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COTES-D'ARMOR : L'AGRICULTURE EN 1890.

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Agriculture en 1890.

Le département des Côtes-d'Armor, très accidenté, fournit en 1890 des productions agricoles des plus variées, suivant l'altitude, la nature et la fertilité du sol, sa proximité, ou son éloignement de la mer ou des voies ferrées. Il résulte de l’ensemble de ces conditions culturales et économique, trois zones distinctes :

1° Zone du littoral. — Cette zone, naturellement très fertile, à sol et sous-sol perméables, comprend tout le pays limité par la mer et la voie ferrée reliant Guingamp, Lamballe et Dinan. Ses cultures principales sont : le froment, la pomme de terre, le trèfle et le lin.

La mer offre à cette belle contrée une mine inépuisable d'engrais qui lui permettent une culture intensive et l'exportation de produits abondants et rémunérateurs, tout en augmentant la richesse initiale du sol : les sables coquilliers et la tangue lui fournissent le calcaire indispensable à la production des trèfles, dont la culture améliorante a remplacé avantageusement les anciennes jachères, les guérets blancs et crée une alimentation riche et abondante pour le bétail. La mer lui fournit en outre des varechs, dont la valeur comme engrais égale celle du fumier. Ces plantes marines lui procurent la potasse, exportée sur une vaste échelle par la vente des pommes de terre et du lin. — Pour compléter ces richesses et augmenter sensiblement cette luxuriante production, qui jadis a valu à cette zone le nom de ceinture dorée, il suffirait d'importer un peu de phosphate et de nitrate de soude.

Les labours se font, en planches et à plat, sauf dans le canton sud de Saint-Brieuc et les cantons de Lamballe et de Pléneuf, où les billons sont restés en usage avec la moisson à mi-hauteur, pour conserver la partie inférieure du chaume, le glé, comme litière ou couverture. C'est à cette routine impardonnable qu'est dû, dans ces cantons, l'envahissement de toutes les cultures par les mauvaises herbes, et l'abaissement des rendements.

Cette zone produit des races beaucoup plus fortes que celles du centre et de la montagne. Les chevaux de Tréguier et de Lamballe sont connus du monde entier comme excellents chevaux de trait ; les vaches de Guingamp, au large bassin, au pis volumineux et aux courtes jambes, sont appréciées comme très bonnes laitières ; les moutons de la côte sont recherchés pour leur viande délicate et succulente.

L'exportation comprend surtout des blés, de la vesce, de la graine de trèfle et des pommes de terre, dont les principaux centres sont Tréguier et Bréhat. La culture du lin a beaucoup perdu de son importance, les prix de vente ayant baissé de 40%. Cette culture peut être avantageusement remplacée dans toute la presqu'île par celle du pommier, où la profondeur du sol lui assure un plein succès.

Le littoral présente en outre de riches cultures maraîchères : Saint-Brieuc, Yffiniac et Langueux se livrent à une production de choux, d'oignons et de carottes qui n'a pas d'égale.

2° Zone du centre. — Cette zone a pour limite, au sud, une ligne sensiblement parallèle à la voie ferrée de Brest à Paris et passant, par Bourbriac, Plœuc, Moncontour, le Gouray et Trémorel. Le sol est moins riche que le précédent, mais la différence des deux zones, très tranchée autrefois, tend à disparaître par l'apport des engrais, la culture du pommier et l'élevage du bétail. Les cultures sont très nombreuses : le blé, l'avoine et le blé noir sont les principales céréales ; la prairie naturelle, le trèfle, la vesce, le foin, la betterave, le chou et l'ajonc constituent la production fourragère. L'élevage des poulains, la fabrication du beurre et du cidre, avec l'exportation des céréales, sont la base de la richesse de cette contrée. Avec un outillage plus complet et des soins apportés à la conservation des fumiers, on réalisera des progrès sensibles dans toutes les productions.

