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TERREUR A LESNEVEN ET DANS SES DEPENDANCES. |
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XII. EPOQUE REVOLUTIONNAIRE.
f) La Terreur à Lesneven et dans ses dépendances.
La guillotine sur le place aux Blés. — Exécution du maire de Plouzévédé. — Arrestation de M. de Kerdanet, ancien maire de la ville — Sa comparution devant le Tribunal révolutionaire. — Son retour triomphal à Lesnenen. — Exécution des prêtres réfractaires Habasque et Petton de Kerlouan, etc., etc. — Chute de Robespierre. — Arrestation des membres du Comité révolutionnaire de Lesneven. — Effervescence des esprits.
Jean Prigent, maire de Plouzévédé, commune relevant du district de Lesneven, était le chef avoué et incontesté du mouvement insurrectionnel dans la région lesnevienne.
A la tête d'une colonne forte de 1.500 hommes bien déterminés, il parcourait les campagnes en prêchant la révolte ouverte contre les décrets de la Convention et en adjurant ses collègues de se joindre à lui avec tous les hommes valides de leurs communes respectives.
Fait prisonnier entre Plounévez-Lochrist et Plouescat, il comparaît devant le Tribunal révolutionnaire, à Brest, sous la grave inculpation d'avoir fomenté la révolte dans le district de Lesneven et dans tout le pays du Léon. Reconnu coupable, M. Prigent est condamné à mort.
Le 23 avril 1793, la guillotine, pour la 1er fois, fait sa sinistre apparition à Lesneven. En présence d’une foule considérable, maintenue par la troupe en armes, l'instrument du supplice, dressé sur la place aux Blés, eut bientôt fait de trancher la tête de l'infortuné magistrat.
Maire de Lesneven, député aux Etats de Bretagne, régisseur de biens d'émigrés, etc., Miorcec de Kerdanet a joué un grand rôle dans sa ville natale durant la période révolutionnaire. Son nom appartient donc à l'histoire locale. Aussi, est-ce à ce titre, et à ce titre seul, que nous en parlons, en faisant table rase de toutes les légendes forgées autour de son nom. Nous nous contentons de nous appuyer simplement sur des documents d'une authenticité indiscutable.
Dans la nuit du 13 nivôse an 2 (7 janvier 1794). M. de Kerdanet est arrêté au milieu de sa nombreuse famille sous l'inculpation « d'avoir correspondu, non seulement avec des émigrés, mais encore avec Lesquin [Note : Négociant de Roscoff, détenu par mesure de sûreté générale] pour faire passer du numéraire à l'étranger et d'avoir discrédité les assignats en envoyant ce numéraire, soit à des Anglais, soit à des émigrés ; enfin de s'être livré à l'infâme agiotage qui élevait ce numéraire à un taux exorbitant » [Note : F. Levot, Histoire de la ville et du port de Brest pendant la Terreur, p. 292]. Son dénonciateur [Note : Christophe Lefeuvre, homme de loi] l'accusait également « d'avoir recueilli quelques-uns des débris de la fortune du émigrés, d’avoir aussi donné asile à quelques-uns d'entre eux, et même à des prêtres insermentés : d'avoir été enfin jusqu'à prêter des habits à ceux-ci… » [Note : M. du Chatellier, Brest et le Finistère sous la Terreur (p. 120-121)].
Emmené à Brest, il est enfermé au Château, où il demeurera plusieurs mois, en attendant sa comparution devant le Tribunal révolutionnaire.
M. de Kerdanet avait été dénoncé aux Représentants du Peuple à Brest par le Comité révolutionnaire de Lesneven dont les membres les plus influents étaient Lefeuvre. Castaignet et Ducouëdic [Note : Preuves : Liasses 71 et 73. Archives municipales de Brest], ce dernier communément dénommé « Pen-laou », tête de poux, à cause de sa malpropreté légendaire.
Du fond de son cachot, M. de Kerdanet veut faciliter la tâche de son défenseur. En hâte, il résume tous ses actes politiques dans un mémoire intitulé : « Vie politique de Daniel-Nicolas Miorcec de Querdanet. etc. ».
Riou-Kersalaün, son ami et son avocat, — plus tard préfet du Cantal — le défendit avec énergie, avec sagacité, avec un réel talent.
