|
Bienvenue ! |
LESNEVEN : SES SEIGNEURS ET LEURS SUZERAINS. |
Retour page d'accueil Retour "Ville de Lesneven"
IX. Les seigneurs de Lesneven et leurs suzerains :
(a)
à la conquête de l'Angleterre ; (6) aux Croisades ; (c) à la bataille de Bouvines.
En 1066, Guillaume le Bâtard, duc de Normandie, entreprit la conquête de l'Angleterre. De puissants seigneurs, dont le comte de Léon, suzerain de la Châtellenie de Lesneven, se rangèrent sous sa bannière. Le comte de Léon se distingua à la bataille d'Hastings (1066). « Il eut sa part des largesses que Guillaume distribua à ses partisans. Il devint possesseur en Angleterre de plusieurs fiefs qu'il céda ensuite aux cadets de sa famille » [Note : Duseigneur, Etudes sur l’Histoire du Finistère. Edit., Halegouet, Brest].
Dans la liste incomplète des croisés bretons, nous relevons les noms du duc Alain Fergent, de Hervé de Léon, du duc Pierre de Dreux, tous personnages dont les noms sont inséparables de l'histoire de Lesneven.
Alain Fergent — une rue de Lesneven, porte son nom — et Hervé de Léon « se trouvèrent à trois batailles sanglantes et entrèrent les premiers à Jérusalem » [Note : Duseigneur, Etudes sur l’Histoire du Finistère. Edit., Halegouet, Brest]. Alain fut l'un des vaillants capitaines qui « après la croisade du peuple anéantie dans les plaines de Nicée posèrent la couronne de Jérusalem sur la tête de Godefroy de Bouillon » [Note : Duseigneur, Etudes sur l’Histoire du Finistère. Edit., Halegouet, Brest].
Le même Alain Fergent, en l'an 1111, fonda à Lesneven, la première « église en pierre » dite de Notre-Dame, au haut de la rue du même nom, église dont la démolition, pour cause de vétusté, fut ordonnée en 1773. Il y établit, en outre, une cour de justice pour tout le pays du Léon.
Hervé de Léon, fils de Guyomar II, appartient à cette puissante famille des comtes du Léon, les maîtres incontestés durant des siècles de la région lesnevienne. Plusieurs de ces comtes se fixèrent à Lesneven même et certains — on le verra plus loin — y marièrent leurs enfants. Le père de Hervé, chargé en son absence de l’administration de la région lesnevienne « fut tué à Saint-Pol-de-Leon dans une sédition populaire » [Note : Duseigneur, déjà cité], sédition provoquée par une forte demande de subsides au profit, sans doute, de son fils, le Croisé.
Au début du XIIIème siècle, un autre, comte du Léon prend part à une croisade. « 47 vaisseaux revenant de Palestine, sous son commandement et portant 16.000 hommes de troupes firent naufrage en vue de Brindisi, sur l'Adriatique, dans la mer d'Otrante. 80 personnes seulement échappèrent à ce désastre que le nécrologe de Landévennec fixe au 23 octobre 1218 » [Note : Duseigneur, déjà cité].
Quant au duc Pierre de Dreux, « il suivit deux fois Saint Louis en Palestine, où il se distingua par son courage... Il reçut une blessure au visage et fut fait prisonnier avec le monarque à la bataille de Mansourab (1250) » [Note : Duseigneur, déjà cité]. Il y combattit sous le nom d'emprunt de Pierre de Braine, chevalier.
C'est ce même Pierre de Dreux qui, par donation du 16 septembre 1216, accorda à Ameline d'Ecosse, près de Fougères, le four à ban de la cite lesnevienne, en même temps qu'une métairie ducale, prés Bel-Air [Note : Lieu où a été édifié le Stade lesnevien] et aussi l'église Notre-Dame, la seule du diocèse qui ne fût pas à présentation de l'évêque.
Il est fort probable que ces grands Croisés étaient accompagnés de seigneurs régionaux d'ordre secondaire. Il eût été intéressant de produire la liste de ces gentilshommes ; malheureusement, nos recherches, à cet égard, sont demeurées infructueuses.
