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LA SEIGNEURIE DE COËTSAL. |
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UNE SEIGNEURIE DE LA SÉNÉCHAUSSÉE D’AURAY.
COËTSAL LE DOMAINE ET LES SEIGNEURS.
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Coëtsal aux limites de Pluneret et de Plumergat.
Deux rivières aux cours sinueux et pittoresques donnent la vie à la région monotone et encore presque vierge du vannetais occidental, dont l’aspect n’a guère changé depuis les comtes de Broërech.
Le Loc et le Sal, depuis leur source jusqu’à leur jonction pour former la majestueuse et riante échancrure du Golfe qu’on appelle la rivière d’Auray, coulent en pente rapide, ralentis à peine, quelques instants, par les biefs de nombreux moulins. Rarement le sol qu’ils creusent depuis des siècles permet de reposer leur lit sur de verdoyantes prairies ; le plus souvent les eaux dévalent sur des roches dénudées, s’infiltrent dans le dédale de masses granitiques et fuient vers la mer, bordées de croupes arides. En se rapprochant de l’embouchure, comme pour donner plus d’importance à leur cours, les berges grandissent, s’élèvent, se font abruptes, deviennent imposantes dans le décor rude et sauvage des landes, des pins et des granits qui affleurent.
C’est entre ces rivières qu’ont pris naissance deux des paroisses les plus importantes du diocèse par leur étendue : Plumergat et Pluneret.
De tout temps la voie romaine de Vannes à Hennebont a séparé ces paroisses et son tracé suivi de nos jours par le chemin de grande communication Vannes-Sainte-Anne, traversait le village de Meriadec, le divisant dans sa longueur en deux groupes d’habitations : les unes avec la chapelle, dont la construction remonte à 1383, faisaient partie de Plumergat ; les autres, au sud de la voie, étaient rattachées à Pluneret [Note : Sur la sablière nord du chœur de l’ancienne chapelle de Meriadec, M. Luco (Pouillé du diocèse) a lu une inscription gothique avec la date de 1383. Aujourd’hui cette inscription est effacée par une épaisse couche de badigeon].
Tout près de Meriadec, et dominant la vallée du Sal, se trouvait la seigneurie de Coët-Sal, divisée également, et s’étendant aux deux paroisses ; toutefois le domaine principal et le siège seigneurial étaient en Pluneret.
La chapelle de Saint-Meriadec jouissait d’un privilège spécial, celui d’avoir pour la desservir un vicaire résidant, détaché de la paroisse mère. Elle devint église trêviale et, comme l’attestent les registres, toutes les fonctions curiales s’y accomplirent, au moins depuis le début du XVIIème siècle [Note : Les registres de l’église trêviale remontent à 1607. (Archives Départementales, Série E)].
Plumergat et Pluneret faisaient partie du domaine ducal et dépendaient de la châtellenie d’Auray. Pour l’administration féodale, la division ecclésiastique que nous venons de voir n’entraînait aucune difficulté ; même le fief de Coëtsal et le village de Meriadec s’unissaient, se confondaient au point que l’on trouve ordinairement les deux noms associés, qu’il s’agisse des actes publics du pouvoir souverain ou des affaires particulières de la seigneurie [Note : On disait la trêve de Meriadec-Coëtsal et la seigneurie de Coëtsal-Meriadec].
Sans aucun doute, l’église tréviale a été édifiée sur le fief de Coëtsal. le titulaire y jouissait de prééminences supérieures, et son autorité s’étendait au village tout entier [Note : L’ancienne église tréviale porte en évidence sur les deux côtés de son retable les armes sculptées des Robien, seigneurs de Coëtsal : D’azur à dix billettes d’argent, 4-3-2 et 1. — Coëtsal jouissait encore de prééminences dans les chapelles de Saint-Roch et de Saint- Sébastien. Cette dernière a disparu de nos jours]. Sa haute, moyenne et basse justice s’exercait en effet à Meriadec au moyen d’un sénéchal et de plusieurs officiers subalternes — juges, procureur fiscal, greffiers, notaires et sergents — avec privilège de cept et collier placés, au centre du « bourg », près de l’église, et des fourches patibulaires à quatre piliers dressées à la sortie du village [Note : Le nombre des postz ou piliers de pierre de taille réunis par des barres transversales pour la pendaison des condamnés, dépendait de l’importance de la seigneurie. Il y avait patibulaires à 2, 3 ou 4 postz].
Outre les audiences ordinaires, le seigneur de Coëtsal avait droit de tenir des plaids généraux, soit en l’auditoire de Meriadec, soit en l’auditoire de la cour royale d’Auray. Au commencement du XVIIIème siècle, il ne restait de la maison de justice de Meriadec que des « vestiges et fondements qui paraissent dans le placitre ». Ce placis, alors planté d’arbres, était une dépendance de la seigneurie et renfermait dans ses limites un jardin et un four, le four banal. Nous tenons ces renseignements de l’aveu, rendu à la Chambre des Comptes, par Joseph-André de Robien qui laisse involontairement deviner l’état de délabrement de son fief (2 avril 1718) [Note : Archives de la Loire-Inférieure, B 940].
