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Ernest RENAN

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Ernest Renan de Tréguier     

Joseph Ernest Renan, né le 28 février 1823 à Tréguier (Bretagne - Côtes-d'Armor) et décédé le 2 octobre 1892 à Paris, est un écrivain, philosophe et historien breton. 

De son vivant, Renan fut surtout connu comme l’auteur de la populaire Vie de Jésus. Ce livre contient la thèse alors controversée selon laquelle la biographie de Jésus doit être comprise comme celle de n’importe quel autre homme et la Bible comme devant être soumise à un examen critique comme n’importe quel autre document historique. Ceci déclencha des débats passionnés et la colère de l'Eglise catholique.

CHAPITRE PREMIER

SA JEUNESSE 

L’homme dont nous parlons a occupé trop de place dans l’opinion publique pour qu’il ne nous ait pas semblé utile de lui consacrer une biographie. 

En le jugeant, du reste, c’est toute une école que nous apprécierons avec lui, et les questions débattues autour de son nom sont d’une importance telle que personne ne s’en est dissimulé la gravité. 

Ernest Renan naquit à Tréguier (Côtes-du-Nord), le 27 février 1823. Son père avait fait dans la marine presque toutes les campagnes contre les Anglais sous la Révolution et sous l’Empire. De ces temps troublés, le père avait gardé des opinions révolutionnaires. 

Ernest Renan de Tréguier

Après avoir passé plusieurs années sur les pontons, il était revenu au pays et s’était fait capitaine de cabotage. 

La mère tenait, par le côté maternel, de la bourgeoisie de Lannion, et par le côté paternel, au Bordelais. 

Un jour, on trouva le cadavre du capitaine sur la grève du Goëlo. On attribua cette mort à un suicide causé par le désespoir ; en effet, la famille tenait à Tréguier un petit commerce, et les affaires allaient de moins en moins bien.

Mme Renan se retira à Lannion et l’enfant fut envoyé au collège de cette ville. Trois ans plus tard, il entrait au petit séminaire de Tréguier.

Taciturne et songeur, il révéla pour l’étude des dispositions remarquables et se montra docile à ses maîtres.

Plus tard, parlant de son enfance, il eut la loyauté de leur rendre justice : « Ces dignes prêtres, a-t-il dit, ont été mes premiers précepteurs spirituels, et je leur dois ce qu’il peut y avoir de bon en moi. J’avais un tel respect pour mes maîtres, que je n’eus jamais un doute sur ce qu’ils me dirent avant l’âge de seize ans, quand je vins à Paris ».

C’est en 1838 que Ernest Renan fut envoyé à Paris comme boursier au petit séminaire de Saint-Nicolas du Chardonnet, alors dirigé par l’abbé Dupanloup.

Il était d’un caractère doux, timide, craintif même ; les heures de récréation lui étaient à charge et l’on pouvait difficilement le faire sortir de son mutisme. Il devint très pieux, au point d’être admis parmi les plus fervents dans une Congrégation de la Sainte Vierge. Il y fut même chargé de la fonction de secrétaire. Un seul défaut perçait déjà, grandissant de jour en jour, et inquiétant ses maîtres, un entêtement tout breton dans ses idées.

Renan avait alors quinze ans. L’abbé Dupanloup lui fit faire à nouveau sa rhétorique, et il la fit sans grand succès, un peu effacé au milieu des jeunes gens d’élite que l’illustre directeur avait réunis dans cette maison.

Résolument, à la fin de son année au petit séminaire de Saint-Nicolas, le rhétoricien entra au grand séminaire de Saint-Sulpice, à la maison de philosophie d'Issy, et devint l’abbé Renan.

Là, il eut pour maîtres MM. Gosselin et Manier, de la Compagnie de Saint-Sulpice.

Quelques années après, il vint dans la maison de théologie, au séminaire de Paris, à côté de l’église Saint-Sulpice. On y voit encore sa cellule.

Il y avait alors parmi les directeurs du séminaire un homme d’une science plus qu’éminente et dont le haut talent frappa singulièrement le jeune séminariste.

C’était l’abbé Le Hir. Il professait l’exégèse biblique et faisait au jeune clergé un cours d’hébreu. Renan se passionna à son école pour les études de linguistique et devint rapidement un de ses meilleurs élèves.

Il a tracé lui-même le portrait de son maître :

« M. Le Hir, dit-il, était un savant et un saint ; il était éminemment l’un et l’autre. Cette cohabitation dans une même personne de deux entités qui ne vont guère ensemble se faisait chez lui sans collision trop sensible, car le saint l’emportait absolument et régnait en maître. Pas une des objections du rationalisme qui ne soit venue jusqu’à lui. Il n’y faisait aucune concession, car la vérité de l’orthodoxie ne fut jamais pour lui l’objet d’un doute. C’était là, de sa part, un acte de volonté triomphante plus qu’un résultat subi.

M. Le Hir rappelle, à beaucoup d’égards, Dellinger par son savoir et ses vues d’ensemble ...... J’avais toujours eu l’intention de proposer à mes confrères de l'Académie des Inscriptions et belles-lettres de le nommer membre libre de notre Compagnie ; il eût rendu, je n’en doute pas, à la Commission du Corpus des inscriptions sémitiques, des services considérables.

Sa mine était étrange : il avait la taille d’un enfant et l’apparence la plus chétive, mais des yeux et un front de la compréhension la plus vaste. Sa piété était vraiment comme les mères-perles dont parle François de Sales, qui vivent emmy la mer sans prendre aucune goutte d’eau marine, etc. ».

On voit que l’ex-séminariste rend hommage à son ancien maître. Du reste, il conserva pour tous les anciens directeurs de Saint-Sulpice un souvenir d’estime qui fit naître des réflexions absolument étranges sous la plume de cet ennemi acharné de l'Eglise.

Parlant du séminaire de Saint-Sulpice, l’académicien écrivait :

« C’est, avant tout, une école de vertu... Ce qu’il y a de vertu dans Saint-Sulpice suffirait pour gouverner un Monde, et cela m’a rendu difficile pour ce que j’ai trouvé ailleurs ».

Des prêtres en général, Renan, devenu sceptique et athée, écrivait encore : « Le fait est que ce qu’on dit des moeurs cléricales est, selon mon expérience, dénué de tout fondement. J’ai passé 13 ans de ma vie entre les mains des prêtres, je n’ai pas vu l’ombre d’un scandale : je n’ai connu que de bons prêtres ».

Le vénérable supérieur de Saint-Sulpice, M. l’abbé Icard, nous a rapporté qu’au séminaire, il fut un élève d’une grande régularité. « C’était, dit-il, un esprit superficiel, qui manquait de netteté et n’approfondissait rien. Outre cela, très infatué de lui-même.

Je l’avais chargé, avec quelques autres séminaristes, du catéchisme de persévérance des jeunes gens de la paroisse.

Comme il se montrait fort au-dessous de cette tâche, je le fis venir et lui adressai quelques reproches.

« Je ne puis pas, observa-t-il, me mettre à la portée des enfants. 

- Mais, mon ami, peur cela, vous n’avez pas à descendre de si haut ! Rien n’est plus facile ! Il suffit d’être simple, d’être net surtout ». 

