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ÉTAT NOBILIAIRE. - EXTRAIT DES ANCIENNES RÉFORMATIONS DE PLESTAN |
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Plestan, juin 1440.
Il va
nous passer sous les yeux une série de noms provenant des sources les plus
diverses, ce qui annonce le mouvement des peuples et le mélange des races et des
langues. Il ne sera donc pas hors de propos de dire ici préliminairement
quelques mots de ces sortes de noms et de leur curieuse origine.
Les noms propres ont été originairement significatifs. Ils n'ont point été imaginés par le caprice. L'invention sans motifs et sans principe n'est pas dans la nature de l'esprit humain et elle serait aussi difficile en cette matière qu'en tout autre. L'homme n'appliquera jamais à la chose dont il s'occupe, des sons qui ne réveilleraient aucune impression dans sa mémoire, aucune idée dans son esprit. Si cela est constant pour la création des substantifs communs, à plus forte raison est-ce une vérité indubitable pour le nom propre, destiné à remettre sous nos yeux l'objet unique auquel il s'applique.
Les indigènes de l'Amérique donnent un nom tiré de leur propre langue à l'étranger digne de fixer leur attention ; le nom qu'il porte dans son pays ne le désigne point assez pour eux, parce qu'il ne leur rappelle aucune idée qu'ils puissent associer à sa personne. Le sultan de Mascate (Nouvelles ann. des Voy., t. VIII), prenant pour médecin un Italien, lui demande comment il s'appelle. — « Vincenzo. — Je ne te comprends pas ; dis-moi la signification de ce mot en Arabe ». L’Italien le traduit par mansour, victorieux ; et le prince charmé de l'heureux présage attaché à cette dénomination, n'appelle plus son médecin que Chéik Mansour.
La philologie est parvenue à déterminer le sens d'un grand nombre de noms propres chez les anciens et chez les peuples du moyen âge. Ces noms font allusion à la taille, à la couleur des cheveux ou du teint, aux travaux, aux goûts, aux habitudes, aux vices, aux vertus, aux défauts physiques, moraux ou intelletuels , à la place qu'on occupe dans la famille ou dans la société, aux charges et aux emplois, au lieu de naissance ou d'habitation, aux accidents, aux actions d'éclat, etc. Au temps de Grégoire de Tours la plupart des noms propres, en France, étaient des noms Tudesques.
C'est au commencement du XIème siècle que commencèrent à apparaître les noms de famille héréditaires (MEZERAI). L'usage en devint général, pour les hautes classes, vers la fin du règne de Philippe Auguste, et pour les classes secondaires, au commencement du XIVème siècle. Cette institution eut pour cause l'hérédité des dignités et des fiefs, l'exemple des familles impériales de Constantinople, l’affranchissement des comunes et surtout la nécessité d'éviter la confusion qui résultait de la parité des noms de baptême. Ce furent les nobles qui commencèrent à adopter des noms qui n’étaient plus simplemente individuels, mais qui se transmettaient en même temps que les fiefs. Les serfs affranchis gardèrent souvent le nom de leur métier ou de leur emploi. Enfin, on eut recours à des surnoms, souvent à des sobriquets, pour distinguer entre eux ceux qui portaient un même nom.
Nous croyons qu'il ne sera pas sans intérêt de connaître les noms des familles nobles dans une simple commune rurale , au fond de la Bretagne , vers le milieu du XVème siècle, et l'origine de quelques-uns de ces noms. « Tout ce qui a trait à l'origine des noms propres contient des renseignements précieux, non-seulement pour l'histoire, mais encore pour les philologues » (FRANC. WEY.) Un bon nombre s'interprètent eux-mêmes.
