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L'ABBAYE BENEDICTINE DE SAINT-JACUT

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Les origines.

Dom Noël Mars, dans son Histoire du Royal Monastère de St-Jacut-de-l'Isle-de-la-mer, composée en 1649, commence par déclarer qu'il a « fort peu trouvé de choses » en fait de documents : force nous est, cependant, de nous inspirer principalement de sa chronique, qui n'est pas sans intérêt.

Il est de même assez peu renseigné sur la vie du fondateur de l'abbaye, saint Jacut ou Jagu, dont il a rédigé, en 1647, une très courte biographie, qui figure dans la troisième édition (1690) de Vies des Saints de Bretagne d'Albert Le Grand, où son style imagé ne dépare pas l'ensemble. Mais Dom Lobineau, avec l'esprit critique qu'on lui connaît, n'a pas laissé grand chose du récit édifiant à la trame un peu fragile : il se refuse à admettre la plupart des prodiges rapportés d'après la source principale, la Vita SS. Jacuti et Guethenoci du XIIème siècle ; il n'y voit qu'un démarquage des miracles qui émaillent la vie de leur illustre cadet, saint Guénolé.

Cependant, nous avons des points de repère solidement établis. Jacut et Guéthenoc, nés au Pays de Galles, sont débarqués, avec leurs parents, Fracan et Blanche ou Guen et l'ensemble du clan, dans la deuxième moitié du Vème siècle, non loin de Ploufragan, où naquirent, un peu plus tard, Guénolé et leur sœur Clervie.

Les trois frères furent confiés d'abord à Budoc « le maître très élevé », qui tenait école monastique dans la petite île Lavret, près de Bréhat, mais les deux aînés le quittèrent bientôt pour aller mener de concert la vie érémitique. En définitive ils aboutirent à Landouart, île ou presqu'île - c'est tout un au Moyen-âge, qui portera le nom de saint Jacut (1).

C'est dans cette presqu'île que Jacut et Guéthenoc menèrent la vie pénitente et retirée, traversée de soucis apostoliques, qui fut celle de nos vieux saints. Mais, « estant en ce lieu ils vécurent avec tant de sainteté et d'édification, qu'ils attirèrent plusieurs personnes à suivre leurs exemples. En effet, il s'y assembla tant de religieux que ces deux frères furent contraints de se séparer et de prendre chascun en son particulier la conduite de plusieurs religieux ».

Jacut mourut un 8 Février, mais Dom Noël Mars n'avait pas manqué de faire auparavant intervenir le roi Gradlon qui fit don au saint de « toute l'isle de Landouart et plusieurs autres terres, pour y construire un beau monastère duquel saint Jagu fut premier Père et pasteur... Il fit plusieurs miracles après sa mort, car plusieurs démoniaques ou fols étant arrivés en son monastère, aussitost qu'ils avoient fait leurs prières en l'église de saint Jagu et qu'ils s'étoient baignez dans l'eau béniste que l'on croit avoir été faicte par saint Jagu, ils sortaient sains et gaillards, ce qui a duré jusqu'à notre temps. ».

Actuellement sa fête se célèbre principalement le 5 juillet ou quelque dimanche voisin, à l'occasion de l'anniversaire de la « Translation des saints Confesseurs Jacut et Guéthenoc », rapportée par les documents liturgiques ; du XVème siècle [Note : On écrivait au XIIème siècle Landoac, qui deviendra au XVIème Lan-doal et Lan-doual ; la graphie Lan-douar est moderne, ce qui infirme certaines étymologies fantaisistes];

Les abbés réguliers.

L'histoire d'une abbaye s'écrit en fonction de celle de ses abbés, et pour nos antiques monastères bretons, une division s'impose partout : au temps des abbés réguliers, puis sous le régime de la commende, pour aboutir au commun désastre de la Révolution Française.

De l'abbé Hinguethen, Dom Noël Mars ne dit mot. C'était pourtant un personnage important. Il joua, sur la région côtière du nord de la Bretagne, un rôle de restaurateur de la vie monastique analogue à celui que remplit au sud saint Félix, au lendemain des invasions normandes. Il fut chargé par le duc Alain III de Bretagne, en liaison avec l'archevêché de Dol, de relever l'antique abbaye de saint Judicaël à Gaël, qu'il réunit ensuite à Saint-Méen, vers 1024. Il remit de même sur pied, à Lanmeur, le monastère de saint Samson, le fondateur de Dol. C'est sans doute à cette époque que remonte le culte de saint Jacut dans le Trécor, en particulier à Plestin.

