|
|
Bienvenue ! |
MAHYEUC YVES ET LES PREMIÈRES ANNÉES 1462-1483. |
Retour page d'accueil Retour "Mahyeuc Yves"
CHAPITRE PREMIER - LES PREMIÈRES ANNÉES 1462-1483.
En 1644, le P. Reichac de Sainte-Marie, religieux dominicain, publiait les Vies et Actions mémorables des trois plus signalés religieux en sainteté et en vertu de l'Ordre des Frères Prêcheurs, en Bretagne : Alain de La Roche, l'apôtre du Rosaire ; Yves Mahyeuc, évêque de Rennes, et le P. Quintin [Note : Imprimé à Paris, chez Le Bedu, ce livre fut dédié à Mgr Henry de La Motte-Houdancour, évêque de Rennes et comte de Souillac et de Froidmotte]. Parlant du tombeau d'Yves Mahyeuc, érigé dans l'ancienne cathédrale de Rennes, le P. Reichac écrit : « Le Le grand nombre de vœux, présens et tableaux appendus en l'église cathédrale de Rennes, les miracles fréquens à son invocation, la dévotion extraordinaire des peuples envers luy, le procès intenté à Rome pour la canonisation et la vie exemplaire qu'il a menée, soit dans les états religieux, soit dans le degré le plus haut de la Hiérarchie ecclésiastique, m'obligent à lui donner rang dans ce volume, comme étant un de ceux que la voix commune des hommes, autorisée de signalés miracles, a déjà canonisés sans attendre la décision de notre souverain et dernier Oracle de Rome ».
Au XVIIème siècle, on était donc persuadé que Rome, répondant aux désirs de la population, du clergé et des Etats de Bretagne, élèverait un jour Yves Mahyeuc sur les autels.
Yves Mahyeuc naquit en 1462 à Plouvorn, grande paroisse située à quatre lieues de Morlaix et à plus de trois lieues de Saint-Pol-de-Léon, sous le règne du duc de Bretagne Français II.
Plouvorn, c'est un pays de vallons, de ruisseaux, de prairies, de terres bien cultivées ; c'est aussi un pays aux fortes traditions, où s'est constituée, comme dans maintes paroisses du Léon, une véritable aristocratie paysanne ; c'est encore un pays de foi robuste où la religion catholique a profondément gravé son empreinte.
Le bourg de Plouvorn lui-même n'attire guère les touristes ; il fait figure de parent pauvre à côté de Guimiliau, de Lampaul, de Landivisiau, de Saint-Pol-de-Léon. Son église n'offre rien de remarquable. Son petit calvaire seul retient l'attention. Mais à quelques centaines de mètres du bourg s'élève la magnifique chapelle de Lambader, ancienne commanderie du Temple. Sa belle tour carrée couronnée d'une balustrade aérienne, sa flèche pyramidale et ses clochetons forment un ensemble des plus harmonieux. A l'intérieur, un magnifique jubé en bois sculpté, un des plus précieux que nous ait légués le Moyen Age, rivalise de grâce avec celui de Saint-Fiacre, au Faouët. Il est composé d'une large galerie aux compartiments découpés et fouillés avec une grande finesse. Des pendentifs représentent des anges portant les instruments de la Passion ; au milieu, un pélican nourrit ses petits de son sang. De style flamboyant, ce jubé serait de 1481. Yves Mahyeuc put donc l'admirer.
D'après la tradition, le grand-père et le père d'Yves Mahyeuc étaient marchands de toile au village de Kervoyec, nom que l'on croit être une déformation de Mahyeuc [Note : Un autre village, Un autre village, Meneskob, garderait également la souvenir d'Yves Mahyeuc, garderait également la souvenir d'Yves Mahyeuc]. La culture du lin était très répandue dans toute la région de Morlaix, où les tisserands de village fabriquaient une toile renommée.
Yves Mahyeuc appartenait donc à cette race des Léonards qui se distingue par sa dignité froide, réservée dans ses paroles et ses gestes, au langage lent et plein de noblesse, et qui, dans les manifestations de son âme : chansons, mélodies, légendes, danses, garde toujours un caractère de sérieux, de gravité, qu'on ne rencontre pas ailleurs en Bretagne.
Dans le milieu de vie familiale, Yves Mahyeuc prit l'empreinte qu'il devait garder toute sa vie. « Ses parents, dit le P. Touron, un de ses biographes (1747), exerçaient le négoce avec beaucoup de probité ».
« Ses parents prirent un soin particulier de son éducation, et il parut qu'ils s'étaient conformés au dessein du Seigneur, aussi bien qu'à toutes les inclinations de ce jeune enfant, en l'appliquant à l'étude dès ses premières années ».
