devant la municipalité de Lesneven les citoyens Constance Tual, Magloire Carré, J.-L. Le Toullec, Augustin-Marie Le Gall, demeurant en cette commune, ministres du culte catholique, apostolique et romain, lesquels ont demandé qu'il leur soit décerné acte par la municipalité de leur soumission aux lois de la République, et tous ont signé aux Registres » [Note : Preuve : Liasse 73. Archives municipales de Brest].

En mars 1793, lors de la levée de 300.000 hommes destinée à repousser l'invasion étrangère, le district de Lesneven est agité par les rebelles. Après la chute des Girondins, les délégués des Représentants du Peuple viendront en mission à Lesneven en vue de réorganiser les sociétés populaires et tous les corps constitués dans le sens nettement montagnard.

En présence des dangers qui menaçaient la Patrie, les Citoyens brestois, devancant l’Assemblée législative et la Convention, avaient proféré le cri de détresse : « Amis, la Patrie est en danger ! ».

Le district de Lesneven répondit à cet appel patriotique en s'efforçant de favoriser l'enrôlement des volontaires. Les volontaires de la ville se rendirent à Morlaix pour, de là, être dirigés sur Paris. Cet appel demeura lettre morte dans diverses communes du district : Cleder, Sibiril, Ploudaniel, Kerlouan, Guissény, St-Frégant, etc. Avisé de ces faits, le capitaine Bernard, à la tête de quelques dragons, se rendit dans les communes récalcitrantes pour hâter l'exécution des instructions relatives à l'enrôlement des volontaires. De son côté, le district de Brest, en présence de l'effervescence des esprits dans la plupart des communes du district lesnevien, ordonna au commissaire Jullien de se rendre à Lesneven pour y veiller à l’application stricte des décisions prises. Il fait arrêter et emprisonner M. de Parcevaux [Note : Famillle seigneuriale ayant fourni deux sénéchaux à Lesneven, savoir : En 1517, Yves de Parcevaux ; en 1569, Morice de Parcevaux. En 1713, un de Parcevaux était lieutenant du roi à Lesneven (Arch municipales de Lesneven)] sous l'inculpation d'avoir fomenté la résistance à la levée en masse.

La déchéance de Louis XVI n'avait nullement surpris le district de Lesneven. Il n'en fut pas de même de son exécution (21 janvier 1793). Dès que le sang du royal captif fut versé, la situation s'aggrava et devint menaçante.

Ainsi le curé constitutionnel de Plabenncc, Caill, malgré la présence d'un détachement militaire dans cette commune, est insulté, frappé, piétiné et n'échappe à la mort qu'en se réfugiant en toute hâte à Lesneven.

L'insurrection devint bientôt générale. Le général Canclaux prend le commandement des troupes républicaines. L'ordre rétabli à Plabennec, il accourt à Lannilis, à la tête d'un fort détachement de la Garde nationale de Lesneven. Après avoir longtemps parlementé avec les rebelles, il se voit contraint d'employer la force pour disperser des attroupements considérables de paysans surexcités, armés de fourches, de faulx et de fusils.

L'insurrection se généralisant, le général Canclaux fait occuper militairement les communes de Plouguerneau, Plounéventer, Plouzévédé, etc. L'organisateur de cette résistance opiniâtre, M. Prigent, maire de Plouzévédé, est appréhendé, puis incarcéré, en attendant sa comparution devant le Tribunal révolutionnaire.

En mars 1793, le général Canclaux retourne à Lesneven. Accompagné du citoyen Prat, commissaire du district de cette ville, il se dirige vers Saint-Pol, où l'insurrection battait son plein. Hommes et femmes s'opposaient, avec une énergie farouche, aux opérations du tirage au sort et à la levée de tout contingent pour le recrutement de l’armée. La garnison de Saint-Pol allait succomber sous le nombre lorsque « la colonne du général Canclaux, arrivant du côté de Lesneven, jeta le désordre dans le rang des insurgés parmi lesquels on remarquait plusieurs femmes qui se battaient avec beaucoup de résolution. Les insurgés évacuèrent le champ de bataille en escaladant les fossés voisins de la route, mais derrière lesquels cependant ils continuèrent un feu nourri » [Note : Levot]. Ce que voyant, le général Caudaux remit alors ses deux pièces de canon en batterie ; leur action lui ouvrit la route de Saint-Pol. Le soir même — 23 mars — il faisait son entrée à Saint-Pol, et sa jonction avec la garnison de la ville. Telle fut cette bataille connue dans les annales léonais, sous le nom de : « Bataille du Pont de Kerguiduff ». En présence des forces organisées du général Canclaux, toute résistance devenait impossible, inutile ; les révoltés des diverses communes du district le comprirent; ils déposèrent les armes et demandèrent à faire leur soumission.