Il semble bien qu'à cette date, l'abbaye de Saint-Jacut occupe, pour plusieurs siècles une position privilégiée jusque sur le plan politique. L'abbé Mainon figure au Concile tenu à Reims en 1131 par Innocent II et y fait régler le différend qui l'opposait à la puissante abbaye de Marmoutiers (à Tours) au sujet de droits de vente de poisson à Dinan.

Son successeur, Henri, est délégué par le Pape pour arbitrer le conflit entre l'abbaye cistercienne de Vieuxville et la famille du Guesclin en 1181. Il obtint d'Alexandre III, en 1163, une bulle, confirmée par Clément III en 1188, énumérant les possessions du domaine de Saint-Jacut, déjà constitué presque dans sa totalité. Henri joua un rôle prépondérant dans une enquête suscitée par la querelle séculaire entre l'archevêché de Tours et la métropole bretonne de Dol. Il témoigna que Hugon, le prélat de Dol, lors sa bénédiction abbatiale et de la consécration d'un autel à Saint-Jacut, avait fait usage de son droit traditionnel du pallium, insigne réservé aux archevêques. En 1299, on le sait, Innocent III, à la suite d'interventions réitérées de Philippe-Auguste, tranchera définitivement le débat en faveur de Tours, et, indirectement, au profit de l'influence française sur les diocèses bretons.

Au XIVème siècle l'importance de l'abbaye ne fait que grandir. En 1352, l'abbé Guillaume de Rays, de Ploubalay, signe les lettres des ambassadeurs envoyés à Londres pour traiter de la rançon du duc Charles de Blois ; de même, il prend part aux Etats de Bretagne tenus à Rennes en 1386, pour le vote des subsides en vue de la continuation de la guerre contre les Anglais.

Son successeur, Olivier Péan, tient le quatrième rang aux Etats, après les abbés de St-Sauveur de Redon, de St-Melaine de Rennes et de St-Méen, avant ceux de Sainte-Croix de Quimperlé et de Landévennec. Signe certain d'un prestige de bon aloi, il obtient, en 1391, l'association de prières avec l'abbaye de Marmoutiers.

Avec le XVème siècle nous sommes à l'apogée de Saint-Jacut.

En 1406, au temps de l'abbé Jean Mansiau, Benoît XIII, pape d'Avignon, soucieux de renforcer son autorité fort précaire, charge l'abbé de Saint-Melaine d'aider Saint-Jacut à recouvrer ses droits usurpés par les Seigneurs de Dinan et autres.

« Cet abbé fit faire les cloistres d'à présent, qui sont passables, fit voulter la nef de l'église et la croisée, fit faire le portail... et encore le logis abbatial et le grand coulombier. Il obtint de Nicolas V (en 1449) permission de porter crosse et mitre et de donner les bénédictions solennelles. Il fut un des députés de Sa Sainteté pour faire les informations et miracles de la vie de St Vincent Ferrier, en la duché de Bretaigne, avec les évêques de Dol et St-Malo ; en l'honneur de ce saint il fit faire une petite chapelle au bas de nostre église où il voulut être enterré ».

Les ducs de la maison de Monfort, Jean IV et Jean V, tiennent à s'assurer la fidélité de l'abbaye, autrefois acquise à Charles de Blois et aux Penthièvre (Philippe VI de Valois avait même affecté de la prendre sous sa protection en 1382). Tous les anciens privilèges sont confirmés. Jean V veille particulièrement à soustraire à la juridiction des Penthièvre l'abbaye et ses sujets : il se considère, tel ses prédécesseurs, comme « son fondateur et souverain Seigneur ».

L'abbatiat de Guillaume Milon, de Broons, 1443 à 1461, marque le sommet de cette période.

La ferveur des moines est sans doute à l'origine de la faveur pontificale. En 1470, Paul III avait autorisé Guillaume de Boiséon, religieux cistercien de N.-D. du Relecq, sur sa demande, à entrer à Saint-Jacut : « pour son plus grand bien et l'observance plus stricte de la règle ».

Et cependant, la décadence va commencer. A la mort de Bertrand de Broons en 1471, le duc François II fait interdire aux moines d'élire le successeur qu'il se réserve de désigner lui-même ; c'est l'ébauche de la funeste institution de la commende : le ver est dans le fruit.

Sous la commende.