Bertrand (du goth. Berth-Chramm) de la Moussaye. — Le fils feu Thomas de la Fontaine. — Le fils feu Rolland (du goth. Krod-Land) de Bourrée. — Thomas de Couëspelle [Note : Voir plus haut 1ère PARTIE, § I]. — Le fils feu Rolland Rosty [Note : Vient de rost, en latin assum, rôti. C'est un ancien mot breton, comme nous le voyons par le nom d'un roi armoricain, Daniel Dremrost qui avait eu les yeux ou le visage brûlés. On trouve aussi Dremrûd, dans Dom Morice, t. I, p. 174]. — Olivier Hingant de Gardisseul. — Rolland Berruyer [Note : Les Berruyers étaient des espèces de sbires ou hommes d'armes. Primitivement Berruyer, Berrier, etc., a signifié un habitant du Berry, puis il est devenu appellatif. Pourquoi et comment ?]. — Allain Mahé (Mathieu), fils Guillaume. — La Déguerpie [Note : De guerpire, gurpire, werpire, guerpir et déguerpir ; abandonner, délaisser. De l'ancien saxon werpan, jeter], veuve Pierre Rouxel. — Eon Eveillard, se dit noble. — Guillaume Monneix, est au pléd [Note : Ou mieux plait et plaid (placitum, plactum), procès, contestation] pour sa noblesse. — La Déguerpie Jacques Bisquerel [Note : De biz pour bis, deux fois, et quadrellus, espèce de traits ou dards dont le fer était à quatre côtés égaux et qui étaient lancés par les balistes et les catapultes. De là quarreaux ou carreaux. « Dieu lance contre nous les carreaux de sa colère ». DE LA RUE, Sermons. Le même que carellus ; en vieux français enguégne, d'où engin]. — Eon Mahé, annobli par lettres du Duc. — Jean Caignes [Note : Ou Cagne, fainéant, poltron. Dérivé de canis, chien ; italien, cagna, chienne], sergent noble. — Jean Labbé. — Perrot Gley [Note : De Glay ou Glé, au XVIIème siècle glui et gluie, de glena et gelima, qui désignait le glé ou le chaume des blés, ce qui reste de la paille ou brin de blé après que la partie supérieure en a été coupée]. — Jean Lesné. — Robert Lenoir. — Pierre Aubriel [Note : D'aubrelle, peuplier, saule]. — Robin Bedelec. — Pierre Pelisson. — Denis Lesné. — Robert (goth. Rath.-Bard) Le Ruffec. — Allain Le Court. — Julien Gauthier [Note : Wautier (Flandre 1226), Walterus, Galteras, Gauterius. Du radical gault, bois ; mot celt. On le trouve sous la forme goolt, dans le Cartulaire du Mont-Saint-Michel. Son congénère germanique est Wald, bois. Gaultier signifie forestier. On a donné le nom de Gaultiers aux paysans normands et manceaux qui se soulevèrent au XVIème siècle]. — Jean Hingant. — Ollivier Hingant. — Guillaume Bedel. — Guillaume de Couëspelle. — Guillaume Rosty de Bourges.— Guillaume Rolland. — Pierre Le Borgne. — Guillaume Jouhan [Note : Johans, Jehonens, Jehoens, Jehoen, Jehen, Jehan de Johannes. Un évêque de Dol s'appelait Jehonens au Xème siècle. Voy. Dom LOBINEAU. — Le nom de Jehan était excessivement commun en Picardie. Dans le procès-verbal d'une assemblée générale des habitants d'Amiens, datée du 15 juillet 1465, sur 96 noms, il y en a 32 qui sont précédés du prénom de Jehan. (M. l'abbé CORBLET Glossaire Picard). — Dans le relevé d'un scrutin du XIVème siècle à Provins, sur 2,700 noms, il y a 850 Jehan, Jehanin, Jehanne et Johannette ; ces deux derniers sont des noms de femmes, car, dans ce siècle de suffrage universel, les veuves votaient, ainsi que les autres femmes dans l'absence de leurs maris. — Sur une cloche d'alarme ou beffroi de Boulogne-sur-Mer, de 1343, on lisait : « At A NOM JEHANS ». On dit encore aujourd'hui à Plestan : J'ai à nom, il a à nom, etc., pour je me nomme, il se nomme, etc.]. — Guillaume Hingant (du Picard hinguer, tâcher, s'efforcer ?) — Eon Rouxel, se dit noble.
Plestan, mars 1475.
Jean Malescot, fils Jamet, fut par grâce du
prince, depuis trente ans annobli, et est marié à une des filles du sieur de
Lamballes, et demeurant ledit Jean et sa femme O [Note : O même signification que la prép.
avoc, avoec, ovoc, fr.
avec. Un escuier O lui avoit - Ki son bercerie portoit. - Lai de Melion, p. 48.
Bercerie, armes de chasse, l'arc et les flèches. O dans le sens d’avec est d’un
usage général dans la bouche des gens de la campagne à Plestan] ledit Jamet, et possède
partie de la tenue nommée Carcouët et y a métairie.
