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ABBAYE NOTRE-DAME DE LANVAUX

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L’abbaye de Notre-Dame de Lanvaux était située dans la vallée du Loc, à l’extrémité occidentale de la paroisse de Grand-Champ, dans la section actuelle de Brandivy, et tout près des limites de Pluvigner. Pour connaître cet établissement monastique, il faut en étudier successivement la fondation, les abbés, les religieux, les édifices, le fief, les biens et les charges.

Abbaye Notre-Dame de LANVAUX - Brandivy

Ce monastère (abbatia Beatae Mariae de Landavalle) étant situé près de l'ancien château de Lanvaux et sur le fief de cette baronnie, on ne peut douter qu'il n'ait été fondé par ceux qui en étaient propriétaires. Cette fondation eut lieu au mois de juillet 1138, dans la paroisse de Grand-Champ, diocèse de Vannes, selon la carte de Bégar (ou Bégard), mais la baronnie de Lanvaux ayant été confisquée cent ans après pour crime de félonie, les seigneurs de cette maison ne purent soutenir leur fondation, et leur établissement fut toujours depuis très médiocre.

L'abbaye de Lanvaux est fondée, en fait, en 1138 par l'abbé Ruaud et des moines cisterciens, grâce à l'appui du baron Alain de Lanvaux qui fait don aux moines de Bégard d'un manoir sur la rive droite du Loch. Dom Ruaud, le premier prieur, est nommé évêque de Vannes de 1143 à 1177. L'abbé ne jouit que de douze cents francs de revenu. Il est inhumé dans l'abbaye de Lanvaux. L'abbaye est mise à sac en 1592. En 1646, on comptabilise 4 moines, et 6 moines en 1769. Au XVIIIème siècle, une maison abbatiale est construite à proximité du couvent. On y installe une verrerie en 1824 et une fonderie en 1827.

Rouand ou Ruand ou Ruaud est le premier abbé de Lanvaux. Sa vertu et ses lumières le font élire évêque de Vannes en 1143. On ne sait s'il retient le gouvernement de son abbaye ou s'il s'en démet. Ce qui paraît certain, c'est qu'il lui fait beaucoup de bien et qu'il meurt le 26 juin 1177. Il est inhumé dans le sanctuaire de Lanvaux avec l'inscription : "Hac sunt in Fossa Rozandi praesulis ossa, - Dum vixit gentis curam Venetensis habentis. – Fratribus in parte vixit, hic illius arte, - Quando Christum laudat, coelica concio laudat". (ce tombeau est, en 1740, couvert d'un parquet sur lequel on met l'inscription suivante : "Hic jacet – Beatus in Christo pater – Domnus Rotaldus, vir summae sanctitatis – Et rigidae justitiae – Hujus coenobii primus abbas et rector, - Episcopus tum Venetensis, - Qui post multa virtutum monumenta – Landabiliter edita – Anno Domini 1177, die vero 26 junii – Obdormivit in Domino – Et in hâc, quam considerat ecclesia – Sepeliri voluit". Raoul vit sous l'épiscopat de Guethenoc, évêque de Vannes. Ce prélat, sacré en 1182, meurt en 1222, selon la Chronique de Nantes. Eudon tient le siége abbatial en 1205, suivant quelques actes vus par le P. Du Paz. Jestin fait confirmer en 1224, par Pierre de Grand-Champ, la donation du village de Kerorguen, qui avait été faite à son monastère sous l'épiscopat de Rouand et de Guethenoc, évêques de Vannes. Il vit encore en 1223. Les désordres arrivés dans les archives de Lanvaux nous ont fait perdre la suite de ses abbés jusqu'au XVème siècle. Yves Ier vit en 1400. Jean Gilouard, Girouard ou Griouard reconnaît en 1409 que les seigneurs de Rochefort avaient donné sept livres dix sous de rente à son abbaye. Il rend l'année suivante aveu à la seigneurie de Porhoët pour les biens qu'il tient sous ce comté. Guillaume est abbé en 1430, suivant un acte de son abbaye. Yves du Manheis vit en 1449. Raoul transige le 3 octobre 1460 avec messire Gilles Le Grest, recteur de Naizin, et fait ratifier la transaction par l'évêque de Vannes le 29 juillet 1470. Thomas rend aveu en 1478 à la seigneurie de Tregouet pour les biens qu'il tient sous cette juridiction. Olivier Mello fait faire le chœur de son église en 1488, et rend aveu en 1496 au seigneur de Rochefort pour les sept livres dix sous de rente donnée à son monastère en 1253 par Thibaud, sire de Rochefort, vicomte de Douges. Thomas II est abbé de Lanvaux en 1503. Pierre Heligon échange, en 1515, quelques rentes avec Olivier de Lanvaux, seigneur de Beaulieu et meurt l'année suivante. Jean Ordreneau, religieux bénédictin, prieur de Lominé et de Bourgerel, obtient l'abbaye de Lanvaux en commende le 27 janvier 1528, à la charge d'employer le tiers du revenu en réparations et en ornements d'église. Jean de Coednéant est abbé en 1530. Bertrand de Broel ou Brouel est maintenu en possession de l'abbaye par lettres de la chancellerie, datée des 23 mars 1535 et 21 septembre 1538. Il assiste aux Etats de Nantes en 1539, fait serment de fidélité au roi le 25 mai 1540, et meurt en 1549. Pierre Marigo est indiqué comme prieur de Lanvaux et il est élu abbé du même lieu, dans une procuration datée de 1549, qui se trouve aux archives de Blain. Pierre Naniclo est abbé en 1552. Guillaume Textois est abbé de Lanvaux en 1557. Jean de Coetlagut est abbé en 1565. Nicolas Brissot est abbé en 1571. Pierre Brino est abbé en 1578. Louis Le Clerc est abbé en 1585. Charles de Boues de Rancé est abbé en 1600. Jean Le Gauchois ou Du Cocheru assiste, en qualité d'abbé de Lanvaux, aux Etats tenus à Vannes en 1610. Jean Auffrai (ou Auffray), issu de la maison de La Ville-Aubri (ou Ville-Aubry) près de Saint-Brieuc, conseiller et aumônier ordinaire de la reine mère, trésorier et jadis chanoine de Saint-Brieuc, est pourvu de l'abbaye de Lanvaux en 1614, fait serment de fidélité au roi en 1617, et assiste aux Etats de Rennes la même année. Melchior Rouxel assiste en 1640 aux Etats de Rennes en qualité d'abbé de Lanvaux. La réforme est établie dans cette maison en 1661, avec le consentement de cet abbé. Claude Philippe de Corel de Tagni (ou Tagny) assiste aux Etats de Nantes en 1681 comme abbé de Lanvaux. Mathieu Des Champs est nommé à l'abbaye de Lanvaux en 1701. Henri Bernard de Volvire est abbé en 1713. Jean Jacques de Gomer de Luzanci (ou Luzancy) est abbé en 1718. Henri Marie Du Breil de Pontbriand est, en 1735, nommé sur la démission du précédent, et conserve cette abbaye jusqu'en 1767, année de sa mort. Il était aussi chanoine de Rennes et on lui doit quelques ouvrages. François Guillot de Montjoie, chanoine de l'Eglise de Paris, succède comme abbé de Lanvaux à M. de Pontbriand, et meurt en 1779. N. D'Alais-Montalet est nommé à l'abbaye de Lanvaux en 1780, et la conserve jusqu'en 1784. François Charles Chevreuil, chanoine et chancelier de l'Eglise de Paris, est abbé de Lanvaux de 1784 à 1786. N. de Corsin, chanoine de Rennes, obtient l'abbaye en 1786, et en est dépouillé en 1790.

 

I. FONDATION.

Ce monastère fut fondé en 1138 par Alain, seigneur de Lanvaux, à une petite distance de son château. Alain était un riche et puissant seigneur ; il avait son manoir bâti sur une motte féodale, entre l’étang de la Forêt et le parc de Lanvaux. Il parait aussi avoir possédé, à deux kilomètres de là, vers l’ouest, une autre motte féodale, entre les villages de Bieuzy et de Benalec. Leurs dimensions considérables donnent encore aujourd’hui une grande idée du propriétaire.

Le fief de Lanvaux s’étendait sur une bonne partie de Pluvigner, de Grand-Champ, de Moustoirac, etc... C’était, dit-on, un démembrement du comté de Vannes, et ses premiers seigneurs seraient issus des anciens comtes du pays. Mais tout cela est loin d’être certain.

Toujours est-il qu’au mois de juillet 1138, quatre moines de l'abbaye de Bégar (Bégard), ordre de Cîteaux, vinrent commencer l’établissement de Lanvaux, et le 11 septembre suivant eut lieu l’inauguration de la nouvelle abbaye, la 129ème par rang de date des maisons cisterciennes, et la 8ème de l'Ordre en Bretagne. Son premier abbé, Rotald, ou Rotaud, ou Rouaud, était un homme d’une grande sainteté, qui sut faire fleurir la vertu dans la solitude. Les Cisterciens d’alors, comme les Trappistes d’aujourd’hui, partageaient leur temps entre l’oraison, l’office et le travail des mains. Ils observaient une abstinence rigoureuse tous les jours, et jeûnaient pendant la moitié de l’année. Cette vie mortifiée leur attirait les grâces de Dieu, et par surcroît les libéralités des hommes. 

Nul doute que le seigneur de Lanvaux n’ait généreusement doté le monastère ; mais en l’absence de l’acte de fondation, perdu depuis longtemps, il est impossible de faire l’énumération précise des dons. Il parait toutefois qu’il donna, non seulement l’emplacement du monastère, avec son pourpris immédiat, mais encore une certaine portion de l’immense lande de Lanvaux, pour la faire défricher. 

Les moines appelèrent des colons leur aide, et y fondèrent des tenues, dont le fonds resta la propriété de l’abbaye, et dont les édifices et superfices appartinrent aux colons ou domaniers. Telle fut l’origine de la plupart des tenues qu’on rencontre plus tard dans les aveux ou déclarations de biens du couvent. 

Les habitants de ces tenues ou convenants payaient pour le fonds qu’ils occupaient une légère rente annuelle, appelée foncière ou convenancière. Le total de ces rentes était peu considérable ; c’est pourquoi le fondateur donna aux religieux une partie des dîmes qu’il avait à Pluvigner, à Grandchamp, et peut-être ailleurs. Dans la suite, d’autres dîmes, comme celles de Naizin, de Moréac, de Remungol, de Noyal, etc...  vinrent s’ajouter aux premières, et constituèrent la principale dotation du couvent. 

