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COTES-D'ARMOR : LANGUES, MOEURS, COUTUMES.

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Langues. — Mœurs. — Coutumes. — Langage.

Les deux langues française et bretonne se partagent en 1980 le département des Côtes-d'Armor à peu près par moitié ; nous comptons, en effet, 24 cantons dans lesquels la langue française est exclusivement parlée, et 24 dans lesquels la langue bretonne ou celtique est généralement en usage dans la campagne. La limite de chacune de ces deux langues est très marquée ; elle s'établit par une ligne allant du nord au sud, partant de la commune de Plouha, en passant par celles de Pléguien, Tréguidel, Bringolo, Plouagat, Lanrodec, Saint-Fiacre, Senven-Lehart, Saint-Gilles-Pligeaux, Canihuel, le Haut-Corlay, St-Mayeux, Caurel, Mûr et Saint-Connec. Dans toutes ces communes, les deux langues sont indifféremment parlées. En fréquentant les écoles, la nouvelle génération a appris à parler le français ; mais, dans l'intérieur de la famille, elle continue à se servir de la langue de ses ancêtres. Déclarons, toutefois, ici, que le breton n'est pas un patois, mais bien une véritable langue, qui a ses règles, sa grammaire et sa prosodie ; elle possède une littérature qui remonte au IXème siècle et qui compte un certain nombre d'ouvrages, plusieurs poèmes sacrés, entr'autres, qui avaient, au XVIIème siècle, attiré l'attention d'un des plus grands génies des temps modernes, de Leibnitz, lui-même. Les dialectes trécorrois et cornouaillais sont les plus en usage dans la conversation de nos cultivateurs bretons ; leur langage a une harmonie pleine de charme qui se communique souvent à leur accent quand ils parlent le français.

 

Mœurs. — Si le Breton des Côtes-d'Armor, — nous parlons principalement de celui qui compose la clase rurale, — conserve encore une partie des défauts que l'on a reproché de tout temps à ses ancêtres, l'entêtement et l'ivrognerie, par exemple, il a gardé en revanche, et nous nous plaisons à le constater, bien des qualités qu'on ne rencontrerait peut-être pas dans d'autres contrées. Un homme sans prévention, et qui se donnerait la tâche de parcourir nos campagnes, reconnaîtrait bien vite que nos cultivateurs sont généralement hospitaliers et intelligents, et que, si parfois l'imagination domine chez eux, leur raison est solide néanmoins et leurs appréciations empreintes d'un jugement sain et équitable. Au point de vue agricole, ce qu'on appelle de la routine est bien souvent le fruit de l'expérience, et si le progrès est lent à venir, ce n'est pas que leur esprit soit rebelle ; mais ils manquent de capitaux et d'avances pour mettre à exécution des procédés dont ils reconnaissent la valeur. Les rapports qu'on peut avoir avec nos Bretons sont généralement agréables ; on réussit toujours mieux près d'eux par la douceur et la simplicité que par la force et la rudesse. Sous leur enveloppe quelquefois grossière, ils possèdent une extrême délicatesse et une exquise sensibilité qu'on est tout surpris d'y découvrir dans leurs rares moments d'épanchement, car ils s'imposent toujours une grande réserve ; ils ont éprouvé tant de déceptions ! Aussi ce qu'ils n'accorderaient jamais a un ordre prononcé durement, ils le donneront à une simple prière : ils aiment sincèrement à rendre service ; ils se réunissent souvent pour faire de longs et difficiles charrois qu'on n'obtiendrait pas à prix d'argent, uniquement pour aider un voisin malheureux à reconstruire sa maison ou à labourer son petit patrimoine.

Dans certains cantons, on raconte encore, dans les réunions que chaque veillée amène au milieu des étables, tantôt les histoires effrayantes de la brouette de la mort, carrikel an ankou — tantôt celle des lavandières de nuit ; — puis les méchancetés du chien noir, qui se lance entre vos jambes, vous renverse et continue à vous renverser chaque fois que vous vous relevez, — et les ébattements des siffleurs nocturnes qui, à certaines heures, se réunissent dans les chemins creux, — et les promenades du Bugel-Noz, enfant de la nuit (feu follet), et les tours des lutins qui brouillent les crins des chevaux qu'ils affectionnent et auxquels ils donnent, au détriment des autres, toute l'avoine du grenier, — et les richesses de la fée Margot, qui bâtit N.-D. de Lamballe, — et les courses, dans les rivières, du crocodile, horrible animal qui n'a qu'un œil et qui est le produit d'un œuf de coq couvé par un crapaud, — et les chansons sinistres des orfraies qui logent dans les clochers, — et les amitiés de la poule noire, avec ses écus, — et les rencontres de la bête portant la heire, malheureuse âme qui s'est vendue au diable, etc., etc.

Quelques bonnes femmes assurent que certains maux ne peuvent être guéris qu'avec des oraisons prononcées par des individusqui acquièrent en naissant cet heureux pouvoir. Si la première personne qu'on rencontre en sortant le matin de chez soi est un tailleur ou une jeune fille en petit bonnet, il vous arrivera malheur avant la fin du jour. — Un trépied laissé sur le feu sans rien mettre dessus fera aigrir le cidre du maître de la maison. — Un veau né le dimanche n'est pas bon à élever. — Pour éviter de tomber au sort, un jeune homme doit porter sur lui, quand il tire à la conscription, une aiguille qui a servi à ensevelir un mort, etc. — En dehors de ces récits, destinés à produire une certaine émotion sur un jeune auditoire, et dont le fond, du reste, a presque toujours un sens moral, nous pouvons assurer qu'il ne reste absolument rien qui autorise à traiter l'habitant de nos, campagnes bretonnes de superstitieux et d'idolâtre : on peut du reste s'en convaincre en l'interrogeant ; mais ce qui n'est pas une superstition, mais bien l'expression du sentiment le plus respectable, c'est la profonde piété du campagnard breton pour les morts.

(J. Rigaud, M. Hélary).

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