Je dus lui retirer cette fonction ».

D’ailleurs, l’épicurien sceptique, le jouisseur attique, l’égoïste transcendant devait déjà exister dans le jeune homme et lui rendre effrayant un avenir d’abnégation.

On sait combien, plus tard, Renan devint ami des jouissances raffinées, et personnel.

Qui ne sait le dédain spirituel et indulgent qu’il ne cessa de montrer pour tout ce qui n’était pas lui dans l’humanité.

Renan reçut au séminaire la tonsure et les quatre Ordres mineurs ; mais, quand il s’agit d’avancer au sous-diaconat, Ordre qui engage définitivement l’avenir, il recula.

Sa foi était déjà fort ébranlée, pour ne pas dire perdue, par les lectures imprudentes et peu préparées qu’il avait faites des philosophes allemands.

Il lui en resta, dans tous ses écrits, je ne sais quoi de nuageux, de vague et d’indécis. En religion, il était devenu panthéiste ; il n’admettait plus un Dieu personnel. Sa doctrine était dès lors ce qu’elle fut depuis, un athéisme mystique, doré, avec une couleur de religion. Il ne dépouilla jamais complètement l’ancien séminariste.

Le 6 octobre 1845, Renan quitta le séminaire pour aller changer d’habit dans l’hôtel de Mlle Céleste.

Quel était le vrai motif de ce départ et de ce brusque revirement? Renan a prétendu qu’il avait été conduit là par sa raison. Vraiment, il ne pouvait pas dire autrement, son témoignage est sujet à caution. Personne ne saura jamais l’état de son esprit et les raisons exactes qui présidèrent à une détermination aussi grave.

Il prétend que la science qu’il trouva à Paris a été la cause de tout, et que, s’il fût demeuré en Bretagne, il serait devenu chanoine ou vicaire général de Saint-Brieuc.

Ceci n’est pas sûr. Ce qui est plus probable, c’est que Renan passa une ou plusieurs années au grand séminaire dans un état de mauvaise foi bien coupable.

Ce qui est certain aussi, c’est qu’à côté de Renan, des jeunes gens d’élite et d’une grande valeur intellectuelle étudièrent mêmes sciences, et, bien loin d’y trouver la condamnation du christianisme et des motifs pour renoncer à la foi, ils n’en devinrent tous, au contraire, que plus convaincus et plus ardents à défendre la cause de Dieu.

Ce qui est certain, enfin, c’est qu’il faut de l’énergie et de la force pour correspondre à la grâce de la foi ; cette vertu impose d’immenses sacrifices moraux. Renan n’eut pas le courage de les accepter. Les fausses idées qu’il s’était faites au contact de la philosophie allemande achevèrent de le dérouter, en prenant de jour en jour plus d’empire sur son esprit.

Au sortir de Saint-Sulpice, Mgr. Dupanloup, qui n’oubliait pas l’ancien élève de Saint-Nicolas, vint à son secours et lui offrit une place de surveillant ecclésiastique au collège Stanislas, qui était alors dirigé par le P. Gratry. Renan accepta, mais cette situation intermédiaire lui pesa bientôt ; il ne l’occupa que trois semaines et, au bout de ce temps, il brisa nettement les derniers liens qui le rattachaient à l'Eglise. Il entra dans une institution du quartier Saint-Jacques comme répétiteur au pair.

Il n’était pas même bachelier.

Il se mit au travail avec un âpre et infatigable acharnement et se plongea dans l’étude des langues orientales, où il ne tarda pas à devenir maître ; il compléta sa formation en matière d’hellénisme, et s’enquit avec soin des dernières découvertes de l’orientalisme.

Au bout de trois ans, il était agrégé en philosophie, après avoir préparé tous ses grades dans la même institution de la rue des Deux-Eglises (aujourd’hui, rue de l'Abbé-de-l'Epée).

En dehors des causes que j’ai dites, deux personnes contribuèrent singulièrement à développer les dispositions antireligieuses d'Ernest Renan, et exercèrent sur son esprit la plus funeste influence : c’étaient sa soeur Henriette et M. Berthelot.

Sa soeur Henriette, qui l’avait toujours tendrement aimé, s’était engagée de bonne heure dans la carrière de l’enseignement, pour soutenir sa famille et permettre à son jeune frère de continuer ses études.

La malheureuse avait perdu la foi avant lui.

Elle était alors en Pologne, et y exerçait les fonctions d’institutrice privée. Ses lettres, bien loin de soutenir et d’affermir le jeune homme, portaient la désespérance dans son âme. Cette influence, qui correspondait à sa propre inclination, fut plus forte que celle de sa mère, femme chrétienne, qui se désolait des sentiments de son fils et ne put cependant le retenir.

Berthelot encouragea les travaux du jeune linguiste, mais le poussa davantage encore sur la pente de l'incrédulité.

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CHAPITRE II

LES PREMIERS OUVRAGES

Renan fut admis comme collaborateur dans la rédaction de plusieurs revues et journaux : le Journal de l'Instruction publique, la Revue asiatique, le Journal des savants, le Journal des Débats, la Revue des Deux-Mondes.

Dans l’intervalle, il obtenait le prix Volney pour un mémoire sur les langues sémitiques ; deux ans après, l'Institut lui décernait un autre prix pour son Etude de la langue grecque au moyen âge.

Ernest Renan

En 1849, un professeur du lycée de Versailles, M. Bersot, le choisissait pour suppléant ; il n’y passa que peu de temps et, la même année, fut chargé par le gouvernement d’une mission scientifique en Italie. Auparavant, il avait successivement conquis les grades de bachelier et de licencié ès-lettres.

En Italie, il se livra à d’actives recherches sur les documents relatifs à Averroës et à ses doctrines, et prépara tous les matériaux de son premier livre : Averroës et l’Averroïsme. Il en fit sa thèse de doctorat.

Sa soeur Henriette revit de Pologne, où elle exerçait son préceptorat, en 1850 ; M. Renan alla au-devant d’elle jusqu’à Berlin. Il s’arrêta quelque temps en Allemagne pour y voir de près et sur place un grand foyer de science allemande. Au retour, le frère et la soeur prirent un appartement dans la rue du Val-de-Grâce, en face du couvent des Carmélites.

En 1851, Ernest Renan fut nommé au département des manuscrits de la Bibliothèque nationale.

Il s’assura, peu après, une vie facile et des garanties pour l’avenir par son mariage avec Mlle. Scheffer, fille d'Henry et nièce d'Ary Scheffer.

Enfin, en 1856, à l’âge de 33 ans, il fut élu membre de l'Académie des Inscriptions et belles-lettres, en remplacement d'Augustin Thierry. Son article sur la poésie des races celtiques avait paru, deux ans auparavant, dans la Revue des Deux-Mondes.

A peine âgé de 30 ans, considéré, aimé, heureux, il n’avait pas à regretter, semble-t-il, d’avoir cessé de croire.

«Si la vie présente, remarque Mgr. d'Hulst, dans une brochure récemment publiée, pouvait épuiser les désirs de l’homme, il faudrait pardonner à M. Renan d’avoir si souvent étalé dans ses écrits l’aveu quelque peu insolent de son bonheur ».