Evidemment, il subsiste alors bien peu de chose du cept et des patibulaires qui ne sont mentionnés que pour mémoire, comme aurait dû l’être la prison, si son souvenir même n’était complètement effacé, et cet abandon s’explique par le fait que les justices particulières avaient perdu à la fin de l’ancien régime leur compétence criminelle. Cependant elles réglaient toujours les affaires civiles et foncières.
Pour diriger son bailliage, Joseph de Robien n’a plus d’auditoire, et il est forcé, en conséquence, de convoquer ses hommes au manoir seigneurial ou à la demeure d’un de ses officiers, quand les circonstances ne l’obligent d’emprunter au roi la maison de justice d’Auray. Si, en dehors de l’aveu, nous n’avions la preuve de la réception d’un sénéchal attitré pour les juridictions de Coëtsal et de kergouvello, on pourrait douter de l’usage de ces droits [Note : Archives du Morbihan. Sénéchaussée d’Auray. Sentence de réception de Mtre François Lucas, sr. du Mottay, en l’office de sénéchal des juridictions de Coëtsal, Kergouvello et autres... 1720 (B 1947)].
Nous voulons bien croire aussi que les vassaux se rendaient encore au four banal parce qu’il leur fallait du pain et que la cuisson clandestine offrait de sérieuses difficultés, mais le seigneur ne pouvait exiger qu’en toutes saisons les vassaux vinssent conduire leur blé à sa meule, puisque le moulin à vent de Coëtsal, qui jadis déployait ses ailes sur la lande de Kerren, était tombé en ruines « par négligence d’un fermier ». Négligence du fermier, peut-être ; défaut de soin plus certain encore du seigneur et de ses officiers.
Droits et prérogatives sont dans un état de désuétude bien réel, commun d’ailleurs à un grand nombre de seigneuries à cette époque, qui révèle, d’une part, le défaut d’application des possesseurs à leurs droits et à leurs devoirs, et, d’autre part, la vétusté d’un régime qui décline chaque jour et s’effrite peu à peu.
Les archives de Coëtsal ont été dispersées ; il ne reste qu’une documentation très restreinte tirée des fonds publics : point de registres de juridiction, point de déclarations de tenanciers, aucun rôle rentier qui puisse renseigner sur l’importance du fief et de son revenu. Nous sommes obligé, pour la suite, de nous en référer principalement à l’inventaire de la succession de Jean de Robien (avril 1716) [Note : Archives du Morbihan, B 627] et à la Déclaration de son fils dont il vient d’être parlé, de deux années postérieure.
L’inventaire, manuscrit de 350 pages, est heureusement fort détaillé et fait état de tous les papiers, fonds seigneuriaux ou autres, laissés par le défunt. A l’occasion de la succession, différentes liasses concernant Coëtsal et Kergouvello avaient été apportées à vannes, rue des Vierges, au domicile de la veuve ; d’autres furent retrouvées à Campson, en Plaudren. Depuis, la trace de ces archives a été perdue [Note : Les autres sources manuscrites sont les suivantes : Archives du Morbihan. Présidial de Vannes, B 348 - 504 - 644 - 1116 – 1123 - 1129. Sénéchaussée d’Auray, B 1530 – 1805 – 1810 – 1854 – 1938 – 1942 - 1947. Sénéchaussée d'Hennebont, B 2444 – 2463 – 2466 - 2748 – 2790 – 2834 - 2980. Registres des paroisses, Plumergat E suppl. 79 et 81 ; trêve de Mériadec Coëtsal E suppl. 82. — Bibliothèque Nationale, Cabinet des Titres, Pièces originales 798 et Carrés d'Hozier 194. Sources imprimées : Réformations et Montres de l’Evêché de Vannes, par le comte René de Laigue. — Histoire de Bretagne de Dom Morice. — Armorial de Courcy. — Essais sur les Sénéchaux de Bretagne, par André Oheix. — Une petite nièce de Mirabeau, par Mouttet... etc. ].
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Coëtsal absorbe la seigneurie de Kergouvello.
Un fait qu’il importe tout d’abord de noter, c’est qu’à Coëtsal a été jointe, fort longtemps, une autre seigneurie, Kergouvello, « au proche et joignant du dit lieu », qui possède également manoir, métairie et pourpris. mais, tandis que le domaine de Coëtsal reste dans les limites de Pluneret, « le tout contenant 120 journaux donnant sur le levant au chemin qui conduit de Vannes au village de la chapelle de Madame Sainte-Anne-lez-Auray, joignant le pont du moulin de Malville », Kergouvello a son siège en Plumergat, au-delà du chemin.
Avant d’être définitivement uni à Coëtsal pour ne former qu’un fief, Kergouvello a été possédé par les Bizien et les La Tour [Note : Seigneurs de Kergouvello : Jean Bizien et sa femme (Reform. de 1427). — Jehan de la Tour (Fouage de 1448). — Louis de la Tour qui épouse Perrine Gibon, le 2 octobre 1494. — Louis de la Tour (Reform. de 1536). — Peronnelles Phelippes, dame de Champsavoye, le Resto, Kergaudal, douairière de Kergouvello, tutrice des enfants de son mariage avec François de la Tour (1639)]. François de la Tour est le dernier seigneur de ce nom ; en 1639, sa veuve, Peronnelles Phelippes, tutrice des enfants issus de leur mariage, est désignée comme douairière de Kergouvello.
Dix-huit ans plus tard, Coëtsal et Kergouvello sont réunis sur la tête de Françoise de Coëtsal qui fait hommage pour ces deux terres (3 décembre 1657).