Fort du mémoire de l'accusé. l'habile défenseur réduisit à néant les charges de l'accusation. Au cours de sa plaidoirie, il prouva notamment que M. de Kerdanet « avait avancé 3.121 livres aux troupes venues de Brest à Lesneven, en toute hâte et sans fonds pour combattre les révoltés de Plabennec, Lannilis et Plougoulm, armés par le fanatisme, qu'il avait assisté à l'installation du curé constitutionnel ; que, membre de la société populaire affiliée aux Jacobins depuis 1791, il l'avait présidée pendant plus de deux mois, qu'il avait porté plus de 4.000 titres à l’auto-da-fé des parches féodales... Il le montra dès 1789, se rendant aux Etats de Bretagne et près de Louis XVI pour défendre les intérêts du Peuple ; courant à Paris demander la mise en liberté des membres du Parlement qui avaient été détenus à la Bastille ; il le montra revenant à Lesneven se mettre comme avocat à la disposition des plus petits… » [Note : Du Chatellier, ouvrage cité].
Dans une péroraison pleine d'indignation éloquente, le défenseur, brandissant les nombreuses quittances du dénonciateur, s'écria: « Voilà celui que l'on accuse et aussi celui qui l'a dénoncé, celui qui a oublié si vite que la charge qu'il occupa un instant sous l'ancien régime avait été payée des deniers de Kerdanet... » [Note : Du Chatellier, ouvrage cité].
Le Tribunal révolutionnaire, édifié, ordonna aux applaudissements de l'assistance, la mise en liberté immédiate de l'accusé.
Le 6 mai 1794, M. de Kerdanet arrive au Folgoët pour regagner ensuite Lesneven. Au Folgoët règne une animation extraordinaire. L'ancien maire y est accueilli par des acclamations frénétiques, sans fin. Vingt bras vigoureux le saisissent et le portent en triomphe jusqu'à Lesneven, où fêtes et réjouissances publiques sont organisées en son honneur. Les Lesneviens acclament en leur maire, non seulement le compatriote, non seulement l'homme profondément humain et généreux, mais encore et surtout le fils éclairé de la noblesse qui, dès, l'aurore de la Révolution, s'était résolument rangé du côté des opprimés contre les oppresseurs.
Le Commandant du 3ème bataillon de la Montagne, en garnison à Lesneven, bien que malade et alité, se laisse gagner par l'enthousiasme populaire et lui adresse une lettre ainsi concue :
« Citoyen, Voici ce que m’apprend la voix publique. Tu as compté les moments de ta vie par les travaux et les bienfaits. Tu viens de présenter le spectacle imposant de l'homme vertueux, calme et fier dans l'oppression. Ta lutte glorieuse a été couronnée de succès, et tous les cœurs sont allés au-devant de toi. La justice t’a décerné une couronne civique. Les grâces et la beauté te préparent une fête bien près de moi. Plains-moi de ne pouvoir y assister : mais je suis, vieux, et, dans ce moment, je suis malade. Aucun visage triste ne doit paraître devant toi. Reçois mes excuses et procure-moi quelque jour de plaisir de t'être agréable. — Savary ».
Le 24 germinal (13 avril) 1794 les prêtres réfractaires Jean-Marie Habasque et Guillaume Petton, âgés respectivement de 42 et de 41 ans, surpris chez des cultivateurs de Kerlouan qui les avaient accueillis, et cachés avec célérité, comparaissent devant le Tribunal révolutionnaire de Brest, en compagnie de leurs hôtes François Le Gac et Guillaume Abautret, tous deux cultivateurs à Kerlouan. Un troisième prêtre, réfugié chez Guillaume Gourhant réussit à se sauver par une porte de dérobée. grâce au peu d'empressement que mit Guillaume Gourhant à ouvrir sa porte aux agents de la force publique.
Les deux prêtres sont condamnés à mort et leurs receleurs à la déportation.
Le lendemain, 25 germinal (14 avril), Habasque et Petton, solidement garrottés, étendus au fond d'une charrette garnie de paille, encadrée par un piquet de gendarmerie, furent conduits de Brest à Lesneven au pied de l'échafaud, sur la place aux Blés.
Ance, le bourreau, qui pompeusement, se faisait appeler « le Vengeur, l’Adonis de la guillotine » présidait aux funèbres préparatifs, avec Palis, délégué du Tribunal révolutionnaire.
