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LES FRAIRIES DE LA PAROISSE D'HERBIGNAC.

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Avant de vous faire le récit succinct de l'histoire paroissiale d'Herbignac, laissez-moi vous dire quelque chose sur la question des Frairies. D'abord, qu'est-ce qu'une Frairie ? Je ne croix pas pouvoir mieux la définir que ne l'a fait M. de l'Estourbeillon, dans un récent travail sur les anciennes Frairies bretonnes, travail auquel nous ferons même quelques emprunts dans le cours de cet opuscule. Donc, une Frairie est une délimitation territoriale, formant comme une famille, groupée pour la défense de ses intérêts temporels et religieux.

Ville d'Herbignac (Bretagne).

Anciennement, presque toutes les paroisses de la Bretagne étaient divisées (comme elles le sont, du reste, encore aujourd'hui) en sections portant alors le nom de Frairies, ou réunions de Frères. Ces agglomérations, ou corporations rurales, si vous voulez, car elles l'étaient bien effectivement, ayant la Religion pour base, étaient placées sous l'égide et la protection d'un saint, sous le vocable duquel se trouvait la chapelle frairienne. C'était en cette chapelle que souvent nos ancêtres, trop éloignés du centre paroissial, allaient chercher et trouver le remède à leurs peines, triste et ineluctable apanage de notre pauvre humanité. C'était aussi à l'ombre de ce sanctuaire que reposaient leurs corps après leur mort.

Des messes se disaient dans ces chapelles plusieurs fois dans l'année, et quelques-unes tous les dimanches, ou au moins le jour de la fête patronale du saint protecteur. A l'entour se tenaient aussi de temps en temps des assemblées et des banquets, derniers vestiges, il faut le dire, du druidisme et du paganisme, que la religion chrétienne a fait disparaître. De nos jours, cependant, coutume presque aussi barbare, des foires se tiennent dans l'enclos de l'ancien cimetière frairien, ordinairement planté d'arbres séculaires.

« En outre de cette organisation purement religieuse des Frairies, dit M. de l'Estourbeillon, il y en avait une autre que nous ne devons pas non plus passer sous silence. Jusqu'à la Révolution, chaque Frairie avait ses esgailleurs des fouages, et contribuait aux levées et impositions, proportionnellement au nombre de ses habitants. Elle possédait (et possède encore, vers 1850, dans certaines paroisses du diocèse de Nantes) un Bâtonnier ou Homme de vertu, véritable chef de Frairie, qui cumulait souvent ce titre avec celui de marguillier. Au-dessus des chefs de Frairie, il y avait un chef de paroisse ».

A eux tous ils composaient le conseil, que nous appellerons paroissial et qui répond à peu de chose près à l'assemblée, nommée alors le Général, corps politique et en même temps religieux, sorte de conseil, mi-partie municipal et de fabrique, chargé de tous les intérêts matériels et religieux de la paroisse. « Nommé ordinairement à vie, le bâtonnier ou chef de Frairie, centralisait les ressources de la Frairie et se chargeait de tout ce qui regardait son administration et la défense de ses intérêts. Il pourvoyait sur son territoire à l'érection des croix, aux réparations de puits, de four, de pressoir appartenant aux villages, veillait à l'entretien des chemins et, au nom de la Frairie, s'abouchait avec l'administration, s'il y avait des routes à créer, des communs à vendre, ou toute autre affaire à traiter intéressant ses consorts. Mais si sa gestion était discutable ou soupçonnée, il était révocable et ne tardait pas à être remplacé par un autre. Enfin, si le recteur faisait sa quête dans la paroisse, il choisissait encore pour cette mission un certain nombre d'individus par Frairie, et, s'il y avait des corvées à faire pour l'utilité générale, des délégués à envoyer pour quelque important événement, la Frairie était toujours là, comme une division qui s'impose et sait entretenir entre les diverses parties de la paroisse comme une sainte ardeur, comme une sainte émulation pour le bien.

Souvenir de ces chapelles, nous sommes beureux de le dire, n'a pas du moins complètement disparu. Partout, dans nos campagnes, quand ces oratoires subsistent encore, ils sont le rendez-vous de tous les Frairiens, qui viennent y chercher souvent force, consolation et courage. Et quand il n'en reste plus une pierre, quelque tradition a su heureusement en perpétuer le souvenir. Il en est de même pour nos patrons de Frairie ; partout, une croix, un village, un monticule, un gué, des champs même nous ont conservé le nom du bienheureux, et, chose remmarquable, il n'est pas de paroisse, pas de Frairie où ne se retrouve quelque souvenir du saint patron.

 

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Ville d'Herbignac (Bretagne).

Nous ne voulons pas achever cette étude historique et pratique sur les Frairies telles qu'elles existaient autrefois et telles que nous voulons les reconstituer aujourd'hui, sans dire quelques mots bien courts sur l'histoire de la paroisse d'Herbignac.

La paroisse d’Herbignac, aujourd'hui chef-lieu de canton de l'arrondissement de Saint-Nazaire, Loire-Inférieure, et comptant 3,452 habitants (vers 1883), remonte à la plus haute antiquité. Les constructions de son ancienne église qui vient disparaître, accusaient le IXème et le Xème siècle.
Sans que l'on puisse assigner de date certaine à sa fondation, comme paroisse, on peut toutefois affirmer qu'elle existait déjà depuis longtemps comme telle à la fin du XIIIème siècle, puisqu'on la trouve mentionnée dès l’an 1287, dans le cartulaire de l'abbaye de Redon.

Dépendant de l'ancien doyenné de la Roche-Bernard, et placée sous l’invocation de saint Cyr et de sainte Julitte, martyrs (avec sainte Catherine pour troisième patron), l'église d'Herbignac fut primitivement un prieuré de l’abbaye bénédictine de Saint-Gildas-des-Bois, et il est même plus que probable que c'est aux pieux habitants de ce monastère et aux seigneurs du lieu que fut due l'érection de l'église priorale.

Plus tard, et comme du reste partout ailleurs, Herbignac, déjà dépuis longtemps paroisse, fut remise aux mains du clergé séculier, mais en souvenir de ses anciens droits à l'administration paroissiale, l'abbé de Saint-Gildas conserva toujours le droit à la nomination d'un vicaire perpétuel, pour le représenter.

Depuis un temps immémorial, la chapelle de Férel, bâtie, dit-on, par les chevaliers de la commanderie de Faugaret en Assérac, était une trêve d'Herbignac. Dès que des vicaires perpétuels furent nommés pour la paroisse, ils furent spécialement chargés de la desservance de cette chapelle, dont ils abandonnaient ordinairement le service à un des vicaires titulaires de la paroisse.