Guillemette Rolland, noble damoiselle, demeure en sa tenue nommée Carcouët (inconnu). — Le métayer de la Ville-au-Léon, appt à la dite Guillemette, ancienne métairie. — Ollivier Berruyer, noble homme, demeurant en sa tenue nommée La Lande, anc. métairie. — Guillaume Le Noir, N. H., dem. à Kermoren, sa tenue. — La métairie anc. de Bréhiguen (Bréhinier, Brénier), appt à Guillaume de la Fontaine. — La tenue Jacques Rolland, dite le Haut-Carcouët, métairie ancienne. — Thomas Rolland, noble dt en sa tenue, nommée Lourme (L'Orme). — La mét. du Rocher à Guillemette de la Goublays, noble Damoiselle. — Pierre Rosty, noble, demeure en sa tenue nommée Lesciet. (Serait-ce Lescoët ? Lesciet est aujourd'hui inconnu). — Bertrand Glé, en sa tenue du Bois-Menard. — Jean James, en sa tenue de Gardisseul. — Guill. Rolland, noble, en sa tenue de Villette. — Eon Sorgnart, métayer, en la tenue du Val et la possède. — Jean Poullain, lequel est noble.— Mathurin Chergon, noble, en sa tenue de la Ville-Derrien. — Guill. Le Grand, noble, en sa tenue de Launay. — Guil. et Jean de Couëspelle, demt en deux tenues. — Olivier Hingant, en sa tenue de S.-Maudan. — Jean Lesné, en sa tenue du Bois-Charles. — Ollivier Le Court et sa femme, nobles, demeurant à La Barre, leur tenue (Voir le Roman d'Alexandre de Lambert li Cors). — Pierre Rosty, possède une tenue nommée le Bois-Menard. — François Lucas, exempt, comme sergent de la Hunaudaye, ab antiquo [Note : Parmi les noms qui précèdent, nous remarquerons Chergon, d'origine saxonne et Launay d'alna, aulne, contraction de aven, eau, rivière. L'aune est l'arbre des rivières. L'an 1214, Olivier Tournemine, Ier du nom, vicomte de la forêt de Lanmur (Lann, territoire, et mawr, meur, grand, étendu), où il fit batir le château de la Hunaudaye, obtint ces terres en échange de ses droits sur le comté de Lamballe. — 1574. Tournemine (René). Ce fut principalement à ses soins que Henri IV fut redevable de la réduction de la province de Bretagne, qui gémissait, dit Moreri, sous le joug du duc Mercœur. — Le P. Tournemine, jésuite, a laissé plus de 60 ouvrages de l'érudition la plus variée. 1661-1739].
RÉFORMATION DE 1535 - NOBLES ET MAISONS.
Le manoir de Kergonnet (sic), appartenant à noble Arthur de la Moussaye [Note : Ce nom appartient à la langue d'oïl et vient du bas-latin Mussum, Mousse, ou Mussa, Marais]. — La maison de Launay-au-Grand, à Francois-le-Grand et à Rolland de la Moussaye, son fils (sic), noble. — La maison noble de Bréhigné et la métairie du Haut-Carcouët, à noble Thomas de la Fontaine. — La maison du Val, appt, à Pierre Poullain que l'on dit être noble. — La maison de Kermoren, à noble Jean Le Noir [Note : Aujourd'hui à Mme Hervé, née Alabernarde de Lamballe]. — La maison de la Chèze (de Casa, maison) à N. Rolland de Couëspelle. — La maison des Perrières, à N. Fr. Le Noir. — La maison du Vergier et de la Ville-Bât, à noble Vincent Thégon. — La mais. de la Rue, à Jean Thégon que l’on dit noble. — La mais. de Lannay-Ruault, à Delle Jeanne Le Court. — La mais. du Bois-Menard, à Delle Anne Rosty. — Une m. au Bois-Menard, à Bertrand Glé, noble. — La m. de Trémaudan, noble, à Mathurin Hingant, — La mais. de Bogiguené (Hoquinec peut-être), appt à Christophe, bastard de la Hunaudaye. — La m. de la Touche, à Regnault. ex-provost [Note : Ou plutôt prévôt (du lat. prœpositus, préposé), titre de divers officiers préposés pour avoir soin, autorité, direction], noble, ainsi qu'on le dit. — La m. de Gardissen (Gardisseul sans doute), au nommé Guillard, noble à ce qu'on dit. — La m. noble de l'Escoublière [Note : D'escobolerius, mot qui