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La commune de
Saint-Sauveur-des-Landes ( |
ETYMOLOGIE et HISTOIRE de SAINT-SAUVEUR-DES-LANDES
Saint-Sauveur-des-Landes vient de la dédicace de l'Eglise.
Au XIème siècle, Saint-Sauveur-des-Landes est un petit oratoire desservi avant le XIème siècle par le prêtre Hermeniot. Méen ou Main Ier, seigneur de Fougères y établit un poste stratégique et accroît par ses dons l'importance du petit établissement religieux. En 1040, Méen ou Main II fait don du sanctuaire religieux à l'abbaye de Marmoutiers en Touraine qui fonde un prieuré. Hermeniot, à l'exemple de son seigneur, donne à la même abbaye la moitié de la terre qui dépendait de la chapelle.
Le Prieuré touchait l'église au nord : au XVIème et au XVIIème siècles le chœur servait de chapelle privée au prieur, et les paroissiens de Saint-Sauveur-des-Landes avaient installé un deuxième chœur en haut de la nef. Le prieuré possédait un droit de haute justice. Il est uni au Grand Séminaire de Rennes en 1701. L'église est érigée en paroisse dès 1325, et dépend alors de l'ancien évêché de Rennes.
Ce que nous savons du prieuré de Saint-Sauveur-des-Landes, membre de l'abbaye de Marmoutiers, nous fait comprendre l'importance relative qu'avait au moyen-âge la paroisse du même nom. N'était-ce pas, en effet, dans l'église de Saint-Sauveur que furent inhumés au XIème siècle Main, baron de Fougères, Adélaïde, sa veuve, et Juthal, leur fils ? (Dom Morice, Preuves de l'Histoire de Bretagne, I, 424). Et les habitants de Saint-Sauveur ne jouirent-ils pas jusqu'au XVIème siècle des mêmes privilèges et immunités que ceux de la ville de Fougères, étant officiellement déclarés bourgeois comme eux et exemptés comme eux de toutes coutumes ? (M. Maupillé, Notices historiques sur les paroisses du canton de Fougères, 171). Devenus vers l'an 1040 maîtres de l'église de Saint-Sauveur, les moines de Marmoutiers furent confirmés dans sa possession par les évêques de Rennes, notamment par le saint prélat Herbert, qui leur assura la jouissance de ce temple, de ses dîmes et de toutes ses dépendances, « ecclesiam Sancti Salvatoris de Landis cum decimis et omnibus pertinenciis suis » (Bulletin de l'Association bretonne, III, 241). Tant que le prieuré de Saint-Sauveur fut prospère, la paroisse qui en dépendait le fut aussi ; mais lorsqu'au XVIème siècle le prieuré tomba en commende, les bourgeois de Saint-Sauveur perdirent aussi leurs privilèges, et avec le départ des Bénédictins coïncida l'abaissement de la vieille bourgade. C'est par erreur, en effet, qu'Ogée dit (Digitionnaire de Bretagne, II, 871) qu'en 1630 un moine desservait encore la paroisse de Saint-Sauveur ; à cette époque, comme nous le verrons ci-dessous, il y avait bien longtemps que des prêtres séculiers occupaient la cure. Jusqu'à la Révolution, les propriétaires du prieuré de Saint-Sauveur levèrent la totalité des dîmes de la paroisse, mais ils en abandonnaient une partie au recteur (Pouillé de Rennes). Ce dernier, M. Thébault, déclara en 1790 qu'il jouissait, en effet, pour portion congrue, du trait de dîme du Boisnouault, estimé 600 livres ; il recevait, en outre, une pension de 300 livres du Grand-Séminaire de Rennes, maître alors du prieuré. De plus, ce recteur avait la disposition du presbytère et de son jardin, valant 36 livres (nota : l'aveu rendu au roi par les trésoriers en 1679 mentionnait, outre ce jardin, deux pièces de terre dépendant du presbytère), et était titulaire de la fondation de deux messes hebdomadaires faites jadis en son église par dom Mathurin Boyer, et rapportant alors 150 livres. De cette façon, son revenu se trouvait d'environ 1086 livres. Il y avait, en plus, d'autres fondations faites en l'église et estimées 214 livres de rente (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 1 V, 27).
Le château de Chaudeboeuf était l'un des plus important du Vendelais : Henri IV l'érigea en châtellenie en 1593, pour en ordonner la destruction quelques années après. Le seigneur de Chaudeboeuf, Hamelin Pinel, exigea et obtint, après une longue lutte, l'exemption des droits de coutume pour ceux de ses hommes qui habitaient le bourg prioral, et le droit d'y lever, chaque année, sept hommes et cinq chevaux.
On rencontre l'appellation suivante : Ecclesia Sancti Salvatoris de Landis (au XIème et XIIème siècles).
Note : liste non exhaustive des recteurs de la paroisse de Saint-Sauveur-des-Landes : Herméniot (au XIème siècle). Oger (« Ogerus presbyter Sancti Salvatoris » au XIIème siècle). Jean Agaice (il fut aussi en 1526 recteur de Laillé, Piré et Taillis ; il devint en 1539 chanoine de Rennes et fut inhumé dans la cathédrale, à côté de la grande porte). Jacques Helleu (en 1604). Jean Tropée (en 1607, il résigna en faveur du suivant). Jean Ernault (en 1636 ; décédé en 1673). Jean Lambert (en 1684 et 1687). François Prières (décédé en 1692). Jean Pichot (il succéda, semble-t-il, au précédent ; décédé en 1706). Pierre Bordier (prêtre du diocèse, pourvu le 13 novembre 1706, il résigna au suivant). René Villaune (prêtre du diocèse, il fut pourvu le 22 août 1710 ; il résigna avant de mourir et fut inhumé dans l'église, où l'on voit encore sa tombe, portant ces mots : Cy gist le corps de Mre René Villaune, recteur de ceste paroisse, décédé le 23 mars 1740). Michel Collin (prêtre du diocèse, il fut pourvu le 18 mars 1740 ; décédé en 1768). Jean-Baptiste Thébault (pourvu le 15 juin 1768, il gouverna jusqu'à la Révolution). Charles Genest (1803-1806). Louis-François Pezeron (1806-1848). Louis-Marie Gillot (1848, décédé en 1853). Joseph Gillot (1853, décédé en 1862). Jean-François Lesacher (en 1862). François Morel (1862, décédé en 1871). Joseph Caillel du Tertre (1871-1878). François Corvaisier (à partir de 1878), ....
Voir
"
Origines
de la paroisse de Saint-Sauveur-des-Landes
".
Voir
" Quelques
anciens faits divers de la paroisse de Saint-Sauveur-des-Landes
".