C’est alors qu’il songea à tirer parti de tous les matériaux accumulés dans ses études antérieures et à en construire un monument, à faire une oeuvre qui pût lui acquérir une immense popularité et assurer sa réputation et sa fortune littéraire.

L’oeuvre rêvée par lui fut la démolition philosophique et historique du christianisme.

Le Dieu qu’il avait servi, il l’anéantirait ; il ruinerait à jamais les bases de la divinité du christianisme en attaquant résolument le caractère divin de son fondateur.

Cela sans haine, sans cette fureur particulière aux sectaires, mais doucement, en se jouant, avec un sourire sur les lèvres, d’un ton de bonne compagnie, et sans la moindre injure à l’adresse des adversaires.

Ce genre d’attaque contre l'Eglise n’avait pas d’antécédent.

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CHAPITRE III 

« LA VIE DE JESUS » 

Pour se préparer au grand travail qu’il méditait, Renan entreprit, vers 1860, le voyage de Palestine, avec sa femme et sa soeur Henriette. Il parcourut avec celle-ci la Phénicie et la Palestine ; mais Henriette y mourut.

Il avait beaucoup aimé cette soeur et, dans l’opuscule qu’il lui a consacré, il nous apprend qu’au point de vue du style, elle avait amené des modifications considérables dans son procédé.

« De ma réunion avec ma soeur, dit-il, date un changement profond dans ma manière d’écrire ...... Un trait qui la blessa dans mes écrits fut un sentiment d’ironie qui m’obsédait. Je n’avais jamais souffert, et je trouvais dans le sourire discret provoqué par la faiblesse ou la vanité de l’homme une certaine philosophie. Cette habitude la blessait, et je la lui sacrifiai peu à peu ».

Une page étrange au point de vue des idées, c’est celle où il rappelle une méditation silencieuse en compagnie d’Henriette.

« Te souviens-tu, du sein de Dieu où tu reposes, de ces longues journées de Ghazir, où, seul avec toi, j’écrivais ces pages inspirées par les lieux que nous avions visités ensemble ? Silencieuse à côté de moi, tu relisais chaque feuille, et la recopiais sitôt écrite, pendant que la mer, les villages, les ravins, les montagnes se déroulaient à nos pieds ; quand l’accablante lumière avait fait place à l’innombrable armée des étoiles, tes questions fines et délicates, tes doutes discrets, me ramenaient à l’objet sublime de nos communes pensées ....... ».

Le malheur est que ni l’un ni l’autre ne croyaient en Dieu. Alors, que veulent dire ces lignes ?

Malade lui-même, atteint de la fièvre au moment où sa soeur expirait, il s’occupa néanmoins avec soin de ses funérailles et les voulut religieuses. Elles furent célébrées dans un couvent. Plus tard, il fit revenir le corps en France.

Au reste, il parut prendre assez facilement son parti de cette mort. Qu’on lise plutôt ces lignes : « Je n’ai jamais beaucoup souffert. Il ne dépendait que de moi de croire que la nature a mis plus d’une fois des coussins pour m’épargner les chocs trop rudes. Une fois, lors de la mort de ma soeur, elle m’a, à la lettre, chloroformé, pour que je ne fusse pas témoin d’un spectacle qui eût peut-être fait une lésion profonde dans mes sens et nui à la sérénité ultérieure de ma pensée ».

C’était se résigner facilement, et se faire du dévouement une théorie très commode.

De retour en France, et occupé déjà à composer la Vie de Jésus, Renan fut nommé professeur au collège de France. Dès la première leçon, il osa nier la divinité du Christ publiquement.

Les pouvoirs s’émurent ; le gouvernement de l’empire ne crut pas pouvoir approuver une attaque aussi retentissante contre la religion catholique, et Renan fut immédiatement révoqué.

Le cours fut fermé. L’événement fit du bruit, et un grand nombre de jeunes gens, naturellement frondeurs, se mirent du côté de l’apostat.

Aussi, lorsque parut, peu de temps après, son ouvrage la Vie de Jésus, les esprits étaient préparés à le recevoir.

L’apparition de cet ouvrage fit un bruit énorme, et provoqua de toutes parts les plus chaudes et les plus véhémentes protestations.

Le scandale était inouï. Même des incroyants s’étonnaient qu’un tel sujet eût été traité par une telle plume. Etait-ce au défroqué, à l’ancien séminariste, à l’ancien congréganiste de Saint-Nicolas que revenait cette besogne ? L’énormité de l’inconvenance frappait ceux-là mêmes qui ne partageaient pas les croyances chrétiennes.

Le livre était écrit avec un certain charme ; il y avait des grâces naturelles dans le style, de l’éclat dans les couleurs ; mais la note générale était le vague, l’incertain, le flou. La pensée nage dans les mots, et se saisit difficilement ; nulle part de précision ; beau­coup de contradictions ; la légèreté et l’incohérence à toutes les pages.

Les esprits légers furent séduits ; ceux qui réfléchissent et veulent de solides raisons regrettèrent tant de talent dépensé en un pareil enfantillage.

En Allemagne, on s’amusa beaucoup du livre, et on le trouva absolument inférieur, au point de vue de la critique et de l’analyse des faits, à ce que l’on pouvait attendre de la nouvelle école historique qui s’annonçait si bruyamment prétentieuse.

L’ouvrage, heureusement, était mélangé de considérations et de raisonnements qui le rendirent inaccessible pour le peuple, qu’il ennuya et qui ne le lut pas. C’est une remarque générale à faire sur Renan, qu’il n’a pas écrit pour le peuple. Il affecte trop la science, et il n’a aucun des caractères de l’écrivain populaire.

Son habileté consiste à ne pas attaquer de front. Oh ! il comprend le caractère du Christ ; il en reconnaît la grandeur morale ; mais ce n’est pour lui qu’un homme, et d’avance, de parti pris, il est décidé à arracher un à un tous les rayons de sa divine auréole.

Il part, en étudiant la vie de Notre-Sei­gneur, de cette idée arrêtée qu’il n’y a pas de surnaturel.

Il écrit donc l’histoire des origines du christianisme avec un absolu parti pris. Pour lui, il n’y a pas de miracles, et tous les faits donnés comme merveilleux doivent, d’une façon ou de l’autre, s’expliquer naturellement, parce que le miracle est métaphysiquement impossible.

Toute la critique nouvelle inaugurée par lui et qu’on peut appeler, le « Renanisme », repose sur ce postulatum monstrueux et qui renverse le principe même de l’histoire, qui est l’observation des faits d’une façon impartiale en dehors de toute préoccupation a priori.

Ce n’est pas une fois, c’est vingt fois que le père de la critique nouvelle avoue ce parti pris. Avant d’avoir étudié le moindre fait évangélique, il déclare nettement qu’il n’est pas surnaturel.

« Quant à la question fondamentale sur laquelle doit rouler la discussion religieuse, c’est-à-dire la question du fait de la révélation et du surnaturel, je ne la touche jamais ».

Et la raison ?

« Parce que la discussion d’une telle question n’est pas scientifique ; et parce que la science indépendante la suppose antérieurement résolue ! ».

