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Mahyeuc Yves, Prieur de Saint-Maximin (Provence), 1504-1508.

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CHAPITRE IV - Yves MAHYEUC, Prieur de Saint-Maximin (Provence), 1504-1508.

Les biographes d'Yves Mahyeuc passent généralement sous silence un épisode de sa vie qui, s'il n'est pas des plus remarquables, montre en quelle estime on le tenait. « On peut croire, dit Albanès [Note : ALBANES, Histoire du couvent de Saint-Maximin en Provence, Marseille, 1880, p. 218. Tabula in libros… divi Thome de Aquino. Venetiis 1497, in-folio goth. — On y lit : Fr Yvo Mayheuc, Ordinis fratum proedicatorum, épis. Redonen. Le volume a appartenu ensuite aux dominicains de Rennes. Comme l'indiquent ces notes : Ex. bibliotheca proedicatorum Rhedonensium ; et au bas : Bonnes Nouvelles], que ce qui a contribué grandement à cet oubli, c'est que le nom du prélat a été notablement défiguré sur les listes des prieurs où il est porté, car presque partout on l'appelle Mayene. Or nous avons sa signature autographe sur un des livres de notre bibliothêque qui lui a appartenu et nous ne pouvons que suivre partout l'orthographe dont il s'est lui-même servi ».

Le couvent de Saint-Maximin [Note : Le roi René d'Anjou y avait fondé un collège qui devait avoir trois docteurs : un pour les arts libéraux, le deuxième pour le droit canon et le troisième pour ia théologie. Mais on n'y établit pas une sérieuse observance. Le prieur, nommé membre du Conseil royal, devait se contenter de trois chevaux et de deux serviteurs. Pendant son séjour à la cour, il était nourri et défrayé par la Maison royale] avait besoin d'une sérieuse réforme. Le prieur Bonneti, maître en théologie, était un prieur bénéficiaire, vrai commendataire, à l'allure séculière. Il ne se déplaçait jamais sans équipage et serviteurs. Nommé conseiller du roi, il obtint, en supplément, les prieurés bénédictins de Linieu et de Gourdon. En 1499 il fut nommé vicaire général de la province de Provence, mais voulut conserver la charge de prieur de Saint-Maximin.

Sous le gouvernement d'un pareil prieur, le couvent de Saint-Maximin, qui aurait dû être un modèle pour la Provence, était plutôt une cause de scandale. F. Bonneti le comprit. Il y a des limites qu'il ne faut pas dépasser... Il se fit réformateur. Il demanda aux religieux de garder le silence pendant l'office, de ne point circuler dans l'église conventuelle au milieu des fidèles au cours des cérémonies religieuses. Il leur interdit de se réunir la nuit pour jouer, de faire du tapage comme cela se pratiquait jusqu'à minuit, de boire ou de manger dans les appartements privés. Avouons qu'il n'était pas exigeant. Mais attention ! Seuls les religieux de second ordre étaient atteints par le réformateur : les maîtres en théologie, les gradués de tout étage pouvaient se permettre des licences...

Au mois de novembre 1503, Louis XII se trouvait à Lyon.

En même temps F. Bandelli, maître général de l'Ordre, voyageait dans le Sud de la France, visitait les couvents des Prêcheurs et se disposait à faire route vers l'Espagne. Auparavant, il voulut mettre de l'ordre au couvent de Saint-Maximin et intéresser le roi à la réforme de ce monastère qui était un couvent royal. Anne de Bretagne et Yves Mahyeuc se trouvaient également à Lyon. F. Bonneti fut relevé de ses fonctions de provincial et le maître général nomma un vicaire, un Breton, F. Etienne Dolon, religieux de la stricte observance, à la tête de la province. Au mois de janvier 1504, Yves Mahyeuc fut nommé prieur de Saint-Maximin, et Jean de Guénas, prieur du couvent de Lyon, commissaire du roi pour faire exécuter ses ordres.

Le maître général Vincent Bandelli confirma l'élection d'Yves Mahyeuc au prieuré de Saint-Maximin par une lettre en date du 12 février 1504. Cette lettre est intéressante à plus d'un titre. Elle s'adresse à « Maître Yves de Bretagne, doctor sacrae paginae ». Après les salutations protocolaires, le maître général rappelle qu'il est nécessaire pour l'honneur du couvent royal où reposent les restes de sainte Madeleine qu'il y ait une tête saine pour gouverner, afin que les membres soient plus vigoureux !... « C'est pourquoi, par ordre du roi très chrétien, ajoutait-il, j'ai déposé l'ancien prieur Pierre Bonneti et toujours avec l'agréement de Sa Majesté, je vous ai proposé au choix des électeurs, car Sa Majesté connaît admirablement votre personne, la vertu, le zèle, la prudence, la science qui vous distinguent et votre fidèle dévouement ».