PATRIMOINE de SAINT-SAUVEUR-DES-LANDES
l'église
Saint-Sauveur (XI-XII-XIXème siècle). « Il y a tout lieu de croire, dit
M. Maupillé, qu'antérieurement au XIVème siècle il y avait deux églises
à Saint-Sauveur, l'église conventuelle et l'église paroissiale ; c'est du
moins ce qui semble résulter des termes de l'acte de cession de la première,
faite aux paroissiens en 1325, dans lequel il n'est pas dit qu'ils étaient
privés d'une église, mais bien que celle qu'ils possédaient n'était pas
convenable : cum ipsi idonea ecclesia indigerent » (M. Maupillé,
Notices historiques sur les paroisses du canton de Fougères, 187). L'église
actuelle, dédiée au Sauveur, fêté le jour de sa Transfiguration, est
donc l'ancienne église conventuelle du prieuré, devenue paroissiale en
1325. Le vaisseau, tel qu'il est aujourd'hui, ne nous représente néanmoins
qu'une partie de cet édifice. Il se composait, en effet, de trois nefs,
d'un transept et d'une abside ; en l'abandonnant aux paroissiens, les Bénédictins
s'y réservèrent le collatéral ou la petite nef du Nord, mais celle-ci
n'existe plus depuis longtemps. Au XVIIème siècle on reconstruisit le haut
de l'église, c'est-à-dire les transepts et le devant du chanceau. La
portion vraiment remarquable de cet édifice, c'est la série d'arcades
romanes, au nombre de cinq, qui séparent les deux nefs subsistant encore. «
Ces arcades, formées par des arceaux à plein cintre qui reposent sur d'énormes
piliers, sont renforcées à leur intrados par un arc doubleau en retrait,
dont les retombées s'appuient de chaque côté sur une demi-colonne engagée
dans la face interne du pilier ; elles constituent les seuls débris qui
nous restent de l'église primitive et remontent évidemment à la fondation
de celle-ci, au XIème siècle. Les piliers, ainsi que les colonnes qui leur
sont adhérentes, sont construits en moellon recouvert d'un enduit grisâtre
; leurs bases, formées par un simple renflement du fût, sont d'une
construction analogue. Les corbeilles des chapiteaux seules sont en granit :
elles constituent évidemment ce qu'il y a de plus remarquable dans l'église.
Bien que différant toutes par le système de leur ornementation, elles
offrent toutes, néanmoins, les caractères de l'époque romane. Celle du
dernier pilier, sur laquelle on a représenté le livre de la loi ouvert
entre deux feuilles de lotus, semble plus particulièrement fixer
l'attention » (M. Maupillé, loco citato). La façade occidentale
apparaissait encore naguère telle qu'on l'avait refaite en 1592 ; cette
date, ainsi que le nom de Jehan Cabnies, étaient gravés sur une de
ses pierres, au-dessus d'un écusson martelé. Mais vers 1870 on a construit
en cet endroit la base d'une tour insignifiante. L'antique abside romane a
elle-même été remaniée en 1642 ; ses contreforts plats subsistent
toutefois encore. Enfin, tout récemment, l'on vient de relever le transept
septentrional, et l'on y a joint la première travée d'un nouveau collatéral.
Il est bien désirable que cette reconstruction, faite avec goût dans le
style roman, soit continuée de façon à rendre à l'église entière sa
physionomie primitive. Quoique le roi, en qualité de baron de Fougères, fût
en réalité seigneur supérieur et fondateur de Saint-Sauveur, le sire de
Chaudebœuf (nota : Chaudebœuf, érigé en châtellenie en 1595 pour René
Pinel, appartint pendant six siècles à la famille Pinel, dont la souche
fut un fils d'Herméniot, prêtre de Saint-Sauveur au XIème siècle ; elle
passa vers 1680 aux Porée du Parc, qui la conservèrent jusqu'à la Révolution)
prétendait en cette église à toutes les prééminences ; malgré les réclamations
des prieurs commendataires, qui se disaient eux-mêmes prééminenciers, il
fit graver ses armoiries dans le temple, plaça son banc dans le choeur et
voulut y mettre son enfeu, quoique au XVIIème siècle on vît encore dans
ce chanceau les blasons du roi de France et des prieurs de Saint-Sauveur. Dès
l'an 1559 il déclara que « luy et ses prédécesseurs avoient de temps
immémorial les prééminences en l'église de Saint-Sauveur, banc à queue,
accoudoirs, escussons de leurs armes tant en peinture qu'en bosse hors et
dedans ladite église en forme de ceinture, droit d'enfeu et jusques à sept
tombes estant proche d'un autel du costé droict où se dit la grant messe
parrochiale » (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 6 G, 5. —
nota : le seigneur de Chaudebœuf avait, en outre, des prééminences à
Fougères dans les églises de Saint-Léonard et de Saint-Sulpice ; la
chapelle Saint-Guillaume de cette dernière église portait même
vulgairement le nom de chapelle de Chaudebœuf). Aujourd'hui, l'on voit
encore sur les contreforts de la nef des écussons devenus frustes, et à
l'intérieur de l'église plusieurs tombeaux des seigneurs de Chaudebœuf.