Le duc désigna comme abbé Etienne Milon, protonotaire apostolique, qui semblait devoir l'aider efficacement dans la défense de l'indépendance de la Bretagne. Le nouvel abbé intervient aux Etats de Redon en 1476 pour la ratification du désastreux traité de Senlis ; en 1480, il se rend à titre d'ambassadeur chez Maximilien, Roi des Romains, pour négocier le mariage d'Anne de Bretagne.

Voici en 1499 le nouveau commendataire : Jean, archevêque de Tarse et archidiacre de Dinan. Suivent deux cardinaux italiens : en 1704, Antoine Pallavicini, cardinal du titre de Saint-Praxède, neveu d'Alexandre VI ; déjà titulaire des évêchés d'Oronte, de Vintimille, de Pampelune et de Palestrina, il avait manqué de peu l'abbaye St-Melaine : en 1511, Bernard de Tarlat ou de Bibienne, du titre de Sainte-Marie in Porticu. Ce dernier eut à lutter contre l'opposition des religieux, appuyés par la Reine Claude de France, fille de la Reine Anne et héritière de ses prérogatives en Bretagne. Moyennant une pension, le cardinal accepta de démissionner en 1516, en faveur de Jean des Cognets, élu par les moines et qui, d'ailleurs, depuis 1507, gérait l'abbaye au nom du lointain commendataire. Court répit : la lutte reprend en 1520. Le pape avait nommé un certain Jean Cinthio ; la Reine Claude lui opposa d'abord Jean Dollo, qui n'était même pas religieux, puis elle se rallia au suffrage des moines qui avaient désigné Georges de Guémadeuc : « très honneste religieux de ladite abbaye, écrit-elle au Souverain Pontife. Cette abbaye estant finitime et frontière de la Bretagne, il estoit besoin d'une personne fidelle ». Au vrai, Georges de Guémadeuc, candidat des grandes familles du voisinage, n'était même pas clerc minoré, tout prieur d'Hénansal et d'Escoublac qu'il fût ; il attendra vingt ans avant d'entrer dans les ordres et finira par démissionner dès 1559, pour infirmité ou peut-être pour motif de conscience.

Mais « ceux de cette maison (de Guémadeuc) ont fait leur possible pour garder l'abbaye dans leur famille et firent pour cette raison résigner l'abbaye à l'abbé suivant, Louis de Saint-Méloir ». Entré fort jeune au monastère, il resta en tutelle pendant ses vingt-cinq ans d'abbatiat et se montra piètre administrateur. Comptons cependant à son actif son souci de la liturgie : on conserve à Rennes le psautier du XVème siècle où il a inscrit de sa main la liste des saints honorés au monastère. Enfin il prit soin de faire renouveler par Charles IX, en 1570, les privilèges de l'abbaye qui n'avaient fait l'objet d'aucune confirmation depuis la Réunion de la Bretagne à la France : Saint-Jacut vit encore sur son prestige.

Robert Harens (1584-1600) n'est autre que le chapelain des Guémadeuc, qui l'avaient contraint à entrer en religion pour prendre la succession. Il mourut réfugié au château de Guébriac chez ses protecteurs, sans résigner l'abbaye. Ce fut alors la commende officielle.

En 1600, Henri IV fit nommer Louis de Brébant, âgé de 15 ans. Clément VIII, en lui accordant ses Bulles, avait exigé que le tiers des revenus fut consacré aux réparations, que l'abbé prit les ordres sacrés dès qu'il serait en âge, et que le monastère fût désormais réservé à des religieux... Le jeune abbé se refusa à entrer dans les ordres, résigna son bénéfice en 1614.

Pierre de Francheville, chanoine de St-Brieuc, fut un digne ecclésiastique, présent avec honneur aux Etats de 1621 et 1622, député en Cour des Etats en 1630. Il entreprit résolument de procéder à la réforme de son abbaye « en quoi il fut secondé par ses religieux ».

La réforme de Saint-Maur.

Il avait essayé vainement d'agréger son monastère à la vertueuse Société des Bénédictins de Bretagne.

Mieux valait s'adresser à la Congrégation de St-Maur, patronnée par le Cardinal de Richelieu. Repoussés une première fois, en 1633 : « l'Abbé et les Religieux picquez de ce qu'ils ne pouvaient si promptement obtenir l'accomplissement de leurs désirs, ils se résolurent de recevoir des novices pour les aider à faire l'office divin et, pour cet effet, receurent toutes sortes de personnes, tant prestres qu'autres religieux. De quoy n'ayant eu beaucoup de satisfaction, ils appelèrent le Révérend Père Dom Thomas Hingant... mais plusieurs s'estant bandez contre luy, il fut contraint de sortir de l'abbaye ». En définitive, à la suite de diverses interventions du Parlement de Bretagne, la Congrégation de St-Maur finit par prendre possession du monastère, en la personne de Dom Germain Morel, prieur de St-Melaine de Rennes, le 29 mars 1647.