Désormais la fortune de celles-ci est liée. Dans la suite elles subiront le même sort ; si bien que dans les actes publics ou privés il devient impossible de les distinguer et de reconnaître leurs dépendances propres. Dans le langage courant on dit Kergouvello pour Coëtsal, ou inversement, et le plus souvent les deux noms n’en font qu’un : Coëtsal-Kergouvello.
Malgré le déplacement de résidence qui se produisit, Coëtsal a toujours représenté la haute seigneurie dotée de prérogatives et de droits importants. Elle finit par absorber sa conjointe et bientôt le nom de Coëtsal seul prévalut. Il est curieux de constater que la tradition, généralement si vivace dans les campagnes bretonnes, ignore tout aujourd’hui de Kergouvello.
A la fin du XVIIème siècle, avec son « vieux corps de logis » et son « pavillon non couvert », Coëtsal n’offrait pas aux Robien une bien belle demeure seigneuriale ; à peine la « fuie à pigeons » et la « petite chapelle » ajoutaient-elles quelque prestige au manoir, accompagné il est vrai des accessoires ordinaires — métairies, vergers, étangs, réservoirs avec chaussées — et couronné des bois séculaires qui ont donné leur nom à la propriété. Les bâtiments, dans l’ensemble, étaient fort mal entretenus et d’aspect négligé. C’est pourquoi Jean de Robien délaissa Coëtsal pour s’installer à Kergouvello, situé à quelques centaines de mètres plus loin, et dont les constructions étaient sans doute assez récentes. Le manoir déchu allait être transformé en métairie sous le nom de Vieux-Coëtsal ou Coh-Coëtsal.
Lors de l’Inventaire de 1716, le fils de Jean de Robien dit formellement que lui et ses parents ont toujours habité Kergouvello, tandis que Coëtsal n’est qu’une simple métairie dans laquelle ne se trouve aucun meuble dépendant de la succession de son père.
Bien que l’ancien manoir de Kergouvello, devenu le Nouveau-Coëtsal, fût lui aussi fort peu imposant, les Robien, nous le verrons, en firent une résidence héréditaire ; les descendants de l’acquéreur, pour se distinguer, prirent le nom de Coëtsal.
Jamais cette descendance ne pensa s’amoindrir en si modeste demeure, peu digne cependant d’être comparée à certaines résidences de la famille, les châteaux de Robien, du Plessis-Kaer, et autres. C’est que la vraie noblesse bretonne n’a jamais placé sa fierté dans l’étalage d’une richesse relative, mais plutôt dans l’ancienneté de la race, les qualités de celle-ci et les services rendus à la province.
Rien ici ne pouvait flatter la vanité des possesseurs, mais, à cette simplicité, la nature apportait le charme d’un paysage attachant et pittoresque ; du manoir, la vue, d’un côté, descend sur les pentes boisées de Coëtbras qui s’inclinent vers les fraîches eaux du Sal ; de l’autre, elle s’étend, jusqu’aux hauteurs de Lanvaux, sur les coteaux sauvages qui, à certaines époques, se parent des plus riches couleurs sous la floraison des ajoncs et des bruyères. Partout le pays exhale cette douceur exquise des campagnes bretonnes qui reposent, en même temps qu’elles fortifient, l’âme.
Outre les deux métairies de la seigneurie, Coëtsal-Kergouvello comptait encore celles de Kernahuel (grande et petite), du Resto, de Malville [Note : La métairie de Malville, en Plescop, a été acquise par Jean de Robien, du recteur de Baden, le 5 octobre 1683. Signalons comme ancienne dépendance, la métairie appelée « Le Saelz » que Alain de Coëtsal, sr. du dit lieu, vend, le 17 mars 1581, à Gilles de Bahuno, sr. de Limoges. (Carrés d’Hozier)] …, et une trentaine de tenues, au bourg même de Meriadec, ou aux environs immédiats. Du fief de Coëtsal, relevait, en ramage et juveigneurie, la maison noble de Crachbiar, en Pluneret, occupée en 1617 par écuyer Jean de Muzillac.
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Coëtsal, gage d’une prévôté du domaine royal d’Auray.
La seigneurie possédait tous les privilèges de la haute juridiction féodale ; le domaine était d’une belle étendue ; le fief largement doté sur plusieurs paroisses ; cependant toute son importance venait de l’office que les ducs y avaient attaché. Elle constituait le gage d’une prévôté, la prévôté ou bailliage de Coëtsal, qui s’étendait aux paroisses de Pluneret, Plumergat, Ploeren, Plougoumelen et Baden.
On a longuement discuté sur les fonctions des prévôts, qui diffèrent suivant les temps et les lieux. Ces fonctionnaires, d’origine féodale, se retrouvent dans toutes les grandes seigneuries avec des attributions judiciaires, administratives ou financières, parfois plusieurs de celles-ci à la fois, et, suivant son étendue, le fief est divisé en une ou plusieurs prévôtés ayant leur territoire défini.
Le prévôt représente le seigneur pour les soins temporels du fief, chargé principalement de recueillir les rentes et d’opérer les versements : agent des recettes est agent de paiement.
Partie des recettes ainsi recueillies, ou partie des amendes, constitue les émoluments de la charge. Cependant souvent le prévôt possède, en fief, un fonds de terre ; l’office est alors considéré comme intimement uni au féod et dépend de sa jouissance.