A l'école presbytérale sans doute, auprès d'un prêtre qui enseignait à Plouvorn, Yves Mahyeuc apprit les premiers éléments des connaissances humaines. En cette fin du XVème siècle, on trouvait dans beaucoup de paroisses bretonnes des prêtres qui se consacraient à l'enseignement. Albert Le Grand rapporte ce fait au sujet du P. Quintin qui naquit au siècle suivant : « Pierre Quintin fut placé à l'âge de cinq ou six ans sous la tutelle d'un prêtre nommé messire Hervé Miorssec, homme de grande probité et de sainte vie, qui enseignait publiquement les enfants en une chapelle de Saint-Nicolas, près Morlaix » [Note : Albert LE GRAND, Vie des Saints : le Vénérable Père Quintin].
Yves Mahyeuc était doué pour l'étude et manifesta dès son enfance une vive piété. Ses parents, ravis des heureuses dispositions de leur fils, persuadés qu'un jour il « chanterait messe », n'hésitèrent pas à s'en séparer pour l'envoyer à Saint-Pol-de-Léon où, à l'ombre de la cathédrale, il poursuivrait ses études.
A Saint-Pol-de-Léon, on garda longtemps le souvenir de cet écolier modèle qui venait souvent prier dans la chapelle du couvent des Carmes, située près de la porte d'en-bas de la ville, du côté de l'Occident. « Il fuyait les compagnies des jeunes écoliers débauchez, écrit F. Albert Le Grand, et se retirait des vices ordinaires de la jeunesse ».
D'après Touron, Yves Mahyeuc avait terminé ses études de philosophie et commencé celles de théologie, quand il quitta Saint-Pol-de-Léon pour se rendre à Morlaix en qualité de précepteur chez un riche bourgeois de la ville, demeurant rue Bouvet, eu la paroisse de Saint-Martin. Il avait alors vingt ans. Probablement était-il déjà clerc, c'était la coutume à l'époque. Ces clercs, en attendant de s'orienter définitivement vers le sacerdoce ou vers d'autres professions libérales, recherchaient souvent des préceptorats. On lit dans le vie de saint Yves, par exemple, que le clerc Jean de Kerc'hoz [Note : Jean de Kerc’hoz ne fut jamais prêtre] vint au manoir du Minihy pour enseigner les premiers éléments des sciences profanes à celui qui serait un jour la gloire de la Bretagne.
On s'explique assez naturellement pourquoi Yves Mahyeuc vint à Morlaix. Ses parents, marchands de toile, avaient nécessairement des rapports fréquents avec les bourgeois armateurs de cette ville. Rien d'étonnant que l'un d'eux ait cru bon de lui confier l'éducation de ses enfants qu'il forma autant à la piété qu'à la science.
Morlaix, qui s'était éveillé au négoce au cours du XVème siècle, était alors dans tout l'éclat de sa puissance commerciale. Son port, le plus important de la côte nord bretonne, avait été sérieusement amélioré et centralisait le commerce de la toile. Les exploits des corsaires morlaisiens, Jean et Nicolas de Coatanlem, avaient étendu au loin la renommée de la cité ; mais la préoccupation des bourgeois était moins d'attaquer l'Anglais que de s'enrichir par le trafic. Une trentaine d'armateurs monopolisaient le commerce. Leurs navires étaient armés pour la course, exportaient en Biscaye, dans les pays du Nord, toiles, froment, suif, cuirs tannés, et importaient des vins, du fer, des peaux.
Pendant deux ans, 1481-1483, Yves Mahyeuc vécut dans ce milieu de gros commerçants. Il aurait pu être sollicité par les attraits du monde et par une vie riche et facile ; grâce à ses relations, il pouvait prétendre à une situation honorable, très honorable même, pour un fils de tisserand de village. Au contraire, ce genre de vie, où ne dominaient que les préoccupations matérielles, que le désir d'amasser d'immenses fortunes, le détourna du monde. Il remplissait pour l'édification de tous les devoirs de la vie chrétienne, et il aspirait toujours à une plus haute perfection. Il sentait que Dieu l'appelait à son service par le sacrifice de sa liberté ; il redoublait ses prières et ses pénitences pour mériter de connaître la voie dans laquelle il devait marcher. Il avait un grand désir de retraite, mais le zèle qu'il sentait en lui pour le salut du prochain lui faisait regarder une profonde solitude comme peu compatible avec son attrait [Note : D'après TOURON].
Précisément, ou ne parlait que du grand mouvement de réforme (Réforme dite de Hollande) qui venait de se réaliser chez les Frères Prêcheurs établis à Morlaix. Yves Mahyeuc fréquenta assidûment leur couvent, et après deux années de réflexion et de prières, il demanda de revêtir l'habit des fils de saint Dominique qui se faisaient remarquer à Morlaix par l'austérité de leur vie et leur zèle pour le salut des âmes.
On conserva à Morlaix le souvenir du pieux jeune homme. « Les héritiers des bourgeois dont il avait instruit les enfants furent si jaloux d'avoir eu l'honneur de posséder Yves Mahyeuc dans leur famille qu'ils firent marquer le lieu de leur ancienne demeure, afin que ceux qui y sont et seront s'éjouissent de respirer le même air que ce grand prélat a respiré » [Note : D'après Bertrand D'ARGENTRÉ].
(Abbé Henri Poisson).
© Copyright - Tous droits réservés.