En l'an 1700 fut construite la chapelle de Pompas et un bénéfice y fut fondé par les Frairiens pour la messe matutinale du dimanche qui devait y être célébrée comme à Férel. Quaranteneuf ans plus tard, cette dernière paroisse se sépara de son église mère Herbignac, et devint elle-même paroisse. Le logement, dit de la vicairie, et qui était situé près du bourg d’Herbignac, affecté au vicaire perpétuel, fut vendu pour subvenir aux frais de construction d'une nouvelle cure à Férel, dont le premier recteur fut M. le Meignen, dernier vicaire perpétuel d’Herbiguac. En lui, en effet, s'éteignit ce titre. Quant à Pompas, sa chapelle et son territoire continuèrent à former partie intégrante d’Herbignac ; ce n'est qu'en 1845 qu'elle a été elle-même érigée en paroisse, sous le vocable de Notre-Dame-de-Bon-Secours.

Plusieurs autres chapelles, frairiennes ou domestiques, quelquefois même l'une et l'autre, existaient autrefois sur le territoire de la paroisse. En outre du sanctuaire érigé dans le bourg même sous le vocable de Notre-Dame-de-la-Blanche, devenue, en 1779, lors d'une restauration de l'édifice, Notre-Dame-de-Miséricorde, qui est encore actuellement son titre, nous mentionnerons, dans la campagne, les chapelles de Kerobert et du Plessis-Cabeno, toutes deux domestiques, mais aussi frairiennes, l'une de la Frairie de Kerobert, sous le vocable de S. René et de Notre-Dame, l'autre de la Frairie de Langastre, sous l’invocation de S. Dys ou Théis. La chapelle de Kerobert, la plus importante de toutes, avait un chapelain jusqu’à la Révolution. Nous trouvons aux anciens registres paroissiaux, à la date du 31 décembre 1781, l'acte de sa reconstruction. C'est celle qui existe aujourd'hui. La première était située un peu au sud-ouest de celle-ci, sur l'emplacement d’une ferme où l'on montre encore la pierre de la chapelle. L'oratoire du Plessis-Cabeno est entièrement détruit. Dans la Frairie de Langastre existait encore une chapelle à Kerchus, qui, en 1606, était sous le vocable de S. Yves.

Plusieurs autres chapelles frairiennes avaient encore, et dans des temps plus reculés, occupé le sol d'Herbignac ; telles furent celles de Kerou, dédiéé à S. René, près le bois de ce nom ; celle de Kergas-d'Hoscas, sous l'invocation de S. Mathelin, ou Mathurin ; de Marleiz, vouée à S. Sébastien ; de Kerflisse ou Kerfelix, ayant pour patron S. Félix, dans la Frairie de Kerbilet. La chapelle frairienne de Brezanvé était au Tertre, et avait pour titulaire Notre-Dame-de-Bon-Garant, dont on connaît la légende, que nous raconterons ; celle de Quilio était près de la Ville-Rio, sous l'égide de S. Rioc, et enfin celle du Rohello à Languéhen, où l'on retrouve même sans altération le nom de S. Guéhen.

Herbignac a eu l'honneur, en l'an 1709, d'entendre la parole de Dieu de la bouche du vénérable Père Grignion de Montfort, qui y donna une mission, alors même que se construisaient la montagne et le Calvaire qui portent son nom, près Pontchâteau. On raconte que le saint missionnaire, pendant la retraite qu'il prêchait à Herbignac, allait quelquefois, durant la nuit, pour ne pas retarder ses travaux apostoliques, visiter à la Chapelle-des-Marais qui faisait alors partie de la paroisse de Missillac, un menuisier, du village de la Surbinais, nommé Jean Broussard, dit le père Gauchet, et chargé par lui de confectionner les croix du calvaire.

Dans l'énumération des chapelles d'Herbignac, nous avons omis celle de Ranrouët, nous réservant d'en parler en même temps que du château seigneurial de ce nom.

Ranrouët, ou plutôt Ranroué, qui, en langue bretonne, signifie lot du Roi, a de tout temps été la demeure des seigneurs du lieu. Certaines parties des tours et des remparts dénotent une construction du XIIème ou du XIIIème siècle. Encore, dit M. Blanchard, dans une brochure fort remarquable, est-il permis de supposer que ce château, comme tant d'autres châteaux forts, s'est superposé à quelque construction gallo-romaine, utilisée à l'époque normande.

Le château de Ranrouët, aussi haut qu'on peut remonter dans le cours des siècles, appartenait à l'illustre maison de Rochefort et passa, en 1464, dans la non moins célèbre famille de Rieux. En 1574, Ranrouët, qui dépendait de la terre d'Assérac, se vit, avec celle-ci, érigé en marquisat, en faveur de Jean Rieux.

Pendant les guerres de la Ligue, le château de Ranrouët, muni d'un double fossé, et défendu d'un côté par des marécages couverts de bois, communiquant avec la Grande-Brière Mottière, reçut une garnison du duc de Mercœur. En 1639, Jean-Emmanuel de Rieux, marquis d'Assérac, fit reconstruire la plus récente des tours du château, dont plusieurs autres portent, incrustées en pierre, les besants de sa maison.

De la famille de Rieux, Ranrouët a passé, au XVIIIème siècle, aux mains des Lopriac, puis, par alliance, des Kerhoant, qui le possédaient à l'époque de la Révolution.

Tous les seigneurs qui se sont succédé à Ranrouët ont été les bienfaiteurs du pays, sur lequel, en des époques troublées, ils étendirent efficacement leur protection. Nous voyons entre autres, en 1593, le marquis d'Assérac obtenir du duc de Mercœur une sauvegarde qui mettait les habitants de Missillac (à plus forte raison ceux d’Herbignac) à l'abri des courses des gens de guerre. Lorsque l'une des paroisses voisines apprenait que quelque compagnie se dirigeait sur son territoire, elle envoyait à Ranrouët prévenir Jean de Rieux, qui faisait aussitôt écrire au capitaine pour lui enjoindre de changer de direction. Pour reconnnaître un service de ce genre, les fabriqueurs de Nivillac firent, au nom et du consentement du général de leur paroisse, don au marquis d'Assérac de 350 écus.

Tout Herbignac a vu, lors des travaux de reconstruction de la nouvelle église, l'enfeu ou caveau qui existait autrefois sous le maître-autel et qui correspond au transept actuel. Ce caveau, bouché depuis, contenait et contient encore les restes de Jean-Emmanuel de Rieux, marquis d'Assérac, mort en 1657, et ceux de sa première femme, Anne Mangot. Jean-Emmanuel, qui était en même temps comte de Largouet, seigneur de l'Ile-Dieu, etc., devint gouverneur de Guérande, du Croisic, de Saint-Nazaire. De son deuxième mariage avec sa cousine, Jeanne-Pélagie de Rieux, héritière de Châteauneuf, naquit un fils, Jean-Gustave. Celui-ci épousa Anne d'Aiguillon. Ce fut lui qui, en 1679, vendit à René de Lopriac les terres d'Assérac. Du reste, Jean-Gustave n'habita presque jamais Ranrouët. Son second fils, Louis-Auguste-Cyr, devenu chef de nom et d'armes de sa maison, par la mort de son frère aîné, Jean-Sévère, et traité de cousin par le Roi, a été le père de Louis-François-Cyr, avant-dernier du nom, dont le fils, Louis-Charles-Morice, fut massacré à Auray, pendant la Révolution, en 1795.