En principe, le prévôt est révocable selon le bon plaisir du seigneur, mais fréquemment la fonction passa de père en fils. Elle tendit à devenir héréditaire ; la prescription, progressivement, s’établit, le titulaire gardant ainsi et l’office et le gage foncier. Coëtsal nous en fournit un exemple.
En quoi consistaient, pour le bailliage de Coëtsal, les obligations du prévôt féodé ? le titulaire devait percevoir pour le roi dans les paroisses déterminées et dans un fief, nommé le Rozo, tous les droits et devoirs de fief, tant en argent qu’en grains, dont il était tenu pour responsable. En outre, il semble qu’il ait eu sur le territoire de la prévôté des attributions judiciaires que nous ne pouvons indiquer avec précision faute de textes ; toutefois, d’après ce qui se passait ailleurs, il est permis de supposer que sa compétence en ces matières le désignait comme principal agent de la police criminelle, chargé d’arrêter les malfaiteurs et de procéder aux exécutions [Note : Souvent les fonctions de police ont été réservées aux sergents, tandis que les attributions financières étaient seules laissées aux prévôts, mais ici les deux offices se confondent et il est parlé indifféremment de la prévôté ou de la sergentise de Coëtsal]. Sa présence était obligatoire aux plaids généraux de la cour royale d’Auray, pour assister le sénéchal, mais aussi pour contraindre les hommes qui ne s’acquittaient pas de leurs devoirs, dénoncer les recels et les fraudes au préjudice du seigneur.
Le bailliage de Coëtsal comprenait sur son rôle les habitants de Saint-Goustan-d’Auray, paroisse de la rive gauche du LOC, démembrée de Pluneret. Pour la recette de Saint-Goustan, le prévôt féodé bénéficiait d’un droit de foire à Auray, le jour de la Saint-René, partagé avec le recteur du lieu. Ce droit n’était pas d’un bien gros revenu ; le recteur pour sa moitié ne touchait, en 1686, que quatre livres, et encore, il était tenu, le lendemain, à un service solennel dans la chapelle de Saint-René.
Comme officier de justice, Alain de Coëtsal, agissant en son nom et au nom des « habitants de la ville d’Auray », fit opposition à la vérification des lettres de jussion données par Henri IV aux sires d’Arradon, de Camors, de Montigny et de la Hottière qui, à l’issue des guerres de la Ligue, étaient rentrés sous l’obéissance du roi.
A partir de la fin du XVIIème siècle, la perception de la rente de Saint-Goustan n’a cessé d’être la cause de difficultés pour le seigneur de Coëtsal, tantôt avec le Général de la paroisse, tantôt avec le recteur lui-même. Il fallut, à plusieurs reprises, en appeler à la juridiction du roi qui, chaque fois, se prononça au profit du titulaire de la prévôté.
Nous n’avons pas besoin de dire que les fonctions de prévôt ne furent réellement exercées par le titulaire qu’au début du régime féodal ; de bonne heure, le seigneur féodé commit un de ses officiers pour assurer le service de sa charge.
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Les différents possesseurs de Coëtsal.
Après avoir vu ce qu’était la seigneurie de Coëtsal et étudié l’office dont elle constituait le gage, il sera intéressant de connaître les familles qui l’ont possédée au cours des siècles.
Dans la suite des seigneurs, les documents des archives publiques ne permettent pas de remonter au delà du XVème siècle. A cette époque, la famille qui a tiré du fief son origine et son nom, est encore en possession de la seigneurie et elle s’y maintiendra durant deux siècles.
Le premier en date que nous connaissions, Silvestre de Coëtsal, figure à la réformation du fouage de Pluneret, en 1448, et comparaît, quelques années plus tard, aux montres générales de l’évêché de Vannes. Porté pour VIII XX livres de rente, dans la même paroisse, il devait armer un homme d’armes, un archer à brigandine et un page, tous trois montés. L’homme était tenu d’avoir pour accoutrement « malheustres, gantelets, voulge et avant-bras, dague » (Revue d’Armes du 8 septembre 1464). Moins de vingt ans après, bien que le revenu de Coëtsal fût passé à IIcts livres — environ huit mille francs de notre monnaie [Note : vers 1920] avant l’évolution de la dernière guerre — le service des armes dû au suzerain est toujours de trois hommes et de trois chevaux. Par les chiffres qui précèdent, on voit que les seigneurs de Coëtsal pouvaient faire figure honorable parmi les gentilshommes du Vannetais, surtout si l’on songe au manque de fortune d’une partie de la noblesse à cette époque ; certains de ses représentants n’avaient pas plus de dix ou même cinq livres de rente (400 et 200 francs environ) et ne pouvaient comparaître aux revues d’armes, faute de ressources. Silvestre de Coëtsal était classé comme le plus riche gentilhomme de Pluneret et Plumergat, après Jean de la Bouère, sire de Trongoff, possesseur de biens considérables.
A cette génération appartient cette noble dame Olive de Coëtsal qui dépose, en 1453, à l’enquête de canonisation de maître Vincent Ferrier, et puisqu’elle habite « paroisse de Pluneret », rien ne nous empêche de croire qu’elle est l’épouse de Silvestre de Coëtsal dont il vient d’être parlé.