Ce fut le début d'une période de vie régulière et de prospérité matérielle : remise en état de l'église abbatiale, construction d'un grand corps de logis « le monastère n'estant pas en estat de recevoir une communauté ».

Mais la commende ne quitte pas la place.

A Pierre de Francheville succède, en 1651, son neveu Louis-Hercule de Francheville, prieur de Notre-Dame de Lannion ; il ne prit jamais les ordres.

Quant aux abbés qui suivront jusqu'à la Révolution, il s'agit d'ecclésiastiques pour la plupart étrangers à la Bretagne. Retenons le nom d'Antoine-Joseph des Laurents, d'Avignon, (1772-1785) vicaire général, puis évêque de St-Malo, en même temps qu'abbé de Coatmalouen, prélat zélé et animé d'une foi intègre.

Le dernier abbé de Saint-Jacut, Barthélémy-Philippe d'Andrezel, originaire de la Franche-Comté, député à l'assemblée Générale de Clergé en 1785, était vicaire général de Bordeaux ; il assista son archevêque, Mgr Champion de Cicé (le frère du dernier abbé de Landévennec) dans ses fonctions de garde des sceaux. Il semble qu'il ne parut pas en Bretagne ; il s'exilera en Angleterre en 1792.

Peu d'événements saillants ont illustré les dernières pages de l'histoire de Saint-Jacut : voici pourtant deux faits qui méritent d'être rappelés.

Le 3 juin 1727 mourut à Saint-Jacut Dom Alexis Lobineau, né à Rennes en 1666, profès de l'abbaye St-Melaine, auteur, entre autres choses très diverses, d'une monumentale Histoire de Bretagne et d'une édition critique de Vies des Saints de Bretagne, Paris l'avait relégué dans la lointaine abbaye bretonne, peut-être sous prétexte de ses tendances jansénistes, plus probablement pour avoir gravement déplu à la vindicative famille de Rohan, qui ne lui pardonnait pas d'avoir « rasé par le pied » ses orgueilleuses prétentions à remonter à la dynastie du fabuleux premier Roi de Bretagne, Conan Mériadec.

En 1758, l'abbaye échappa de justesse aux déprédations des Anglais, lors de leur débarquement à Saint-Cast.

« Le prince Georges d'Angleterre, qui monta sur le trône deux ans après sous le nom de Georges III, faisait partie de l'expédition. Descendu à terre, il se rendit au couvent des Carmes du Guildo, et, se trouvant à une fenêtre du réfectoire pour suivre de l'œil un engagement où les troupes bretonnes repoussaient vivement les Anglais, il manqua d'y être tué par une balle qui brisa un vitrage près de lui. On le conduisit aussitôt à l'abbaye de Saint-Jacut ; il y fut reçu par les moines avec tous les égards dûs à son rang, et on lui procura le moyen de s'embarquer pour rejoindre sa flotte (il repartit pour l'Angleterre sans plus insister). Cet acte leur valut une garantie pour les événements ultérieurs ».

Les possessions de l'abbaye.

Il ne faut pas que le tableau des possessions de Saint-Jacut nous en impose plus qu'il ne convient : le monastère, comme la plupart des abbayes bretonnes, était pauvre en regard des opulentes maisons religieuses du nord de la France. En 1629, il totalisait 7500 livres de revenu net, à peu près comme à Saint-Méen et Saint-Melaine, un peu moins que Redon, Saint-Mathieu étant réduit à cinq mille livres.

Le chanoine Lemasson note, avec quelque emphase, que l'abbaye, « placée au quatrième rang à la tenue des Etats de Bretagne, posséda jusqu'à 14 prieurés et présenta à la nomination jusqu'à 22 cures » ; c'est en effet ce qu'énumère la Bulle d'Alexandre III en 1163, il faut y ajouter acquisitions d'importance moyenne aux XIVème et XVème siècles.

Mais la valeur réelle de ce domaine ira en s'amenuisant au cours des âges. D'ailleurs nombre de ces prieurés étaient de peu de revenu ; les plus importants, détachés de l'abbaye-mère, avaient leur titulaire propre.