Au bout de cinq ans, l'abbé Rotald avait acquis une telle réputation de sainteté et de capacité, qu’il fut élu évêque de Vannes en 1143, et sacré par l’archevêque de Tours. En montant sur le siège de saint Patern, conserva-t-il son titre d’abbé de Lanvaux ? — On l'ignore. On est cependant tenté de croire qu’il conserva son abbaye, parce qu’on ne trouve aucun autre abbé de Lanvaux à cette époque ; à cause de la proximité des lieux, il pouvait facilement quitter Vannes et faire de nombreuses visites au monastère ; en cas d’absence, il était remplacé par le prieur. Son administration épiscopale appartient à l’histoire du diocèse, et ne peut être racontée ici. Son administration abbatiale appartient à Lanvaux, et sera mentionnée plus loin.

Rotald mourut à Vannes, le 26 juin 1177, en odeur de sainteté : La Chronique de Bretagne dit de lui : MCLXXVII, Obiit R, Venetensis ecclesiœ episcopus, vir summœ sanctitatis, rigidœque justitiœ, pro quo seditio magna inter canonicos et monachos de Lanvas orta est.

« En 1177 mourut Rotald, évêque de l’église de Vannes, homme d'une haute sainteté et d'une rigide justice, pour lequel s’éleva un grand débat entre les chanoines et les Moines de Lanvaux » (Pr. I. 6). Les religieux, faisant valoir ses dernières volontés, finirent par l'emporter ; ils l’inhumèrent dans le choeur de leur église, et, sur son tombeau ils firent graver l’inscription suivante : Hac sunt in fossa Rotaudi proesulis ossa, Dum vixit gentis curam Venetensis habentis, Fratribus in parte vixit ; hic illius arte Quando Christum laudat, coelica concio laudat.

Dans cette fosse sont les ossements de Rotaud, qui fut de son vivant évêque de Vannes, il vécut en partie pour ses frères ; grâce à lui, quand ici on loue le Christ, c’est le ciel qui chante ses louanges ? Ce tombeau subit plus tard quelques modifications. En 1740, il fut recouvert d’une nouvelle dalle, sur laquelle on mit cette inscription : Hic jacet — Beatus in Christo pater, — Domnus Rotaldus, vir summoe sanctitatis — et rigidoe justitioe, — hujus coenobii primus abbas et rector, — episcopus tum Venetensis, — qui post multa virtutum monumenta — laudabiliter edita, — anno Domini 1177, die vero 26 junii, — obdormivit in Domino, et in hac quam condiderat ecclesia — sepeliri voluit.

Ci-git le bienheureux père en Dieu le seigneur Rotald, homme d’une haute sainteté et d’une rigide justice, premier abbé de ce monastère et aussi évêque de Vannes, qui après avoir laissé des preuves éclatantes de ses vertus, s’endormit dans le Seigneur, l’an 1177, le 26 juin, et voulut être inhumé dans cette église qu’il avait fondée.

Ce premier abbé de Lanvaux est communément appelé Bienheureux dans son Ordre, mais il ne reçoit aucun culte officiel dans le diocèse de Vannes. 

En 1888, M. l’abbé Guilloux, vicaire à Brandivy, a fait, au nom et aux frais de la Société polymathique du Morbihan, une fouille dans l’ancien choeur de l’église ruinée de Lanvaux, avec l’assentiment du propriétaire. Il y a trouvé trois sépultures sans aucune dalle funéraire. La première, à gauche, du côté de l’évangile, simplement creusée en terre, sans maçonnerie, renfermait les ossements incomplets de deux corps et quelques restes de clous. La seconde, au milieu, du choeur, parfaitement maçonnée, renfermait pêle-mêle les os dépareillés de quatre squelettes au moins, comme l’a constaté l’examen des médecins, MM. de Closmadeuc et Le Cadre. La troisième, à droite, contiguë et semblable à la précédente, contenait les restes incomplets de cinq squelettes au moins. 

Comme on le voit, toutes ces sépultures avaient été violées à une date inconnue, et les ossements avaient été rejetés sans ordre dans les fosses. Rien n’a permis de reconnaître, même dans la tombe du milieu, les reliques du B. Rotaud. 

Pour en revenir à la dotation du monastère, le fondateur parait avoir aussi donné aux religieux un bois taillis, voisin de leur maison et appelé depuis le Bois des moines : c’était pour leur provision de fagots. Il y ajouta le droit de prendre, dans sa forêt ou son parc réservé, les arbres nécessaires pour les constructions et les réparations du couvent, ainsi que le gros bois de chauffage. 

A cette époque, les seigneurs féodaux étaient généralement très larges pour les concessions de faveurs dans leurs bois. La grande forêt qui couvrait jadis le centre de la Bretagne, n’avait pas encore totalement disparu, et le bois était presque pour rien. C’est ainsi qu’en 1250, plus d’un siècle après la fondation du monastère, Raoul de Kemortz ou de Camors donna aux moines de Lanvaux l’usage entier du bois vert et du bois sec, le pâturage et la litière de leurs animaux, dans toute la forêt, depuis la terre des moines à Brangouserh jusqu’au bois de Gilbert, et depuis le chemin de Cornoet jusqu’au ruisseau de Frodener. Il fit la même concession aux hommes de l’abbaye demeurant à Lanvaux ou à Grénit, et ne mit d'exception que pour leurs porcs. Plus tard, cette forêt fut dévastée et finit par disparaître : la lande prit sa place.

De son côté, la forêt de Lanvaux passa des seigneurs de ce nom aux ducs de Bretagne, puis aux rois de France, leurs héritiers. Ceux-ci voyant les forêts disparaître graduellement, réglementèrent leur exploitation, et exigèrent notamment que les arbres à abattre seraient marqués d’avance par un agent des forêts. 

En 1617, M. Jean Auffray, abbé commendataire de Lanvaux, ayant besoin d’arbres pour les réparations du monastère, et ne pouvant les faire marquer à cause de l’absence de l’agent, les fit abattre de lui-même. Il fut poursuivi pour cette irrégularité, mais grâce aux titres qu’il exhiba, il fut déchargé de l'amende. 

« Nous avons maintenu, dit la sentence, et nous maintenons le d. sieur abbé aux droitz d’usage luy attribués par les d. lettres, parce qu’il en jouira aux termes des ordonnances royales ; ce faisant prendra le bois qui luy sera nécessaire pour les d. réparations des églize et maisons de la d. abbaye, par la marque qui luy en sera par nous faicte, ou en, nostre absence par le mestre particulier des eaux et forêtz de l'évesché de Vennes ; auquel avons enjoint de livrer doresnavant au sieur abbé soixante chartées de boys de chauffage pour luy et ses religieux. Arrêté à Lanvaux le 9 août 1624. Signé : De la Haye, greffier général ».

En 1641, le droit d’usage de l’abbaye fut fixé à un canton ou triage particulier de la forêt. 

« Nous, commissaires nommés par Sa Majesté... avons maintenu et maintenons l’abbaye de Lanvaux au droit du bois à chauffage et à réparer les église et maisons de la d. abbaye, pasnages et pasturages et glandée pour les bestiaux d’icelle, en la forest de Lanvaux, pour les quels droitz sera faict et assigné triage, qui sera trouvé raisonnable, selon la possibilité de la d. forest. Faict à Auray le 30 septembre 1641 ».

Le lendemain, 1er octobre, l'un des commissaires, accompagné de l’abbé Melchior Rouxel, se rendit à la forêt et marqua minutieusement les limites du canton, qui fut trouvé contenir 53 journaux. 

« Des quels journaux, dit le commissaire, nous avons fait délivrance aux d. sieurs abbé, prieur et religieux, auxquels nous avons ordonné de le bien clore et en bien user, avec deffenses d'en abuser sur peine de privation, et demeurera le d. triage toujours forestable, comme le parsus de la forest. En conséquence du quel triage, nous leur avons faict deffense de plus à l’advenir, sous quelque prétexte que ce soit, de prendre aucun bois en la d. forest, ni y faire pasturer aucuns bestiaux, sur peine de privation du d. triage et autres peines qui y eschent ». (Voir le plan du Parc).

En 1665, nouveau règlement. « La Chambre souveraine establie par le roy pour la réformation générale des eaux, bois et forests de Bretagne ; 

Veu... etc... A réuni au corps de la forest le triage donné en 1641 aux religieux de Lanvaux, et a maintenu les abbés et religieux dans le droit de prendre quarante charretées du bois mort pour leur chauffage, à les prendre par les mains des officiers de la forest et sans frais ;

Et attendu, la dégradation et abat de bois par eux faits, dans la d. forest et dans leur bois, surseoit le droit d’usage pour les réparations pendant vingt ans ;  

Leur fait main-levée des bois qui leur ont été marqués pour les réparations et la réfection de la d. abbaye, et leur fait deffense d’en disposer ailleurs, à peine d’être privés du droit d’usage et frappés de 500 livres d’amende. Fait à Rennes, le 15 juin 1665 »

Abbaye de Lanvaux en Brandivy : plan du parc

L’interdiction faite en cette année finit en 1685, et l’abbaye rentra pleinement dans son droit d’usage. Aussi, quand il fallut, en 1730, refaire le bâtiment au sud du cloître, faire diverses réparations aux édifices et dessécher un marais voisin, le roi consentit à autoriser la vente de treize arpents de bois de la forêt de Lanvaux, dont le prix servit à payer les travaux du convent. 

Au milieu de toutes ces vicissitudes, qu'était devenue la famille d'Alain de Lanvaux, fondateur de l’abbaye ? Son fils et son petit-fils sont complètement inconnus. Son arrière-petit-fils Olivier, seigneur de Lanvaux, épousa Adelice d'Hennebont, pendant que sa soeur Théophanie était mariée à Jarnogon de Rochefort. Suivant la Chronique de Saint-Brieuc, Olivier se révolta contre le duc Jean Ier, fut battu en 1238 et enfermé au château de Sucinio. Dix ans après il était en liberté et Eudon de Bodrimont se rendait, caution de sa fidélité envers le duc (Pr. III, 1770). 

Ses biens furent-ils confisqués, comme on l'a dit, pour cause de rébellion ? — Nullement. Une série d’actes du fonds de Lanvaux prouvent qu'Alain II, fils aîné dudit Olivier, recueillit la seignenrie de Lanvaux après la prise de son père et qu’il la garda jusqu’à sa mort vers 1270. On le voit demeurer au château de la Forêt, principale résidence de ses ancêtres, et confirmer diverses donations de terres situées dans son fief. (La Borderie, Histoire de Bretagne, III, 345.) Son frère cadet Geoffroy, qui prit le nom d'Hennebont, à cause de sa mère, possédait en 1265, à Noyal et à Saint-Gonery, des biens venant de son père (Pr. I, 992, 996), preuve que la seigneurie n’avait pas été confisquée. Tout au plus pourrait-on dire que le duc aurait saisi quelque mince dépendance pour les frais de la guerre. Malheureusement, Alain II de Lanvaux fit des dettes, et à sa mort il devait au duc 4.400 livres, soit environ 500.000 francs de notre monnaie actuelle en 1902 (Pr. I, 1008). 