Nous nous sommes peut-être un peu étendu sur la famille de Rieux, mais nous croyions lui devoir ce tribut, à Herbignac, au développement, à la prospérité et à l'illustration duquel elle a bien certainement coopéré.

Ranrouet possédait une chapelle située au nord-ouest des enceintes fortifiées. Cette chapelle, dont il ne reste plus aujourd'hui qu'une partie servant d'étable, était seigneuriale et absolument privative.

Le château de Ranrouet, que l'on ne connaît dans ce pays que sous cette seule appellation : le Château, a été, pendant la Révolution, le refuge à peu près constant d'un de ses prêtres, enfant de la paroisse. C'est là, en effet, qu'a vécu, pendant plusieurs années, au milieu des ruines, n'ayant, pour toit que le ciel et pour compagnons que les orfraies, c'est là qu'a vécu M. Durand, qui a rendu pendant la persécution les plus grands services à la paroisse. C'est là que Mlle Augustine Le Bail, alors enfant, et dont la mémoire vénérée demeurera toujours chère au coeur des habitants d’Herbignac, c'est là, disons-nous, qu'elle allait chaque jour lui apporter sa nourriture.

Ville d'Herbignac (Bretagne).

*** FRAIRIES D'HERBIGNAC ***

- FRAIRIE DU BOURG -

CIRCONSCRIPTION FRAIRIENNE.

Note : Les astérisques précédant un nom par chaque Frairie indiquent presque toujours exactement le lieu de l'ancienne chapelle frairienne.

 

* Le Bourg. Le Moulineau.
Kerdebleu. Le Château.
La Vicairie. Longle. Longle.
Kerolland. Rigassé. Rigassé.
Petit-Ranleiz. Pont-de-Méen.
Grand-Ranleiz. La Tenue.
Maladrie (Maladrerie). Kergestin.
Kerlan. Les Forgettes.
La Bonne-Source. Kersénéchal.
Kergas-du-Bourg. Coëtbout.
Le Pont-du-Rez. Kerhor.
L'Écurie.  

Patrons ; S. Cyr et Ste Julitte, martyrs à Tarse, en, Cilicie (Asie-Mineure) , en l’an 304.

FÊTE PATRONALE 16 JUIN.

Julitte appartenait à une famille distinguée de Tarse en Cilicie (Asie-Mineure) et était chrétienne. Devenue veuve avec un seul enfant, elle vit bientôt s'allumer la terrible et dernière persécution de Dioclétien. Sans crainte pour elle-même, elle tremblait, en mère tendre et dévouée, pour son jeune fils, Cyr, âgé de quatre ans seulement. Elle résolut donc de fuir pour le soustraire à la mort et à la fureur des persécuteurs. Faible femme, inhabile à dissimuler ses démarches, elle ne tarda pas à tomber entre leurs mains.

Conduite avec Cyr devant le proconsul romain, elle y confessa généreusement la foi de Jésus-Christ. Espérant avoir plus facilement raison de son fils, le préfet employa près de lui les caresses et les flatteries. Voyant que ni les unes ni les autres ne pouvaient l'ébranler, il eut recours aux menaces. Mais rien ne put fléchir l'intrépidité du jeune athlète qui, à la vue des souffrances et des tourments de sa mère et animé par ses pieuses exhortations, répondait invariablement : « Et moi aussi, je suis chrétien ! ». Transporté de fureur, le farouche proconsul saisit alors par un pied l'enfant que, du haut de son tribunal, il lança sur les degrés de marbre où Cyr vint expirer près de celle à qui il devait le jour.

Julitte, déchirée par les ongles de fer des bourreaux, et le cœur transpercé de la mort prématurée et cruelle de son cher fils, rendit néanmoins grâces à Dieu de la palme qu'il venait de décerner à Cyr et y puisa un nouveau courage pour résister à toutes les tortures. Las aussi de son inutile cruauté et de l'inébranlable résistance de la mère, après le martyre du fils, le préfet donna l'ordre de la décapiter, et Julitte alla bientôt rejoindre au ciel celui dont elle venait d'être témoin du triomphe.

Tous deux reçurent la sépulture des martyrs en l'an 304 de J.-C.

Dans le diocèse de Nantes, Herbignac et Saint-Cyr-en-Retz sont les seules paroisses placées sous leur vocable ; dans le Morbihan leur culte est bien plus répandu et maintes paroisses et chapelles portent leur glorieux nom.

La paroisse d'Herbignac possède un fragment d'os des saints patrons avec authentique. Chaque année, le jour de la fête patronale, ces saintes reliques sont exposées à la vénération des fidèles.

Méditation.

Dieu ne nous demande pas aujourd'hui de répandre pour lui notre sang, mais il veut cependant que nous soyons toujours prêts à le faire couler, s'il était nécessaire, pour la défense de notre foi ; il veut encore qu'à l'exemple de Julitte, nous sachions fortement tremper l'âme de nos enfants, afin que, le cas échéant, eux aussi puissent répéter avec Cyr : « Je suis chrétien ! » que nous les aguerrissions à affronter tous les périls, la mort même, s'il le faut, plutôt que de déserter son service.

Si Julitte est le modèle des mères, Cyr doit être proposé en exemple aux enfants. Prions-les tous deux, ces glorieux martyrs, nos patrons, de nous protéger du haut du ciel et de jeter un regard secourable sur la paroisse et la Frairie qui les invoquent comme leurs protecteurs.

 

- Frairie de Hoscas -

CIRCONSCRIPTION FRAIRIENNE.

 

Haut et Bas-Hoscas. Le Bignon.
La Fuie. Trévelois.
Kerougas d'Hoscas. Kerjarno.
* Kergas d'Hoscas. Haut et Bas-Kerlibérin.
Kerio d'Hoscas. Trévelec-Kerolivier.

 

Patron : S. Mathelin ou Mathurin, prêtre, vers l'an 388.

FÊTE PATRONALE : 9 NOVEMBRE.

S. Mathelin ou Mathurin, né dans le diocèse de Sens, connut, dès son enfance, la vanité des idoles et embrassa le Christianisme. A peine eut-il ouvert les yeux à la lumière de l'Évangile, qu'il abandonna tout ce qu'il possédait dans le monde pour s'attacher uniquement à Jésus-Christ. Il eut le bonheur de convertir son père et sa mère, qui, tout dévoués aux Romains, s'étaient constitués, au pays de Sens, les plus ardents dénonciateurs et persécuteurs des chrétiens. Les vertus de leur fils et son humilité ouvrirent les yeux à ces idolâtres que le bienheureux Polycarpe, arch. de Sens, sur la demande de son ami et élève Mathelin, confirma ensuite dans tous les principes de la foi chrétienne. Ayant été élevé au sacerdoce, il convertit un grand nombre d'infidèles et opéra de nombreuses guérisons de possédés et de malheureux ayant perdu la raison. Chargé de mérites et de bonnes œuvres, il mourut quelque temps avant l'an 388. On porta son corps à Sens. On le transféra depuis au village de Larchant, près de Nemours, dans le Gâtinois. On bâtit ce lieu, qui a, jusqu'à la Révolution, appartenu au chapitre de la cathédrale de Paris, une église sous l'invocation du saint prêtre, où l'on voit encore une châsse renfermant une partie de ses reliques ; le reste a été brûlé par les huguenots en 1568. La dévotion y attire un grand concours de peuple, et l'on porte la châsse du saint en procession aux paroisses voisines, le jour de l'Ascension et mardi après le 11 juin.