Renan se croit la science incarnée, l’encyclopédie infaillible et vivante. Rarement, l’infatuation de soi-même a été poussée plus loin. Il avait beaucoup étudié, beaucoup réussi. Ses succès le grisèrent ; il voulut être chef d’école et imagina cette nouvelle critique, qu’on a appelée le Renanisme, et qui met à la base de toute étude historique la négation absolue du surnaturel au nom de la science.

« C’est de l’ensemble des sciences que sort ce grand résultat : Il n’y a pas de surnaturel ».

Mais quoi ? Chevreul, Pasteur et tant d’autres illustres savants sont pourtant demeurés spiritualistes et religieux ? Puisqu’il y a eu beaucoup de grands savants chrétiens, il est donc absolument sûr que la science en elle-même ne conclut pas le moins du monde à la négation du surnaturel.

Du reste, la nouvelle critique tombe dans des fautes bien grossières dès son début. La Vie de Jésus est remplie d’inconséquences.

«  Sur les quatre Evangiles, dit Renan, il y en a trois où Jésus ne prend pas le titre de Fils de Dieu. C’est saint Jean seul qui rapporte ce mot ».

Cela est absolument faux. Renan a mal lu. Soit ! Mais, quand on veut être la science, a-t-on le droit de mal lire ? Le Christ s’appelle Fils de Dieu dans tous les Evangiles. Voyez, par exemple, ce passage de saint Matthieu : « Je t’adjure, par le Dieu vivant, de nous dire si tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » s’écrie le grand-prêtre. Jésus répond : « Vous l’avez dit » (Matt., XXVI).

Saint Luc et saint Marc sont aussi catégoriques.

Que penser d’un historien qui cite les textes de cette manière ?

Ce qui est fort curieux, c’est qu’après avoir mis le mot de Fils de Dieu sur le compte de saint Jean, à la page 245, cent pages plus loin, l’auteur dit de Jésus : « Son titre de Fils de Dieu, il l’avouait ouvertement dans de vives paraboles où ses ennemis jouent le rôle de meurtriers des envoyés célestes ».

Cela s’accorde bien, n’est-ce pas ?

Ailleurs, Renan dit très sottement : « Jésus n’a pas la moindre notion d’une âme séparée du corps ».

L’apostat n’a pas lu ceci, peut-être :

« Ne craignez pas ceux qui tuent le corps mais qui ne peuvent pas tuer l’âme. Craignez plutôt celui qui peut envoyer au supplice l’âme et le corps » (Matt., X, 28).

A la page 327, Renan écrit : « Les pharisiens étaient les vrais juifs ». Et, à la page 347, ces autres mots : « Les sadducéens étaient les vrais juifs ». Or, les pharisiens et les sadducéens étant deux sectes contraires, lesquels décidément étaient les vrais juifs ?

Ailleurs, il dit : « Dans le mariage même, la continence était recommandée ; c’est la doctrine constante de saint Paul » (p. 307).

C’est absolument faux. (Voyez Ire Corinthiens, VII, 3 et 4).

Renan prétend encore que le baptême n’a pour Jésus qu’une importance secondaire. Or, Jésus dit : « Allez , enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit » (XXVIII, 19) « Quiconque ne renaît pas de l’eau et de l’Esprit ne peut entrer dans le royaume de Dieu » (Saint Jean, III, 5).

« Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé » (Saint Marc, XVI, 16).

Comment travaillent donc ces hommes ? écrivait le P. Gratry. Qu’ont-ils sous les yeux de l’esprit lorsqu’ils affirment ? Le hasard est-il donc le seul maître de leur parole ? ou bien sont-ils victimes d’une sorte d’instinct physique qui les pousse à parler ? Il est difficile d’être plus fantaisiste, plus léger, plus superficiel que ne l’a été Renan dans cet ouvrage.

Du reste, les contradictions ne l’effrayent pas. Il admet très bien la théorie des rhéteurs et vous dit sans aucune gêne qu’il n’est pas absolument sûr de ce qu’il vous affirme, que la vérité absolue n’existe pas, qu’elle se fait peu à peu. Elle n’existe que dans la catégorie du devenir.

L’ouvrage fut sévèrement jugé par les rationalistes allemands.

La Gazette d’Augsbourg écrivait, le 15 septembre 1863, sous la signature de M. Keim, de l’école de Tubingue, au sujet de l’ouvrage d'Ernest Renan :

« C’est un roman.. ce sont de nouveaux Mystères de Paris, écrits avec rapidité pour amuser, sur un terrain sacré, un public de profanes ..... Sur toutes les questions graves, le livre est nul scientifiquement.

Au lieu de se jouer de cette grande histoire de Jésus, que tous les siècles contemplent avec recueillement, au lieu de flatter les esprits blasés, de contrister les croyants et d’outrager la science, je parle de la science libre, que M. Renan se remette au travail avec conscience et recueillement, qu’il n’essaye plus d’écrire en six mois, dans une hutte de Maronite, et entouré de cinq ou six volumes, l’histoire des temps apostoliques, annoncée dans son introduction : alors, il pourra obtenir son pardon des amis de l’histoire véritable, qui, aujourd’hui, rient de son singulier triomphe ».

Voici qui est plus fort : Renan, dans son introduction, avait invoqué le témoignage d’un célèbre écrivain rationaliste et protestant : M. Colani.

Or, Colani écrivit en réponse ce qui suit, dans la Revue de théologie protestante de Strasbourg, 5ème livraison, p. 400 et 401 :

« On le voit, à l’aide de combinaisons étranges ou plutôt de décisions on ne peut plus arbitraires, M. Renan s’est tracé un cadre de la vie de Jésus, qui n’est ni celui des synoptiques, ni celui de saint Jean, mais qui se compose de quelques éléments arrachés violemment à celui-ci, et puis complètement transformés ..... Tout ce cadre, je le répète, est de pure invention, quant aux faits et même quant aux dates. Mais ce qui est beaucoup plus grave, c’est le procédé inouï d’après lequel M. Renan, brisant en mille pièces les récits et les discours des Evangiles, en distribue les fragments comme bon lui semble ...... Ici, toute discussion est inutile ...... Il doit suffire de protester énergiquement contre ces perpétuels coups d'Etat, et de protester, non pas au nom d’un préjugé religieux, mais au nom de la science, au nom de la critique, au nom de l’histoire ».

Voilà donc la science, la critique et l’his­toire rationalistes, ne s’accordant pas du tout avec la science, la critique et l’histoire également rationalistes.

Un autre ami de Renan disait encore : « Il y a dans l’ouvrage entier une certaine apparence d’arbitraire, comme si l’auteur, sans pitié ni souci des textes, s’était complu à les ajuster au gré de sa fantaisie, pour en faire un Jésus de convention ».

Rien n’est bizarre et lugubrement amusant comme le ton que prend le sophiste quand il parle de Jésus :

« Jésus n’a aucune idée de ...

Jésus ne sut rien de ....

Jésus n’a pas la moindre notion de ....... , etc. ».

Ce gros petit bonhomme faisant la leçon au Maître éternel des siècles, était-ce assez outrecuidant ?