Sur la plus ancienne de ces pierres on ne peut plus lire que le nom de
Chaudebœuf et le millésime de M CCC. — Une autre porte cette inscription
: Cy gist le corps de François Pinel, chevalier de l'ordre du roi, en
son vivant seigneur de Chaudebœuf, fondateur de cette paroisse, décédé
le 1er jour de décembre 1574. — Sur une troisième on voit seulement
... le corps de Jean Pinel, décédé en aoust 1589. — Et, enfin,
sur une dernière est gravée l'effigie d'une femme, entourée de cette
épitaphe : Cy gist le corps de noble delle Jacquemine du Parc, dame de
Chaudebœuf, décédée le 18 juillet 1648. La confrérie du Mont-Carmel
ou du Scapulaire fut érigée à Saint-Sauveur en 1725 ; elle a été
rétablie en 1824. Celle de la Bonne-Mort, tombée aujourd'hui en
désuétude, fut enrichie d'indulgences en 1732 par le pape Clément XII
(Pouillé de Rennes). L'église primitive est celle du
prieuré fondé à Saint-Sauveur en 1040 par les moines de l'abbaye de
Marmoutiers : elle se composait d'une nef avec
une abside romane demi-circulaire appuyée sur des contreforts plats, de
deux collatéraux et d'un transept. Le collatéral nord, qui servait de
chapelle au prieuré, a disparu. Le mur sud de la nef date du XIIème
siècle. L'abside a été remaniée en 1642. La
façade ouest a été refaite en 1870 et sommée d'une flèche en ardoises :
elle portait la date de 1592. L'église était autrefois entourée d'une
litre extérieure et intérieure aux armes des seigneurs de Chaudeboeuf. Le retable date du XVIIIème
siècle. La façade occidentale date du XIXème siècle. Les arcades de la
nef datent du XI-XIIème siècle. On y trouve de nombreuses pierres tombales
dont celles des seigneurs de Chaudeboeuf et celles d'ecclésiastiques (Hault
Mouel - 1659, ...). Les premiers seigneurs de Fougères se firent inhumer
dans l'église de Saint-Sauveur jusqu'à Main III, mort en 1124 ;
l'ancien
prieuré Saint-Sauveur-des-Landes, aujourd'hui disparu, et jadis membre de l'abbaye de Marmoutiers. Au
commencement du XIème siècle, l'église de Saint-Sauveur-des-Landes
n'était qu'une simple chapelle, « capella exigui pretii », que
desservait un prêtre nommé Béacis, remplacé bientôt par un
autre prêtre appelé Herméniot (Dom Morice, Preuves de l'Histoire de
Bretagne, I, 405). Vers l'an 1040 ou 1041, Main II, seigneur de Fougères, qui
affectionnait Saint-Sauveur, — où il résidait parfois et où il
voulut être inhumé, ainsi que sa femme Adélaïde et son fils Juthal, — agrandit cette église et la donna
à l'abbaye de Marmoutiers avec deux manses de terre contiguës au cimetière, « ecclesiam
in Redonensi territorio atque Vendellensi pago sitam
et in Salvatoris memoria dedicatam, etc. » ; à ce don il ajouta
celui de trois maisons, dont l'une dans la ville de Fougères, l'autre
dans le bourg de Louvigné et la troisième dans le bourg de La Bazouge. Il affranchit
tous ces biens des droits de coutume ou de vairie et de tous les autres
droits établis ou à établir, et étendit même ce privilège à tous les
biens que l'abbaye pourrait acquérir dans la suite dans le ressort de son
domaine. Enfin, il fit confirmer cette donation par Conan II,
comte de Bretagne, dont le règne commença en 1040,
en présence de Gaultier, évêque de Nantes, qui mourut en
1041, et de Juthaël, archevêque de Dol (Dom Morice, Preuves de l'Histoire de Bretagne, I, 393). Telle
fut l'origine du prieuré de Saint-Sauveur, qui grâce au
zèle des religieux, heureusement secondé par les libéralités de Main et de ses tenanciers, ne tarda pas à acquérir une
très-grande importance. Nous ne pouvons pas utiliser ici toutes les chartes bien trop
nombreuses concernant ce prieuré ; d'ailleurs, M. Maupillé
en a donné un excellent résumé dont nous allons nous servir
avec grand profit (Voir Notices historiques sur le canton de Fougères). Sans nous arrêter à suivre pas à
pas le prieuré de Saint-Sauveur dans ses accroissements successifs,
nous rapporterons d'abord les donations principales qui lui furent
faites. Main, seigneur de Fougères, compléta sa fondation en donnant
à Saint-Sauveur une terre nommée le Champ-Rainfroy, et
la moitié de l'église de Romagné avec la part des biens et des
revenus qui lui était afférente (Dom Morice, Preuves de l'Histoire de
Bretagne, I, 394). « Vers la même époque, le prêtre
Herméniot, qui avait cédé sa place aux religieux, leur fit aussi
don d'une de ses terres. Clément de Chévrigné et quelques autres seigneurs, ayant acheté
en commun une portion de terre qui était située auprès du
village de Chévrigné et qui appartenait à Geoffroy de Peslaine, en disposèrent également en leur faveur. Cette portion de terre
leur avait coûté 40 sols de cens » (M. Maupillé, Notices historiques
sur le canton de Fougères, p. 74). Un peu plus tard, une dame nommée Guidonic, veuve de Gradlon, surnommé Ivelin,
et épouse en secondes noces d'un nommé Alverard, fit don du moulin de Bulmine (nunc Boismine),
sur la Minette, en la paroisse de Chauvigné, aux moines
Jean et Robert, habitant le prieuré de Saint-Sauveur (Archives
départementales d'Ille-et-Vilaine, 6 G, 5). C'est aussi vers cette époque
(1064), dit M. Maupillé, que l'on doit placer l'octroi de
l'important privilège que le comte Conan II accorda non pas au prieuré de
Saint-Sauveur seulement, mais à l'abbaye de Marmoutiers elle-même, pour
toutes ses possessions dans l'étendue du Vendelais, en renonçant au droit
de coutume qui lui était dû de tous les tenanciers de l'abbaye et
l'autorisant à le faire percevoir à son profit (Dom Morice, Preuves de
l'Histoire de Bretagne, I, 403). Il est aisé de comprendre quels avantages, en raison de ses nombreuses
possessions, le prieuré de Saint-Sauveur dut retirer de ce privilège. Mais
avec les richesses les difficultés se présentèrent dans le monastère.
La première opposition que rencontrèrent les religieux
de Saint-Sauveur leur vint de Main, évêque de Rennes ;
voici pourquoi : « Lorsqu'ils avaient pris possession de leur église, elle
n'était assujettie à d'autre charge qu'à une rente
de 2 sols que le prêtre Herméniot, qui la desservait, payait
à l'évêque pour lui tenir lieu de droit de repas. Mais après
les accroissements successifs qu'elle avait reçus, l'évêque déclara
qu'il ne se contenterait plus de cette modique redevance
et prétendit exiger le droit de repas tout entier, tel qu'il le
percevait des autres églises du diocèse. Les religieux refusèrent de se
soumettre à cette exigence et invoquèrent les anciens
usages pour ne rien payer au-delà des 2 sols qu'avait payés leur prédécesseur.