« Vers midi, écrit M. du Chatellier, dans son « Histoire de Brest et le Finistère sous la Terreur » la petite ville de Lesneven, contenue par le 3ème bataillon des Volontaires de Paris, qui était depuis le matin saus les armes, recevait le fatal cortège, l'instrument de supplice et les bourreaux. En quelques instants. Ance eut tranché la tête des de deux pauvres prêtres qui s’étaient laissé surprendre. Toute la Garde nationale de Lesneven, y compris les hommes sans armes, avaient été forcés d'assister à cette cruelle exécution. L'affluence populaire y fut aussi très grande, d'après ce qui nous a été dit : mais silencieux, à l'aspect de la terrible machine et des soldats qui l'entouraient, le peuple n'en resta pas moins profondément ému, et nous apprenons par une lettre du comité de surveillance de cette ville que, depuis le 25 germinal, jour de l'exécution, la foule et les femmes surtout ne cessaient de se rendre au cimetière sur la tombe des deux victimes, regardées comme des martyrs ».
Le surlendemain, exécution d'un troisième prêtre réfractaire, Jean-Marie Branellec, âgé de 37 ans, né à Guissény, ex-curé du Minihy, à Saint-Pol. La veille de sa mort, il avait composé un touchant cantique breton : Sentiments derniers, de M. Branellec. Madame Veuve Le Guen, de Saint-Pol, qui lui avait donné asile, fut condamnée à la déportation.
M. Coat, ancien recteur de Lesneven, arrêté comme réfractaire, est enfermé dans les cachots de Quimper, où on l'oublie pendant sept jours ; il périt d'inanition le 8ème jour. [Note : Archives de M. de Kerdanet].
Le 22 mai 1794, les Administrateurs du département du Finistère élus le 15 novembre 1792, par l'Assemblée départementale des Electeurs séant à Lesneven, passèrent en jugement et furent exécutés le même jour à Brest. Ces 26 administrateurs, aux yeux des Montagnards étaient surtout coupables de pactiser avec les Girondins. Le citoyen-évêque Expilly qui, à Lesneven, avait présidé à l'inauguration de l'Arbre de la Liberté et y avait reçu tant d'hommages éclatants de la part de tous les corps constitués, monta le dernier à l'échafaud, après avoir donné l'absolution à tous ses collègues. « C'est beaucoup, se serait écrié l'infortuné prélat, en gravissant les degrés de la fatale machine, de paraître devant le tribunal des hommes et devant celui de Dieu dans la même journée ».
Suzanne de Coatanscour, fille de Sébastien Barbier de Lescoët, veuve du comte de Kersauson, marquise de Kerjean est demeurée célèbre pour sa beauté et son orgueil. « Elle organisa la résistance dans la région et, en dépit de ses 70 ans, tint tête aux Bleus.
Le Directoire de Lesneven d'abord, les patriotes de Brest ensuite, signalèrent les menées de la fougueuse aristocrate. — Son arrestation fut décidée.
Jean Bon-Saint-André, président du tribunal révolutionnaire de Brest, se présenta au château. La châtelaine et sa sœur [Note : Veuve de Launay de Létang, âgé de 65 ans] se tenaient blotties dans un réduit secret, proche de la cuisine. Une servante indiqua la cachette que les Révolutionnaires n'avaient pu découvrir. Les pauvres femmes furent emmenées à Brest et exécutées le 9 messidor, an II (juin 1794). Au pied de la guillotine, elles gardèrent leur orgueil aristocratique et moururent courageusement » [Note : Em. Le Bras. Le château de Kerjean, Imp. Hamon et Kervellec Morlaix].
Déguisé en cuisinier, M. Le Tersec, notaire à Lesneven, avait pu pénétrer dans leur prison et leur avait préparé un moyen d'évasion. Les deux châtelaines refusèrent. Avisé de ce fait, le tribunal révolutionnaire, fait procéder, à Lesneven, à l'arrestation de Le Tersec, Enfermé au château de Brest, il recouvre la liberté peu après.
