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LESNEVEN : SITUATION ECONOMIQUE DU DISTRICT.

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XII. EPOQUE REVOLUTIONNAIRE.

c) Situation économique du district.

Extrême pénurie de houille dans les 9 cantons du district. — Rôle bienfaisant de l'agent national Le Gall. — Coupe de bois au Kerno pour le compte de la marine. — Désespoir des paysans. — Ordre d'abattre les haies et taillis et de démolir les talus. — Pénurie de denrées et d'objets de première nécessité. — Détresse générale.

Durant les guerres de la Révolution, la situation économique du district de Lesneven devint extrêmement critique et inspira les plus vives appréhensions aux membres du district.

L’agent national Le Gall [Note : Madame Le Gall, son épouse, consacra sa vie au soulagement des infortunes], administrateur émérite, appelle l’attention des Resprésentants du Peuple, à Brest, sur la situation lamentable dans laquelle se débattaient ses administrés. Par ses interventions énergiques et incessantes, il empêcha ces mêmes représentants de prendre des mesures dont l'application eût été de nature à aggraver la misère publique et à provoquer un soulèvement populaire.

Le manque de houille, dû à l'étroit blocus du littoral par les Anglais, paralyse la vie économique du district :

« Que peuvent faire, écrit l'agent national Le Gall aux Représentants du Peuple, que peuvent faire les cultivateurs du pays, sans charbon de terre. Nous pouvons vous assurer que, dans toute l'étendue de ce district, il n'en existe pas le quart d'une barrique, encore moins de charbon de bois. Cependant, Citoyens-Représentants, les chevaux demeurent sans être ferrés ; les charrettes sont usées ; on ne peut s'en procurer d'autres. Le cultivateur se voit dans la nécessité d'abandonner la culture de ses terres par la privation d'instruments aratoires. Nos administrés aiment à servir la République, mais il faut leur en donner le moyen... ».

A cette supplique, les Représentants du Peuple répondent : « Il n'en existe pas, au port de Brest, une livre de disponible. Que les cultivateurs tâchent d'y suppléer avec le charbon de bois jusqu'a ce qu'on ait fabriqué de la tourbe, ce à quoi on travaille ».

Peu après, les mêmes Représentants exigeront du district de Lesneven des centaines de cordes de bois pour le service de la marine à Brest. A cet effet, on pratiquera des coupes sombres dans le superbe bois de Kerno. Les paysans, dont les pieds des chevaux sont écornés par suite de l'absence de fers, et dont les roues des charrettes, encerclées par des moyens de fortune, tiennent à peine, sont assujettis au transfert de ce bois à Brest. En cours de route, les chevaux, aux pieds ensanglantés, s'abattent, les roues se disloquent, les voitures s'écroulent : le malheureux paysan s'arrache les cheveux de désespoir...

Le 3 vendémiaire, An III, ordre est donné au district de Lesneven « d'enjoindre aux propriétaires des terrains sur le bord des grandes routes et des chemins de faire abattre dans le mois les haies et de remplir les fossés » en vue fie prévenir toute nouvelle tentative de soulèvement. L'agent Le Gall expose « que le sol est fertile en grains ; il n'offre que trés peu de taillis, d'arbres de haute futaie ; les eultivateurs ne brûlent qne des landes et des genêts qui croissent dans les fossés. Ces clôtures leur sent nécessaires pour faire pâturer leurs bestiaux. Si les fossés sont abattus, les meilleures terres sont abandonnées en friches. Le fermier réclamera de droit une diminution sur le prix de sa ferme, et le propriétaire lésé éprouvera seul la perte de son revenu. D'ailleurs, Citoyens-Représentants, la Nation elle-même perdra une propriété considérable, les acquéreurs de biens nationaux se ralentiront » [Note : Au chapitre « Insurrection générale dans le district », nous avons vu que le Directoire du Finistère, dans la crainte d’une nouvelle insurretion, avait également ordonné la démolition du château de Kerjean].

La région lesnevienne dut à cette sage intervention de l'agent Le Gall de conserver fossés et taillis.

Le profond discrédit des assignats rendait les transactions extrêmement difficiles ; les cultivateurs avisés amoncelaient leurs grains dans les coffres et dans les bahuts, et refusaient de s'en défaire. Le prix des céréales atteignait des taux fabuleux pour l'époque. Une pétition des habitants de Plougar, au district de Lesneven nous apprend que « le boisseau de seigle fromenté ou soi-disant tel, et dont le poids ne porte point cent livres est vendu 100 francs, le seigle pur 90 francs ». La même pétition souligne que « la douzaine d'œufs se vend 50 francs ! ! ! ».

Elle insiste pour que des perquisitions soient immédiatement effectuées dans les fermes, afin que les malheureux ne soient pas exposés à périr d'inanition...

Cet appel est entendu. Les Représentants du Peuple enjoignent au district de Lesneven d'employer la force armée pour hâter la livraison et la circulation des grains : ils lui enjoignent également de prendre toutes mesures utiles pour l'application des lois concernant les déserteurs.

« J'ai requis, répond l'agent national Le Gall, les troupes pour qu'elles passent dans les communes les plus en retard.

Si vous voulez, d'autre part, que les déserteurs rentrent dans le devair, il est un moyen qui a toujours réussi. C'est rendre les parents responsables de leurs enfants. On met garnison chez eux, et les déserteurs paraissent. Prenez un arrêté à cet égard, et tout ira bien ».

Cet arrêté fut pris, et peu après, l'agent Le Gall pouvait écrire aux Représentants du Peuple : « Dans ce district, tous les jeunes gens en état de porter les armes ont quitté leurs foyers, puisque j'ai moi-même fait rejoindre depuis peu, environ 400 des traineurs.

L'agent supérieur a également rendu justice à notre zèle en disant que district de Lesneven est celui qui a fourni le plus de défenseurs à la Patrie ; il parle des départements de l'armée de Brest ».

Les sabots, chaussures indispensables aux cultivateurs atteignent un tel prix que les malheureux sont réduits, en plein hiver, à aller nu-pieds. L'agent national Cren Plounévez-Lochrist (l'un des 9 cantons du district de Lesneven) écrit aux Représentants du Peuple à Brest qui viennent enfin de prendre un arrêté taxant la vente des sabots. « En mettant un frein à la cupidité des sabotiers qui vendent avec impudence une paire de sabots à un pauvre laboureur 12 livres, tandis que la Nation leur en fournit le bois à vingt sols le pied cube. Chaque sabotier fait ou peut faire une douzaine de paires de sabots chaque jour. Il a donc chaque jour plus de 100 francs de bénéfice en les vendant, Il est vrai qu'il ne travaille pas la moitié de la semaine, et emploie ce temps dans les auberges, et quoiqu'il paye la pinte de vin 3 francs au plus, il a peine à dépenser ses gros bénéfices ».

La pénurie d'étoffes provoque également plusieurs heureuses interventions de l'agent Le Gall près des Représentants du Peuple.

Les réquisitions militaires, d'un autre côté, avaient considérablement amoindri le cheptel du district. Par de sages mesures, les Administrateurs de Lesneven, sous l'inspiration de Le Gall, règlent l'abattage des bêtes à cornes non réquisitionnées et contribuent ainsi à assurer l'alimentation d'une population si fortement, si cruellement éprouvée par la pénurie presque complète et la cherté exorbitante des objets et des denrées de première nécessité [Note : Preuves : Les divers extraits de ce chapitre figurent aux archives municipales de Brest. Liasse 73].

(Marius-Fernand et Louis Blanc).

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