L'évêque, de son côté, maintint ses prétentions, et les religieux s'obstinant dans leur refus, il fit
fermer l'église, et l'office divin cessa d'y être célébré. Cet état d'interdiction
paraît avoir duré près de trois années, de 1052 à 1055. Alors eut lieu le Concile de Tours, auquel assista l'évêque
de Rennes. Albert, abbé de Marmoutiers, y soumit l'affaire au jugement
d'Hildebrand, légat du Saint-Siège, qui réussit à inspirer
à l'évêque des sentiments de conciliation et obtint de lui qu'il
n'exigerait que 3 sols, qui lui seraient fidèlement payés chaque année
par l'église de Saint-Sauveur, en reconnaissance de sa sujétion. De
retour dans son diocèse, le prélat vint
faire sa visite à Saint-Sauveur, et les religieux le reçurent à
leur prieuré avec tous les honneurs dus à son rang » (M. Maupillé et
Dom Morice, Preuves de l'Histoire de Bretagne, I, 405). Pendant son séjour parmi eux, il fit
dresser l'acte constatant le privilège accordé à Saint-Sauveur. Mais les clauses de
cet accord furent modifiées plus tard ; et lorsque le prieuré eut acquis
toute son importance, les moines de Saint-Sauveur durent se résigner à
acquitter la procuration tout entière. Un
seigneur, nommé Kinnarouet le Vicaire, avait donné une
portion de terre à l'église de Saint-Sauveur du temps du prêtre
Béacis ; mais quand les Bénédictins devinrent maîtres de
cette église, il revendiqua sa terre. Main, seigneur de Fougères,
interposa heureusement sa médiation, et moyennant un présent
de deux chevaux qu'il offrit à Kinnarouet, celui-ci fit aux
religieux une nouvelle donation. Mais ce même
Kinnarouet alla plus loin. De concert avec un clerc nommé Gaultier et deux
chevaliers, Yves et Raoul, tous les deux fils d'un autre Gaultier, il contesta aux moines le
droit qu'avait eu le seigneur de Fougères de leur donner l'église
de Saint-Sauveur, prétendant qu'il n'avait pu disposer que d'une moitié,
l'autre moitié ayant été antérieurement aliénée par lui en faveur d'eux ou de leurs pères, qui l'avaient
tenue en fief. « Main, ne voulant pas que son équité fût soupçonnée ou sa
libéralité diminuée, prit le parti de racheter la portion de l'église objet de la contestation. Moyennant 4
livres de deniers qu'il donna à Yves avec un très-bon cheval et une armure complète,
6 livres de deniers à Raoul et à chacun des deux autres,
il les fit consentir à ne plus troubler la jouissance des
religieux, qui les admirent tous les quatre à la participation de
leurs prières » (M. Maupillé, Notices historiques sur le canton de
Fougères, p. 177). La mort de Main II, arrivée en 1074, fut un évènement d'autant
plus fâcheux pour le prieuré de Saint-Sauveur qu'elle fut
suivie de la fondation du prieuré de la Trinité de Fougères,
qui devint dès lors l'objet des prédilections des barons de
Fougères. Les enfants d'Herméniot occupèrent ensuite les religieux de Saint-Sauveur
; ils étaient au nombre de trois : Rainier, Herbert et Pinel. Les deux
premiers vendirent aux religieux une terre
pour le prix de 47 sols, mais le troisième ne cessa de les
inquiéter dans la jouissance de Saint-Sauveur. Bernard, abbé de
Marmoutiers (1084-1100), négocia avec lui, et, moyennant
110 sols qu'il lui donna, il obtint de lui et de ses fils Guillaume,
Hamelin et Geffroy Mallard, qu'ils se désisteraient entièrement
de leurs prétentions sur le bourg de Saint-Sauveur. Les religieux,
satisfaits des bonnes dispositions qu'ils rencontraient
enfin chez Pinel et ses fils, leur offrirent une place
gratuite dans leur monastère dans le cas où l'un d'eux serait
appelé à la vie religieuse ; ils donnèrent en outre à Pinel,
dans le bourg de Saint-Sauveur, une maison qu'ils affranchirent de toutes
charges et de toute redevance, et lui accordèrent,
pour lui et ses successeurs, à perpétuité, un droit
de gîte ou de repas à venir prendre, une fois chaque année, à leur prieuré. Sous
l'épiscopat d'Hamelin, évêque de Rennes (1127-1141), Jean Cotidien, prieur de Saint-Sauveur, obtint la confirmation
par ce prélat de tous les privilèges qui avaient été accordés à ses prédécesseurs dans les églises de Saint-Sauveur, de
Romagné et de la Chapelle-Saint-Aubert ; cette dernière leur avait été donnée par Robert de Vendel. Vers
le même temps, Guillaume et Geffroy Pinel donnèrent aux religieux, pour le repos de l'âme de leur frère Hamelin,
une maison dans le bourg de Saint-Sauveur ; peut-être était-ce celle
qu'avait reçue leur père. Ils déposèrent l'acte de donation
sur l'autel en présence de l'évêque Hamelin. La dernière moitié
du XIIème siècle vit l'importance du prieuré de Saint-Sauveur s'accroître
encore par la donation du tiers des dîmes de la paroisse de Landéan, qui
lui fut faite vers 1150, et celle des dîmes de la paroisse de Chauvigné,
par le seigneur d'Aubigné, dans les dernières années du siècle. Cette
donation semble marquer l'apogée de sa fortune. A partir de cette époque,
les dons que reçurent les moines de Saint-Sauveur furent bien moins
importants (nota : en 1248, Olivier de la Roche donna au prieuré la dîme
de son domaine du Tronçay ; — en 1259, Etienne, surnommé le Vaillant
Chevalier, lui donna le fief de la Carlaye, etc.). Des difficultés s'étant élevées entre le prieur Thomas et
Hamelin Pinel, seigneur de Chaudeboeuf, au sujet du droit de procuration ou
de repas qu'avait ce dernier au prieuré de Saint-Sauveur, Pierre de Dinan,
évêque de Rennes (1199-1210), les mit d'accord ; il fut convenu que les
religieux donneraient à Hamelin Pinel deux dîners chaque année « à
sept hommes et cinq chevaux », et que les hommes de Chaudeboeuf seraient
exempts du droit de coutume dans le bourg de Saint-Sauveur ; moyennant cela,
Hamelin Pinel renonça à toutes ses prétentions héréditaires sur le
prieuré. Mais dès l'an 1214 ce même seigneur remit aux moines une de ces
procurations ; il vendit ensuite l'autre à un clerc nommé Michel, qui en
fit également la cession au prieur de Saint-Sauveur en 1243 (Archives
départementales d'Ille-et-Vilaine, 6 G, 5). Le seigneur
de Chaudeboeuf n'était pas le seul, au reste, ayant droit à un repas au
prieuré ; le seigneur de Fougères y prétendait également, et les moines
de Saint-Sauveur ne s'affranchirent de ce dernier devoir qu'en 1324. Le
prieuré de Saint-Sauveur devait avoir deux moines, « un compagnon avec le
prieur », d'après le Livre des Prieurés de 1587, et payait 34
livres à la mense abbatiale, 21 livres 6 deniers aux officiers et 6 septiers d'avoine à l'aumônerie
de Marmoutiers. Au milieu du XIème siècle, nous n'y voyons, en effet, que
deux religieux, Jean et Robert. En 1319, l'abbé de Marmoutiers y trouva
Guillaume de Cuillé et Nicolas de Palèse, et en 1325 Jean de Villeneuve et
Jean de Postène ; ces religieux menaient une vie fort édifiante, chantant
exactement l'office divin et entretenant leur petit monastère en bon
état sous tous les rapports. Pendant cette dernière visite de l'abbé de
Marmoutiers, les religieux de Saint-Sauveur cédèrent aux paroissiens
l'église qu'ils possédaient, à la réserve du choeur, de la chapelle de
la Sainte-Vierge et de l'aile située du côté de leur prieuré, dont ils
conservèrent la possession. « C'était pour eux un moyen de se soustraire
aux charges d'entretien et de réparation de l'édifice, des fonts
baptismaux et des cloches, qu'ils rejetèrent sur les paroissiens. Ils
stipulèrent également que, dans le cas où l'église viendrait à
s'écrouler ou à être détruite par un incendie ou tout autre accident,
ceux-ci seraient tenus de la reconstruction tout entière » (M.