Geoffroy de Lanvaux, fils et successeur d'Alain II, sommé de payer ses dettes, ne put le faire. Le duc Jean Ier fit en conséquence saisir ses terres, en 1272, garda pour lui les biens de Grandchamp et de Pluvigner, et fit vendre les propriétés situées à Remungol, Moréac et Melrand. Le vicomte de Rohan s’en rendit adjudicataire et eut ensuite des difficultés avec ledit Geoffroy de Lanvaux (Pr. I, 1029, 1032, 1084, 1129). 

Alain III, fils aîné de Geoffroy, épousa l’héritière de Trogoff et en prit le nom. Sa descendance s’est perpétuée jusqu’à nos jours et n’est connue que sous le nom de Trogoff. Elle ne possède rien des anciens biens de Lanvaux. 

Guillaume, fils puîné de Geoffroy, conserva le nom de Lanvaux et le transmit à sa postérité. On trouve en 1507 un Olivier de Lanvaux, seigneur de Beaulieu, et maître des requêtes à la Chancellerie de Bretagne, et un Pierre de Lanvaux, procureur à Ploërmel (Histoire de Bretagne, I, 997. — Preuves, I, 957). Cette branche s’éteignit bientôt, sans laisser d’autres traces dans l'histoire.

 

II. ACTES DIVERS.

Les archives de l'abbaye de Lanvaux, conservées à la préfecture du Morbihan, sont loin d'être complètes. Outre l'acte de fondation de 1138, il y manque tous les contrats des premières donations ; et il faut arriver aux dernières années du XIIème siècle avant de trouver quelque chose, et encore les actes conservés ont-ils beaucoup souffert de l’humidité et sont-ils devenus illisibles en partie.

Voici la traduction des actes les plus importants, qui donneront une idée du style et des usages du temps.

La plus ancienne pièce, malheureusement sans date, se place vers 1190, et débute ainsi :

« CHYROGRAPHE. Guéthenoc, par la grâce de Dieu, évêque de Vannes (1182-1220), à tous les enfants de notre sainte mère l'Eglise qui auront connaissance des présentes lettres, salut dans l’auteur du salut... Un procès ayant été longuement plaidé devant nous, entre R. (Raoul), abbé, et les moines de Notre-Dame de Lanvaus, d’une part, et Inisan (de Rostevel), fils de Daniel, fils de Gaec, et ses cohéritiers, d’autre part, au sujet d’une brèche faite par les eaux dans une écluse ou chaussée, située entre la terre des moines et la terre du dit Inisan... une transaction a eu lieu entre les parties, en vertu de laquelle, le dit Inisan consent à fournir toute la terre nécessaire pour restaurer la chaussée du côte de sa propriété, les moines en faisant autant de leur côté ; il est convenu que le pont sera refait pour laisser s’écouler l’eau, de manière à ne pas submerger les prairies situées au-dessus de l’étang, mais à retenir cependant assez d’eau pour moudre en été comme en hiver. Suivant notre conseil, les moines, pour le bien de la paix et en reconnaissance de la terre concédée par le dit Inisan, lui ont donné devant nous soixante-dix-sept sous, à la condition acceptée et jurée par lui, que ni lui, ni ses héritiers, ni ses cohéritiers ne feront à l'avenir aucune réclamation contre cet arrangement. En outre, il sera permis aux moines de ramasser les bois et les joncs au-dessus de l’étang et de curer le dit étang, quand ils le voudront, depuis leur rive jusqu’au lit du ruisseau. Nous sommes constitués par les deux parties les gardiens et les défenseurs de ce traité, Sylvestre, fils d’un autre Sylvestre, du consentement de ses fils, parce qu’il est le seigneur de la terre du dit Inisan, et nous avons donné cet écrit à chacune des deux parties, en y faisant mettre nos sceaux. — Témoins : T., trésorier ; Yves, maître des écoles de Vannes ; G., chapelains de l’évêque ; R. clerc, et beaucoup d’autres ». (Orig. parch. Deux queues parch. — Sceaux perdus).

Voici une seconde pièce, également sans date, qu’on peut néanmoins placer vers 1195, et qui règle trois contestations : « Au nom de la sainte et indivisible Trinité, moi Guéthenoc, par la grâce de Dieu, humble ministre de l’église de Vannes ; je fais savoir à tous les fidèles qui verront le présent écrit, qu’une discussion était née entre les moines de Lanvaus et Even, fils de Gédégou, au sujet d’une petite pièce de terre située auprès de l’église ou chaussée de Guibaé, et qu'elle a pris fin en notre présence, grâce au témoignage légal de cinq prêtres et de quatre laïcs, qui, ont atteste que le dit Even n’y avait aucun droit, que les moines avaient acheté non seulement l'écluse, mais encore la dite pièce de terre pour la réparer en cas de besoin. 

Nous voulons aussi notifier à la postérité que la controverse née entre les moines susdits et les chanoines des Saints, au sujet de la dîme donnée par Pierre Le Borne en aumône et revendiquée par les deux parties, a été examinée devant nous ; ayant déféré le serment aux deux contendants, prouver leur droit, les chanoines ont refusé de jurer et les moines ont prêté le serment requis, et nous leur avons adjugé la dîme.

Une autre discussion existait entre les moines susdits et Guillaume, fils d'Evenou, au sujet d’une dîme donnée par le dit Pierre Le Borne en la paroisse de Moustoir-Radenac, et réclamée par chacun d’eux ; le débat a été réglé comme il suit, avec le consentement des deux parties : le dit Guillaume, fils d'Evenou, conservera la dîme, et ses héritiers ou, ayants-cause après lui, mais à la condition de payer, tous les ans, au premier août, la somme de douze livres monnaie, et de. les déposer lui-même sur le maître-autel de l’église de Lanvaus.

Et afin que tout ce qui précède conserve sa valeur inviolable à perpétuité, nous avons muni la présente charte de notre sceau. (Archives départementales — Original parchemin. — Sceau perdu).

Une troisième pièce, rédigée vers 1200, concerne un échange fait avec Inisan, de Rostevel, le même dont il a été question précédemment : « Comme l’oubli s’empare vite des actes humains, il est bon et conforme à la raison d’écrire ce que l’on veut conserver à la postérité. Que ceux qui liront cet écrit sachent donc qu’un contrat a été passé entre l’abbé et les moines de Notre-Dame de Lanvaus, d’une part, et Inisan, de Rostevel, fils de Daniel, d’autre, part : par lequel acte, l’abbé et les moines ont donné au dit Inisan et à ses héritiers à perpétuité une terre qu’ils possédaient auprès de la maison de Perrés, et ce avec le consentement de Geoffroi, fils d'Olivier, et de ses frères, seigneurs de cette terre, et ils ont reçu en retour du dit Inisan et de sa femme Ouregen et de ses enfants Daniel et Julienne, une terre située au delà du château d'Auray, sur le bord de la mer, et près du moulin d'Eveno, fils d'Hémery, et ce avec le consentement de Morvan de Ploimargat et de sa famille, seigneurs de cette terre ; toutefois le dit Inisan se réserve sur cette terre, pour lui et ses héritiers, une rente annuelle de trois sous, payable à Noël, et de plus le droit d’y bâtir une maison, pour laquelle il paiera un cens annuel aux moines. Témoins les dits seigneurs Geoffroi, fils d'Olivier, et ses frères, Morvan de Ploimargat, Rivallon et son fils Derien, Adenor, Innoguen, et le reclus Robert ; du côté de l’abbaye, l’abbé Derien, les moines Urbain, Herouarn et tout le couvent ; du côté d'Inisan, lui, sa femme, son fils, ses filles et, beaucoup d’autres. Et pour donner force et stabilité à cet acte, le seigneur Geoffroi, fils d'Olivier, y a mis son sceau ».

Quelque temps après, le nouvel abbé de Lanvaux ratifia l’échange en ces termes : « Et nous aussi Eudon abbé de Lanvaux, et les moines du dit lieu, avons apposé notre sceau au même acte pour le confirmer et le garantir, l’an de l'Incarnation du Seigneur M.CC.V. (1205) ». (Original parchemin — Sceaux tombés).

Quant aux dîmes, l’évêque Guéthenoc fit au monastère une libéralité signalée, en lui attribuant les dîmes de la paroisse de Naizin. Voici le texte de sa charte : « Guéthenoc, par la grâce de Dieu évêque de Vannes, à tous ceux qui liront la présente lettre, salut dans l’auteur du salut. Sachez tous que, par une charité intime, nous avons donné les dîmes de la paroisse de Neidin, à perpétuité, à nos frères bien-aimés en Jésus-Christ, l' abbé et le chapitre de Lanvaus, ému d’une extrême pitié pour leur pauvreté. Et afin que cette donation soit respectée à l’avenir, nous l'avons munie de notre sceau. Cette libéralité a été ratifiée par P (Pierre) notre archidiacre, et par tout notre chapitre, et revêtue de leur sceau » (Copie de 1253).

Cette charte sans date paraît devoir se placer vers 1200, car l’archidiacre Pierre, qui y est mentionné, vivait suivant d’autres documents en 1199 et 1203.

En 1220, l'évêque Robert, successeur de Guéthenoc, ratifia une donation faite à l'abbaye et consistant en une terre située dans son fief de Plescop. Parmi les témoins. de l’acte on trouve I, ou Yves, archidiacre ; Palmier, chanoine ; Guillaume, fils de Robert, chanoine ; Barthélemy, prêtre de Surzur ; Daniel, prêtre ; Guillaume de Séné ; Guillaume de Sulniac ; Judicaël, fils d'Alain, chevalier.

En 1224, l’abbé Jestin fit confirmer par Pierre, fils de Sylvestre de Grandchamp, toutes les donations faites à sa maison sous les évêques Rotaud et Guéthenoc et situées dans son fief. En tenant compte de l’ordre des actes cités dans cette confirmation, on est porté à croire que le don de l'étang situé entre l'abbaye et Kerorguen, avec quelques terres voisines, remontait au temps de l'évêque Rotaud ; les contrats passés avec Inisan ne dataient, comme on l'a vu, que de l'épiscopat de Guéthenoc. L’acte confirmatif se termine ainsi : « Pour nous engager à mettre notre sceau sur cette charte, le frère J. abbé et son chapitre nous ont donné le palefroi de l’abbé et ont octroyé quinze sous à Inisan et aux siens. Fait à Lanvaus, devant Eudon, chapelain (recteur) de Grandchamp, Alain de Lanvaus, ..... l’an du Seigneur M.CC.XXIV » (Original parchemin).