Et fallait-il être assez fat ?

Selon lui, Jésus était « un fils en révolte contre l’autorité paternelle » ; « un jeune villageois, qui voit tout à travers le prisme de sa naïveté ».

Les apôtres de Jésus et ses disciples sont « une troupe gaie et vagabonde », « une bande de joyeux enfants », un cercle « de jeunes gens, cherchant l’inconnu », jeunes gens « dont l’esprit était faible et l’ignorance extrême, mais dont le coeur débordait ».

Judas, si vous en croyez Renan, fut un brave homme.

« Le pauvre Judas », un maladroit plutôt qu’un méchant, « qui, peut-être retiré dans son champ d’Akeldama , y mena, après son crime, une vie douce et obscure », et « dont la mort est une bonne circonstance pour son sentiment moral ».

L’ancien séminariste réhabilite le diable et le défend dans un autre écrit :

« De tous les êtres maudits que la tolérance de notre siècle a relevés de leur anathème, Satan est, sans contredit, celui qui a le plus gagné au progrès des lumières et de l’universelle civilisation. Le moyen âge, qui n’entendait rien à la tolérance, le fit à plaisir laid, méchant, torturé et, pour comble de disgrâce, ridicule. Milton comprit enfin ce pauvre calomnié et commença la métamorphose que la haute impartialité de notre temps devait achever. Un siècle aussi fécond que le nôtre en réhabilitations de toutes sortes ne pouvait manquer de raisons pour excuser un révolutionnaire malheureux, que le besoin d’action jeta dans des entreprises hasardeuses. On pourrait faire valoir, pour atténuer sa faute, une foule de motifs contre lesquels nous n’aurions pas le droit d’être sévères ».

La folie de l’impiété ne pouvait guère, on le voit, aller plus loin.

Renan continua, après la Vie de Jésus, à écrire la série d’ouvrages qui, sous le titre général d'Histoire des origines du Christianisme, devait développer sa pensée. Il publia six volumes : Les Apôtres, Saint Paul, l'Antéchrist, les Evangiles, l'Eglise chrétienne, Marc-Aurèle.

Dans l’intervalle, il fit paraître un certain nombre de travaux de linguistique et d’opuscules, en forme de dialogues ou de drames sur des points de morale.

Après l’histoire du christianisme, il entreprit d’écrire l'Histoire d'Israël, appliquant à l'Ancien Testament la méthode dissolvante qu’il avait empruntée aux Allemands.

Le troisième volume de cet ouvrage parut peu de mois avant sa mort.

« Ainsi, dit Mgr d'Hulst dans la brochure déjà citée, jusqu’à l’instant suprême, cet homme qui se défendait d’être impie et qui se déclarait l’ennemi acharné du système, a travaillé sans relâche à tuer dans les autres la foi qu’il avait perdue ».

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CHAPITRE IV

L’HISTORIEN, LE PENSEUR, L'ECRIVAIN,
LE FAUX-PRÊTRE

Ernest Renan

Renan traite cavalièrement l’histoire, et il ne s’en cache pas. Voici comment, au seuil même de sa grande Histoire d'Israël, il exposait naguère sa méthode :

« Il ne s’agit pas, en de pareilles histoires, de savoir comment les choses se sont passées ; il s’agit de se figurer les diverses manières dont elles ont pu se passer. En pareil cas, toute phrase doit être accompagnée d’un peut-être. Je crois faire un usage suffisant de cette particule. Si on n’en trouve pas assez, que l’on en suppose les marges semées à profusion : on aura alors la mesure exacte de ma pensée ».

Cette théorie du peut-être et de l'à peu près, Renan la pousse si loin et il demeure si fidèle à cette maxime que M. Jules Lemaître donne comme textuelle cette réponse du professeur à propos de la date du Lévitique : « Le mieux est de ne rien affirmer, ou bien de changer d’avis de temps en temps. On a ainsi des chances d’avoir été au moins une fois dans le vrai ».

Dans ce même ouvrage, M. Jules Lemaître fait remarquer les deux notes dominantes du caractère de Renan : l’indécision et l’ironie.

« Il nie dans le même temps qu’il affirme : il est si préoccupé de n’être point dupe de sa pensée, qu’il ne saurait rien avancer d’un peu sérieux, sans sourire et railler tout de suite après ».

Renan se moque de tout, de Dieu d’abord, dont il dit : « Nous devons la vertu à l'Eternel, mais nous avons droit d’y joindre, comme reprise personnelle, l’ironie. Par là, nous rendons à qui de droit plaisanterie pour plaisanterie ». De ses lecteurs ensuite. Ecoutez-le : « Les textes ont besoin de l’interprétation du goût : il faut les solliciter doucement jusqu’à ce qu’ils arrivent à se rapprocher et à fournir un ensemble où toutes les données soient heureusement fondues » [Vie de Jésus, préface, p. LVI].

De la science, s’il faut en croire le célèbre professeur Ewald, lui aussi un des adversaires les plus déclarés du christianisme en Allemagne. « Il nous répugne, dit-il, de poursuivre dans le détail les erreurs innombrables, basses et indignes, dans lesquelles Renan tombe à chaque pas sur l’esprit et l’oeuvre du Christ » (Article publié dans la Revue savante de Gottingen, le 5 août 1863).

Du peuple, enfin, car il ne cessa de professer un superbe mépris pour le commun des mortels : « La vraie vie de l’humanité se résume en quelques cerveaux d’élite », disait-il.

Aux yeux de Renan, il y a, d’une part, « le cénacle des sages », et l’on sait ce qu’il entend par là, et de l’autre « le reste, qui, livré au torrent de ses rêves, de ses terreurs, de ses enchantements, a roulé pêle-mêle dans les vallées hasardeuses de l’instinct et du délire, ne cherchant sa raison d’agir et de croire que dans les éblouissements de son cerveau et les palpitations de son coeur » (Etude d'histoire religieuse, p. 2).

Que l’on endorme la souffrance des masses, voilà le bon remède que Renan propose : « Il faut que les masses s’amusent ». Au lieu de supprimer l’ivresse, pour ceux qui en ont besoin, ne vaudrait-il pas mieux essayer de la rendre douce, aimable, accompagnée de sentiments moraux? Il y a tant d’hommes pour lesquels l’heure de l’ivresse est, après l’heure de l’amour, le moment, où ils sont les meilleurs (Journal des Débats, 7 octobre 1884).

Il avait, du reste, des contradictions étonnantes.

A la fin de son livre sur la Vie de Jésus, où il a si souvent montré le Sauveur comme un ignorant ou comme un imposteur, il s’écrie, s’adressant à Lui :

« Mille fois plus vivant, mille fois plus aimé depuis ta mort que durant les jours de ton passage ici-bas, tu deviendras à tel point la pierre angulaire de l’humanité, qu’arracher ton nom de ce monde serait l’ébranler jusqu’aux fondements. Entre toi et Dieu, on ne distinguera plus. Pleinement vainqueur de la mort, prends possession de ton royaume, où te suivront, par la voie royale que tu as tracée, des siècles d’adorateurs » (Vie de Jésus, 1ère édit., p. 426).