Maupillé, Notices historiques sur le canton de Fougères). Quelques
années plus tard, le prieuré de Saint-Sauveur tomba en commende. Il
demeurait en cet état lorsqu'en 1691 le prieur Jérôme de Bragelonne le
résigna en faveur d'André Ernouf, Eudiste et supérieur du
Grand-Séminaire de Rennes ; mais cette disposition resta sans effet par
suite de l'opposition qu'y forma l'abbé de Marmoutiers, quoique André
Ernouf eût pris possession du prieuré le 14 avril 1692. Toutefois Jean
Gravois, prêtre d'Avranches, pourvu du prieuré en place de Jérôme de
Bragelonne, se trouva dans les mêmes dispositions que ce dernier, et en
1698 il résigna à son tour Saint-Sauveur entre les mains de l'évêque
de Rennes, à la condition expresse que ce prieuré serait uni au
Grand-Séminaire de cette ville. Jules de Lyonne, abbé de Marmoutiers, fut
forcé de donner son consentement le 28 février 1698 ; l'abbaye
elle-même en fit autant le 7 juillet 1700 ; de son côté, le Séminaire
s'engagea à payer chaque année une rente de 197 livres 1 sol 6 deniers aux
religieux de Marmoutiers. L'évêque de Rennes autorisa alors, le 17 mai
1701, son Grand-Séminaire à accepter le bénéfice qu'on lui offrait, et
le roi donna en août suivant des lettres patentes confirmatives de l'union
du prieuré de Saint-Sauveur au Séminaire de Rennes et de l'extinction du
titre de ce prieuré ; ces lettres furent enregistrées au Parlement le 22
décembre 1701, et ainsi finit le prieuré de Saint-Sauveur (Archives
départementales d'Ille-et-Vilaine, 6 G, 5). M. Maupillé a
publié un curieux état des revenus annuels du prieuré de Saint-Sauveur-des-Landes au
XIIIème siècle ; nous ne le reproduirons point
ici, puisqu'il se trouve dans ses intéressantes Notices sur les paroisses
des cantons de Fougères. Mais nous allons essayer de présenter le tableau
de ce qu'avait le prieur de Saint-Sauveur aux XVIème et XVIIème siècles. Le
prieur possédait d'abord une partie de l'église de Saint-Sauveur, le
collatéral septentrional et le choeur, dont il fit sa chapelle
particulière lorsque le collatéral fut tombé en ruine. Les paroissiens
avaient fait un second choeur au haut de leur nef, de sorte que la chapelle
priorale se trouvait derrière le maître-autel de la paroisse. Les
religieux devaient y dire trois messes par semaine pour les paroissiens. Au
Nord de l'église et contigu à la chapelle priorale était le logis ou
manoir des Bénédictins, composé d'anciennes salles et chambres « tenant
avec l'église » ; dans la cour, qui s'étendait à l'Ouest, se trouvaient
le pavillon du Prieur, tombé en ruine en 1663, la demeure du métayer du
Prieuré, les granges, pressoirs et étables ; à l'Est étaient le jardin
et un ancien bois futaie, un bel étang avec sa chaussée, des vergers et
des prés, un vivier et un autre vieux bois appelé le bois Menu, situé
au-delà de l'étang ; enfin, les landes et prés de la Troncheraye. Tout ce
pourpris contenait environ 15 journaux. Il y avait, en outre, un troisième
bois nommé le bois des Aulnays, et une soixantaine de journaux de terre
constituant la métairie du Prieuré (nota : en 1676, le pourpris et la
métairie contenaient 88 journaux, et en 1790 99 journaux). Sur le bord de la Minette se
trouvait le Moulin-aux-Moines, que le prieur Guillaume Ruzé vendit à René
Pinel, seigneur de Chaudeboeuf, en 1575 (pour une moitié) et en 1577 (pour
l'autre moitié). Le prieuré jouissait des fiefs qui suivent : 1° le fief
du Bourg de Saint-Sauveur, contenant 150 journaux de terre sans enclaves
fors les terres susdites du prieuré : « les tenanciers y doivent au
prieur 12 livres de rente et sont sujets au devoir de sergentise pour faire
exploits de justice quand ils sont reçus dans la bourgeoisie du bourg (nota
: les habitants du bourg de Saint-Sauveur jouissaient des mêmes privilèges
et immunités que ceux de la ville de Fougères) ;
ils doivent corvée de fanage jusqu'à ce que le foin soit bien sec ; ils
sont exempts des devoirs de panage et des coutumes de Fougères » ; —
2° les fiefs de la Carlaye, de la Boyère (devant 64 sols 4 deniers), de la Monneraye
(15 sols 8 deniers) et des Coursonnais (14 sols), tous en Saint-Sauveur ; — 3° le
fief du Bourg de Romagné, valant 10 sols et cinq chapons de rente ; — 4° le
fief du Gast, en la ville de Fougères, paroisse Saint-Sulpice ; — 5° le
fief de la Chauvelle, en la Chapelle-Saint-Aubert ; — 6° le fief du Val,
l'Eraudière et Carcouel, en Saint-Hilaire-des-Landes : les tenanciers
devaient 14 sols 8 deniers au prieur, qui en échange leur devait une miche de pain
; — 7° le fief de la Gruaiserie, en Saint-Christophe-de-Valains, devant
10 sols de rente (Déclaration du prieuré de Saint-Sauveur en 1556). Tous ces fiefs formaient la mouvance de la juridiction du
prieuré ; un arrêt de la Chambre des Comptes maintint, le 30 décembre
1673, le prieur de Saint-Sauveur dans les droits d'une moyenne et basse
justice. Le prieur avait les droits de marché et de foire à Saint-Sauveur,
et le champ-de-foire s'étendait à l'Ouest du prieuré, devant le portail
du manoir (nota : au XIIIème siècle, le prieur recueillait 10 sols « aux foires aux
oies » ; en 1674, il partageait avec le seigneur de Fougères, moitié par moitié, les
coutumes de la foire tenue au bourg de Saint-Sauveur-des-Landes le jour
Saint-Marc, et appelée encore « foire aux oisons »).