Il y avait aussi, à Paris, une ancienne église dédiée sous l'invocation de S. Mathurin. Le chapitre de Paris la donna, en 1228, aux religieux de la Sainte-Trinité pour la rédemption des captifs ; c'est de là qu'ils ont été appelés Mathurins, surtout en France. — Les habitants de la province du Gâtinois honorent S. Mathurin comme leur apôtre et leur patron. Sa fête est fixée au 9 novembre, depuis que le 1er du même mois est occupé par la fête de tous les Saints. Autrefois la fête de tous les Saints se célébrait le 1er mai. En l'an 607, le Pape Boniface IV ayant fait purifier et ouvrir l'ancien temple païen connu sous le nom de Panthéon, à Rome, le dédia sous l'invocation de la sainte Vierge et de tous les martyrs ; ce qui lui a fait donner le nom de Sancta Maria ad Martyres. Il fut aussi appelé Rotonde. Vers l'an 731, le pape Grégoire III consacra, dans l'église de Saint-Pierre, une chapelle en l'honneur de tous les saints ; depuis ce temps la fête de la Toussaint a toujours été célébrée à Rome. Le page Grégoire IV étant venu en France, l'an 837 ; la fête de tous les saints s'y introduisit et fut bientôt presque universellement adoptée. L'église paroissiale de Moncontour, en Bretagne (Côtes-du-Nord, aujourd'hui Côtes-d'Armor), possède un ossement de S. Mathurin renfermé dans un buste d'argent. Il se fait chaque année, à son occasion, un grand concours de pèlerins, aux fêtes de la Pentecôte. (Vie des Saints, par l'abbé Godes cand, t. XVIème pp. 470-471).

On représente d'ordinaire S Mathelin en costume de prêtre avec surplis et étole. — Près de lui sont souvent placés des pots ou des statuettes, pour rappeler qu'il est le patron des potiers et des mouleurs.

Méditation.

Quels sentiments pourrait nous inspirer la vie si cachée et pourtant si méritante de S. Mathurin, sinon ceux d'une grande humilité et d'un grand désir de faire le bien ; mais il faut encore le faire pour Dieu et non pour être honoré des hommes. Souvent, presque toujours même, une vie humble et oubliée nous rend plus grand vis-à-vis de celui qui nous juge, que toutes les richesses et les honneurs du monde réunis.

- Frairie de Marleiz -

CIRCONSCRIPTION FRAIRIENNE.

 

* Marleiz. Les Friches.
Caillaudin. Coëcarret.
Kerbrien.  

Patron : S. Sébastien.

FÊTE PATRONALE 20 JANVIER.

S. Sébastien naquit à Narbonne, dans les Gaules ; mais il fut élevé à Milan, dont sa famille était originaire ; il se montra dès sa jeunesse fervent disciple de Jésus-Christ. Etant venu à Rome, vers l'an 283, il ne tarda pas à entrer dans les armées de l'empereur Carin. Son dessein, en se rendant à Rome, était d'être plus à portée d'assister les martyrs et les confesseurs dans leurs souffrances. L'occasion d'exercer son zèle ne tarda pas à se présenter. Sébastien, après avoir obtenu par ses prières des guérisons extraordinaires, fut même doué du don des miracles : c'est ainsi qu'il rendit la parole à une muette, et convertit par ses exhortations le préfet de Rome, Chromuce.

Sur ces entrefaites, Carin ayant été tué en Illyrie, est remplacé sur le trône par Dioclétien. Le nouvel empereur distingua Sébastien, dont il admirait le courage et la vertu, sans connaître sa religion. Il s'attacha à sa personne et le créa capitaine d'une compagnie de la garde Prétorienne, place alors très considérable.

En l'an 286, le feu de la persécution s'étant rallumé avec plus de violence que jamais, le pape et d'autres fidèles se cachèrent dans le palais même de l'Empereur; mais beaucoup tombèrent entre les mains de leurs ennemis ; l’un fut suspendu par les pieds au-dessus d'un feu dont la fumée le suffoqua ; un second fut lapidé ; d'autres furent décapités ou étendus sur un chevalet, puis enterrés vivants, etc., etc.

Sébastien, qui avait envoyé tant de martyrs au ciel, soupirait après le moment où il leur serait réuni. Ses vœux ne tardèrent pas à être exaucés. L'Empereur, informé qu'il était chrétien, le manda, lui reprocha l'ingratitude prétendue dont il avait payé tous ses bienfaits, puis le remit entre les mains de quelques archers mauritaniens qui, après l'avoir percé de flèches, le laissèrent pour mort sur la place. Irène, veuve d'un saint martyr, et fervente chrétienne elle-même, étant venue pour l'enterrer, le trouva encore vivant ; elle le fit emporter secrètement dans sa maison, où, en peu de temps, il recouvra une santé parfaite. Au lieu de se cacher alors, ainsi qu'on le lui conseillait, pour éviter la colère de l'Empereur, Sébastien, au contraire, reprenant les insignes de son grade, vint un jour se placer sur les escaliers par où Dioclétien devait passer pour se rendre au temple, et, quand il le vit auprès de lui, lui adressa la parole, lui reprochant avec beaucoup de force sa persécution contre les chrétiens. Surpris de cette liberté, l'Empereur le fut encore davantage lorsqu'il reconnut Sébastien qu'il avait cru mort ; il le fit prendre de nouveau et mener à l'hippodrome attenant au Palais, pour y être assommé à coups de bâton et jeté ensuite dans le grand cloaque au bout du cirque. Notre saint reçut la couronne du martyre le 20 janvier 288.

Une dame romaine et chrétienne, appelée Lucine, après avoir fait secrètement retirer du cloaque le corps de Sébastien, l'enterra aux pieds des apôtres Pierre et Paul. Les chrétiens allaient, à l'insu des infidèles, prier sur son tombeau comme sur celui des Apôtres. Le cimetière souterrain où furent déposés ses restes porte depuis longtemps le nom de Catacombes de S. Sébastien. La Toscane et quelques églises de Rome furent enrichies de ses reliques. Louis le Débonnaire, fils de Charlemagne, obtint du pape Eugène II la permission de faire transporter à Saint-Médard de Soissons celles qui étaient restées dans l'église du saint, aux catacombes. Malgré la dispersion qui en fut faite par les huguenots, après la prise de Soissons, en 1564, Notre-Dame et Saint-Médard en ont conservé néanmoins plusieurs parcelles assez importantes.