Jules II approuva la réforme du maître général le 11 juillet 1504.

F. Yves avait été choisi de préférence à d'autres pour couper court à toutes les réclamations. Sa nomination avait pour but surtout d'abriter la réforme du couvent sous son nom et l'éclat de ses vertus.

L'ex-prieur Bonneti n'accepta pas la décision du maître général qui, disait-il, avait agi sans motif, sans examen, sans citation, contre tout droit divin, naturel, canonique et civil, et lui avait enlevé son office et son bénéfice [Note : ALBANES, op. cit., p. 226-227]. Il en appela au grand vicaire de l'archevêque d'Aix, le 15 février 1504, puis à Avignon. Il continua à porter le titre de prieur, résida à Saint-Maximin et s'entoura de religieux partisans de la lutte. Bref, Jean de Guénas dut employer la force publique pour mettre à la raison Pierre Bonneti et ses partisans.

Dans la suite, bien des difficultés vinrent entraver la réforme du couvent de Saint-Maximin. Une affaire malheureuse jeta le discrédit sur l'oeuvre entreprise. « Dans la nuit du 17 au 18 janvier 1505, un religieux napolitain de la nouvelle communauté dépouilla le Chef de sainte Madeleine de ce qu'il avait de plus précieux et s'enfuit en emportant l'or, les pierres et l'argent du reliquaire. Il fut pris, jugé et pendu au sommet d'une tour de Saint-Maximin. Naturellement on clabauda sur les autres religieux qui n'étaient pour rien dans l'histoire. Les partisans de Bonneti dressèrent l'opinion contre les observants et rentrèrent dans le couvent malgré les censures ecclésiastiques et les ordres du roi ».

Yves Mahyeuc, retenu par sa charge de confesseur de la reine, n'était pas au couvent de Saint-Maximin lors des événements.

Lorsque le maître général connut le scandale causé par le Frère napolitain au couvent de Saint-Maximin et le retour des religieux indisciplinés, il voulut rattacher ce couvent, qui faisait partie de la province de Provence, à la Congrégation de France établie à Marseille et à Arles, dont le vicaire général était Raymond Gosin [Note : La Congrégation de France, approuvée par Alexandre VI, se composait de tous les couvents réformés des provinces de Provence et de Toulouse].

Cette union fut approuvée par Louis XII. Trois commissaires furent nommés par le légat, le cardinal d'Amboise, ministre du roi : Yves Mahyeuc, Jean Clérée et Antoine Dufour [Note : Ces trois religieux étaient considérés parmi les plus marquants de l'Ordre. Jean Clérée devint maître général, et Antoine Dufour, évêque de Marseille], pour veiller à l'exécution de ce rattachement. Mais différents obstacles s'opposèrent à ce changement : la peste en particulier, les efforts du provincial de Provence qui ne consentait pas à se séparer d'un couvent aussi illustre, et, en 1508, la mort du maître général Vincent Bandelli. Entre temps, Yves Mahyeuc était devenu évêque de Rennes. Il était donc nécessaire de nommer un nouveau prieur.

Malgré son éloignement du couvent de Saint-Maximin, Yves Mahyeuc fit sentir son action par l'intermédiaire d'un vicaire. La réforme fut réalisée, car il se fit tenir au courant de la vie religieuse des moines avec qui il entretenait de fréquents rapports épistolaires. Les archives du convent en font foi [Note : Elegerunt rev. patrem Yvonem de Britannia, serenissime regine confessorem, et hoc, de anno Domini 1504... Dictus Yvo, dictum (prioravit) acceptavit, ac illum longe tempore saltem spacio quatuor annorum, per vicarium et locum tenentem tenuit et possedit, et dictum vicarium in ipso conventu pacifice et quiete… Eidem rev. Fratri Yvoni, ut priori et ejus vicario, parebatur et obediebatur, quamdia fuit in officio, et spacior quatuor annorum, vel circa, qui ut talis multas litteras scripsit. (Arm. I. sac. 10, mémoire fait en 1516)].

La relation de ces événements montre que F. Yves Mahyeuc était regardé comme une lumière de l'Ordre des Prêcheurs. Religieux exemplaire, il pouvait demander aux autres la réforme des moeurs et redire après saint Paul : « Soyez mes imitateurs, comme je le suis du Christ ». Avant d'accéder à de plus hautes fonctions dans l'Eglise, il avait pu éprouver pendant quatre ans combien il est difficile de conduire les hommes. Ces difficultés, il allait les rencontrer multipliées dans un vaste champ d'action que Dieu lui réservait.

(Abbé Henri Poisson).

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