Terminons la revue de ces actes primitifs par le texte d’une transaction conclue en 1240. « A tous les fidèles chrétiens qui verront les présentes lettres, Thébaud de Rochefort, vicomte de Donges, salut dans le Seigneur. Sachez qu’après de longues contestations, soulevées contre nous par l’abbé et le couvent de Lanvaus, de l’ordre de Cîteaux, au sujet de la pension de deux moines, fondée jadis par notre oncle Jarnogon, nous avons enfin conclu la paix par devant le vénérable père Cadioc, évêque de Vannes, comme il suit : Nous leur donnons une rente perpétuelle de sept livres sur notre terre ; notre aïeule Théophanie y ajoutera une rente de dix sous, dans l’endroit le plus commode pour le monastère, et elle fera en sorte que son neveu, Alain de Lanvaus, la garantisse ; il est entendu que pendant deux ans cette double rente sera payée en argent, et que dans cet intervalle nous choisirons un arbitre et les moines un autre, qui jureront d’assigner de bonne foi la dite rente sur des terres, des moulins, des dîmes ou des péages, conformément aux préférences de l’abbaye, et s’ils ne peuvent s’accorder, l’évêque de Vannes désignera un troisième arbitre, et à défaut de l’unanimité, le jugement de deux arbitres tranchera le différend. Le premier paiement de la rente se fera à Rochefort, le jour de la Décollation de saint Jean-Baptiste (29 août), le second à Pâques ; la seconde année, le paiement se fera en une fois, à la fête de la Décollation. S’il y a un retard de notre part ou de la part de nos gens, l’évêque de Vannes taxera l’amende due pour le délai. Et pour une plus grande assurance nous avons, nous et notre aïeule, scellé les présentes lettres. Donné à Vannes, le jeudi après la fête de saint Pierre-aux-Liens (2 août), l’an du Seigneur M.CC.XL (1240). A ce traité de paix il a été ajouté et accepté par le dit Thébaud, que s'il ose s’écarter de la convention, l’évêque. l’excommuniera, lui ou ses successeurs, et mettra leurs terres en interdit. — Donné à Vannes, les mêmes jour et an » (Original parchemin — Sceaux perdus).

Le sceau de l'abbaye, en 1513, était rond et représentait Notre-Dame ouvrant ses bras et son manteau, pour abriter six religieux agenouillés à ses pieds.

 

III. ABBÉS :

1. Rotald, ou Rotaud, ou Rouaudifut, comme on l’a vu, le premier abbé de Lanvaux, en 1138. On ne possède de lui aucun acte concernant l’abbaye, et cependant il est probable que le monastère a reçu de son temps plusieurs libéralités. Un acte de confirmation de 1224 mentionne, comme faite sous son épiscopat, la donation de l’étang situé entre l’abbaye et le village de Kerorguen. Cette libéralité, due à un certain Silvestre, fils d'Even, qui était venu dans le monastère, fut agréée par ses enfants et par ses frères, et confirmée plus tard par Pierre, fils de Silvestre de Grandchamp.

2. Rudulf ou Raoul vivait en 1190, sous l'évêque Guéthenoc. C’est de son temps, paraît-il, que le dit évêque régla quelques contestations au sujet d’une Chaussée et de quelques dîmes particulières.

3. Dérien, abbé de Lanvaux, fit vers 1200 un échange de terrain avec Inisan de Rostevel en Brech, et fut approuvé par ses moines Urbain, Hérouarn et par tout le couvent.

4. Eudon ratifia, en 1205, l’acte qui précède. On ne, sait s’il vivait, encore en 1220, lors de la donation d’une terre en Plescop, appelée plus tard Menahty, ou Maison-du-Moine.

5. Jestin fit confirmer, en 1224, les actes faits sous les évêques Rotaud et Guéthenoc, concernant l’étang de Kerorguen et les concessions d'Inisan, fils de Daniel.

6. Ici commence une lacune de 175 ans, laissant place pour huit on dix abbés. Les documents de cette époque ne font pas absolument défaut aux Archives, mais les noms des abbés figurent jamais. Voici l’analyse de ces pièces. - En 1233, Thomas, fils de Deranimel, donna à Lanvaux un trait de dîme sur la villa de Rungant et une mine de froment par an. En retour, les moines lui donnèrent 13 livres pour le libérer des Juifs.

En 1240, Thibaud de Rochefort, vicomte de Donges, donna sur ses biens de Questembert, une rente annuelle et perpétuelle de sept livres, pour remplacer deux pitances monacales fondées par son oncle Jarnogon de Rochefort son aïeule. Théophanie de Lanvaux, y ajouta dix sous de rente par an, comme on l'a dit.

Les moines avaient prêté douze livres à un nommé Eveno d'Auray, sur l’hypothèque de trois parcelles de terre situées vers Rostevel. N’ayant pu obtenir le remboursement de cette somme, ils s’adressèrent à Alain de Lanvaux, qui tenant sa cour, et de l’avis des prêtres de la paroisse, fit vendre, en 1241, les parcelles hypothéquées, pour payer la dette.

Raoul de Carmors ou de Kémortz était un voisin des moines. En 1250, il confirma le don de Kermérian, de Kerstéphan et de Kergo, situés dans son fief, et y ajouta la dîme du village de Trévisiat, l’usage du bois sec et du bois vert, et le pâturage des animaux dans sa forêt.

On trouve enfin quelques donations de grains en Cruguel, en Guéhenno, et quelques échanges de terres à Pluvigner et ailleurs. En 1260, Guillaume Guyomar et sa mère donnèrent à Lanvaux tous leurs droits sur les terres de la Ville-Gourden, de Kerchevet, de Botencrech et de Brugnec, en Guéhenno ; de leur côté, Geoffroi de Roshou et sa femme confirmèrent les dons de terres, faits en faveur de l’abbaye par leurs prédécesseurs, dans le fief de Coluer en Brech.

Peu après (1264), Alain de Lanvaux confirma le don de Kerhaleguen situé près de Remungol, et ne se réserva que la punition des crimes : c’est la dernière concession faite à l’abbaye par la famille du fondateur, avant sa ruine. Il y eut ensuite, en 1275, un accord pour quelques terres à Meucon, et en 1282 une confirmation de quelques libéralités faites en Radenac.

S’il y avait souvent des dons à recevoir, il y avait aussi parfois des procès et des violences à subir. Ainsi, eu 1288, une dame Théophanie, veuve de Silvestre de l'Isle, accompagnée de quelques complices, enleva les bestiaux des tenanciers de l'abbaye, au village du Cordier, et revendiqua les avoines et les volailles dues au couvent. L’affaire fut portée devant l’archidiacre de Léon, comme conservateur des privilèges de l'Ordre de Cîteaux. En vertu de la transaction ménagée entre les parties, la dame renonça à toutes ses prétentions sur le village du Cordier et promit de rendre les animaux saisis ; les religieux, de leur côté, s’engagèrent, à payer à la dame, pendant sa vie seulement, une, somme annuelle de quatorze sous et à lui donner un homme comme caution.

Si les titres de Lanvaux conservés aux Archives sont nombreux au XIIIème siècle, ils sont rares au XIVème. Un inventaire mentionne un contrat fort effacé du 6 juin 1319, qui ne se retrouve plus, et un autre contrat de l'an 1387, sans autre indication. En y ajoutant deux fondations de messes, on a tout le bilan du siècle. Il est vrai que c’était l’époque de la guerre de Succession (1341-1364), qui dévasta la Bretagne, et dont les monastères éprouvèrent le contre-coup. On sait que Charles de Blois coucha à Lanvaux l'avant-veille de la bataille d'Auray.

Avec le XVème siècle reparaît la série des abbés.

13 ? Yves était « abbé de Notre-Dame de Lanvaulx » en 1401. On ne sait depuis combien de temps il gouvernait, ni combien de temps il vécut encore.

14. Jehan Griouart reconnut, en 1409, que les seigneurs de Rochefort avaient donné sept livres dix sous de rente à son abbaye et fit aveu en 1411 (N. S.) au vicomte de Rohan et et de Porhoet pour les biens qu’il tenait dans son fief.

15. Guillaume Nepvou était abbé en 1426. Il reçut le 15 janvier 1427 (N. S.) le don que Grégoire Le Gietal fit au monastère de ses biens situés en Grandchamp. Le 12 septembre 1430, il rendit aveu pour le Bourg-des-Moines à Pluvigner et pour la tenue du Quelennec en la même paroisse.

16. Jehan N... reçut de nombreuses petites rentes à Pluvigner et ailleurs, de la part de personnes désireuses de participer aux prières des moines. Il acquit une maison à Pluvigner en 1438, et prêta 80 livres monnaie, en 1439, à Jehan Le Canton, sur l'hypothèque des tenues de Kergal en Camors. Le capital n'ayant pas été remboursé, les tenues devinrent la propriété de l'abbaye en 1448.

17. Yves du Marcheis, « abbé du benoist moustier de N.-D. de Lanvaux », obtint du duc, le 9 avril 1445, des lettres de maintenue en jouissance de son abbaye. Il fit en 1447 une transaction pour la tenue du Runio, et rendit aveu en 1450 au seigneur de Kermeno et à celui de Largoet, pour les tenues relevant d'eux. En 1452, il conclut un arrangement avec Jean de Malestroit, seigneur de Ker, et comparut en 1453 comme témoin à l'enquête pour la canonisation de saint Vincent Ferrier.

18. Raoul Estiennot consentit, avec ses religieux, en 1455, à l'afféagement des terres de Grazenpont et de Ros en Surzur, en faveur de Guillaume de Kervasic, moyennant une rente annuelle de 40 sous. En 1457, autre afféagement de terres à Naizin, pour une rente de 7 sous 6 deniers. Le 3 octobre 1460, le Chapitre de Vannes approuva l’arrangement fait entre l’abbé de Lanvaux et le recteur de Naizin, pour le partage des dîmes. L’abbé Raoul vivait encore, dit-on, en 1470.

19. Thomas de Kervernier vivait en 1474 ; il fit aveu, pour divers biens, à l’évêque de Vannes en 1477, au seigneur du Garo en 1478, à la collégiale de Saint-Michel en 1479 et au seigneur de Molac en 1480, et accepta plusieurs petites rentes jusqu’en 1491. Il eut toutefois le tort de consentir à quelques aliénations, qui furent révoquées, après sa mort, par l'abbé de Langonnet, comme supérieur majeur de Lanvaux. On lui attribue la reconstruction du choeur de son église en 1488.

20. Olivier Mello, élu en 1492, fit aveu au vicomte de Rohan en 1495, et au seigneur de Camors en 1496. En 1499, d’accord avec ses moines, il céda à Jean Gibon du Grisso les tenues de Menahty en Plescop et une rente à Lescagay, en Grand-Champ, et reçut en échange une tenue à Kergonio en Camors, une autre à Coetqueneah, une troisième à Kernabusset en Grandchamp, et une rente au Cordier.