Le miracle qui fait l'objet du récit de la dame de Coëtsal vaut d’être rappelé. Son enfant, âgé d’un an à peine, après huit jours de maladie, fut frappé par la mort. « il était, en effet, froid, rigide, sans respiration, avec les couleurs et les apparences d’un cadavre... » ; rien ne put le ramener à la vie. Alors la pauvre mère se souvint des vertus de maître Vincent qu’elle avait connu ; elle enveloppa l’enfant dans un linceul et courut le déposer sur le tombeau du saint prédicateur. Soudain l’enfant donne des signes de retour à la vie ; il remue, reprend de la mine et va jusqu’à manger des cerises apportées par le serviteur qui l’avait amené à Vannes. Le fils de dame Olive fut ainsi guéri pour toujours. Le miracle constaté publiquement, les cloches sonnèrent et un grand concours de peuple se répandit en actions de grâces [Note : Procès de canonisation de maître Vincent Ferrier. Archives de Vannes. Olive de Coëtsal avait eu ce fils, d’un premier mariage avec écuyer Silvestre de Larveloux, dont la résidence était le manoir de Kerlevenan en Plescop].
Ceci se passait l’année 1419, tandis qu’Olive de Coëtsal était femme, en premières noces, de Silvestre de Larveloux et résidait au manoir de Kerlevenan, en Plescop.
Après ce curieux fait, dû aux mérites du célèbre thaumaturge, il convient de revenir à la famille de Silvestre de Coëtsal.
Dom Morice révèle l’existence d’un Olivier de Coëtsal, sans doute frère ou parent proche de Silvestre, homme d’armes de la compagnie du maréchal de Malestroit et écuyer du duc pierre II, en 1451.
Au cours des deux siècles qui suivent, on trouve plusieurs Alain, seigneurs du lieu de Coëtsal [Note : « Couessal à Alain de Couetsal » en 1530 (Ogée). — Le manoir de Coëtsal et la métairie de Kerran ou Kerrar en Plumergat, à Alain de Coëtsal (Réformation de 1536). — Vente de la métairie noble du Saelz, le 17 mars 1581, par Alain de Coëtsal (Carrés d’Hozier). — Mariage d’Alain de Coëtsal et de Claudine de Robien, fille de Jacques, capitaine du Croisic, fin du XVIème (La Chenaye-Desbois). — Acte d'opposition à la vérification des lettres royales en faveur des seigneurs d'Arradon, de Camors, et autres, par Alain de Coëtsal le 15 février 1602 (Cabinet des Titres. Pièces originales). — Réception d’aveu pour la tenue Lesguern en Plumergat, 1644 (Archives du Morbihan). — De la même famille, nous connaissons encore Jeanne de Coëtsal, veuve de Jehan d’Estuer, qui tient le manoir de Chateauriec en Reguiny (Réform. de 1513). L’écu de Coëtsal était : losangé d’or et de gueules à la bande d’azur brochante]. Le dernier, marié à Gabriele de la Bourdonnaye, n’eut qu’une fille, Françoise de Coëtsal tenue sur les fonts baptismaux de Pluneret par Jérôme de Bahuno, sr. de la Demi-Ville, et Françoise du Bois de la Salle, douairière de Locmaria, le 29 septembre 1620.
Devenue l’héritière de Coëtsal, Françoise épouse Pierre Botherel sr. de Mouillemusse (en Vern) qui appartient à une branche des Botherel de Quintin, si répandus en Bretagne. Dans le Vannetais, cette famille a possédé des terres en Sarzeau, l'Ile aux Moines, Arradon et sur les rives mêmes du Sal, la seigneurie de Pontsal, en Plougoumelen.
D’après un essai généalogique retrouvé au Cabinet des Titres, les Mouillemuse n’ont compté que quatre générations [Note : Les Botherel de Mouillemuse portent d’argent à un lion morné de sinople]. L’auteur commun serait Georges Botherel, aïeul de Pierre.
De Françoise de Coëtsal naquit un fils, René-Gilles, baptisé en l’église trêviale de Mériadec-Coëtsal (22 Janvier 1653). Il est vraisemblable que René-Gilles mourut en bas-âge, car dans la généalogie précitée, il n’en est même pas fait mention. La descendance des Mouillemuse s’arrête à Julien Botherel, issu de la même alliance, mari de Renée de Nouail, déclaré noble d’ancienne extraction par arrêt de la réformation de 1668.
Quoiqu’il en soit, les Botherel ne sont pas restés plus d’une génération à Coëtsal. Sans que nous en connaissions le motif, l’héritage est mis à l’encan par devant le Présidial de Vannes, le 1er Septembre 1667 [Note : Françoise de Coëtsal s’est remariée et a épousé en secondes noces Charles Le Moeur sr. de Launay-Daniel, lieutenant de la maréchaussée].
Coëtsal et Kergouvello tombent ainsi aux mains d’un personnage influent, François Loaisel, Marquis de Brie, connu, autant pour son faste, que pour son titre de Président à Mortier au Parlement de Bretagne. Sa femme, Mathurine de Baud, les recueille de la communauté et elles s’ajoutent aux nombreuses terres que son père lui a léguées [Note : Mathurine de Baud était fille unique de Jean de Baud, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, et d’Anne du Cosquer].