« La vérité, dit Mgr Perraud, dans sa brochure, c’est que cet artiste incomparable de style, ce virtuose qui jouait dans la perfection de tous les instruments, a su fondre dans les proportions les plus harmonieuses et avec un atticisme bien fait pour lui mériter les bonnes grâces de la « déesse aux yeux bleus » les négations du plus pur athéisme avec les formules les plus religieuses, le mysticisme mélancolique de sa chère Bretagne, avec la verve endiablée et toute rabelaisienne du Gascon ».

Extérieurement, Renan prit plaisir à conserver les apparences et la tenue d’un homme d’église. Il avait toujours le visage rasé et portait une longue redingote presque semblable à une soutanelle. On aurait dit un prêtre en civil.

On sait qu’il a écrit dans ses Souvenirs d’enfance : « Si je ne fus pas prêtre de profession, je le fus d’esprit ». Page 148, et, plus loin, page 156 : « Je suis un prêtre manqué. Ma vie est comme une messe sur laquelle pèse un sort ; un éternel Introïbo ad altare Dei, et personne pour répondre : Ad Deum qui loetificat juventutem meam ! ».

Quel homme étrange ! Que d’inconséquences ! Quel sort pesait sur lui, en effet ! Et qu’il est juste ce mot d'Alphonse Daudet : « Son cerveau était une cathédrale désaffectée ». — « On y met du foin, on y fait des conférences : c’est toujours une église ». (Jules Lemaître).

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CHAPITRE V

L’HOMME POLITIQUE 

Ce n’est pas sans une vive irritation qu'Ernest Renan s’était vu évincer par le gouvernement de l'Empire de sa chaire d’hébreu au collège de France ; il protesta dans une brochure intitulée De la chaire d’hébreu au collège de France. Explications à mes collègues.

Le ministre de l'Instruction publique, M. Duruy, lui avait un instant promis de rétablir son cours une fois l’émotion passée. Il voulut ensuite le dédommager, en lui offrant un poste important à la Bibliothèque nationale. Renan refusa.

En 1868, il aborda la politique dans les Questions contemporaines ; au moment des élections générales législatives de mai 1869, il afficha sa candidature dans la deuxième circonscription de la Seine contre M. de Jouvencel, républicain, et M. de Jancourt, candidat officiel. Son programme était : « Pas de guerre, pas de révolution, progrès, liberté ».

Il se réclamait du tiers-parti formé par les amis d'Emile 0llivier.

Au ballottage, Renan maintint sa candidature, mais il fut battu par M. de Jancourt.

Cependant, lorsque M. 0llivier arriva au pouvoir, le 3 février 1870, Renan sollicita sa réintégration dans son ancienne chaire du collège de France, devenue vacante par la mort de M. Munck. A ce sujet, il écrivit au ministre de l'Instruction publique la lettre suivante :

« Voilà six ou huit ans que les faits qui ont provoqué contre moi l’opposition de certains groupes religieux sont des faits accomplis. Les surprises et les malentendus de la première heure sont passés. On a pu mieux juger mon caractère, mon but et ma méthode. Il n’y a que des personnes mal informées qui puissent croire que j’aie voulu détruire quoi que ce soit en un édifice social selon moi trop ébranlé .... Quand, un jour, mis en présence d’autres adversaires qui n’auront pas ma modération, l'Eglise m’invoquera comme un apologiste contre les attaques injurieuses et destructives, les catholiques éclairés regretteront peut-être d’avoir entravé la vie d’un respectueux dissident, que les plus injustes procédés ne poussèrent jamais au delà du point où il voulut s’arrêter ».

Ernest Renan

Voit-on facilement l'Eglise invoquant Renan pour sa défense et s’estimant très heureuse d’avoir eu un pareil adversaire ?

Mais cette modération feinte est précisément l’extrême habileté, et par là même, l’extrême danger de la tactique de Renan. Au lieu d’assommer, il passe tout doucement le noeud coulant, en murmurant, le sourire aux lèvres : « Laissez-vous donc faire ! ».

Quoi qu’il en soit, Renan vit encore une fois sa demande échouer.

La même année 1870, il se déclara nettement pour la monarchie, dans un ouvrage intitulé : La Monarchie constitutionnelle en France (in-8). Il y défendait les institutions monarchiques ou impérialistes, pourvu qu’elles demeurent appuyées sur le régime parlementaire et les classes dirigeantes.

Après le 4 septembre, le gouvernement provisoire lui rendit sa position au collège de France.

Du reste, il ne se montra pas autrement satisfait du régime républicain. Cela alla chez lui jusqu’à prendre la France en haine.

Goncourt nous a montré Renan, pendant le siège de Paris, dînant chez Brébant, et acclamant l'Allemagne victorieuse en plein bombardement, pendant qu’on ramassait sur le pavé des rues de Montrouge des entrailles de petits enfants tués par les obus prussiens.

C’est là une page qu’il faut citer : « Ce soir, chez Brébant, lisons-nous dans le Journal de Goncourt, on se met à la fenêtre, attiré par les acclamations de la foule sur le passage d’un régiment qui part. Renan s’en retire vite, avec un mouvement de mépris et cette parole : Dans tout cela, il n’y a pas un homme capable d’un acte de vertu .... ».

Renan, relevant la tête de son assiette : — « Dans toutes les choses que j’ai étudiées, j’ai toujours été frappé de la supériorité de l’intelligence et du travail allemand. Le catholicisme est une crétinisation de l’individu ; l’éducation par les Jésuites ou les Frères de l'Ecole chrétienne arrête et comprime toute vertu summative, tandis que le protestantisme la développe ».

Berthelot continue ses révélations désolantes, au bout desquelles je m’écrie : « Alors tout est fini, il ne nous reste plus qu’à élever une génération pour la vengeance ! Non, non, crie Renan, qui s’est levé, la figure tout enflammée ; non, pas la vengeance. Périsse la France ! Périsse la patrie ! Il y a au-dessus le royaume du devoir, de la raison ! ...... ».

Ce jour-là, remarque Drumont, ce n’était peut-être pas tant le mauvais citoyen qui parlait que le badaud à l’âme vulgaire qui admirait niaisement l'empereur d'Allemagne, parce qu’il était le triomphant du jour, qu’il était le plus fort.

En 1871, Renan fit paraître la Réforme intellectuelle et morale (in-8°). Dans une lettre à Strauss, contenue dans cet ouvrage, il témoigne de son mépris pour la démocratie et de sa vive antipathie pour le suffrage universel.

« La démocratie fait notre faiblesse militaire et politique ; elle fait notre ignorance, notre sotte vanité ; elle fait l’insuffisance de notre éducation nationale. La France, dit-il encore, est une nation superficielle, dénuée de sens politique ....... Son unique faute est d’avoir tenté étourdiment une expérience, celle du suffrage universel, dont aucun autre peuple ne se tirera mieux qu’elle ».

Il réclame un gouvernement monarchique : « Une tête qui veille et qui pense pendant que le reste du pays ne pense pas et ne sent guère ».

Du reste, il s’accommoda fort bien plus tard de la République triomphante et accepta sans vergogne une large place au râtelier.