S. Sébastien est particulièrement invoqué contre la peste. Plusieurs villes et plusieurs pays ont été redevables à sa puissante intervention près de Dieu de la délivrance de ce fléau. On en ressentit surtout les effets à Rome, en 680, à Milan, en 1575, et à Lisbonne, en 1599. (Vie des Pères et Martyrs, par l'abbé Godescand, éd. augmentée par l'abbé D...).

Méditation.

Appliquons-nous à marcher sur les traces de S. Sébastien, pratiquons avec lui la charité évangélique, secourons nos frères, convertíssons-les, s'ils en ont besoin, et l'exemple de notre saint, ne craignons pas de nous montrer chrétiens. Prions-le, invoquons-le et supplions-le de nous garder de la peste du péché, mille fois plus à craindre que les maladies du corps.

- Frairie de Landieul -

CIRCONSCRIPTION FRAIRIENNE.

 

Haut et Bas-Landieul. La Cour-aux Loups.
Kergoche. Kerdavy.
Petit et Grand-Quélo. La Maison-Rouge.
* Keron. Kernavat.

Patron : S. René, évêque d'Angers, en 430.

FÊTE PATRONALE : 12 NOVEMBRE.

S. René, évêque d'Angers, était fils du seigneur de la Possonnière et de la dame de Chalonnes. Tous deux eurent la joie de le voir naître après être restés longtemps sans enfant. Mais bientôt leur piété devait être fortement mise à l'épreuve, car ils eurent la douleur de perdre ce fils bien-aimé, au moment où ils l'apportaient à S. Maurille, évêque d'Angers, pour recevoir le baptême. Mais S. Maurille l'ayant arrosé d'eau bénite, le ressuscita aussitôt et lui ayant donné dès lors, en conséquence, le nom de René (né de nouveau), le rendit à sa famille pleine de joie et bénissant Dieu et le saint évêque.

Pieux comme un religieux et chaste comme un ange, René fit bientôt de fortes études et devint le modèle de toutes les vertus. S. Maurille, le fit chanoine et lui conféra les ordres sacrés. Pendant toute sa vie il fut tout à tous et tout à chacun, faisant de nombreux miracles et guérissant notamment plusieurs lépreux et possédés.

Désirant beaucoup visiter les Lieux-Saints, il partit pour l'Orient. Partout son passage fut signalé par des miracles. Il mourut à Sorrente, le 12 novembre 430, après avoir connu, par révélation, sa mort à l'avance.

— A la mort de S. Maurille, il avait été élu évêque d'Angers et fut toujours honoré comme un des premiers saints du diocèse. Ses reliques, précieusement conservées, furent malheureusement violées et brûlées par un huguenot, en 1562. (Tiré d'Albert le Grand).

Méditation.

Que par sa puissante et efficace protection saint René nous obtienne de sortir du tombeau du poché, où nous sommes comme ensevelis, peut-être depuis longtemps. Demandons-lui de renaître à la grâce, comme il est lui-même rené à la vie du corps, afin qu'après avoir mené comme lui une vie sainte sur la terre, nous méritions de le retrouver au ciel.

- Frairie de Kerbilet -

CIRCONSCRIPTION FRAIRIENNE.

 

Kerbilet. Le Guy.
* Kerflisse. La Morandais.
Kerverte. Poilvert.
Le Bran.  

Patron : S. Félix, évêque de Nantes, 582.

FÊTE PATRONALE : 7 JUILLET.

S. Félix naquit à Bourges, l'an 511, de parents distingués et unis par les liens du sang à la plupart des grandes familles d'Aquitaine. Élu évêque de Nantes en l'an 549, à l'âge de 38 ans, il gouverna cette Église pendant 33 ans.

L'épiscopat de S. Félix est un des plus brillants de notre histoire religieuse. S. Fortunat, son ami, évêque de Poitiers, a célébré dans plusieurs poèmes les grandes œuvres et les vertus insignes de l'illustre pontife. Les saints fleurirent dans le diocèse de Nantes autour du glorieux évêque : S. Martin de Vertou fut son archidiacre, et S. Friard, son ami. S. Félix travailla avec succès à gagner à Jésus-Christ les populations saxonnes, établies sur le territoire nantais, où sont aujourd'hui les villages de Batz et du Pouliguen, et en fit, le baptême solennel dans sa cathédrale, la veille de Pâques.

Le salut de son peuple ne fut pas le seul souci de Félix, qui travailla aussi efficacement à la prospérité matérielle de sa ville épiscopale, dont on croit que l'administration civile lui avait été confiée par le roi Clotaire. Félix entreprit de grands travaux il détourna en partie les eaux de la Loire pour les faire couler près des murs de la ville, par un canal qui porte encore aujourd'hui son nom.

L'illustre prélat prit aussi part aux grandes assises religieuses de son temps ; c'est ainsi que nous le voyons assister au troisième et au quatrième concile de Paris (557-573), au deuxième de Tours (567), où il se montra observateur zélé des décrets portés dans ces assemblées pour la réforme des mœurs chrétiennes.

Mais l'œuvre qui a jeté le plus d'éclat sur l'épiscopat de S. Félix fut, sans contredit, la construction de sa cathédrale. S. Fortunat a chanté la magnificence de ce monument, la merveille de la Gaule, et qui, dédié sous le titre des SS. apôtres Pierre et Paul, fut consacré solennellement le 30 septembre de l'an 568, en présence de tous les évêques de la province et de S. Euphrone, métropolitain de Tours.

Dieu couronna les glorieux travaux de Félix par la souffrance. De longues et cruelles douleurs précédèrent la mort du saint, arrivée le 8 janvier 582. On célébra longtemps sa fête ce jour-là, mais depuis trois cents ans, elle se fait le 7 juillet, jour où ses reliques retirées du tombeau furent déposées dans une châsse d'argent. Les reliques de S. Félix ont été conservées dans la cathédrale jusqu'à la Révolution. Une chapelle était consacrée en son honneur en face de celle de S. Clair. (Extrait des Saints nantais, par Mgr Richard, alors évêque de Belley).

Méditation.

Les conduites de Dieu sur ses saints sont admirables. Il les choisit tantôt dans une condition humble et obscure, tantôt dans une condition brillante et élevée. Il nous fait comprendre par là que nous sommes tous appelés à la sainteté. Ce qu'il nous demande, c'est de diriger notre vie selon sa volonté et d'employer à son service tout ce que nous avons reçu de lui.

- Frairie de Brezanvé -

CIRCONSCRIPTION FRAIRIENNE.

 

Brezanvé. Kerharden.
Kermarié. Le Sabot d'Or.
Kerdeno. Ville-aux-Pannetiers.
Kerguisnet. Kerbouhy.
Bilon. Lizerboh.
*Le Tertre. Caillermoh.
Lohminihy. Kerichard.