La Présidente de Brie ne nous appartient qu’à titre tout à fait occasionnel et il n’y a pas lieu de s’étendre sur l’histoire de cette grande dame. A l’humble manoir de la Sénéchaussée d’Auray, elle préféra le somptueux hôtel de Rennes, aux réceptions duquel membres du Parlement, dignitaires ecclésiastiques et représentants de la haute noblesse se pressaient. Notons seulement le souvenir charitable qui s’attache à son nom dans la région qui nous occupe. Peu de temps avant sa mort, survenue l’année 1676, elle fit une fondation pieuse, appelant à Hennebont les Sœurs de la Charité chargées de recevoir et de ramener à Dieu les filles et femmes penitentes.
Elle ne laissa pas de postérité et tous ses biens furent dispersés, bien plus évidemment à la requête des créanciers, que par le fait du défaut d’héritiers. La Vigne et Spinefort furent adjugés à Guillaume de Marbœuf, comte de Laillé ; Coëtsal et Kergouvello à Jean de Robien, un des représentants dans le Vannetais de cette nombreuse famille des vicomtes de Plaintel ; La Houlle et Vaugaillard à d’autres.
Jean de Robien jouissait personnellement de beaux revenus ; cependant peu de fortunes auraient résisté à la passion qu’il avait d’augmenter sans cesse ses possessions territoriales. L’état des papiers inventoriés à son décès, offre une suite d’emprunts hypothécaires, de constitutions de rentes et de remboursements nécessités par les acquêts, une succession ininterrompue de procès et de débats pour la défense de ses propriétés.
Coëtsal est peut-être sa première acquisition. Il l’obtient par contrat judiciaire des Régaires de Rennes, en date du 15 avril 1679, moyennant la somme de 48.500 livres, sans compter les lods et ventes, fort lourds, qui correspondent à nos frais d’enregistrement. Plus tard, il se porte acquéreur de Kerouallan (Languidic), Kerbastard (Pluvigner) et Berrien (Landevant), moyennant 51.000 livres [Note : Ces terres, saisies sur feu Claude de Rosmar, sgr. de Cancouet, furent adjugées par acte de justice de la Sénéchaussée d'Hennebont le 9 août 1694], — de Campson, Tredec (Plaudren) et Kernazel (Radenac), moyennant 82.000 livres [Note : Achetées aux Kermeno, par acte du 22 Mai 1698].
On trouve encore dans l’état de ses biens, cinq maisons acquises dans différents quartiers de Vannes et le manoir de Loqueltas, en Arradon, des propres de sa femme, Anne Aubin.
Tant de riches seigneuries ne firent pas le bonheur de Jean de Robien ; il finit ses jours dans un dénuement presque complet, impuissant à refréner la convoitise de ses héritiers. Son oncle, Thomas de Robien, dut l’enlever aux siens pour l’emmener à son manoir de Kerambourg, en Landaul, « afin d’y être mieux nourri, entretenu et soigné qu’il ne l’était à la maison de Coëtsal où il manquait de tout » [Note : Archives du Morbihan B 1938]. La succession, lorsqu’elle s’ouvrit (Août 1715), donna lieu à des débats interminables entre la veuve et ses enfants, chaque partie accusant l’autre de rapacité, de détournements et de vols. Mais disons, au profit des Robien, que les torts semblent avoir été du côté de la veuve qui fit preuve d’une opiniâtreté dans la chicane et d’une avidité vraiment extraordinaires.
Jean de Robien s’intéressa particulièrement à sa nouvelle seigneurie de Plumergat qu'il dota de deux foires concédées par lettres patentes (1684).
Depuis cette date, les assises commerciales de la seigneurie se tinrent deux fois l’an, le 2 mai et le 19 avril, au bourg de Meriadec, et conservèrent jusqu’à la révolution une réelle importance dans la région. A travers tant de changements dans les mœurs et d’évolutions dans les coutumes, la foire du 19 avril s’est maintenue jusqu’à nos jours [Note : vers 1920] et fait de Meriadec un marché exceptionnel pour les chevaux.
Comme tout gentilhomme campagnard de l’époque, Jean de Robien eut un logis d’hivernage dans la ville voisine, à Vannes, rue des Vierges, et il se peut que l’administration de ses propriétés l’ait appelé sur d’autres terres ; cependant, ses enfants et lui firent leur résidence ordinaire et principale du manoir de Coëtsal. Dans ces conditions, il était naturel qu’ils fussent distingués des autres branches de leur famille par le nom de cette seigneurie. Ils se séparèrent ainsi des Robien de Kerambourg et des Robien de Kaër, leurs parents et voisins de la sénéchaussée d’Auray.
Le personnage marquant des Robien de Coëtsal est André-Joseph, qualifié souvent seigneur de Campson, en Plaudren.
Agé de douze ans, il figure comme parrain à la bénédiction d’une des cloches de Plumergat avec « Madame de Coëtsal », sa mère.
Ayant acquis la charge de son cousin Thomas, seigneur de Kerambourg, il est reçu, le 30 décembre 1717, conseiller au Parlement de Bretagne. Ses nouveaux devoirs l’attirent à Rennes où il habite passagèrement, rue des Dames, paroisse Saint-Etienne. C’est là qu’il épouse Marie-Anne- Geneviève de Brilhac, fille du premier président à la cour (1722). Cette même année, naquit un fils qui fut appelé fort jeune encore à recueillir l’héritage paternel.