la
chapelle Saint-Joseph (XIXème siècle), située au lieu-dit La Maladrerie ;
l'ancienne
Chapelle du Tronchay, située route de Montours. Propriété des seigneurs
du Tronçay dès la fin du XIème siècle, puis des familles de la Roche (en
1428), Lasne (en 1540 et en 1593), de Fleurville seigneurs du Tertre (à la
fin du XVIème siècle), de la Belinaye seigneurs du Plessis (vers 1682 et en 1789) ;
la croix
du cimetière (1637) ;
le
manoir du Tertre (XVIème siècle). Le domaine du Tertre est mentionné dès
le XIIème siècle. Ce domaine appartient d'abord aux moines de Rillé, puis
à M. de Fleurville qui y fait construire une demeure en 1559. Cette demeure
est remaniée en 1673. On y trouvait également autrefois une chapelle
construite en 1617 et dédiée au Père Eternel. En 1617, Jean de Fleurville
et Léonarde Le Douillet, sieur et dame du Tertre, fondèrent dans cette
chapelle deux messes hebdomadaires les lundi et vendredi. Jean Prodhomme en
1640 et Jean Vandebord en 1734 furent pourvus de ce bénéfice. Il est à
noter que le Tertre fut donné au XIIème siècle à l'abbaye de Rillé par
Sylvestre Pinel, lorsque celui-ci se fit religieux dans ce monastère. Les
chanoines réguliers de Rillé aliénèrent la terre du Tertre au XVIème siècle
et conservèrent seulement le fief de ce nom. La chapelle du Tertre, ayant
besoin de restauration en 1781, n'existe plus (Pouillé de Rennes).
Propriété des familles de Vendel et de Pinel, puis de l'Abbaye de Rillé,
de la famille de Fleurville (en 1559), Franchet (vers 1652), Lasne sieurs de
l'Efficerie (vers 1696), le Bastard seigneurs de Villeneuve (en 1764) ;
le
manoir du Bas-Tayer (1645). L'ancien
manoir de Teillay ou de Teillet relevait de la seigneurie de Saint-Etienne.
Propriété successive des familles le Provost (en 1425), Plumaugat, Tuffin
seigneurs de la Rouairie (en 1545 et en 1789) ;
le
manoir du Troncay (XVII-XXème siècle). On peut y voir un saloir qui date
du XVIIème siècle. On y trouvait également autrefois une chapelle
privative détruite au XIXème siècle ;
le
château de Chaudeboeuf (XVII-XIXème siècle). On l'appelait au Moyen Age Eschaudebouff.
Au XIème siècle, Chaudeboeuf est une motte féodale, qui est signalée également en 1540. Il
est flanqué de trois grosses tours et entouré de douves. Il possédait
autrefois un droit de haute justice. C'était une châtellenie érigée en
1593. C'est la famille Pinel qui est propriétaire des terres en 1040
et jusqu'en 1650 date à laquelle elles sont vendues en 1652 à la famille
Porée, seigneurs du Parc. Cette motte est remplacée au XVIIème siècle par un château édifié par la
famille Porée du Parc. Au XIXème siècle, ce château est la propriété
de la famille La Haye-Saint-Hilaire qui en fait don en 1863 à la
congrégation des sœurs adoratrices de la Justice de Dieu afin d'y créer
un hospice. L'intérieur conserve les armes de la famille Porée seigneurs du Parc et de Chaudeboeuf
du milieu du XVIIème siècle à 1789. Il possédait autrefois une chapelle
privée, dédiée à Saint-Joseph, qui présentait les armes de la famille
Pinel seigneurs de Chaudeboeuf du milieu du XIème au milieu du XVIIème siècle.
Cette chapelle a été refaite au XVIIIème siècle et bénie en 1757. De la
chapelle primitive, construite dans la cour du manoir, il ne reste qu'une
jolie porte de style ogival fleuri, dont le fronton, fâcheusement brisé,
portait les armoiries des Pinel, sires de Chaudeboeuf : d'azur à trois
pommes de pin d'or renversées, 2, 1. Relevé presqu'entièrement au
XVIIIème siècle et restauré lorsque Chaudeboeuf a été donné aux
Adoratrices de la Justice divine, cet édifice présente sur sa façade
occidentale un immense perron de granit conduisant à une galerie ou tribune
qui fait intérieurement tout le tour de la chapelle. Dans le choeur sont
deux tables de marbre ; celle du côté de l'évangile porte ces mots : Cy-dessous
repose le coeur de Messire Michel du Parq-Porée, chevalier, seigneur du
Parq, Chaudebœuf, Launay-Roumoulin, etc., cy devant conseiller au Parlement
de Bretagne, décédé le 28 mai 1712, âgé de 77 ans, priez Dieu pour son
âme. — Sur celle du côté de l'épître on lit : Cy gît Victoire
Mouësan de la Villirouet, comtesse Henry de la Haye-Saint-Hilaire,
fondatrice de l'hospice de Chaudebœuf, décédée à Rennes le 28 septembre
1869 ; priez Dieu pour elle. Le corps de cette dame est sous une autre
dalle, au milieu de la chapelle. Enfin, on retrouve les débris d'un autre
monument funéraire élevé jadis en ce lieu en l'honneur d'un chanoine issu
de la famille Le Lièvre, alliée aux Porée du Parc, et décédé à Fougères
le 5 septembre 1704, à l'âge de soixante-treize ans. Depuis la
transformation du manoir de Chaudebœuf en hospice, un chapelain dessert ce
sanctuaire (Pouillé de Rennes) ;
le four
à pain, situé au lieu-dit Haute-Pelaine ;
les moulins
des Planches, de Chaudeboeuf, de Touru, du Bas-Tayer ;
A signaler aussi :
l'ancien
manoir du Bas Champléon, situé route de Montours. Il possédait jadis une
chapelle privée. A noter que Le Champléon, "Castrum legionis"
est voisin d'une ancienne fortification construite à l'embranchement de
deux voies romaines. M. Maupillé suppose que les premiers barons de
Fougères ont dû occuper cette place forte (Pouillé de Rennes). Propriété successive des familles Pinot (en 1399 et en
1419), de la Rochère (en 1477), de Bourgon (en 1513), de la Haye seigneurs
de la Haye en Saint-Hilaire (en 1540 et en 1789) ;
l'ancien
manoir de Tanut. Il possédait autrefois une chapelle privée et mentionnée
en 1677. Propriété
des seigneurs de Tanut en 1300, puis des familles Berthelot juveigneurs de
Teillay (en 1430), de Bourgon (en 1503), de la Villette sieurs de Géromelles
(vers 1545), de Brégel (en 1592), de Chouët sieurs de Genereau, de Brilhac
(vers 1693), de Robien (vers 1776), Thierry seigneurs de la Prévalaye (en 1787) ;
l'ancien
manoir des Vairies, situé route de la Chapelle-Saint-Laurent. Il s'agit
d'une sergentise féodée de Fougères, démembrée de la seigneurie du
Tiercent. Il possédait jadis une chapelle privée mentionnée en 1676 et
dont les restes se retrouvent au Village de la Haute
Vairie. Propriété successive des familles le Vayer, de Launay (en 1420),
Beauchesne et Poytrine (en 1472), Bouyère (en 1541), le Sacher, Raoullier
(en 1574), le Vayer (en 1588), Fourmont seigneurs de Menneville, le Gouz, Gérard
(en 1659), Uzille (en 1703), Doudart sieurs des Hayes (avant 1710), le
Provost sieurs de Languenan (en 1710), Varnier (en 1755) ;
le
manoir du Boisnouault. Il conserve une motte appelée "Butte-à-Madame",
une fuie et des restes de douves. Il possède une chapelle aujourd'hui sécularisée.