L'abbaye fut privée assez tôt de ses prieurés anglais, très modestes. Ils dataient d'avant 1163, peut-être remontaient-ils au temps de Guillaume le Conquérant ? En 1450 (date de la bataille de Formigny) Linton et Sainte-Marguerite d'Islan, furent confisqués par le roi Henri VI qui en fit don au Collège de Pembrock Hall à Cambridge.

Les possessions de l'abbaye dans le Trécor mériteraient une étude spéciale. Ce domaine très étendu était groupé autour de deux points principaux : Lannion et Lanmeur. Le prieur de Kermaria-an-draon partageait avec le Roi la suzeraineté sur la ville de Lannion, il nommait le vicaire perpétuel de la paroisse érigée au XIVème siècle. Il avait droit de haute, basse et moyenne justice et la duchesse Constance, en 1199, avait créé un droit d'asile au Minihy. Ses droits féodaux n'étaient pas négligeables : outre des redevances diverses à Lannion et dans les environs : droit à la pêche au saumon entre les deux ponts, taxe pour le passage sur le pont de Kermaria les jours de foire, etc.. Le prieuré, qui avait dès l'origine, son titulaire, fit retour à l'abbaye après 1703 et il était affermé, tous revenus compris, pour une somme de 1.800 livres, bien peu pour un prieuré de cette envergure.

Lanmeur, fondation de l'abbé Hinguethen au XIème siècle, enclave importante de Dol, était d'un autre rapport à ses titulaires ou commendataires, généralement personnages importants : le dernier était vicaire général de Dol : François de Hercé. Le revenu était de 3.400 livres.

L'abbaye de Saint-Jacut possédait directement, à la veille de la Révolution, en plus des dîmes groupées dans le voisinage immédiat du monastère, quelques redevances dispersées à Locquenvel, Plésidy, Belle-Ile-en-terre et Quemper-Guézennec. Ses propriétés territoriales, en dehors de celles situées à Landouard, se réduisaient aux prieurés de St-Jaguel et de Locquenvel, aux deux belles métairies de Lancieux, plus deux moulins à eau, le moulin à vent de l'Epine en Trégon et celui de Buglaie, les îles des Ebihens et le rocher de la Colombière. Le revenu brut atteignait 15.000 livres, dont 5.000 à l'abbé commendataire et 3.000 aux religieux. Le reste passait surtout à régler les portions congrues des recteurs et curés de St-Jacut, Lancieux, Ploubalay et Créhen et à assurer les réparations des quatre églises ainsi que l'acquit des impositions qui étaient lourdes. De plus, il convient de mentionner que les moines de Saint-Jacut furent fidèles jusqu'au bout au devoir de l'aumône au moment de disparaître, il y consacraient 560 livres, le septième de ce que leur laissait l'abbé commendataire.

Les bâtiments claustraux comprenaient principalement un grand corps de bâtiment, façade au midi sur 90 mètres de longueur avec une construction plus petite à angle droit exposée à l'Ouest. Le cloître se développait sur près de 20 mètres. L'auditoire est noté comme en mauvais état ; d'ailleurs tout cet ensemble avait besoin de réparations urgentes, surtout pour les couvertures, et ne fut pas estimé plus de 10.000 livres en 1791.

L'église avait la forme d'une croix latine et mesurait 35 mètres de longueur pour 26 de largeur au transept et 12 sous voûte.

La fin de l'abbaye.

En 1790, le monastère ne comptait plus que quatre religieux, au lieu de douze en 1727, neuf en 1768. La Congrégation de Saint-Maur, dont il faisait partie, déclinait rapidement ; le Jansénisme l'avait infectée, si bien que le Pape Innocent III songea à la supprimer toute entière. De 1.917 religieux en 1770, elle était tombée à 1.652 répartis en 198 maisons. Dans le département des Côtes-du-Nord (aujourd'hui Côtes-d'Armor) on dénombrait dix maisons rentées de moines (Bénédictins, Cisterciens, Prémontrés) réunissant quarante huit religieux, dont la moitié, dès 1790, demanda à rentrer dans le monde.

L'avant dernier prieur de Saint-Jacut, Dom Michel Le Syre, est hors de cause : il mourut tout au début de la Révolution, les trois survivants firent tous défection. Jusque là on ne pouvait leur reprocher que de mener une vie bourgeoise, sans grandes mortifications et surtout sans esprit de pauvreté...

Il n'est pas sans intérêt de remarquer que ces derniers moines de l'abbaye bretonne étaient tous des étrangers à la province : Dom François-Denis Huet, prieur, du Maine-et-Loire, Dom Joseph Bourreau de Savigny, de Montsoreau et Dom Honoré-Magloire Potier de Lingreville, d'origine normande.