3° Zone de la Montagne. — Cette vaste contrée, à sol généralement léger et à sous-sol granitique, comprend les cantons de Callac, Maël-Carhaix, Rostrenen, Saint-Nicole-du-Pélem Gouarec, Corday, Mûr, Uzel, Plouguenast, Loudéac, La Chéze, Collinée, Merdrignac et le sud des cantons de Bourbriac, Quintin et Moncontour. Toutes les parties élevées sont dénudées et n'offrent que de faibles ressources aux maigres troupeaux qui les pâturent. Les semis de pins sylvestres et autres essences forestières rustiques utiliseraient avantageusement ces surfaces improductives et condenseraient les brouillards qui refroidissent cette contrée. Ses nombreuses landes se défrichent et s'améliorent progressivement par la chaux, les sables coquilliers et le phosphate fossile. La terre est généralement pauvre, mais le cultivateur, actif et intelligent, veut arriver à surpasser ses voisins privilégiés de la nature. Son outillage se perfectionne, on y trouve des charrues brabant-doubles, des semoirs, des trieurs, enfin des batteuses à vapeur. Malheureusement, l'apport du calcaire et des phosphates ne lui a pas encore permis de remplacer partout le seigle par le blé, mais ses cultures soignées de choux et de rutabagas lui permettent l'engraissement du bétail. Loudéac et Corlay fournissent des chevaux légers, demi-sang de toute beauté ; Maël-Carhaix élève et engraisse d'excellents durham-bretons ; Plœuc et Quintin se distinguent par l'engraissement des veaux ; enfin, toute cette zone produit de bons porcs gras, améliorés par le craonnais.

Le seigle, le blé-noir et l'avoine sont les cultures principales. Le canal de Brest à Pontivy permet le transport économique des engrais calcaires indispensables à cette contrée granitique et facilite l'exportation de toutes les denrées.

Cette zone de la montagne accomplit des progrès rapides sous l'impulsion de syndicats cantonaux nouvellement créés pour l'achat des engrais et la vente des produits. Ces syndicats, qui fonctionnent à Loudéac, La Chèze, Merdrignac, Bourbriac, Uzel, St-Nicolas-du-Pélem, Mûr, Rostrenen, Corlay et Maël-Carhaix ne tarderont pas à entraîner dans cette bonne voie les cantons voisins.

Le département des Côtes-d'Armor possède, en 1890, une chaire départementale d'Agriculture ; le professeur est chargé de faire des conférences dans chaque canton, déjà stimulé dans la voie du progrès par un comice subventionné par l'État et le Conseil général. En outre, un vérificateur des engrais fait gratuitement les analyses des engrais commerciaux que lui envoient les cultivateurs par l'intermédiaire de leurs maires. Enfin, l'agriculture est soutenue dans sa production chevaline par le dépôt d'étalons de Lamballe (240 étalons), qui se répartissent chaque année, au printemps, dans les différentes stations. L'administration des haras, en outre, approuve et prime les meilleurs étalons appartenant à des particuliers. Des hippodromes nombreux sont subventionnés par l'État et le département: Saint-Brieuc, Lamballe, Paimpol, Dinan, Matignon, Rostrenen, Corlay, Pontrieux, Saint-Michel-en-Grève, Loudéac et Plouguenast.

L'art vétérinaire est pratiqué vers 1890 par 23 vétérinaires diplômés.

En résumé, d'après la statistique décennale de 1882, le département des Côtes-d'Armor présente :
458,376 hectares en terres labourables.
56,742 — en prairies et herbages.
33,587 — en bois.
99,834 — en landes.

La culture du froment donne une moyenne de 1,730,952 h.
La culture du méteil — 213,690
La culture de l'avoine — 240,000
La culture du sarrasin — 1,299,947
La culture de l'orge — 80,000
La culture du seigle — 65,000
La culture de la pomme de terre 1,743,831 q.

L'espèce chevaline comprend :
65,056 têtes au-dessus de 3 ans,
30,776 têtes au-dessous de 3 ans.

L'espèce bovine : 48 têtes 0,6 par 100 hectares.
L'espèce ovine 14,51 têtes par 100 hectares.
L'espèce porcine 1,895 kilog. par 100 hectares.

La petite propriété domine, on y trouve :
30,745 propriétés de moins de 1 hectare.
47,359 — de 1 à 10 hectares.
16,288 — de 10 à 40 hectares.
755 — au-dessus de 40 hectares.

Quant à la répartition proportionnelle des cultivateurs-propriétaires et non propriétaires, nous avons :

28,29 % de propriétaires ;
71,41 % de non propriétaires.

(J. Rigaud, M. Hélary).

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