On soupçonnait également les châtelaines de Kerjean d'avoir dissimulé leurs trésors dans quelque cachette, connue seulement de leur concierge Paulin. Sur l'ordre impératif du tribunal révolutionnaire, un administrateur de Lesneven, accompagné de gendarmes, se rendit au château de Kerjean. Sommé, sous peine d'arrestation immédiate, de dévoiler la cachette mystérieuse, Paulin, tout tremblant et complètement affolé, déterra lui-même argenterie et bijoux.
Jean Mingant, meunier au Drennec, accusé d'avoir fait à Lesneven même « des fournitures infidèles de farine pour l'usage des Défenseurs de la République, en y introduisant des matières terreuses et sablonneuses » [Note : Levot] est condamné à mort le 24 juillet 1794 et exécuté le lendemain, à Brest.
Après la chute de Robespierre — 27 juillet 1794 — les modérés deviennent tout puissants à Lesneven. A leur tour, Miorcec de Kerdanet et ses partisans dénoncent aux Représentants du Peuple à Brest les membres du Comité révolutionnaire de Lesneven [Note : Les originaux de ces dénonciations figurent aux archives municipales de Brest, liasse 73].
Sept de ces derniers sont arrêtés, notamment les Citoyens Lefeuvre, Castaignet, Ducouédic.
Au moment de l'arrestation de Castaignet, un attroupement se forme devant sa demeure. Sa femme s'en alarme « Tranquillise-toi, lui répond le fougueux révolutionnaire. C’est un certificat de civisme pour moi dont tu ne connais pas le mérite et qui me servira sous peu ».
A peine incarcéré, Lefeuvre adresse aux Représentants du Peuple une demande de mise en liberté immédiate, ainsi conçue :
« Des prisons de Lesneven, 15 prairial, au 3 : ........... Je sollicite ma liberté, ainsi que celle de mes camarades, afin que nous puissions vaquer à notre justification pleine et entière pour confondre, démasquer nos ennemis quand ils se feront connaître. Lefeuvre, ancien homme de loi, commis pour la vente des biens des Emigrés ».
L'agent national Le Gall, une des personnalités les plus marquantes de l'histoire révolutionnaire de Lesneven, devenu procureur syndic, prend résolument la défense des accusés.
« On a craint, écrit-il aux Représentants du Peuple, à Brest, de me voir prendre la défense des terroristes : on a voulu m'intimider ; quelques-uns m'ont dit que je ne devais ni les voir, ni leur parler ; que ces liaisons m'auraient nui ; des conseils aussi inhumains, aussi barbares m'ont fait frémir. J'ai vu l'innocence opprimée, la vertu foulée aux pieds : j’ai bravé l'anathème des émigrés, des prêtres déportés et réfractaires.
J'ai vu troubler le repos d'un vieillard au bord de la tombe [Note : Allusion au Commandant de la Garde nationale de Lesneven, le citoyen Balaguier, âgé de 70 ans], le traiser inhumainement en prison j'ai vu qu'il a été connu partout par une probité rare, une vie pure et sans tâche. Il en est peut-être de même des autres terroristes. Je le désire » [Note : Archives municipales de Brest, liasse 73].
Dans un autre rapport, Le Gall s'érige en accusateur véhément contre les dénonciateurs des membres du comité révolutionnaire de Lesneven. A son tour, il est arrêté sous l'inculpation d'être demeuré fidèle « à la Montagne ».
Ainsi, pendant qu'au sein de la Convention, Girondins et Montagnards s'entredéchiraient, à Lesneven, leurs partisans respectifs se dénonçaient avec un acharnement dont les extraits précités ne donnent qu'un faible aperçu. Les femmes n'étaient pas les moins ardentes à la lutte. Sitôt leurs maris emprisonnés, elles allaient de maison en maison quémander des signatures attestant l'amour indéfectible des accusés aux institutions nouvelles ; elles ne se faisaient point faute, d'autre part, de menacer de la parole et du geste, les femmes des dénonciateurs. Lesneven était transformée en une véritable arène politique où les passions et la haine se donnaient libre cours.
La loi du 19 vendémiaire, an 4 (11 octobre 1795), en supprimant le district de Lesneven, contribua puissamment à mettre un frein à cette dangereuse effervescence des esprits, Toutefois, durant de longues années, les adversaires politiques se regardèrent à Lesneven en véritables ennemis, mettant à profit toutes les circonstances pour s'adresser mutuellement des invectives dont la violence n'avait rien d'académique !.
(Marius-Fernand et Louis Blanc).
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