Pierre-Dymas de Robien est le dernier représentant mâle de la branche de Coëtsal.
Au lieu de succéder à son père dans la magistrature provinciale, il choisit la carrière des armes où il obtint le grade de mestre de camp de cavalerie. Après avoir quitté l’armée, il joua un certain rôle aux Etats de Bretagne, comme procureur général syndic. Il ne laissa qu’une fille de son mariage avec Claudine Le Prestre de Châteaugiron.
Le 8 juillet 1788, son père étant déjà descendu dans la tombe, Mademoiselle Jacquette de Robien, qualifiée : chanoinesse, comtesse d'Argentières, dame de Saint-Antoine..., etc., épousait le représentant d’une famille de Provence, famille qui a laissé une trace profonde dans l’histoire du XVIIème siècle.
André-Boniface-Louis de Riqueti vicomte de Mirabeau, était fils de Victor de Mirabeau, appelé l’Ami des hommes, et frère cadet d'Honoré-Gabriel, le grand orateur de la Révolution. Les deux frères, à quelques années d’intervalle, virent le jour au château de Bignon, en Limousin, dont leur père s’était rendu acquéreur. Après avoir grandi sous la tutelle paternelle, ils suivirent d’abord la voie des armes, puis entrés dans la vie publique, sous l’influence des idées nouvelles, se laissèrent entraîner par des courants diamétralement opposés.
Boniface, connu sous le surnom de Mirabeau-Tonneau, à cause de sa corpulence, débuta à l’armée dans le régiment du marquis de Saint-Lambert et s’y fit remarquer par des traits de bravoure. Le mouvement que suscita la guerre d’Indépendance ne le laissa pas indifférent ; avec Rochambeau, La Fayette, Castellane et les illustres marins provençaux, le comte de Grasse et le bailli de Suffren, il s’embarqua pour l’amérique. Le vicomte de Mirabeau revint de cette expédition colonel du régiment de Touraine-Infanterie.
En 1789, la noblesse de la sénéchaussée de Limoges envoya le mari de Jacquette de Robien aux Etats-Généraux, où il se montra à la tête de la noblesse, l’adversaire constant de son frère. On connaît la défense désespérée qu’il prononça le 3 février 1790 à l’Assemblée Nationale en faveur du Parlement de Bretagne [Note : Peu de temps auparavant, c’est lui qui fit parvenir à l’Assemblée les plaintes des gentilshommes bretons qui, menacés par l’insurrection grandissante, ne voyaient plus en Bretagne de refuge pour leur vie et leurs biens. C’est donc à plusieurs titres que cette Province peut revendiquer ce chevaleresque serviteur de la royauté]. Le lendemain de ce jour, après avoir assisté au serment du roi à la Constitution, il brisa son épée et se disposa à quitter la France. Boniface de Mirabeau mourut à Fribourg-en-Brisgau, le 15 septembre 1792, laissant un fils.
Avec Victor-Claude-Dymas de Mirabeau, revenons à Coëtsal dont nous nous sommes écarté durant la génération précédente. Né, à Paris, la veille de la tourmente révolutionnaire, à l’exemple de son père, il porta d’abord l’épée, mais abandonna l’armée après une courte carrière. Il est qualifié de capitaine de cavalerie honoraire lorsque, le 22 janvier 1817, en l’église de Plumergat, il fait bénir son mariage avec Louise-Eléonore Danthon, fille de Jean Danthon, médecin et professeur d’histoire naturelle du département [Note : C’est là une de ces mésalliances que certains écrivains ont baptisée de mariage révolutionnaire et qui, à cette époque, ont été contractées dans les meilleures familles de la noblesse ; mais il importe de rester dans les limites de l’exactitude. La similitude de nom a fait dire et imprimer que le fils du royaliste Mirabeau avait épousé la fille du républicain Danton. Il n’en est rien. Le célèbre Danton n’a pas laissé de fille].
Le château actuel de Coëtsal est l’œuvre de Victor de Mirabeau. Le manoir que les Robien avaient choisi comme résidence était dans un état de vétusté qui nécessitait une restauration complète. Une nouvelle construction vint s’élever sur l’emplacement de la première habitation dont on conserva une partie, visible encore en 1920. Le constructeur a signé son œuvre de ses initiales entrelacées dans les ferrures des fenêtres et des portes.
Tout près du nouveau manoir, Victor de Mirabeau érigea une chapelle qui devint le caveau et la dernière demeure des Mirabeau de Coëtsal. Au milieu du XIXème siècle, l’édifice religieux contenait les restes de cinq membres de cette famille, et, vers 1884, ces restes furent exhumés pour être transférés dans un autre monument funéraire, au cimetière de Lacelle, dans l’Orne.
Le constructeur de Coëtsal aurait pu relever les titres nobiliaires de son oncle, le grand Mirabeau, qui était mort sans enfant ; cependant, en recueillant cette succession, il n’apporta aucun changement à son nom.
La postérité de Louise Danthon est représentée par trois fils et une fille.
Gabriel-Claude-Victor marquis de Mirabeau, né à Coëtsal (18 octobre 1819), hérita, à sa majorité, de la terre de famille. Il épousa Ernestine d’Esclignac, fille du duc d’Esclignac et de Géorgine de Talleyrand-Périgord. Celle-ci est décédée à Paris, mais son corps fut ramené à Coëtsal et inhumé dans la chapelle où reposaient déjà les deux seuls enfants issus de cette union.