La chapelle Saint-Gilles du Boisnouault dépendait de ce manoir. Cette
chapelle, fondée de messes, avait besoin de réparations en 1781 (Pouillé
de Rennes). Propriété successive des familles de la Roche (en 1412), le Vayer
seigneurs de la Renarzière (en 1433), de Porcon seigneurs de la Renarzière,
Paisnel (au XVIème siècle), de Vassé seigneurs de Foulletorte, du
Guesclin seigneurs de la Roberie (en 1576), Lorpheuvre ou le Febvre (en 1600 et en 1776) ;
l'ancien
manoir du Bois-Sauvé. Propriété successive des familles Pioger (en 1500),
de Servaude (vers 1653), Ledieu (en 1681 et en 1789) ;
l'ancien
manoir de Pellaine. Propriété successive des familles Guerraud dits
Prod'homme (en 1479), le Provost seigneurs de Saint-Mard (en 1485), le
Corvaisier (en 1541 et en 1709), Ménard (en 1736 et en 1789) ;
ANCIENNE NOBLESSE de SAINT-SAUVEUR-DES-LANDES
La châtellenie de Chaudeboeuf : « Eschaudebouff », comme on disait au moyen-âge, est un vieux manoir en Saint-Sauveur-des-Landes, converti maintenant en maison d'asile pour les vieillards pauvres. Son premier possesseur semble avoir été Pinel, fils d'un certain Hermeniot, prêtre, qui, vers le milieu du XIème siècle, prit part à la fondation du prieuré de Saint-Sauveur-des-Landes ; ce Pinel figure dans une charte de 1040. Hamelin Pinel, probablement son fils, fut l'un des quatre barons que le sire de Fougères produisit comme garants de sa bonne foi dans un engagement qu'il contracta avec l'abbaye de Marmoutiers, en 1096. Plus tard, ce seigneur de Chaudeboeuf renonça à l'un des deux dîners que lui devaient les moines de Saint-Sauveur-des-Landes, mais conserva l'exemption du devoir de coutume que ceux-ci avaient précédemment accordé à ses vassaux de Chaudeboeuf se trouvant au bourg de Saint-Sauveur (Dom Morice, Preuves de l'Histoire de Bretagne, I, 825). Le sceau d'Hamelin Pinel nous a été conservé ; il porte quatre burelles chargées d'une bande. En l'an 1401, Jean Pinel, seigneur de Chaudeboeuf, rendit aveu pour cette terre à la baronnie de Fougères ; en 1432, il était âgé de soixante-six ans et il dut avoir pour fils et successeur autre Jean Pinel, qui rendit aveu en 1460 et épousa Jeanne Le Séneschal. Georges Pinel était seigneur de Chaudeboeuf en 1482 ; l'année suivante, il fut choisi par le duc François II pour prendre place parmi les chevaliers chargés de défendre la ville de Fougères, et en 1484 Pierre Pinel figura également au nombre des défenseurs du château de Saint-Aubin-du-Cormier. François Pinel, probablement frère de Georges, car il était fils de Jean Pinel, tenait la seigneurie de Chaudebœuf en 1513 ; il vint en robe à la montre de 1541, « présenta pour luy Jehan Crocq, sieur de Mésaubouin, bien monté et armé, en estat d'homme d'armes, accompagné de deux hommes à cheval, un coustilleux et un page » ; il déclara avoir un revenu noble de 330 livres 11 sols et fit le serment requis (Ms. De Missirien (Bibliothèque de Rennes). Ce François Pinel épousa Jeanne Le Bouteiller et mourut en 1574, comme le porte l'inscription de sa pierre tombale placée dans l'église de Saint-Sauveur-des-Landes : Cy gist messire François Pinel, chevalier de l'Ordre du roy, vivant seigneur de Chaudeboeuf, fondateur de cette église, décédé le 1er jour de décembre 1574 (Archives d'Ille-et-Vilaine, 6 G, 5). René Pinel, seigneur de Chaudeboeuf, fils des précédents et né en 1530, fut créé par le roi chevalier de son Ordre en 1578 ; il épousa : - 1° en 1566 Jeanne de Froulay, fille du comte de Tessé ; - 2° après 1588 Jeanne de Launay, veuve de Léon de la Haye-Saint-Hilaire. Il habitait Chaudeboeuf en 1599 et dut mourir avant 1614, car à cette époque son fils, Briand Pinel, paraît comme seigneur de Chaude-boeuf. Ce Briand, à son tour qualifié en 1618 chevalier de l'Ordre du roi (De Carné, Les chevaliers bretons de Saint-Michel, 303), fut gentilhomme ordinaire de sa chambre ; il épousa Jacquemine du Parc, et en 1643 rendit aveu pour Chaudeboeuf. Sa femme décéda en 1648, et l'on voit encore en l'église de Saint-Sauveur sa sépulture, portant ces mots : Cy gist le corps de noble damoiselle Jacquemine du Parc, dame de Chaudebœuf, décédée le 18 juillet 1648. Ils semblent n'avoir eu qu'une fille, Anne Pinel, mariée en 1630 avec un seigneur normand, Charles Mallet, seigneur de la Bermondière. Briand Pinel, dernier mâle de sa race, ne mourut, dit M. Maupillé, qu'en 1677, ce qui semble difficile à croire, car la seigneurie de Chaudeboeuf fut vendue avant 1652, et M. Maupillé dit lui-même (Notices sur les paroisses des cantons de Fougères, 193) qu'elle ne le fut qu'après sa mort. Toujours est-il que la terre et châtellenie de Chaudeboeuf furent achetées par Michel Porée, seigneur du Parc, sénéchal de Saint-Malo, anobli pour ses services en 1624 et mari de Servanne Cheville. Le nouveau seigneur de Chaudeboeuf rendit dès 1652 aveu au roi pour cette châtellenie, qui passa peu après à ses petits-fils, enfants de Nicolas Porée du Parc. Celui-ci, reçu conseiller au Parlement de Bretagne en 1636, avait épousé en 1639 Julienne du Guesclin et était mort le 30 juin 1643. Sa veuve rendit aveu en 1662 pour Chaudeboeuf, au nom de son fils Nicolas-René Porée, dont elle était tutrice ; mais il parait que cet enfant mourut jeune, car ce fut son frère Michel qui devint seigneur de Chaudeboeuf (nota : il est fait mention dans les titres du prieuré de Saint-Sauveur d'un acte d'acquisition de la terre de Chaudebœuf, en date du 13 août 1672, par M. du Parc-Porée. Cela fait supposer que le premier Michel Porée n'avait acheté avant 1652 qu'une partie de la châtellenie, ou que celle-ci avait été reprise pendant quelques années par Briand Pinel ou ses héritiers). Michel Porée du Parc entra au Parlement de Bretagne à l'âge de vingt ans ; il épousa