La commission réunie, à Saint-Pol, pour punir les coupables qui avaient fomenté et soutenu les troubles, condamna six communes du district de Lesneven à payer dans les 24 heures, savoir :
1° Plouguerneau : 11.000 fr.
2° Plounéventer : 9.600 fr.
3° Ploudaniel : 7.000 fr,
4° Guissény : 7.000 fr.
5° Kerlouan : 5.000 fr.
6° Saint-Frégant : 250 fr.

Il fut en outre décidé que toutes les cloches des églises, sans exception, seraient descendues, parce que la plupart d'entre elles sonnèrent le tocsin pour appeler les insurgés aux armes. Le citoyen Louis Gourvennec fut lancé dans le pays de Léon, avec l'ordre impératif de s'adjoindre cinq ouvriers et de rendre les cloches inutilisables. Il leur était assuré un salaire journalier de 6 francs par tête, aux frais des habitants. Les débris des cloches sont ensuite dirigés sur les fonderies de Nantes et de Rouen, pour y être transformés en canons.

Lesneven possédait une cloche fort singulière provenant de l'ancienne église Notre-Dame, fondée en l'an 1111, par le duc Alain Fergent. Cette cloche mesurait « sept pieds 6 pouces de circonférence avec inscription flamande ainsi conçue : ic ben chegoten in iaer ons hecrem CD C C C C C XX ; en français : J'ai été donnée l'an de Notre-Seigneur 920, 1020 ou 1120, suivant l'emploi que l'on fera du C qui précède le D, en tête de la date » [Note : R. P. Cyrille Le Pennec. Dévot pèlerinage da N-D. du Folgoët].

Signalons : La basilique du Folgoët était dotée de l'une des plus belles sonneries de France, logée dans le campanile sud, et composée de six cloches.

La grande cloche, pesant plus de 4 tonnes — 9.000 livres exactement — dénommée Cupive, en souvenir d'un des plus illustres doyens du lieu, avait des dimensions telles que « neuf cordonniers pouvaient dit-on, y avoir leurs coudées franches » [Note : M. de Kerdanet. Nouvelle notice sur N.-D. du Folgoët]. Cette cloche résista longtemps aux assauts des démolisseurs. Les Chroniqueurs rapportent qu'elle fut finalement brisée aux cris répétés de : Monument de vanité - Détruit pour l'utilité - Et pour la liberté [Note : M. de Kerdanet. Nouvelle notice sur N.-D. du Folgoët].

Les débris de cette cloche gigantesque demeurèrent inutilisés à la fonderie. Plus tard, ils fournirent suffisamment de bronze « pour fabriquer le bourdon de l'église Saint-Louis, à Brest, et en même temps le cloche du port » [Note : De Lorme]. La seconde des cloches atteignait le poids de 2.500 kilos.

Enfin, l'un des plus beaux joyaux archéologiques du district de Lesneven, fut, un instant, menacé de destruction totale. Ce joyau n'était autre que le château de Kerjean, dénommé Le « Petit Versailles breton ». En 1793, ce château du XVIème siècle avait tout l'aspect d'une forteresse. « Comme il permettait à ceux qui l'occuperaient d'opposer une vigoureuse résistance en cas de siège, le Directoire du Finistère, dans la crainte d'une nouvelle insurrection, en ordonna la démolition le 17 avril 1793 » [Note : Levot, ouvrage cité]. Fort heureusement, les membres du district de Lesneven firent la sourde oreille et se contentèrent d'enlever les armes détenues dans tous les châteaux régionaux. C’est à cette mesure pleine de sagesse que nous devons la conservation de cette magnifique demeure seigneuriale. Au surplus, la perquisition opérée au château de Kerjean fut plutôt infructueuse : saisie d'un coutelas et de trois fusils de chasse.

Précédemment, on avait enlevé du château de Kerno, près de Lesneven, quelques canons pour les exposer en ville. Bien à tort, certains soupçonnaient ces canons de sortir de Kerjean.

Enfin, par un décret du 11 avril 1793, la Convention Nationale proclama que le général Canclaux et l’administration départementale du Finistère « avaient bien mérité de la Patrie ».

(Marius-Fernand et Louis Blanc).

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