21. Pierre Héligon, abbé en 1501, fit un échange de parcelles avec Guillaume Bocher en 1503, et avec le sieur de la. Grandville en 1509. En 1510, il céda la tenue du Quelennec pour d’autres immeubles en Pluvigner, et fit en 1513 un échange de rentes foncières avec le prieur de la Chartreuse. Il acquit en 1516 le petit fiel de Broel, pour celui de Colpo, et renonça, en 1523, à la pêcherie de Lochrist pour une rente de 6 livres monnaie. Il mourut en 1527.

22. Jean Ordreneau, religieux bénédictin, prieur de Locminé et de Bourgerel, obtint l'abbaye de Lanvaux en commende, le 27 janvier 1528, sur la présentation du roi, à la charge d’employer le tiers du revenu en réparations et en ornements d’église. 

23. Jean de Coetnéant était abbé commendataire en 1530. Comme son prédécesseur, il ne fit que passer dans la maison où il fut toujours considéré comme un étranger.

24. Bertrand de Broel, abbé régulier, venu de Prières, fut maintenu en possession de l'abbaye par lettres de la Chancellerie du 23 mars 1535 et du 21 septembre 1538. Il fit aveu à la dame de Camors en 1540, et agréa en 1541 l’augmentation de la fondation de Ker. Le 19 janvier 1542 (N. S. 1543), il accepta une grande maison et un jardin situés au bourg de Pluvigner, en échange des pièces de terre de Plumelec, de Sérent, de Bohal, et des rentes de Questembert, de Grazenpont et de Plaudren. Il ne garda pas longtemps sa nouvelle acquisition, et dès le 20 novembre 1545, il la céda à Dom Vincent Roux pour 38 journaux de vigne situés à Coetsurho et Bourgerel, à l’embouchure de la Vilaine. C’est le même abbé qui fit relever la chapelle de Saint-Mériadec en 1549. Il mourut la même année.

25. Pierre Danielo, archidiacre et chanoine de Vannes, l’emporta sur le prieur Pierre Marigo, et fut pourvu en commende de l'abbaye de Lanvaux en 1550. Il employa tous les moyens pour recouvrer les titres égarés de la maison, et mourut, le 2 janvier 1558 (N. S.), léguant 200 écus d’or pour la réparation de l’église abbatiale.

26. Guillaume Textoris, ou le Texier, prêtre du diocèse de Vannes, nommé abbé commendataire en 1558, vit aliéner en 1563 deux tenues à Lanvin, deux à Camors, plusieurs au Grenit, etc... pour payer les taxes énormes de la guerre, et mourut en 1564.

27. Jean de Coetlagat, prieur de Prières, devint abbé régulier de Lanvaux en 1564. Il céda en 1569 la tenue de Mané-Gouef et une maison avec jardin à Pluvigner pour deux tenues situées à Scourboh ; mais, en 1570, il fut obliger d'aliéner quelques immeubles à Kerhuibeden et au Cordelier, pour payer les taxes. Il mourut sur la fin de 1572.

28. Nicolas Brissot ou Brissonet, religieux de Normandie et abbé commendataire de Lanvaux, prit possession en 1573. Ecrasé par les taxes de la guerre, il dut aliéner en 1578 une tenue de Ringablach et un pré du Nerouet, en 1586 une tenue du Cordier et une autre de Kerézo et en 1589 une tenue de Lanvin. Pendant ce temps, son homme d’affaires pillait l'abbaye, vexait les moines et laissait les voisins en faire autant. Les archives furent dispersées et les biens dévastés. L’abbé mourut en 1592.

29. Louis Le Clerc, prieur de Beaupré, diocèse de Beauvais, patronné par le duc de Mercoeur, fut institué par l’abbé de Clairvaux le 20 octobre 1592 et par le pape le 5 avril 1593. Il dut subir les exigences du duc et accorder de larges subsides à ses officiers, ce qui acheva de ruiner la maison. Il mourut vers 1599.

30. Charles des Boucs de Rancé, le futur réformateur de la Trappe, était abbé commendataire de Lanvaux en 1660. Son procureur faisant difficulté de loger et d’entretenir les moines, le président de Vannes fut obligé d’intervenir. M. de Rancé résigna bientôt son abbaye, en se réservant une pension de 400 livres.

31. Jean Le Cauchois, abbé régulier, pourvu en 1605 ne put payer exactement la pension de son prédécesseur, à cause de la ruine du monastère. Le personnel était très réduit et avait peine à vivre. L’abbé mourut en 1614.

32. Jean Auffray, sieur des Mallets, trésorier de Saint-Brieuc et recteur de Pluvigner, fut pourvu de l'abbaye en 1614. Résidant à Lanvaux une bonne partie de l’année, il recueillit les titres dispersés, et rédigea un aveu très soigné pour la Cour des comptes. Il participait à l'administration temporel, mais laissait toute liberté au visiteur de l'Ordre et au prieur de la maison pour le gouvernement intérieur. Il mourut en février 1633.

33. Melchior Rouxel, de Saint-Brieuc, fut pourvu de l’abbaye des 1632, sur la résignation de son prédécesseur. Il fit avec ses religieux le retrait de plusieurs tenues aliénées et régla le partage des revenus et des charges, à diverses reprises. Il consentit à l’introduction de la réforme à Lanvaux en 1661, vit reconstruire la nef de l’église en 1672, fit reconnaître la juridiction féodale de l'abbaye en 1674, et mourut en 1680, laissant une maison relativement prospère, comme le prouve l’aveu de cette année.

34. Claude-Philippe de Caurel de Tagny, du diocèse, de Chartres, pourvu en 1680, eut à lutter contre ses religieux et contre M. de Robien, fit construire une maison abbatiale, et se démit en 1695.

35. Jean-Mathieu des Champs, du diocèse de Lyon, prit possession le 29 décembre 1695, continua la lutte contre M. de Robien , refit la maison abbatiale en 1703, et résigna en 1712.

36. Henri-Bernard de Volvire, de Néant, nommé le 14 mai 1712, pourvu par le pape le 21 juillet suivant, ne fit que passer à Lanvaux, et mourut en 1717.

37. Jean-Jacques de Gomer de Lusancy, du diocèse de Meaux, nommé en 1717 et mis en possession en 1718, eut à soutenir les attaques de M. de Robien, et résigna en 1734.

38. Guillaume M. du Breil de Pontbriand, chanoine de Rennes, nommé en 1734 et institué en 1735, accepta un traitement fixe de 1600 livres par an, et laissa les religieux gérer leurs biens, et faire aveu en 1751 ; il mourut le 6 avril 1767.

39. François Guillot de Montjoie, chanoine de Paris, pourvu en 1767, continua l’arrangement fait par son prédécesseur pour le revenu et résigna, en 1780.

40. Louis de Berard de Montalet d'Alais, vicaire général de Cambrai, nommé en 1780, se démit au bout de deux ans.

41. Jean-Baptiste-René de la Villéon, du diocèse de Paris, nommé le 7 décembre 1782, mourut en 1783.

42. François-Charles Chevreuil, chanoine et vicaire général de Paris, nommé en janvier 1784, résigna en 1786.

43. Jean-Baptiste-Marie de Corcin, chanoine de Rennes, nommé en 1786, fut dépouillé par la Révolution en 1791. Après le Concordat, il fut nommé recteur de l’importante paroisse du Sel, au diocèse de Rennes, en 1803, et y mourut en 1816.

 

IV. MOINES.

Après les abbés viennent les moines. Leur nombre n’a jamais été considérable. En 1138, il en vint quatre pour préparer les lieux, et, quelques autres leur furent adjoints pour l’inauguration du service divin. En 1200, on trouve les noms de deux moines Urbain et Hérouarn ; puis, en 1260 et 1275, celui d'Yves, procureur de la maison. Il faut franchir un intervalle de prés de deux siècles pour rencontrer d’autres religieux. Voici les noms qu’il a été possible de relever, avec les dates des actes qui les mentionnent.

F. Jehan Le Meloux, procureur, 1439.

F. Pierre Gour, témoin en 1452.

F. Julien Estiennot, témoin en 1452.

F. Raoul Estiennot, abbé, 1455-1470.

F. Thomas de Kervernier, abbé, 1472-1491.

F. Olivier Mello, abbé de 1492 à 1500.

F. Philippe de Kereveno, 1492, 1509, 1510.

F. Jehan Derian, 1492, 1499, 1509, 1510, 1513.

F. Pierre Héligon, 1492, abbé 1501, mort 1527.

F. Guillaume de Langle, 1492, 1499, 1509, 1510.

F. Louis Le Moulnier, 1499, 1509, 1510.

F. Jacques Duchesne, 1499, 1509, 1510, 1513.

F. Guillaume du Hentcoet, 1509, 1510, 1513, 1523.

F. Jacques Le Moulnier, 1509, 1510, 1540, 1545.

F. Guyon Salarun, 1509, 1510, 1513, 1540, 1545.

F. François Car, 1513, 1540, 1545.

F. Bertrand de Broel, abbé, 1535-1549.

F. Pierre Marigo, 1540, prieur 1543, 1545, 1549, 1558.

F. Jacques Marigo, 1540, 1543.

F. Julien Pluvier, 1540, 1545.

F. Jean de Coetlagat, abbé 1564, mort 1572.

F. Jean Blanchard, 1569.

F. Jean Bertho, 1569.

F. Pierre Macé, prieur, 1589, 1592.

F. Etienne Bournon, 1592.

F. Nicolas Poullet, 1592.

F. Pierre Grandelet, 1592.

F. Jean Verdeau, 1592.

F. Jean Tastepoire, 1592.

F. Jean Remy, novice, 1592.

A cette époque, le monastère de Lanvaux traversait une crise très grave. Il avait perdu une partie de ses biens dans les aliénations, autorisées, pour soutenir la lutte contre les Calvinistes, et les procureurs de l’abbé Brissot avaient entamé le reste. Vigor Serrant, l’un de ces procureurs (1581-1583), est accusé d’avoir gaspillé les biens et les titres de l'abbaye, et d’avoir même tué un des religieux. En 1589, au commencement des guerres de la Ligue, les gens d’affaires quittèrent Lanvaux, puis le duc de Mercoeur donna, tous les ans, une partie des revenus de l’abbaye, tantôt à un colonel, tantôt à un capitaine, pour récompenser leurs services ou pour les remettre en équipage. 

