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TRADITIONS DE PLESTAN

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Avant l'établissement du grand chemin actuel de Rennes à Brest, l'ancienne voie, tracée dans la même direction, partait, pour Plestan, de la Chappelle-aux-Chèvres (Tramain), passait à la Perrière-Colin, à la hauteur du chemin qui va à Quercy, arrivait devant la Prusse, descendait à Karmauran d'où elle remontait vers le bourg en passant devant la ferme de L'Orme, et continuait pour Lamballe, suivant un tracé qui se dirigeait, croyons-nous, par les Salles, les Champs-Bosses, etc. [Note : Cet ancien chemin a été retracé par la grande carte de l'État-Major. — On sait que les grandes routes n'ont été ouvertes dans le pays que vers le milieu ou sur la fin du siècle dernier. Les transport se faisaient à dos de mulets].

Un peu au-dessous de la Perrière-Colin il y avait une bifurcation ; un nouveau chemin se dirigeait au sud-ouest, vers les enclos appelés le Grand et le Petit-Breuil, aujourd'hui séparés par la Grande-Route, et qui étaient encore au milieu du siècle dernier de grands bois, ainsi que leur nom l'indique [Note : Breuil, en langue d'oïl, signifie taillis, bois, forêt ; du bas-latin brogilus, broussaille, de brogae champ, qu'on trouve dans le scholiaste de Juvenal comme mot gaulois ; en vieux francais bréte].

Le Petit-Breuil, dépendant de la ferme du Chaussy, est situé à deux kilomètres environ du bourg de Plestan, sur le bord du grand chemin. Il existe sur ce champ des traditions constantes dans le pays. Tous les anciens parlent d'un couvent de moines rouges qui aurait existé dans ce champ, ainsi que d'un gros trésor qui y aurait été enfoui.

Une nuit que des étrangers, moines ou voleurs, on ne sait, étaient venus pour enlever ce trésor, un nommé Tuaux, qui habitait Bellevue, sur le bord des Landes, en eut connaissance. Il se dit : « Ces gaillards-là vont enlever cette barique d'argent ; il vaudrait mieux qu'elle restât à notre pays ; allons leur faire peur ». Il se rendit donc dans le chemin qui est le long du Breuil avec une perche et une botte de paille, et aussitôt qu'il entendit du bruit dans le champ, il lia la paille au bout de sa perche, y mit le feu et l'éleva dans l'air. Cette flamme subite qui se promenait dans l'espace et jetait une lueur sinistre au milieu de l'obscurité de la nuit, leur parut quelque chose de surnaturel, à pareille heure, dans cette solitude. Ils prirent la fuite en disant : « Cette barique d'argent, dans cent ans elle sera encore là !... ».

Les traditions sur le Breuil ont été recueillies par nous-mêmes, qui les tenons de Mme Perrey, née Urvoy de Kertanguy, qui a habité longtemps le château du Boyas, voisin du Breuil, et par Louis-Marie Ricard, qui nous a secondé dans nos recherches avec beaucoup de zéle et d’intelligence. Il nous a transmis les récits trés-détaillés de Suzanne Labbé, femme Cardin, octogénaire, domiciliée à la Brèche-des-Landes, de Louis Baron, âge de soixante-dix-neuf ans, etc. etc., qui tiennent eux-mêmes ces traditions de la bouche des vieillards qui les leur ont racontées dans leur enfance. Mme Perrey a entendu de la bouche de Françoise Gauthier, née à Saint-Clavien, en Plestan, et morte il y a quelques années, dans un âge très-avancé, au château de Coibico, en Éréac, le récit d'une tradition sur le Breuil, qui mérite d'être rapportée à cause de sa singularité.

Suivant la relation de Françoise Gauthier, il aurait existé dans le Breuil une communauté de moines rouges qui ont dû enterrer leurs trésors dans le milieu de ce champ, au moment de fuir et sur le bruit qui s'était répandu qu'on voulait les exterminer. La tradition ajoute que tous les cent ans au jeûne de Noël ou de la Toussaint, au coup de minuit, la terre s'ouvre et le trésor revient à la surface de la terre. Pour s'en saisir, il faut le prendre, sans proférer une parole, et si l'opération n'est pas terminée au dernier coup de minuit, la terre se referme et entraîne avec elle les personnes qui ont voulu s'emparer du trésor. Françoise Gauthier citait même deux hommes de Plestan dont le nom échappe à Mme Perrey, lesquels avaient péri en tentant l'entreprise. Un d'eux s'écria : « Le trésor m'échappe !.... ». Le diable les a, dit-on, emportés tous deux.

N'y aurait-il pas là quelque vague souvenir des Templiers ? Ne pourrait-on pas même supposer que ce sont eux qui ont répandu ces récits étranges sur le Breuil dans le but de détourner des populations superstitieuses du dessein de faire des fouilles pour s'emparer d'un trésor qu'on y croyait caché, croyance d'ailleurs très-fondée, comme nous le verrons tout-à-l'heure.