Patronne : Notre-Dame de Bon-Garant.

FÊTE PATRONALE : LUNDI DE LA PENTECÔTE.

Il existait autrefois dans la paroisse d’Herbignac un très ancien pèlerinage connu sous le nom de Notre-Dame-de-Bon-Garant. La chapelle de ce pèlerinage était située sur une colline, près du village du Tertre, mais la chapelle qui, durant plusieurs siècles, avait reçu les prières et les hommages des nombreux pèlerins venant invoquer la Très Sainte Vierge et la remercier de toutes les grâces qu'elle leur obtenait, cette chapelle n'existe plus. Les fondations seules se laissent apercevoir et indiquent la grandeur et la forme qu'avait l'oratoire. Depuis quelques années, les matériaux, que l'on respectait et auxquels personne n'eût voulu toucher, ont été pris et employés pour des clôtures ou des constructions.

Tout ce qui concernait cet antique pèlerinage était relaté dans les archives curiales d’Herbignac; mais, par suite des malheurs de la Révolution de 1793, la plupart de ces registres ayant été brûlés ou détruits, on ignore son origine ; ce n'est que par la tradition qui s'est conservée dans le pays, grâce aux personnes anciennes, qui redisaient à leurs enfants ce qu'elles avaient appris elles-mêmes de leurs pères, que l'on sait que de grands miracles avaient été obtenus et que souvent la Très Sainte Vierge était venue en aide à ceux qui l'imploraient. Citons, entre autres, un exemple entre mille : Un violent incendie menaçant de détruire tout un village, les habitants se jetèrent à genoux, implorant Notre-Dame de Bon-Garant, et à l'instant le feu s'éteignit.

La statue de Notre-Dame de Bon-Garant a seule été conservée ; elle se trouvait comme incrustée dans la muraille du fond de la chapelle, au-dessus de l'autel. Elle a survécu à tous les malheurs qui ont frappé sa chapelle, pour indiquer l'ancienneté de ce pèlerinage et à peu près l'époque où il a dû s'établir. Cette statue, qui est en pierre, date du XIIème ou du XIIIème siècle. Restaurée en 1874, elle a été placée à Férel, où elle habite, depuis plus de trois siècles, dans un petit oratoire spécial, et à l'extérieur de l'église, où elle est l'objet de la vénération et des prières de tout le pays environnant.

On croit que le pèlerinage à la chapelle du Tertre a été fréquenté jusqu'à la seconde moitié du XVIème siècle, époque à laquelle le protestantisme, qui prenait le nom de réforme religieuse, fit invasion en Bretagne.

D'après des indications récemment découvertes, une personne appartenant à la religion réformée fut inhumée dans le sanctuaire de Notre-Dame-du-Tertre, les habitants s'en émurent et, trouvant la chapelle polluée, ils en enlevèrent ce corps de protestant et le jetèrent à l'eau.

On sait positivement que la chapelle de Notre Dame de Bon-Garant a été détruite par les huguenots. La muraille du fond du sanctuaire, où était placée la statue de la Sainte Vierge, et où elle se trouvait comme incrustée, resta seule debout avec cette sainte image. Les gens du pays, craignant qu'elle ne fût profanée, vinrent l'enlever et l'apportèrent à Férel, alors succursale d'Herbignac. Elle fut déposée dans la chapelle tréviale, puis transportée dans la chapelle dite de Trégus, près de l'autel de la Vraie-Croix [Note : Il ne faudrait pas confondre la chapelle dite de Trègus et faisant corps avec l'église paroissiale de Férel, au croisillon Nord, avec l'ancienne chapelle située sur la terre de Trègus, en Férel. Cette dernière, en même temps domestique et frairienne, était dédiée sous le vocable de S. Julien].

C'est ici que commence une gracieuse légende que nous croyons bon de rapporter. La Sainte Vierge, au milieu de la nuit, portée sur une brebis blanche, quitta l'église de Férel, suivit le chemin qui conduisait à sa chapelle du Tertre et reprit la place qu'elle y avait occupée pendant plusieurs siècles. Peu de jours après, on la rapporta encore à Férel, mais la bonne Vierge ne voulut pas plus y rester que la première fois, et, remontant de nouveau sur sa brebis blanche, elle revint dans sa chapelle après avoir traversé les champs qui la séparaient de la route de Fèrel et y traçant un sillon d'un métre de largeur qui, en serpentant, arrive au bas de la colline. Encore aujourd'hui, les cultivateurs assurent que ce sillon est toujours visible au printemps ; le blé y est plus vert, plus élevé, et plus beau que dans le reste du champ, et ce tracé porte le nom de chemin de la Sainte-Vierge.

Après le second retour de la statue de Notre-Dame du Bon-Garant au milieu des ruines de sa chapelle, on comprit que sa volonté était d'avoir un lieu spécialement consacré à son culte. Un gentilhomme qui devait habiter non loin de Férel, mais dont on regrette de ne pas savoir le nom, fit construire un petit oratoire extérieur adossé à l'église.

La statue (nous n'osons pas dire miraculeuse mais au moins légendaire) y fut placée dans le fond, à droite, et à côté d’elle un grand écusson en pierre appartenant évidemment à celui qui avait donné une demeure à Notre-Dame de Bon-Garant et qui s'établissait comme son chevalier et son défenseur.

C'est dans, ce petit et si modeste oratoire qu'on avait continué à venir prier et invoquer Notre-Dame, surtout dans les temps de calamités ; des paroisses entières, croix en tête et bannières déployées, y arrivaient souvent, particulièrement Nivillac, qui se faisait remarquer par sa piété envers la Très Sainte Vierge. Le jour du Pardon, ou fête du pèlerinage, avait lieu le lundi de la Pentecôte. La veille, on chantait toujours les premières vêpres devant l'oratoire de Notre-Dame de Bon-Garant. Ce pardon réunissait beaucoup de monde de Férel.

L'antique statue ayant, à la longue, souffert des rigueurs du temps, fut retirée de l'oratoire, apportée dans les combles de l'église et remplacée par une statue en plâtre.

Ainsi que nous l'avons dit au debut de cette notice, l'antique statue a été replacée en 1874, et après avoir été restaurée, dans l'oratoire qu'elle occupait anciennement. A l'occasion de ce replacement, une belle fête religieuse fut organisée, fête dont nous reparlerons plus au long, s'il nous est donné un jour de faire, pour Férel, ce que nous faisons aujourd'hui pour Herbignac.

Notre-Dame de Bon-Garant est donc bien réellement la patronne de la Frairie de Brézanvé, sur le territoire de laquelle se trouve le Tertre. Que les Frairiens n'oublient pas cette illustre protection, et s'il ne leur est plus possible de rebâtir leur ancienne chapelle et de rentrer en possession de la statue vénérée, pour la conservation de laquelle Férel pourrait, à juste titre, invoquer la prescription... séculaire, ils peuvent au moins et doivent même relever son culte. Que leur bannière frairienne soit la reproduction sur toile de l'antique image de Notre-Dame de Bon-Garant, et que, sous son égide, ils continuent à marcher dans le sentier de la vertu.