En 1602, les trois derniers religieux qui demeuraient au monastère : Pierre Grandelet, prieur ; François Millon et Jean Rémy, furent obligés de recourir au présidial de Vannes, pour forcer le procureur de l'abbé de Rancé de pourvoir, à leur entretien ou de les laisser toucher les revenus de la maison. Un mémoire postérieur prétend qu’on « trouva cette abbaye dénuée de papiers et de titres, ouverte à tout venant, sans portes, sans fenêtres et dans un état si pitoyable qu’on n’y pouvait estre à couvert des injures du temps ».

Il y a dans ces derniers mots, une exagération manifeste, car les trois religieux qui occupaient Lanvaux en 1602 ne couchaient pas certainement à la belle étoile. La maison était sans doute ruinée, mais non inhabitée.

En 1614 , il n’y avait encore que quatre religieux : Fr. François Millon, prieur ; Fr. Jean Romain ; Fr. Jean Barbe et Fr. R. Cauchois. C’était réellement trop peu pour le chant de la messe et de l'office. Sur leur demande, le visiteur, Fr. Blaise Bouguier, abbé de Villeneuve, ordonna qu'il y aurait désormais, comme autrefois, six religieux entretenus aux frais de la maison. Mais, sur l’observation de l'abbé commendataire, Jean Auffray, que le revenu total de l'abbaye atteignait à peine 2.000 livres et ne pouvait supporter une si grande charge, il se contenta de cinq religieux, et régla minutieusement; avec l'abbé le partage des revenus, le 13 août 1617.

Le visiteur était oblige d’être coulant sur le nombre des moines. Déjà Lanvaux ne fournissait plus assez de vocations, et il fallait faire venir des sujets d'ailleurs. Ainsi, dès 1617, le prieur Antoine Bouguier venait d'ailleurs, et il n'était pas peut-être le seul. Cependant, en 1627, F. Jean Barbe, prieur, F. Romain Cauchois, F. François Duboys, F. Pierre David et F. Guillaume Gautier, composant la communauté, étaient tous profès de Lanvaux.

Cinq ans après, en 1632, les deux premiers avaient disparu et étaient remplacés par Yves Bannier et Pierre Le Gal, profès de Bégar (Bégard). En 1648, il ne restait plus, des profès de, Lanvaux, que dom François Duboys et le frère convers Jean Houart, avec deux profès étrangers. La situation empirait toujours et le vieux tronc cistercien devenait stérile.

Heureusement un rameau plein de sève venait de surgir. La réforme de l'ordre de Cîteaux, dans notre pays, avait commencé dès 1613 à Prières et s’était graduellement étendue. En 1635, le cardinal de la Rochefoucauld, délégué du Pape, ordonna que les monastères réformés pourraient seuls avoir un noviciat et recevoir à la profession. C’était pour l’ancienne observance une véritable condamnation à mort, par voie d’extinction. 

De son côté, le parlement de Paris, en 1660, prescrivit l’introduction de la réforme dans les monastères, lorsque la moitié des anciens religieux la demanderaient. Or, à Lanvaux, il n’y avait plus que quatre religieux, et deux d’entre eux, le prieur Guillaume Le François et le frère Jean Houart, s’entendirent pour demander à Dom Hervé du Tertre, abbé coadjuteur de Prières, l’envoi de religieux réformés dans leur maison. Le coadjuteur, qui était le vicaire général des réformés, comme l’abbé de Villeneuve était le vicaire général des non réformés, accueillit favorablement la supplique venue de Lanvaux, et, le 12 janvier 1661, il promit de s’y rendre et de répondre ainsi au désir de l’abbé Melchior Rouxel.

Dès le lendemain matin, il quittait Prières, emmenant avec lui trois religieux de son observance : Dom Yves Chapron, Dom Julien Aoustin et Dom Georges Le Bret. Arrivé à Lanvaux, il déclara aux religieux qu’il venait prendre possession de l’établissement, au nom de la réforme, conformément à l’arrêt du 3 juillet 1660. Les auteurs de la pétition l’accueillirent respectueusement, mais les deux autres, Pierre Le Roy et Bertrand Gaultier, protestèrent de toute leur force. Malgré leur opposition, le R. P. coadjuteur prit possession de l'église et du monastère, et nomma pour supérieur Dom Chapron et pour cellerier Dom Aoustin, l’ancien prieur ayant déclaré vouloir se retirer à Prières.

Cependant les deux religieux opposants s’étaient retirés à Villeneuve et y avaient obtenu l’autorisation de revenir en force à Lanvaux, pour reprendre possession du monastère. Accompagnés de deux autres moines et de deux domestiques de l’abbé, ils recrutèrent un certain nombre de vauriens armés de fusils, de pistolets, d'épées et de bâtons, et le 3 février 1661, ils firent irruption dans l’abbaye et en chassèrent violemment les réformés.

Informé de ces excès, le R. P. coadjuteur pria le sénéchal d'Auray de remettre ses religieux en possession de l'abbaye ce qu'il obtint en partie. Mais l'abbé de Villeneuve, étant venu à Lanvaux avec des gens armés, fit expulser de nouveau les malheureux réformés qui furent accablés de coups.

Le parlement de Bretagne, saisi de l’affaire par les plaintes du coadjuteur du 18 et du 25 février, rendit enfin son arrêt le 27 avril 1661, et enjoignit à l’abbé de Villeneuve et à ses religieux de quitter l’abbaye de Lanvaux, aussitôt que la sentence leur aurait été signifiée.

Elle leur fut notifiée le 2 mai suivant ; mais ils refusèrent d'obéir et d'ouvrir au commissaire qui les sommait de vider les lieux.

Prévoyant qu’ils seraient bientôt expulsés par la force, ils se barricadèrent dans le couvent, sur l'ordre de leur abbé, vendirent des meubles et des ornements d'église et abattirent des bois de décoration, pour l'entretien de leur garnison ou pour la vente au dehors.

La cour du parlement, apprenant l’insuccès de son premier commissaire, chargea, le 6 mai 1661, le conseiller Jean de Coniac de faire exécuter la sentence, même par la force. Celui-ci, escorté d’un substitut, d'un commis au greffe et d'un huissier, arriva à Lanvaux le 8 mai.« Nous avons, dit-il, dans sa relation, faict frapper à la porte et principale entrée d'icelle abbaye ; deux ou trois religieux nous ont paru par une fenestre grillée, et leur avons déclaré nostre qualité et la teneur de nostre commission. Ilz nous ont respondu qu’ilz estoient venus en la d. abbaye par l’ordre de leurs supérieurs et qu’ilz ne pouvoient nous ouvrir. Et après avoir faict donner plusieurs coups dans la d. porte pour l’enfoncer, n’ayant pu y réussir, estant barricadée par dedans, avons faict démassonner une des trois fenestres, qui donnent dans le chapitre, du costé de la d. porte et après y avoir faict ouverture et veu qu’il y avoit environ deux chartées de fagotz qui bouchaient les d. portes, avons faict jetter, à quartier ceux qui estoient au devant de la d. ouverture, et par icelle nous avons faict entrer partie de nos gens dans le cloistre, et avons ensuite faict enfoncer la claveure de la porte du jardin, qui est tout proche de la principale porte, puis enfoncer une des fenestres du petit réfectoire, et par icelle entré dans le d. réfectoire joignant la cuisine. Puis avons faict rompre la porte qui est à l’entrée de l’escalier, par où l’on monte dans le dortoir, et nous a esté montré à l’un des bouts d’iceluy la chambre du prieur, en laquelle s’estoient réfugiez les d. religieux non réformés, à la porte de laquelle ayant faict frapper et sommé de l’ouvrir, et ne l’ayant obtenu, quelque réitérée sommation que leur en ayons faicte, avons faict enfoncer la claveure d’icelle, et avons trouvé dans la d. chambre quatre religieux... Et après avoir resaisy les religieux reformez de l’inventaire, avons mis les non reformez hors de la d. abbaye, qui en ont sorti librement, faisant seulement leurs protestations de se pourvoir parles voies de justice pour y rentrer, si le droit leur appartient, et non autrement... » (Lanvaux H. — Expéd. papier).

Les religieux de l'ancienne observance étaient très sévères à l’origine, mais dans le cours des siècles ils avaient obtenu divers adoucissements à la règle, et notamment la permission de faire gras plusieurs fois par semaine. Les religieux réformés, ou de la stricte observance, pratiquaient la règle sans mitigation, couchaient sur la dure, se levaient à deux heures du matin pour chanter l'office, observaient une clôture exacte et ne mangeaient jamais de viande, excepté en cas de maladie.

Les religieux de la stricte observance, dans notre pays, sortaient tous de Prières : c’était comme leur séminaire provincial. Les maisons particulières y envoyaient souvent les postulants et en recevaient des profès. Le personnel des couvents devint par suite un peu plus mobile qu’autrefois.

A Lanvaux, on trouvait, en 1662, Dom Guillaume Héligon, supérieur, Fr. Pierre Frétay, Fr. Jacques Limantour, Fr. Julien Aoustin, et peu après, François de Guiny.

En 1677, on y rencontrait Dom Rodolphe Gicquel, prieur, Dom Louis Grossetête, Dom Pierre Fretay, Dom François du Guiny et Dom Marc Hardy.

En 1695, D. Hyacinthe Fréton, prieur, D. Jean Chrysostome Guinart, D. Michel Gambert, D. Charles Giraud et D. Vincent Dubois.

En 1728, D. Pierre Colas, prieur, Fr. Auguste Robin, procureur, Fr. Grégoire Jouchet, Fr. Louis Levené et Fr. Fabien S. Capitaine.

Bientôt la réforme, inaugurée si péniblement à Lanvaux en 1661, perdit sa rigueur ; peu à peu le relâchement reprit son empire ; graduellement le nombre des moines tomba de cinq à trois. L’office de la nuit fut remis au matin, le linge de corps remplaça la serge et la viande reparut sur la table ; les revenus de l’abbaye mal administrés ne suffisaient plus à l’entretien du personnel ; on sortait sans nécessité du couvent et on y recevait trop facilement les personnes du dehors.

Les visiteurs avaient d’abord protesté contre le relâchement et, à la longue, ils avaient fini par fermer les yeux. Mais en 1761, juste un siècle après l’introduction de la réforme, Dom Gaspard-André Lorin ayant été nommé prieur de Lanvaux, résolut de corriger les abus. Il remit de l’ordre dans les archives, remonta la bibliothèque, et se fit un devoir de tenir lui-même le journal des recettes et des dépenses de la maison. Cette bonne gestion financière doubla presque les revenus de la maison ; le monastère reprit un air de prospérité et remonta à 5 religieux. En même temps, le prieur obtint de ses frères de renoncer au linge et à la viande et d’observer les divers points de la réforme. C’était un succès complet ; aussi le visiteur, en 1769, lui en témoigna toute sa satisfaction.