C’est à Rome qu’il avait achevé son livre : l'Antéchrist. Conduit par Mamiani dans une soirée au cercle Cavour, il y exposa dans un discours sa vive sympathie pour l'Italie et pour Rome capitale.

Le scandale fut grand, et il y eut un pèlerinage de réparation solennelle, le 17 octobre 1872, à la Scala Santa.

En juin 1874, Renan fut élu membre de l'Académie des sciences de Lisbonne, et quatre années plus tard, en 1878, il entrait à l'Académie française, en remplacement de Claude Bernard. Il fut reçu en 1879.

Il succéda quelque temps après à M. Laboulaye comme administrateur du collège de France ; suivant l’usage, il était réélu par ses pairs, les professeurs, tous les trois ans.

Le 26 mai 1888, il fut nommé grand officier de la Légion d’honneur ; il était membre du Conseil de l'Ordre depuis la mort de Mignet.

De son mariage avec une protestante, il avait eu deux enfants : une fille mariée à M. Psichari, professeur de langues orientales à l’école des Hautes Etudes, et un fils, Ary Renan, peintre distingué.

Renan, au point de vue politique et social, eut un caractère déplorable.

Il avait commencé par parler durement des juifs.

« La race sémitique, écrivait-il, se reconnaît presque uniquement à des caractères négatifs ; elle n’a ni mythologie, ni épopée, ni science, ni philosophie, ni fiction, ni arts plastiques, ni vie civile ; en tout, absence de complexité de nuances, sentiment exclusif de l’unité ....... La moralité elle-même fut toujours entendue par cette race d’une manière fort différente de la nôtre. Le sémite ne connaît guère de devoirs qu’envers lui-même. Poursuivre sa vengeance, revendiquer ce qu’il croit être son droit, est à ses yeux une sorte d’obligation. Au contraire, lui demander de tenir sa parole, de rendre la justice d’une manière désintéressée, c’est lui demander une chose impossible. Rien ne tient donc dans les âmes passionnées contre le sentiment indompté du moi. La religion, d’ailleurs, est, pour le sémite, une sorte de devoir spécial, qui n’a qu’un lien fort éloigné avec la morale de tous les jours » (Histoire générale des langues sémitiques).

Edouard Drumont, citant ces paroles, ajoute : « Dès que les juifs furent maîtres de la France, Renan s’épuisa en adulations serviles à leur égard. Toutes les fois que la question sémitique revenait sur le tapis, on allait trouver le complaisant d'Israël, et il déclarait que les antisémites étaient des scélérats, et que les juifs, qu’il avait traités si injurieusement jadis, étaient les modèles de toutes les vertus ».

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CHAPITRE VI 

L’HOMME PRIVÉ - LA MORT 

Renan travaillait d’ordinaire chez lui, dans une bibliothèque remplie de documents cunéiformes et d’innombrables ouvrages de linguistique.

Vous l’auriez vu là, dans un fauteuil de velours grenat, tel que le représente une des nombreuses gravures qu’on a faites de lui : « assis, obèse et épiscopal, les mains croisées sur un torse informe, d’où émerge son énorme tête rose et argent : la face large, les traits gros, le nez volumineux, de vastes joues lourdement chargées de chair, la bouche délicate et mobile, les yeux gris du Celte, tour à tour rêveur et souriant. C’est son attitude habituelle ; par échappées d’un instant donné à la méditation ! et par une sorte de réminiscence physique de son éducation cléricale, ce croisement de mains est souvent accompagné chez lui d’un murmure ou d’un frémissement des lèvres ».

A dater de 1879, il assistait chaque mois à un dîner celtique, où se réunissaient quelques écrivains bretons. La petite bande de Bretons oublieux de leur foi qui se réclamaient de l’apostat tint ses réunions mensuelles, pendant treize ans, aux abords de la gare Montparnasse.

Renan se laissait aller dans ces joyeuses réunions au charme de ses conversations intimes. La figure du bonhomme, pendant qu’il narrait, était mobile et changeante, suivant les péripéties de la conversation. Il tenait les yeux ouverts tout au large, bien d’aplomb dans sa parole, plus, hélas ! qu’il ne l’était dans sa pensée.

Dans ces dîners, par une bizarrerie curieuse à noter, Renan fêtait avec ses amis les vieux jours de Bretagne : la fête des Rois, le Pardon annuel.

En 1884, au printemps, on résolut d’aller célébrer le banquet celtique en pleine Bretagne, dans cette même ville de Tréguier où Renan était né.

On partit donc pour Saint-Brieuc, et de là pour Paimpol et Tréguier, en amateurs. Chemin faisant, on admirait le vieux pays breton. On plaisantait la foi robuste et les mœurs si chrétiennes des bonnes gens.

Renan retournait là-bas avec bonheur. Vingt ans plus tôt, il eût à peine osé y reparaître. On aurait cru à Tréguier que l’apostat amènerait une malédiction sur la ville.

Déjà, en 1863, à son passage à Saint-Malo, l’auteur de la Vie de Jésus avait été salué par une poésie indignée et virulente du comte de Clézieux, poésie que les Questions actuelles ont reproduite.

Mais, en 1884, l’académicien put passer sans encombre. Et même, à Paimpol, il se trouva un maire opportuniste pour aller le recevoir et le saluer !

Les journalistes parisiens virent avec étonnement Tréguier, la vieille cité bretonne, avec son quartier du Léandi et ses vieux couvents.

« Sur le pas des portes, écrit un des compagnons de Renan, les bonnes gens nous regardent passer de l’air calme et superbe des personnes issues de races anciennes. Les rues sont étroites ou tortueuses : les six rues principales aboutissent à l’église ; deux ou trois autres prolongent des routes ou mènent à des maisons conventuelles. Les hauts murs blancs des monastères et des hospices occupent tout un côté de la ville ; à l’opposé s’étendent le vieil évêché, la cathédrale gothique, qu’on mit plus de cent ans à bâtir, le cloître, le cimetière ».

C’est là, dans le cloître de la cathédrale de Tréguier, que Renan manifesta un jour avec bonhomie, le désir d’être enterré.

« Les deux quartiers : le Léandi et l'Escopti, sont reliés par le port, à un bout, et tout en haut de la ville, par le petit séminaire, immense bâtiment, second minic’ hi qui a succédé à l’antique asile de Saint-Tugdual. Tréguier est comme enfermé entre ses quatre portes. A moitié chemin, de l’église au port, au coin de la rue Stanco, est une maison blanche, à un étage sur la façade extérieure ; elle date du XVIIIème siècle. C’est là qu’est né Ernestic Renan ».

On fit donc là un joyeux dîner, tout en recueillant une ample moisson d’honneurs officiels. Il est certain que ce passage de Renan et la réputation que ses succès littéraires lui ont faite n’ont pas peu contribué à diminuer la foi dans cet excellent pays.