Voici un cantique à Notre-Dame de Bon-Garant que chaque année, au moins, le lundi de la Pentecôte, toute la Frairie de Brézanvé réunie en l'église paroissiale d'Herbignac, se fera un bonheur, réunie sous les plis de sa bannière de répéter de tout cœur et en chœur pendant la célébration de la messe frairienne annuelle :

A NOTRE-DAME–DE–BON-GARANT.

Note : Nous avons extrait presque tous les détails sur Notre-Dame de Bon-Garant, ainsi que sa lègende et le cantique qui précède, d'une petite plaquette, sans nom d'auteur et dont nous ne divulguerons pas ici l'anonyme pour ne pas effrayer, ni effleurer même sa modestie si connue..

1. — Notre-Dame de Bon-Garant,
Dont le cœur si compatissant
Toujours secourut nos aïeux,
Daignez sur nous jeter les yeux !

2. — Vous nous voyez, Reine du Ciel,
Groupés autour de votre autel,
Vous nous voyez à vos genoux,
Notre-Dame, priez pour nous !

3. — Bénissez toutes nos maisons,
Gardez nos champs et nos moissons,
Nous avons tous recours à vous,
Notre-Dame, priez pour nous !

4. — Refuge des pauvres pécheurs,
Chassez le péché de nos cœurs,
Nous avons tous recours à vous,
Notre Dame, priez pour nous !

5. — Parmi nous conservez la foi,
L'amour de la divine loi,
Nous avons tous recours à vous,
Notre-Dame, priez pour nous !

6. — Parmi les dangers du chemin,
Tendez-nous votre douce main ;
Nous avons tous recours à vous,
Notre-Dame, priez pour nous !

7. — Quand viendra l'heure du trépas,
Au ciel, portez-nous dans vos bras ;
Nous avons tous recours à vous,
Notre-Dame, priez pour nous !

 

- Frairie de Quilio -

CIRCONSCRIPTION FRAIRIENNE.

 

Haut et Bas-Quilio. * La Ville-Rio.
La Clarté. Ville-Durand.
Argenton. Le Gressin.

Patron : S. Rioc.

FÊTE PATRONALE : 12 FÉVRIER.

On lit dans les actes de S. Gwénolé, premier abbé de Landevennec, au pays de Cornouaille, que S. Rioc était son disciple, et vivait dans son monastère, auquel il avait donné tous ses biens. Rioc, du vivant de son maître, ayant appris que sa mère était dangereusement malade, souhaita de l'aller voir et en demanda la permission à son abbé. S. Gwénolé qui savait, par une lumière céleste, que cette dame était morte, ne le dit point à son disciple, mais il se contenta de lui donner de l'eau bénite et l'envoya la visiter. S. Rioc, entrant dans la maison de sa mère, et la croyant encore en vie, fit sur elle l'aspersion de cette eau, bénite par le saint abbé, et dit : « Que le Seigneur Jésus, au nom de qui mon maître fait tant de merveilles, daigne vous rendre la santé ». Tous les assistants, qui savaient que cette dame était morte, ne purent entendre ces paroles sans avoir compassion de l'erreur où était ce pieux solitaire. Mais ils furent étrangement surpris, en voyant cette personne, de la mort de laquelle ils venaient d'être témoins, se dresser sur son lit, comme si elle se fût réveillée d'un profond sommeil et s'essuyer la sueur dont elle se trouvait baignée. Ils se prosternèrent aussitôt et dirent : « Celui-là est véritablement bien chéri de Dieu, dont, tout absent qu'il est, le nom invoqué par son disciple opère des choses si merveilleuses ». On ne sait rien autre chose sur la vie de S. Rioc, qui dut mourir dans la première moitié du VIème siècle. Sa fête se célèbre le 12 février. Il était, comme nous l'avons dit, disciple de S. Gwénolé ; voici du reste les noms des principaux : — S. Guenhaël, son successeur, S. Rioc, S. Balay ou Walay, — S. Martin, — S. Dei, Dys ou Theis, dont nous allons avoir à reparler, — S. Ratian ou Ratiau, — S. Wincon, — S. Gozien, — S. Winwoud, — S. Harnul, — S. Fétran, — S. Berthwald et enfin S. Conogan. (Dom Lobineau, édition Trévaux, t. I, p. 98 et 99 — 105-106).

Méditation.

Ce fut au nom du Sauveur que S. Rioc opéra le grand miracle qu'on vient de rapporter. « Nous avons tout en Jésus-Christ, disait S. Ambroise, et Jésus-Christ est notre tout ; si nous voulons être guéris de nos blessures, il est notre médecin ; si nous sommes brûlés de la fièvre ardente des convoitises, il est notre rafraîchissement ; si nous sommes accablés du poids de nos péchés, il est notre justice ; si nous avons besoin de secours, il est notre force ; si nous craignons la mort, il est notre vie ; si nous fuyons les ténèbres, il est notre lumière ; si nous désirons le ciel, il est notre voie ; si nous sommes affamés, il est notre aliment » (Id., ibid., p. 106).

- Frairie du Rohello -

CIRCONSCRIPTION FRAIRIENNE.

 

Rohello. Ville-aux-Maçons.
Kerlan-du-Nord. Ville-Renaud.
Kerio-du-Nord. Ville aux-Prés.
* Languéhen.  

Patron : S. Guéhen ou Gilduin, diacre de Dol, 1077.

FÊTE PATRONALE : 27 JANVIER.

Fils de Rivalon, sieur de Dol et de Combourg, Gilduin, ou Guéhen, se rendit illustre par son érudition, aussi bien qu'il l'était déjà par sa naissance. Créé chanoine de Dol, puis revêtu des saints ordres jusqu'au diaconat inclusivement, Guéhen ne se laissa séduire, quoique dans un âge assez tendre, ni par le plaisir ni par la dissipation, et n'ayant pas de plus grand ennemi que son propre corps, il travailla sérieusement à le rendre soumis à l'esprit par le cilice, les jeûnes et les veilles, comme il employa la prière et les saintes lectures pour conserver à l'esprit la supériorité qu'il doit avoir sur le corps.

Lorsqu'en 1076 mourut Jean, archevêque de Dol, qui ne paraît être autre, du reste, que le propre frère de Guéhen, tous les évêques du pays jetèrent les yeux sur ce dernier pour le remplacer. Contraint d'acquiescer à ce choix, qui blessait sa modestie, le nouvel élu ne le fit toutefois qu'à condition qu'il serait ratifié par le Saint-Siège. En conséquence, il partit pour Rome avec une nombreuse compagnie, et là, plaidant une cause aussi honorable qu'insolite, représenta à Grégoire VII toute sa prétendue indignité, suppliant le pape de ne pas le confirmer dans une dignité dont il ne se jugeait pas capable. Malgré les efforts de ses compagnons, Sa Sainteté, discernant la véritable humilité de Guéhen, acquiesça à son désir, et, déférant à l'avis que s'était permis de lui ouvrir le saint diacre lui-même, nomma à sa place, sur le siège de Dol, Even, abbé de Saint-Melaine, de Rennes, qu'il sacra incontinent et revêtit du pallium.