Catherine Couriolle, dame de Launay-Romelin, qui décéda à l'âge de soixante ans, le 13 mars 1713, et fut inhumée le lendemain en l'église Saint-Germain de Rennes, où sa famille avait un enfeu. Lui-même mourut à Rennes le 28 mai 1717 et reçut la sépulture près de sa femme, à Saint-Germain (Registre des sépultures des paroisses de Rennes). Son coeur fut toutefois apporté dans la chapelle de Chaudeboeuf, où il repose encore sous une table de marbre présentant cette inscription : Cy dessous repose le coeur de messire Michel du Parcq-Porée, chevalier, seigneur du Parcq, Chaudebœuf, Launay-Roumoulin, etc., cy devant conseiller au Parlement de Bretagne, décédé le 28 mai 1717, âgé de 77 ans ; priez Dieu pour son âme. Leur fils aîné, Gilles-Pierre Porée du Parc, maréchal des camps et armées du roi et chevalier de Saint-Louis, devenu seigneur de Chaudeboeuf, en rendit aveu en 1718. Il épousa Jeanne-Catherine Le Lièvre de la Villeguérin, fille d'un avocat général au Parlement de Bretagne. Les deux époux firent en 1721 une fondation pieuse en l'église de Saint-Sauveur-des-Landes ; ils moururent, Gilles Porée le 9 juin 1729 et sa veuve en 1742. Ils laissaient Chaudeboeuf à leur fils aîné, Louis-René-François du Parc-Porée, reçu en 1740 avocat général au Parlement de Bretagne en place de son oncle, Jacques-Eusèbe Le Lièvre de la Villeguérin. M. du Parc-Porée ne vendit cet office qu'en 1779, à M. Loz de Beaucours. Lors des troubles parlementaires, il fut en 1766 chassé de Rennes et exilé à sa terre de Chaudeboeuf (Frédéric Saulnier, Malouins et Malouines, 6). Il fut le dernier seigneur de cette châtellenie, car il vivait encore quand éclata la Révolution. Après sa mort, arrivée au commencement de ce siècle, la terre de Chaudeboeuf fut acquise par le chevalier de la Haye de Saint-Hilaire, dont la veuve et légataire a, dans ces dernières années, donné le château aux religieuses Adoratrices de la Justice divine pour y établir un hospice (Maupillé, Notices sur les cantons de Fougères).
La seigneurie de Chaudebœuf fut érigée en châtellenie pour René Pinel, par lettres de Henri IV datées de mars 1593 et enregistrées au Parlement de Bretagne en 1595 (Archives du Parlement de Bretagne). Elle donnait à son possesseur droit de haute justice dans les fiefs de sa dépendance, s'étendant en Saint-Sauveur-des-Landes, Vieux-vy, Saint-Léonard et Saint-Sulpice de Fougères, — droit de prééminence, comme seigneur fondateur, de prières nominales, de lizière armoriée, de banc et de pierres tombales (nota : un aveu de 1559 mentionne jusqu'à sept tombes appartenant au sire de Chaudebœuf « à l'endroit d'un autel, du costé droit, où se dit la messe paroissiale », ce qui prouve qu'a cette époque le seigneur de Chaudeboeuf ne jouissait pas encore du chanceau, réservé au prieur de Saint-Sauveur), tant dans le chanceau que proche les autels, dans l'église de Saint-Sauveur, — droit de prendre un dîner au prieuré du lieu, lequel dîner, à l'origine, devait être servi pour sept personnes et cinq chevaux, — droit d'avoir en l'église Saint-Sulpice de Fougères une chapelle prohibitive, avec enfeu et banc à queue, dite chapelle de Saint-Guillaume ou de Chaudebœuf, — droit d'avoir ses armoiries à la troisième vitre, côté de l'épître, de l'église Saint-Léonard de Fougères, — droit d'enfeu en l'église conventuelle des Récollets de Fougères, — droit d'avoir, le 1er janvier, une messe chantée à son intention, avec diacre et sous-diacre, en la chapelle Saint-Yves, du collège de Fougères, etc. (Archives de Loire Inférieure, v. Saint-Sauveur-des-Landes).
Le domaine proche de la châtellenie, assez peu considérable, ne se composait que du manoir de Chaudebceuf ; — des Moulins-Pinel sur la rivière de Minette — et des métairies de Chaudebceuf, Villeneuve, la Bouverie et la Dreurie. En 1540 s'élevait encore près du manoir de Chaudebceuf une motte féodale qui, croyons-nous, n'existe plus. Ce manoir est une vaste construction des siècles derniers, avec pavillons, cernée de douves ; à l'intérieur, on remarque de belles boiseries présentant les armoiries des Porée du Parc : de gueules à la bande d'argent, chargée de trois merlettes de sable . De la chapelle primitive, construite dans la cour du manoir, il ne reste qu'une jolie porte de style ogival fleuri, dont le fronton, fâcheusement brisé, portait le blason des Pinel de Chaudebœuf : d'azur à trois pommes de pin renversées d'or, 2, 1, différent, comme l'on voit, de celui d'Hamelin Pinel en 1214. Relevée presqu'entièrement au XVIIIème siècle, cette chapelle a été assez maladroitement restaurée au XIXème siècle. Les avenues de chênes séculaires qui conduisaient naguère au vieux manoir ont également disparu, et Chaudebceuf n'a vraiment plus l'air que d'un vulgaire hospice (abbé Guillotin de Corson).
Voir
"
Seigneuries,
domaines seigneuriaux et mouvances de Saint-Sauveur-des-Landes
".
A la montre de 1541 des feudataires de l'évêché de Rennes est mentionné à "Sainct Saulveur des Landes" :
- Françoys Pinel : "Françoys Pinel seigneur d'Eschaudebeuff présent en robe présente pour luy Jean Crocq seigneur de Mézaubouyn [Note : Manoir de Mésaubouin, en Billé] bien monté et armé en estat d'homme d'armes acompaigné de deux hommes à cheval l'un coustilleux et l'autre page.
Et a fourny sa déclaration et l'a affirmée par serment valloir troys cens trante troyz livres unze soulz ouict deniers tournoys. Et a supplyé adjoinct, Il luy sera pourveu sur ce comme de raison. Et a faict le serment".
(extraits du "manuscrit de Missirien" de Guy Autret, né en 1599 au manoir de Lézoualch en Goulien, et complétés par l'article "Montre des Gentilshommes de l'évêché de Rennes de 1541" de G. Sèvegrand).
(à compléter)
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