Suivant tous les récits, le Grand et le Petit-Breuil et les environs ne formaient qu'un grand bois encore au milieu du siècle dernier. Lorsque le grand chemin actuel fut construit, les voyages furent plus fréquents, et, par suite, le brigandage devint plus commun dans ces parages isolés. Les voleurs s'embusquaient dans ces bois, se jetaient, la nuit, sur les passants, les dépouillaient et commettaient de nombreux assassinats [Note :  La nuit, si l'on passe dans les environs du Breuil, disent les paysans, on entend des cris, on voit briller des lumières, on aperçoit des spectres épouvantables. — Dans les campagnes du Morbihan, on dit qu’en châtiment de leurs crimes, les moines rouges (les Templiers) disparurent tous dans une même nuit, et l’on voit souvent errer leurs ombres tourmentées par le remords dans les lieus qu’il ont habités. — ROSENZWEIG, Mémoire sur les Ordres religieux militaires, etc.].

Ceci nous expliquerait la tradition d'un couvent de moines rouges. On aura désigné ainsi des hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem qui seront venus s'établir dans les anciens bâtiments du Breuil pour y défendre et protéger les voyageurs. Ce qui donna lieu à cette dénomination de moines rouges, c'est sans doute la distinction qui fut accordée par le pape Alexandre IV (1254), aux seuls chevaliers de porter en campagne une sopraveste ou cotte d'armes rouge avec la croix blanche, afin qu'on ne les confondit plus avec les frères servants dont le costume, jusque-là, avait été le même que celui des chevaliers, c'est-à-dire noir et blanc.

Notre savant collègue à la Société Polymathique du Morbihan, M. Rosenzweig, pense que le peuple, dans nos campagnes, a confondu les deux ordres du Temple et de l'Hôpital, et l'une des causes qui aurait donné lieu à cette méprise, suivant lui, c'est que la croix rouge éclatait sur les vêtements des chevaliers des deux Ordres, et que c'est à l'existence de cette croix qu'il faut sans doute rapporter le nom de moines rouges, en breton : « menac’h ru, donné indifféremment, croyons-nous, ajoute M. Rosenzweig, aux uns et aux autres, bien qu'il semble plus spécialement affecté aux Templiers » [Note : Mémoire sur les Ordres religieux militaires du Temple et de l'Hôpital, etc., dans le département du Morbihan (1861)]. La vérité est que les templiers seuls portaient la croix rouge sur leur manteau blanc avec un étendard nommé beaucéant mi-partie de noir et de blanc. Quant aux chevaliers de Malte ou hospitaliers, ils portaient dans l'établissement une robe et un manteau noirs, à la guerre une cotte d'armes rouge, comme nous l'avons dit plus haut, avec une croix blanche à huit pointes comme ornement sur le côté gauche de la robe noire et de la sopraveste rouge.

L'ordre de Malte avait plusieurs hôpitaux dans le diocèse de Saint-Brieuc, et beaucoup de dépendances. Il avait une Eleemosina à la Croix-Huis, en Pléboule [Note : On appelait Eleemosinae ou Aumônes les bénéfices accordés par Charte aux Ordres militaires et hospitaliers. A deux ou trois kilomètres du Breuil se trouve une ferme du nom de l'Aumône, ainsi nommée vraisemblablement parce qu'elle constituait un bénéfice ou aumônerie (eleemosina) des moines rouges ou hospitaliers établis dans le Breuil. — Voir le Cartulaire de Redon, p. 505. — Charte de Conan III en faveur des Templiers, 1160. Il y avait, aux environs de Jugan, l'Hopital du Bois-Chauff, en latin de Saltu-Calvo. Cet Hôpital, qu'on ne sait où placer, pourrait bien être celui du Breuil lui-même. Le Pouillé de Saint-Brieuc mentionne les Commanderies de Pledéliac, de Lescouët-Jugon, de Quessoy, etc. Le Breuil en pouvait être une dépendance], etc.

En 1763, M. Gilles Dépagne, curé de Plestan, défricha et cultiva avec un M. Bego les landes de la Prusse dont le Grand-Breuil faisait partie. Etait-ce dans le but de détruire ce repaire de voleurs après la ruine de la maison des moines rouges ou après leur éloignement ? La tradition ne s'explique pas sur ce point ; elle dit seulement que ce couvent fut détruit avant la Révolution.

Ce qu'elle tient pour constant c'est qu'il y avait, dans le Petit-Breuil, une habitation, un bâtiment, un couvent de moines rouges. Un nommé Charles Badouard, mort il y a seulement, quelques années, avait tiré beaucoup de pierres de champ, vieux débris de murailles recouverts de halliers. Il en avait transporté une partie sur le grand chemin et s'était servi des autres pour se bâtir une maison qu’on voit encore à quelque distance sur la bruyère. Outre le couvent, la tradition parle du moulin Sorin [Note : Ce fut vers l’an 1098 qu'on commença à faire usage, en Bretagne, des moulins à vent, dont on avait vu des modèles en Orient et dans la Hongrie. Il en est question, pour la première fois, dans un acte hongrois de l'an 708], que l’on place au haut des Buttes, enclos contigu au Breuil, qui appartient aujourd’hui à M. de Lorgeril.

Je me souviens très-bien d'avoir remarqué, dans mon enfance, que le haut du Breuil ou côté nord touchant au grand chemin, était inculte. J'y vois encore les hautes herbes blanches, mêlées de ronces rampant parmi des tas de pierres noires, où je ne manquais jamais de trouver au printemps des nids de traquet, ce petit oiseau des landes, dont on connaît la vivacité extrême, et le petit cri sec plein d'inquiétude. Que j'étais loin alors de penser que je foulais les ruines d'un monument antique !.....

(Louis-François Jéhan).

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