Ne serait-ce point un de ces seigneurs qui, en souvenir de son expédition lointaine, aurait donné à l'une des rues de la ville le nom suggestif de Jérusalem, dénomination — les annales léonaises léonaises l’attestent — remontant à une époque trés reculée ? [Note : A l’époque révolutionnaire, elle reçut le nom de Marat. En ce qui concerne les « Fêtes révolutionnaires à Lesneven », se reporter à l’intéressante notice de M. Corgne].
Les mêmes annales ne témoignent-elles pas que l'ancien hospice de Lesneven et sa chapelle — dont la fondation remonte à l'an 1200 ou 1300 — furent érigés, « en action de grâces » par un seigneur de Kerno, retour des Croisades ?
Divers spécialistes des questions chevalines ne font-ils pas remonter aux Croisades la vogue exceptionnelle et constante des beaux chevaux de la région de Lesneven ? Pour eux, point de doute : cette vogue serait uniquement due aux étalons arabes introduits dans la contrée par des chevaliers du pays, retour de Palestine, tous amateurs de superbes coursiers ? Le bidet breton n'aurait-il pas la même origine ?
Les historiens bretons font ressortir la façon originale dont, de temps immémorial, les cultivateurs du littoral, et plus spécialement ceux de Kerlouan, harnachaient leurs chevaux. Ce mode de harnachement, encore en usage, il y a quelque quarante ans, présentait tant d'analogie avec celui des chevaux arabes que M. Le Goffic lui-même en a été frappé. Dans son beau livre : « Sur la Côte », il le désigne sous l'appellation suggestive de « harnachement à la Mauritane ». Ce genre curieux de harnachement n'aurait-il pas encore été introduit dans le pays par des chevaliers lesneviens, au retour des Croisades ?
Et la peste qui, depuis le XIIème siècle, décima tant de fois les populations de Lesneven et des alentours, obligeant la cour de justice de Lesneven à se réfugier dans les bois, en vue de se soustraire aux atteintes de la contagion, n'a-t-elle pas la même origine ?
Enfin, les botanistes avancent que la flore lesnevienne renferme des plantes originaires et du Levant et des pays scandinaves ; les premières, apportées par les Croisés, les secondes par les Normands, qui opérèrent plusieurs débarquements successifs sur les côtes de Kerlouan [Note : Rappelons que M. James LLoyd dans sa « Flore de l'ouest de la France » signale : « ... M. J.-M. Sacher m'a montré les plantes qu’il avait recueillies aux environs de Lesneven … ». Quelles sont ces plantes ? Sont-elles particulières à la région de Lesneven ?..].
Bouvines !!! Lesneven !!! Quel singulier rapprochement !
Lisez : D'un extrait de l'ancien rôle de la Chambre des Comptes de Paris sur lequel sont portés tous les seigneurs qui, le 27 juillet 1214, assistèrent à la bataille de Bouvines, nous détachons les noms suivants : 1° Guyomar de Léon ; 2° Hervé de Léon [Note : Cet Hervé prit part à la bataille de Bouvines avec 34 seigneurs bretons] (descendant et homonyme du Croisé) ; 3° de Malestroit, tous noms attachés à l'histoire lesnevienne.
Effectivement, en 1318, Hervé de Léon, autre homonyme et descendant du précédent, habitait Lesneven même « où il maria sa fille Mahaut, dite la Comtesse, avec Hervé, fils de Geoffroi de Pont-l'Abbé, et lui donna 300 livres de rentes et 1.500 livres en argent. En 1322, autre mariage de Jeanne, sa fille aînée, avec Olivier, vicomte de Rohan. Le contrat du mariage fut scellé du sceau de la Cour de Lesneven, demeurant à Henri de Gouzillon, chevalier » [Note : Archives et bibliothèque de M. de Kerdanet].
En 1420 et en 1458, qui trouvons-nous comme capitaines de Lesneven ? Hervé de Malestroit et Philippe de Malestroit, tous deux sans doute lointains descendants du combattant de Bouvines. [Note : Archives municipales de Lesneven].
(Marius-Fernand et Louis Blanc).
© Copyright - Tous droits réservés.