En 1768, une commission mixte proposa au roi de supprimer les monastères qui ne compteraient pas dix religieux. La communauté de Lanvaux, atteinte par ce projet, fit valoir qu’elle se trouvait au milieu de cinq paroisses dont les bourgs étaient à une lieue et demie au moins de distance, qu’elle était d’un grand secours pour les messes, les sacrements et les aumônes, et que sa suppression serait un malheur pour la population. Cette raison fut acceptée et le monastère fut conservé.

En 1773, la communauté comptait six membres, à savoir : Gaspard Lorin, prieur ; Jean-Marie Coquerel, procureur ; Pierre Dutriau, Pierre Vélaire, Baudouin Le Gallic et Corentin Le Gallic. Ils n’étaient pas tous de Prières : la pénurie des sujets obligeait parfois de chercher ailleurs.

En 1790, la communauté ne comptait plus que trois religieux, à savoir : -1° Félix Gautier-Borderais, d'Auray, profès en 1746, âgé de 63 ans, prieur ; -2° Michel Georgelin, de Loudéac, profès en 1784, âgé de 41 ans, procureur ; -3° Jean Le Beuvant, de Lannion, profès en 1769, âgé de 49 ans.

Interrogés, le 9 juillet et en novembre 1790, sur leur intention de sortir ou de rester en communauté, ils répondirent tous les trois vouloir continuer la vie commune. Ils n’en furent pas moins expulsés le 4 mai 1791. Ainsi finit l'abbaye de Lanvaux qui, fondée en 1138, comptait 653 ans d'existence.

 

V. MONASTERE.

Le monastère de Lanvaux était construit dans la vallée du Loc, au milieu de vastes prairies. Cette situation, généralement recherchée par les Cisterciens de Saint-Bernard, avait ici l’inconvénient d’être trop exposée aux débordements de la rivière et aux brouillards de l'hiver. 

Il ne nous reste aucune description du monastère primitif, mais tout porte à croire qu’il se composait, comme dans les temps postérieurs, d’un carré d’édifices, ayant uni église sur le côté nord, une cuisine, un réfectoire, une salle capitulaire sur les autres côtés, un cloître au milieu pour établir les communications, et des chambres au premier étage pour les dortoirs, la bibliothèque, etc... Il y avait en outre des granges, des étables, des jardins, des prés et des terres, qui formaient le pourpris du monastère.

L’église, construite en 1138, ou peu après, était du style roman du XIIème siècle, avec des fenêtres étroites à l’extérieur et évasées à l’intérieur. L’autel majeur était vers le fond, ou vers l’orient, et le choeur des religieux en avant ; le bas de la nef vers l’ouest était ouvert au public.

Cet édifice dura plusieurs siècles. Le choeur fut reconstruit vers 1488 on y voit encore la grande fenêtre du pignon, avec son arc ogival. Le reste de l’église fut refait plus tard.

Quant à la maison d’habitation, on ignore combien de temps elle a duré, dans son intégrité primitive, et quand elle a été renouvelée en tout et en partie. La fin du XVIème siècle lui fit beaucoup de mal, mais ne la ruina pas aussi radicalement qu’on l’a dit.

Abbaye de Lanvaux en Brandivy

Abbaye de Lanvaux

L’abbé commendataire Jean Auffray fit faire plusieurs réparations au monastère, et plaça vers 1628 un rétable dans l’église. Dom Blaise Bouvier, abbé de Villeneuve, faisant sa visite à Lanvaux, le jeudi 13 mai 1632, s’exprime ainsi : « Nous... avons en premier lieu visité le saint et sacré cyboire de l'église, lequel avons trouvé en bon et deu estat, pour estre orné d’un tabernacle estoffé d’or bruny, et d’un rétable avec ses quatre colonnes, corniches et architraves, et son tableau au milieu, de quinze piedz de haulteur : le tout fait faire par noble, vénérable et discret Messire Jean Auffray, abbé commendataire du d. monastère, lequel nous avons trouvé au d. lieu... Puis avons trouvé l’église en bon et deu estat, fors qu’il deffault deux panneaux de vitre en la principale entrée, et l’aile du costé droit de la d. église est indigente de couverture : ce que le dit sieur abbé a déclaré vouloir des l'an présent faire réparer ; comme le dortoir, que le d. sieur abbé avoit fait faire à neuf, et en la confection du quel il auroit esté trompé par les artisans qui y auraient travaillé ; comme aussy nous a le d. sieur abbé déclaré vouloir faire réparer un grand corps de logis, qui servoit autrefois de réfectoire, le quel menace ruine évidente ; mais que les moulins aux quelz il fait à présent travailler, doivent estre parachevés, l’un des quelz il a fait faire tout à neuf, et avons prié le d. sieur abbé, autant qu’il nous a été possible, de continuer son soin, zèle, affection et diligence en la réparation et l’accroissement du d. monastère ».

L’abbé Jean Auffray occupait à Lanvaux tout le bâtiment situé à l’ouest du cloître ; cet édifice était depuis bien des années réservé aux abbés commendataires, après avoir peut-être servi, précédemment aux abbés réguliers. Suivant un inventaire dressé le 4 février 1633, après la mort de M. Auffray, on voit que ce corps de logis comprenait au rez-de-chaussée une salle à manger, une dépense et un cellier ; au premier étage, une chambre libre avec un cabinet ; une grande chambre au-dessus du cellier et enfin la chambre de l’abbé ; au-dessus, sous le toit, quatre petites pièces et deux greniers pour le grain.

La carte de visite du 22 octobre 1646 renferme d’intéressantes prescriptions : « - 1° Tous les religieux, y est-il dit, assisteront à l’office divin, avec diligence, modestie et dévotion, et dans la pratique exacte des cérémonies de l’ordre et des pauses ordonnées. -2° Les Matines en hyver seront sonnées à 5 heures, eu esgard au petit nombre des religieux, en esté à 4 heures ; la messe conventuelle ès jours fériaux à 8 heures ; et les dimanches et festes ès quelles l’on ne travaille point, à 9 heures. -3° Les Vespres en hyver à 3 heures, et en esté à 4, et à raison du petit nombre leur permettons de dire Complies immédiatement après, aux quelles l’on chantera tous les jours en notte l'antienne Salve Regina, après laquelle ils feront l’examen de conscience, et entre les deux Matines , un quart d’heure d’oraison mentale. -4° Nous ordonnons au vénérable prieur de ne point sortir sans grande nécessité, et de ne donner congé aux religieux de sortir qu’en pareil cas, et à tous de ne fréquenter les villages voisins, et de ne se trouver aux foires, et assemblées. -5° Ordonnons que la communauté parfaite sera établie en toutes choses, et qu’ils prendront dans un réfectoir commun leurs repas, au commencement et à la fin desquels se fera quelque lecture spirituelle ; leur déffendons d’admettre à leur table aucunes personnes, si elles ne sont d’édification ; les exhortons à practiquer les jeûnes de l’ordre. -6° Ordonnons que désormais ils porteront barbe rase, sans moustache ny bouquet, et qu’ils feront leurs couronnes au rasoir ou à la pointe du cyseau, selon la louable coustume de la maison de Cisteaux, seront vestus proprement mais modestement, et allant au champ porteront longue robbe et chaperon. -7° Deffendons très expressément l’entrée des lieux réguliers, et surtout du dortoir, aux femmes et filles, de quelque condition qu’elles soient. -8° Exhortons tant le vénérable prieur que les religieux à la practique exacte de leurs voeux, du silence, et autres observances régulières, de toutes les vertus et surtout de la charité, et d’advancer à la perfection religieuse, comme ils y sont estroitement obligés. Faict à Lanvaux, le 22ème jour d’octobre 1646. F. J. Boucherat, commissaire général ».

Dix-huit mois plus tard, l’abbé de Prières, faisant sa visite, donne d’autres détails sur le matériel : « ... Ayant considéré l’église, dit-il, nous l’aurions trouvée en assez mauvais état, à l’exception du grand autel, qui est décemment orné, et spécialement nous aurions reconnu que la nef de la d. église est fort caduque et ruineuse, et particulièrement la longère qui regarde le septentrion, qui est toute surplombée et crevassée. Et ayant visité les deux bras de la croisée de la d. église, nous en aurions reconnu la charpente, lambris et couverture toute ruinée et ayant besoin d'être refaites tout à neuf ; et les chapelles contenues ès dits bras sont si basses, obscures et humides, qu’elles sont inutiles, et qu’il seroit facile de relever à la hauteur de la nef, et pratiquer dans le bras du midy une sacristie, l’ancienne étant tout-à-fait inutile, pour estre trop basse et humide en guise de cave. Pour les chaires du choeur, nous les avons trouvées propres et en bon estat, avec les deux autels qui sont au dossier du choeur. Et nous estant fait représenter les ornements, nous aurions trouvé qu’il n’y a qu’un petit calice d'argent, un ciboire d’estin, deux aubes toutes neuves avec quelques autres vieilles et inutiles, quelques nappes d’autel toutes usées, quatre chasubles usées, et des burettes de verre. Et pour ce qui regarde les livres, il ne s’est trouvé qu’un seul missel tout décousu et déchiré, aucun livre de chant de l'Ordre, pas même la règle ny le livre des uz. De l’église nous aurions monté au dortoir (à six cellules, à l’est du cloître), lequel nous aurions trouvé assez bien basti, commode et approprié pour le lieu, hormis que les planchers n’ayant pas été assez bien boisez ont plié et sont en danger de manquer, s’ils ne sont relevés ; les fenestres ont besoin d'estre un peu accrues et proportionnées. Et estant descendus dans le cloistre, nous l’avons trouvé assez beau et commode, couvert d’une bonne charpente et lambris, porté par des piliers de bois tourné : le tout suffisant, hormis que le lambris a besoin d’être redressé et appuyé, d’autant qu’il penche vers le préau et courbe les piliers, qui pouroient, quelque jour manquer s’il n’y est pourveu. Sous le dortoir, nous avons veu le chapitre, remply de fagots et servant de buscherie, estant inhabitable à raison de son obscurité, humidité et profondeur ; ensuite du chapitre, vers le midy, sous le mesme dortoir, est le parloir ; et au bout d’iceluy une petite salle, servant présentement de réfectoir aux religieux, et ensuite une cuisine : le tout assez commode. Le long du cloistre, du costé du midy, nous avons veu qu’on a basti un corps de logis neuf, non encore achevé, qui doit servir de réfectoir, suivant la pratique de l'Ordre. Du costé du couchant du cloistre est le logis abbatial, propre et commode, dans lequel les prieur et religieux nous ont donné une chambre... Lanvaux, le 1er may 1648. Fr. Jean (Jouaud), abbé de Prières, vicaire général ».