Renan s’amusa beaucoup en Bretagne. Du reste, en vieillissant, il devenait de plus en plus avide de plaisir et se cramponnait aux joies de la vie présente. On se rappelle ce qu’il disait aux étudiants à ce sujet : « Des deux parties du programme de la vie scolaire, travailler beaucoup, s’amuser beaucoup, je n’ai connu, à vrai dire, que la première. Le temps où les autres s’amusent fut pour moi un temps d’ardent travail intérieur. J’eus tort, peut-être ; il en est résulté que, sur mes vieux jours, au lieu d’être, selon l’usage, un conservateur rigide, un moraliste austère, je n’ai pas su me défendre de certaines indulgences que les puritains ont qualifiées du relâchement moral. J’aurais mieux fait peut-être de me réjouir quand j’étais jeune et de chanter à ma guise le Gaudeamus des clercs du moyen âge : Gaudeamus igitur, dum juvenes sumus ; Post jucundam juventutem, Post molestam senectutem, Nos habebit humus. Amusons-nous, tant que nous sommes jeunes. Après la gaie jeunesse et la vieillesse chagrine, la terre nous attend ».

C’est la doctrine épicurienne d'Horace. Renan, avec un talent bien inférieur et sans le génie, rappelle, par certains côtés de son genre, le poète favori de Mécène, ce tranquille égoïste, dont la mort était le secret cauchemar.

La vue du pays natal et le ressouvenir d’une enfance chrétienne n’éveillèrent dans l’âme de l’apostat qu’une vague religiosité maladive et étrange, presque inexplicable avec les théories panthéistes qu’il admettait.

Du reste, le blasphème continua de se trouver mêlé, sur ses lèvres, à l’hypocrisie de la prière.

Qu’on en juge par ce morceau que l’on croirait presque une ironie, mais que son auteur écrivait pourtant sérieusement : «  Désormais, je n’apprendrai plus grand'chose ; je vois bien à peu près ce que l’esprit humain, au moment actuel de son développement, peut apercevoir de la vérité. Je serais désolé de traverser une de ces périodes d’affaiblissement où l’homme qui a eu de la force et de la vertu n’est plus que l’ombre et la ruine de lui-même et souvent, à la grande joie des sots, s’occupe à détruire la vie qu’il avait laborieusement édifiée. Une telle vieillesse est le pire don que les dieux puissent faire à l’homme. Si un tel sort m’était réservé, je proteste d’avance contre les faiblesses qu’un cerveau ramolli pourrait me faire dire ou signer. C’est Renan, sain d’esprit et de coeur, comme je le suis aujourd’hui, ce n’est pas Renan, à moitié détruit par la mort et n’étant plus lui-même, comme je le serai si je me décompose lentement, que je veux qu’on croie et qu’on écoute ».

Ainsi, d’avance, le malheureux se mettait en garde, par un affreux blasphème, contre les miséricordes de Dieu et se débattait contre quelque pensée qui le poursuivait peut-être au fond de son coeur.

En 1885, mis en appétit par le succès de la première promenade, on alla banqueter à Quimper. La maison était assise sur une colline, auprès d’une petite rade. On y accédait par un sentier entre des champs bordés d’arbres et d’ajoncs.

Depuis cette époque, Renan passa la saison d’été en Bretagne. Il s’était choisi une villa sur le bord de la mer, à Rosmapanon, à mi-côte de Louannec à Perros, dans les Côtes-du-Nord (aujourd'hui Côtes-d'Armor).

Renan se prétendait le plus heureux des hommes.

« Je voudrais m’amuser », disait-il, dans un discours prononcé à Bréhat.

« Rien n’était pénible à entendre, dit Drumont, comme les gaudeamus igitur qui sortaient sans cesse de ses lèvres flasques et pendantes. C’était le ricanement sénile de Voltaire, moins l’esprit du XVIIIème siècle ..... ».

Mgr Perraud, dans les Souvenirs et impressions qu’il a publier sur Renan, nous le montre déclinant peu à peu et luttant avec énergie contre le mal : « Dans le cours des dix dernières années, toutes les fois qu’il m’a été possible d’assister aux séances de l'Académie française, j’y rencontrais M. Renan, toujours fort assidu aux réunions et travaux de la compagnie. Il siégeait juste en face de moi, et sa vue m’inspirait une réelle pitié. Rhumatisant, goutteux, obèse, il était visiblement une des victimes de la vie trop sédentaire et de l’excès du travail cérébral. Un jour, entre autres, il était dans un si pitoyable état que je ne pus m’empêcher de m’approcher de lui et de lui adresser quelques paroles de charitables condoléances. Nous avions à faire une élection. Malgré ses souffrances, il n’avait pas voulu manquer au scrutin, et il s’était courageusement fait transporter à l'Institut dans une petite voiture, traînée par deux hommes qui l’avaient ensuite monté dans un fauteuil jusque dans la salle des séances. Est-ce en cette circonstance ou pour une autre élection, je ne me le rappelle pas exactement, que plusieurs votes successifs ne donnèrent aucun résultat. L’Académie décida d’ajourner l’élection à une époque ultérieure. Je vis alors M. Renan se pencher vers son voisin et dire d’une voix assez haute pour que je pusse l’entendre : « David a prophétisé ce qui nous arrive » ; et il cita ce demi-verset du psaume LXIII - Defecerunt scrutantes scrutinio ».

On le voit, les habitudes de sa première éducation avaient fait en lui une seconde nature dont il ne s’est jamais dépouillé.

Renan écrivit des nouvelles et des drames qui accusèrent de plus en plus, vers la fin, certains côtés moins connus de son caractère moral : Caliban, l'Eau de Jouvence, le Prêtre de Némi.

Dans les Souvenirs d’enfance et de jeunesse, il essaya de justifier son apostasie et de l’expliquer. Nous avons dit qu’il eut la rare habileté de rendre justice à ses anciens maîtres.

Un de ses derniers ouvrages : L’Abbesse de Jouarre, est d’une polissonnerie écoeurante, incompréhensible chez ce vieillard.

Renan avait dit un jour, dans une gaie réunion, en Bretagne : « O Dieu de mon enfance, je ne t’ai jamais oublié, tu seras peut-être le Dieu de ma mort ; quoique tu m’aies trompé, je t’aime encore ! ».

Cette parole ne devait pas se réaliser. Renan répéta du reste plusieurs fois encore qu’il comptait bien mourir comme il avait vécu. Se sentant atteint, il prit ses dernières dispositions pour deux volumes d’impiété encore à paraître. Entré dans l’état comateux, il disait cyniquement: « C’est le moment où l'Eglise s’empare des mourants ».

Il est mort en renégat, dans l'impénitence, le 2 octobre 1892. Il allait atteindre ses 70 ans. Né en 1823, il avait quitté le séminaire depuis 47 ans. Il a subi une de ces opérations que la science exécute parfois quand elle est à bout de remède. Ce fut son dernier sacrement ; il souffrit beaucoup, puis s’éteignit, et il a paru devant Dieu.

Ses funérailles, aux frais de l'Etat, furent célébrées civilement à l'Institut de France et au cimetière de Montmartre. L’entrée au Panthéon qu’on veut lui décerner, à titre de renégat et de blasphémateur, ne lui sera pas d’un grand secours devant le Dieu qu’il a trahi.  

Ernest Renan de Tréguier

   

Tréguier : Ernest Renan en 1884

Tréguier : Fête d'Ernest Renan en 1923

LE PARISIEN.

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