désignait le clerc chargé de balayer et de nettoyer l'église. Au moyen âge, le balai se nommait en bas-latin escobalaria], appt à noble Jacques Le Rebours. — La m. de Lescouet appt à Ollivier Rouxel ; l'on ne sait s'il est noble. — La m. du Bosq (du Bos?) à Jean Rouxel, fils dudit Oll. Rouxel. — La m. de Boschy, à Jaquette, veuve du nommé Bertho [Note : Du celtique Berth, beau, illustre] Glérias, noble, laquelle maison fut aux Rollandais, nobles. — La m. noble de La Lande-Bernies [Note : De Bernichœ, on il se trouve des canards, des oies sauvages], à Alain Vis-de-Loup (Visage de Loup), lieu de la Fontaine-Menard, noble. — La m. de Rollette à Thomas Simon ; on ne sait s'il est noble. — La m. de la Ville-Augier à noble Pierre Bréhant, aux droits de Jeanne Rado, sa mère, qui n'était damoiselle. — La m. de l'Escluse, à Ollivier Mauchet que l'on dit être noble. — La m. de la Barre, à noble François Le Court. — La m. du Bois-Charles, à F. Rousel que l'on dit noble. — Olliv. Commereux tient une maison qu'il a eue du sieur de Rodéré, noble [Note : Le nom Thégon est d'origine saxonne. Il vient de Thegen, baron, homme noble. — Plusieurs noms de localités ont été défigurés par les copistes dans les pièces précédentes. — Ruellan et Gicquel sont, parmi les noms d'origine celtique, deux des plus anciens de Plestan. Ruellan remonte à Riwelin nom d'un fils de Conan Meriadeck, premier roi de la Bretagne-Armorique (Vème siècle), et il a passé par les formes de Riwoalen, Rewalon, Rewellon, Ruellan. Olivier, sire de Tournemine, épousa, vers 1214, Edie, fille de Rivoalon, comte de Lamballe et Penthièvre. Gicquel fut un des noms donnés à Salomon, successeur de Conan. C'est une altération de Judicaël. Citons encore Hercouet, Carhuel, etc. « C'est lorsque chacun eut deux noms que l'on commença à en prendre un en dehors du cercle usité. Le simple nom viager, qui précéda l'usage des noms de famille, continua d'être représenté, après cette adoption, par le prénom. Le nom de famille commença, dans la féodalité, par le nom de fief transmissible. La famille, en se groupant ainsi autour d'un noyau fixe, acquit de la consistance, et bientôt l'élément qui avait produit un tel résultat, l'emporta sur l'autre ; la prépondérance s'attacha au nom transmissible et le nom viager passa à l'état d'accessoire ». Origine et formation des noms gothiques, par M. DE SOURDEVAL, président de la Soc. d'Agric. etc., d'Indre-et-Loire].
Cette notice était sous presse lorsque M. Le Court de la Villethassetz nous a fait l'honneur de nous adresser du château de la Rougeraye, en Trigavou [Note : C'est dans cette commune que se trouve Lamennais, une des propriétés qui constituaient l'héritage paternel des deux MM. Lamennais, Félix et Jean-Marie], près Dinan, une communication intéressante sur les origines de sa famille, qui se rattachent à Plestan, nous regrettons de n'en pouvoir reproduire que quelques lignes. Nous venons de voir que Launay-Roault appartenait, au milieu du XVIème siècle, à dame Jeanne Le Court. Cette propriété, qui provenait des ancêtres du maréchal Roault, passa dans la maison Glé du Boismenart et fut vendue par elle à la famille de la Moussaye. La chapelle de Launay fut saccagée pendant les guerres de la Ligue. « M. le Mis de la Moussaye de la Moglais, dit en terminant M. de la Villethassetz, m'avait donné l'ancien bénitier (que j'avais vu avec peine servir d'auge aux pourceaux de ses fermiers), pour mettre à ma chapelle de la Rougeraye, mais je n'ai pas eu le temps de le faire enlever avant sa mort ».
(Louis-François Jéhan).
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