Cependant, trois ans avant la mort de sa femme, en 1843, Gabriel avait fait passer la propriété de Coëtsal sur la tête de son frère cadet, Arundel-Joseph, qui fut le dernier Mirabeau habitant Coëtsal.
D’ailleurs, avec Gabriel et Arundel, s’éteignit le nom de Mirabeau et ce n’est pas un titre sans honneur pour le modeste manoir de la vielle terre de Coëtsal d’avoir abrité les derniers rejetons de cette illustre famille [Note : Les deux autres enfants de Dymas de Mirabeau et de Louise Danthon sont : Marie, mariée au comte Tréouret de Kerstrat, et Edouard-Albert, mort en Russie, sans descendants]. Arundel, né également à Coëtsal, est mort loin de la Bretagne ; il tomba victime d’un accident, lorsqu’il était à Rome aux zouaves pontificaux (septembre 1860). Il avait épousé, le 30 septembre 1848, marie de Gonneville, bien connue dans les Lettres, sous le nom de comtesse de Mirabeau, fille de Aymar le Harivel de Gonneville, colonel de cavalerie, et de Antoinette-Sophie-Françoise Fourier de Bacourt, petite nièce du bienheureux Pierre Fourier [Note : Signalons les principaux ouvrages de la comtesse de Mirabeau : L’impératrice Wanda, Hors du Monde, Harlette, Le Roman d’un roi, Les Allemandes, Le Crime de la rue Marignan, Shocking, Chut, Les péchés Mignons,.. etc., les Souvenirs militaires du Colonel de Gonneville, son père, Souvenirs d’un diplomate, La Vie parisienne sous Louis XVI, Louis Philippe et le prince de Tallegrand. En 1876, elle a fait représenter au Gymnase une pièce en trois actes : Châteaufort].
On rapporte que Marie de Gonneville, née à Nancy, trouva la Bretagne trop différente de sa province d’origine et ne put adapter ses goûts à la rude nature et aux mœurs rustiques de notre pays.
Sous l’influence de cette femme, douée de si brillantes qualités intellectuelles, Arundel de Mirabeau, — pour qui cependant ce coin de terre bretonne évoquait de nombreux souvenirs de famille — résolut d’abandonner Coëtsal. Il vendit le berceau familial à un marchand de biens, sans même formuler des réserves pour la chapelle funéraire et son précieux dépôt (17 juillet 1850).
En rapprochant la date de cette vente de celle du mariage, il est aisé d’observer que madame de Mirabeau n’eut pas les loisirs de s’arrêter longtemps sur les coteaux du Sal ; toutefois, Coëtsal eut la bonne fortune de voir naître une enfant prédestinée comme sa mère.
Sur les fonts baptismaux de Meriadec, ses parrain et marraine lui donnèrent les prénoms charmants de Gabrielle-Sibylle-Aimée-Marie-Antoinette. Depuis, elle prit le pseudonyme de Gyp qu’elle a rendu célèbre et qui restera dans la littérature.
Il faudrait un cadre plus vaste pour parler de l’œuvre de Gabrielle de Mirabeau, devenue comtesse de Martel, et de son influence dans les Lettres ; un volume y suffirait à peine, il viendra à son heure [Note : Gyp s’est particularisée dans le genre humoristique; cependant, dans son œuvre, le talent littéraire ne le cède en rien à la verve et à l’esprit. Elle écrivit d’abord dans différents journaux et revues : Figaro, Revue Bleue, Revue des Deux-Mondes..., puis elle publia une quarantaine de volumes dont les tirages se multiplient à plaisir. Ils sont de trop d’actualité pour que nous ayons besoin d’en rappeler la liste ici].
Pour l’instant, nous resterons sur l’esquisse de ce chapitre d’une famille de lettres, ouvert avec l’Ami des hommes et fermé avec Petit Bob, et dans la nomenclature des seigneurs de Coëtsal nous nous en tiendrons là.
Le Marquis de Mirabeau (Gabriel-Claude) voulut sauver, pour les siens, la propriété de Coëtsal et fit des démarches pour la racheter à M. Graux, le nouvel acquéreur, mais l’entente ne put s’établir et il dut renoncer à tirer des mains étrangères l’héritage paternel.
Définitivement, Gabriel de Mirabeau se fixa aux environs d’Alençon où il survécut à son frère Arundel. Il était le dernier descendant mâle des Mirabeau lorsqu’il décéda à Paris, le 4 Septembre 1884. Une sœur de la Marquise de Mirabeau, née d'Esclignac, épousa le comte de Persan qui fut institué légataire universel de son beau-frère.
En un demi-siècle, différents acquéreurs ont passé à Coëtsal, morcelant plus ou moins le domaine de jadis. A la suite de M. Graux, M. Emile Chesnot en est devenu propriétaire, le 7 mai 1884, et lui-même l’a revendu le 14 juin 1894 à M. le Lieutenant-Colonel de Soyer. Ce dernier a gardé Coëtsal quelques années seulement.
Depuis peu, l’ancienne terre seigneuriale des Robien et des Mirabeau appartient à la famille de Poulpiquet du Halgouet (1913).

(Le Vicomte Hervé du Halgouet).
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