La liquidation des possessions de l'abbaye alla bon train. La municipalité de St-Malo avait soumissionné, à charge de prompte revente, pour un total de 142.928 livres, tous les biens de Saint-Jacut sis dans les districts de Dinan et de Lamballe ; elle fit de même pour le domaine de l'abbaye de Beaulieu en Languédias.

Les acquéreurs en détail sont presque toujours des hommes de loi, notaires, juges, avocats, quelques propriétaires. Les petites gens ne profitèrent guère de la spéculation.

Les terres se vendirent généralement très bien ; ce n'est que plus tard qu'interviendra la dépréciation massive que l'on sait. L'Eglise, en assez bon état, avait été estimée à très bas prix, 1800 livres - sans doute pour encourager les Jaguens à l'acheter en remplacement de leur petite église paroissiale, tout juste bonne à loger le bois de la troupe. Elle était condamnée, elle aussi, à servir de carrière. Delourmel, grand acquéreur de biens nationaux, revendit le tout en 1806 ; le contrat ne parle plus que de ruines ; le vendeur se réserva pour sa part : «  une porte, un portail, une cheminée, une pierre tombale et un dessus d'autel ».

La Providence réservait à l'antique monastère une discrète revanche. Le rez-de-chaussée du grand corps de bâtiment restait debout après la Révolution : le nouvel acquéreur entreprit d'élever sur ce solide fondement deux étages et d'ajouter au nord du cloître un autre bâtiment, il comptait y installer une caserne de douaniers ! Ce fut au profit d'un aimable essaim qui s'y installa en 1875 : les religieuses de l'Immaculée-Conception de St-Méen qui, rajeunissant le tout, y ont ouvert une hospitalière maison, sans compter une école au bourg. On a rappelé délicatement que c'est un abbé de Saint-Jacut, Hinguethen, qui, au XIème siècle avait restauré l'abbaye de St-Méen dont elles perpétuent le nom.

Il n'est pas jusqu'à Dom Lobineau qui ne connaisse une tardive réhabilitation. A l'occasion de la découverte de ses restes, Arthur de la Borderie, qui se reconnaissait son fervent disciple, prit l'initiative de faire élever, sur l'emplacement de sa tombe, un menhir marqué à son nom et surmonté d'une « croix primitive ». Le 3 Mai 1886, devant une assemblée de choix, Mgr Boucher, évêque de St-Brieuc, procéda à l'inauguration et bénit la statue de saint Jacut qui marque le souvenir du cloître gothique disparu.

Les Abbés de Saint-Jacut.
(d'après Dom Mars, Dom Taillandier et le Chanoine Lemasson).

1. Saint-Jacut, 5-6 s.
2. Hinguethen, + 1032
3. Guiomar, 1075-1090.
4. Marcherius, en 1118.
5. Guillaume, 1128.
6. Mainon, 1131.
7. Henry, 1159
8. Daniel, 1201.
9. Nicolas, 1210.
10. Alain, 1233.
11. Mathieu, 1251.
12. Simon, 1274.
13. Geoffroy, 1303.
14. Guillaume, 1309.
15. Eudon, 1336 à 1349.
16. Guillaume de Rays, + 1390.
17. Olivier Péan, + 1404.
18. Jean Mansiau, + 1417.
19. Guillaume le Veneur, 1418.
20. E..., en 1442.
21. Guillaume Milon, + 1461.
22. Bertrand de Broons, + 1471
23. Etienne Milon, 1475 à 1498.
24. Jean, archevêque de Tarse, 1499.
25. Antoine Pallavicini, 1507.
26. Bernard Bibiana, 1511 à 1516.
27. Jean des Cognets, + 1520.
28. Georges du Guémadeuc, 1522 à 1559.
29. Louis de St-Méloir, 1559 à 1584.
30. Robert Harens, 1584 à 1600.
31. Louis de Bréband, 1600 à 1614.
32. Pierre de Francheville, 1614 à 1651.
33, Louis-Hercule de Francheville, 1651 à 1687.
34. R. Fouquet du Breil, + 1706.
35. Jn. Rousseau de l'Aubanie, 1706 à 1760.
36. Yves-Alex. de Marbeuf, 1760 à 1767.
37. Charles-Laurent de Rays, + 1772.
38. Antoine-Joseph des Laurents, + 1785.
39. Barthélémy-Philibert d'Andrezel.

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