Guéhen reprit alors le chemin de la France. Sur le point d'arriver à Orléans, il fut pris d'une forte fièvre qui lui présagea sa mort prochaine. Néanmoins, il continua son voyage jusqu'à Chartres, où l'appelait sa tendre dévotion à Marie, puis sentant sa fin venir, il se fit transporter au monastère de Saint-Père-en-Vallée, au faubourg de la ville, où il revêtit l'habit monastique, quoique mourant, et ne tarda pas à succomber. Il rendit son âme à Dieu l'an 1077, et fut enterré le 27 janvier au milieu du choeur de l'église de Saint-Père.

Les reliques de S. Guéhen ont malheureusement disparu à la Révolution.

S. Guéhen voua pendant toute sa vie une affection particulière aux petits enfants, dont il aimait par-dessus tout, à soigner les maladies, et dont il se faisait en maintes circonstances l'éducateur et le père, cherchant à éclaiter leur intelligence, à leur inspirer la crainte de Dieu et à leur donner l'exemple de toutes les vertus.

S. Guéhen est invoqué souvent en Bretagne dans les maladies des enfants et pour la guérison des plaies et du venin.

Sa fête se célèbre le 27 janvier. Il est le patron de Landéhen (Côtes-du-Nord, aujourd'hui Côtes-d'Armor) et est invoqué dans des chapelles spéciales, à Saint-Carreuc, l'Hermitage et Plérin (Côtes-du-Nord, aujourd'hui Côtes-d'Armor).

Méditation.

La conduite de S. Guéhen à Rome fut admirable. Il prouva en cette circonstance qu'il n'avait pas seulement l'humilité extérieure, mais celle du cœur, la seule qui puisse nous rendre agréable « à Dieu. En effet, que nous servirait-il, comme le dit S. Bernard, d’être austère dans notre nourriture, simple dans nos habits, mortifié par le travail et crucifié par les plus rudes pénitences, si, par un orgueil de pharisien, nous nous élevions au-dessus des autres, et comme si Dieu nous en devait beaucoup du reste ? Malheur, je le dis encore une fois, malheur aux pauvres qui sont superbes, malheur à ceux qui portent la croix de Jésus-Christ sans le suivre et sans être de son parti. Quel aveuglement de partager avec Jésus-Christ les souffrances de sa croix et de ne point prendre de part dans son humilité ! Quelque réglés qu'ils soient dans leurs mœurs, leur orgueil néanmoins les fait appartenir à Babylone. Ils en sont les citoyens, enfants de ténèbres et esclaves de l'enfer ».

- Frairie de Kerobert -

CIRCONSCRIPTION FRAIRIENNE.

 

* Kerobert. La Briquerie.
Kercoudry. Gras-Villé
Ville-Guervé. Ville-Drain.
Ville-Perrotin. Pont-d'Orzan.
Le Guerny. Cranfort.
Coëtpras. Le Lany.
Ville-Fozo. Corobert.
Ville-en-Bois. La Tarriole.
Martinet. Ville-Éléonore.
Le Mouton-Blanc. Ville-aux-Bras.
Ville-ès-Loups. La Safardière.
Le Haut-Pavé.  

Patronne : Notre-Dame en son Assomption.

FÊTE PATRONALE : 15 AOUT.

Nous n'avons point ici à faire la vie de la Sainte Vierge ; le sujet est trop au-dessus de nos forces pour que nous l'entreprenions. Disons seulement que la chapelle de Kerobert, domestique et frairienne, ainsi que nous l'avons dit au cours de ce travail, fut dédiée à S. René et à la Sainte Vierge, le 31 décembre 1781. Lé vocable de S. René étant déjà attaché à la Frairie de Landieul, force nous a été, pour celle-ci, qui en avait deux, de choisir celui de Notre-Dame.

Voici l'acte de bénédiction de la chapelle de Kerobert, tel que nous l'avons trouvé dans les anciens registres paroissiaux « Le 31 décembre 1781, bénédiction de la chapelle de Kerobert par vénérable et discret missire Charles Le Masle, recteur d'Herbignac, sous l'invocation de la Sainte Vierge et de S. René, évêque et confesseur. Cette chapelle est construite par la munificence du sieur Jean-Marie Corbun, beau-frère de dame Geneviève-Marie-Françoise Gautier de Corbun. Ladite chapelle à peu de distance de l'ancienne qui menace ruine et est trop petite pour contenir le peuple qui s'y rend. Présents à la cérémonie : Le Masle, recteur ; — J.-M Corbun ; Geneviève-M.-F. Gautier de Corbun ; — demoiselle Anne-Marie. Jeanne Gautier de la Touche ; — Geneviève-Judith-Marie Corbun, sœur et fille de ladite dame de Kerobert ; — missire Guillaume Bouillaud, vicaire d'Herbignac ; — Guillaume Jaffre, chapelain de ladite chapelle ».

- Frairie de Langastre -

CIRCONSCRIPTION FRAIRIENNE.

 

Haut et Bas-Langastre. Kerchus.
* Le Plessis-Cabeno. Haute et Basse-Villeneuve.
La Durandrie. Le Guerneiz.
La Hurtaudais. L'Étang.
Ville-Rioc. Sapillon.
Keralino. Kerguinas.

Patron : S. Dys ou Theis (en latin S. Taïcus), VIème siècle.

FÊTE PATRONALE : 2ème DIMANCHE DE JUILLET.

S. Dys, qui vivait au VIe siècle, fut disciple de S. Gwénolé et moine de l'abbaye de Landevennec. Nous l'avons déjà nommé dans la vie de Rioc, religieux du même temps et au même monastère. On ne connaît presque rien de son existence, si ce n'est qu'il était, avant tout, homme d'étude et de prières. De tous ses disciples, Dys ou Theis, ou même Dei, fut un de ceux qu'affectionna le plus S. Gwénolé.

Il est invoqué pour demander la patience et la persévérance, ainsi que pour obtenir la réussite des affaires difficiles.

Il est patron de la paroisse de Lochteiz ou Lohtey (Finistère) et possède des chapelles à Cléden-Cap-Sizun, Plouhinec, Poullan et Saint-Ségal (Finistère), et Pléherel et Pluduno (Côtes-du-Nord, aujourd'hui Côtes-d'Armor).

Méditation.

Invoquons S. Dys pour obtenir la patience qui souvent fait défaut. Prions-le de nous obtenir la persévérance dans le bien et dans le service de Dieu. Enfin confions-lui nos affaires les plus importantes et demandons en particulier son intercession en faveur de l'œuvre des Frairies, destinée à opérer tant de bien dans notre chère Bretagne, si elle est bien comprise.

(un frairien de Landieul).

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