L’état des bâtiments resta le même pendant plusieurs années. Lorsque les religieux réformés prirent possession du couvent en 1661, ils trouvèrent l’aile septentrionale de l’église tombée par terre. Dès l’année suivante ils firent constater par le lieutenant général des eaux et forêts du roi l’état pitoyable de l’église, du monastère et des dépendances, et sollicitèrent par son intermédiaire la permission de prendre dans la forêt de Lanvaux les bois nécessaires pour les réparations.

De son côté, l'abbé Melchior Rouxel permit aux religieux, en 1663, de démolir un vieux pigeonnier qui s'élevait au-dessus du portail de l'enclos, près du chemin de la Forêt.

Les travaux de l'église ne commencèrent toutefois qu'en 1672. On pontillonna la charpente et la toiture, et l'on refit les deux longères de l'édifice, de la base jusqu'au toit. La nef eut six grandes fenêtres en pierre de taille et une porte latéral pour descendre dans le cloître. Tout ce travail fut achevé sans faire de dettes, et l'abbé de Prières en témoigna sa satisfaction aux religieux.

Un aveu du 29 mars 1680 fournit aussi quelques renseignements topographiques. « Le lieu et l'emplacement de l'abbaye de Lanvaux, consistant en église, cloistre, logements réguliers, cours, écuries, granges, estables, jardins, vergers, terres de labour, le tout en un tenant, enclos de vieux murs ou fossés du costé nord, levant et couchant, et fermé du midy par un marais, contient 14 journaux. Le moulin à eau de la d. abbaye, avec son estang, ses maisons, jardin, pastures, etc, le tout situé au midy de l'abbaye, contient 22 journaux un quart. Les bois de haulte fustaye et taillifs, rabines et petit pré sous le dit bois, 37 journaux ».

Après l’église vint le tour de la maison abbatiale. Soit que l'édifice eut besoin de grosses réparations, soit qu'il plût à l'abbé ou aux moines de le déplacer, une nouvelle maison abbatiale fut construite à quelques pas au nord-ouest du couvent, du temps de l'abbé de Caurel de Tagny. Mais ce travail, fait trop à la hâte, dut être repris en 1703, 1735 et 1756. Cette maison existe encore au début du XXème siècle, et sert alors de logement aux propriétaire de Lanvaux.

On a vu ci-dessus que le corps de logis situé au sud du cloître était en construction et sur le point d’être terminé en 1648. Avait-il été mal bâti, avait-il souffert de la démolition de l’ancienne maison abbatiale ? Toujours est-il qu’il était ruiné moins d’un siècle après. Un procès-verbal, du 3 mars 1729, dressé par M. François de la Pierre, grand maître des eaux et forêts de Bretagne, contient ce qui suit : « ... Avons été dans la maison conventuelle, où il n’y a pour tout bastiment à côté de l’église qu’une aile (naguère rebâtie) contenant par le bas sacristie, salle, chauffoir et cuisine, et par le haut quelques chambres pour les religieux : ce qui n’est pas suffisant, en sorte même qu’ils sont obligés d’envoyer coucher quelques-uns d’entre eux à la maison abbatiale. Et nous ont dit les prieur et sous-prieur que, pour faire tous les bastimens dont la communauté a besoin, il conviendroit de faire une aile de bastiment du costé du midy, à prendre à la suite et joignant celui cy dessus, qui contiendroit par le bas cuisine, dépense, réfectoire et infirmerie, et par le haut des chambres pour les hostes et pour les domestiques ; lequel bastiment auroit de longueur 77 pieds sur 29 de largeur. Et procédant au calcul de toutes les sommes, avons trouvé que celles pour le bastiment à faire se montent à 14.080 livres 10 sols, et les réparations à l’église, à la maison abbatiale et au moulin montent à 2.725 livres 10 sols, et que celles pour le dessèchement du marais montent à 4.849 livres 12 sols... ». Total : 21.655 livres 12 sols.

Les religieux, dépourvus de ressources, s’adressèrent au roi Louis XV, et lui demandèrent de faire vendre une partie des arbres du parc de Lanvaux, pour en appliquer le prix aux travaux projetés. La supplique, appuyée par le grand maître des eaux et forêts de Bretagne, eut un plein succès. Le roi permit la vente demandée, par lettres du 22 août, et l’adjudication des arbres produisit 22.800 livres.

Grâce à ce secours, les religieux purent reconstruire le bâtiment du midi, réparer divers immeubles, et dessécher le marais dont les eaux inondaient parfois la prairie et même le jardin du couvent, et nuisaient à la production du foin et des légumes. Ainsi reconstitué, le monastère se maintint jusqu’à la Révolution, qui chassa les religieux en 1791 et vendit tous les immeubles.

Après la tourmente révolutionnaire, l’église et les bâtiments claustraux furent négligés et tombèrent rapidement en ruines. On fit bientôt passer par le cloître un bras du Loc, pour servir à une verrerie, puis à une fonderie, qui ne fonctionnent plus. On n’a conservé que la maison abbatiale et un petit édifice situé près de la porte de l’église. Le bâtiment au sud du cloître est complètement rasé, celui de l’est est ruiné aussi bien que l’église. Les stalles du choeur, partagées entre les églises de Grandchamp et de Brandivy, sont au début du XXème siècle aux châteaux du Rest et de la Grandville. Celles-ci représentent l’histoire du renard prêchant aux poules. C’est un travail du XVIème siècle.

 

VI. MESSES. 

On ne peut se dispenser, dans l’histoire de l'abbaye, de mentionner les principales fondations de messes.

1° Le 11 juin 1292, Payen, seigneur de Malestroit, chevalier, voulant témoigner son affection au monastère de Notre-Dame de Lanvaux, y fonda une messe quotidienne, à célébrer par un religieux de la maison, à l’autel latéral des saints apôtres Pierre et Paul, à perpétuité, pour lui, ses prédécesseurs et ses successeurs. Pour l’entretien du moine chargé de desservir cette chapellenie, il assigna une rente de douze livres de monnaie courante, à percevoir, tous les ans, à Malestroit, dans l’octave de la Saint-Gilles. Et si l’envoyé du monastère, chargé de percevoir cette somme, n’était pas payé pour l’octave de cette feste, il serait hébergé à Malestroit aux frais du seigneur jusqu’à parfait paiement. Et à défaut de paiement, il était autorisé à recourir aux juges du duc de Bretagne, ou à s’emparer lui-même de ce qui était dû. A cet effet, il y avait hypothèque sur tous les biens du seigneur, présents et futurs (Copie de 1316). En 1415 cette chapellenie était toujours desservie, et Jehan, seigneur de Malestroit et de Largoet donnait mandement à son receveur d'Auray, comme le plus rapproché de Lanvaux, de payer les dix livres à l'abbaye et d’en rapporter quittance. En 1482, la même rente de 10 livres monnaie, ou 12 livres tournois, était hypothéquée sur la cohue et la ville de Malestroit, comme à l’origine.

2° Le 6 mai 1384, Alain Le Fauchour, de Pluvigner, donna a l’abbé et aux religieux de Lanvaux une rente annuelle de trois soulz sur sa terre du Quelenec en Pluvigner, à la charge de dire deux messes basses par an pour lui et ses amis, et de lui donner une chambre au couvent pour le reste de ses jours.

3° De son côté, Nicolas de Kerrenaut, de la paroisse de Baud, donna, le 25 avril 1386, deux souldées et six deniers de rente sur Kerenheul, en la d. paroisse, pour avoir une messe le lundi après la Toussaint, et participer aux prières et messes des religieux de Lanvaux.

4° Une fondation très importante fut celle d’une messe quotidienne faite par le duc Jean V. Elle ne nous est connue que par le mandement suivant : « Jehan, par la grâce de Dieu duc de Bretagne comte de Montfort et de Richemont, à noz bien amez et féaulx conseillers les gens de noz Comptes, salut. Nous vous mandons et commandons que vous allouiez et mettiez en descharge à nostre bien amé et féal conseiller Jehan de Mauléon, trésorier de notre épargne, la somme de mil écus d’or, du poids de LXIIII escus au marc, que de nostre commandement il a baillé et paié aux abbé et convent de l'abbaye de Lanvaux, pour une fondation que nous avons faite en la dite abbaye, pour nous et nos hoirs et successeurs, d’une messe basse à y estre dite chacun jour, perpétuellement ès temps a venir ; et gardez que en ce n’y ait faute, vous rapportant ces présentes avec la quittance du dit abbé et convent d’avoir eu la d. somme de mil escus d’or : car ainsi nous plaist et le voulons, non obstant quelconques ordonnances à ce contraires. Donné à la Bretesche, le XIème jour d'aoust, l'an mil quatre cens trente cinq. Par le duc de son commandement, et en son conseil, ouquel les évesques de Rennes et de Saint-Brieuc, l'archidiacre de Kémenet-Ily et autres estoient. R. Pasquier » (Copie 1497).

Que fit-on de ce capital ? — Il est à croire qu’on l'employa, suivant l'usage, à acquérir quelques fonds de terre ou quelque rente en argent ou en grain, pour assurer la perpétuité de la fondation.

5° Une fondation, faite par les seigneurs de Ker, parallèlement à celle de Malestroit, a subi de nombreux changements.

Dès le mois d'août 1271, Normand, seigneur de Ker, donna à l'abbaye de Notre-Dame de Lanvaux, pour lui et ses successeurs à perpétuité, trois rez de froment, mesure Caignarde, payables au mois de janvier, chaque année, et hypothéqués sur le village de Kermau en Pluvigner. A cette rente, Jehan de Malestroit, seigneur de Ker et de Beaumont, ajouta, le 14 décembre 1414, suivant contrat passé à Auray, le nombre de trois mines de seigle, mesure de Castillier en Lizio, à prendre sur les moulins qu’il possédait en ce lieu.

Il fut stipulé que, pour cette double rente, les abbé et religieux de Lanvaux diraient une messe chaque samedi, en, l’honneur de Dieu et de la sainte Vierge, en la chapelle du sire de Ker au dit moustier, à perpétuité.

Bientôt la rente cessa d'être payée, et par suite les messes cessèrent d’être dites. Les moines en ayant fait l’observation au fils du second fondateur, on conclut l’accord suivant le 30 mars 1452 (N.-S.) : « Sachent que par nostre court d'Auray, Jehan de Malestroit, sieur de Ker, a baillé, livré et transporté, et baille, livre et transporte à l'abbé de Lanvaulx, en son nom, et faisant, stipulant et acceptant pour le convent du d. lieu., et leurs successeurs, les sommes de rentes cy amprès déclerez, savoir, cinquante soulz de rente sur le gage d’une maison o son courtil à Jehan Keron et sa femme, en la ville d'Auray, en la rue Belzic....; quatre soulz sur la maison Olivier Cadio o son courtil, yssues et appartenances, sise et estante sur le Marché ... ; seix soulz de rente sur ung courtil, appartenant à Pierre Kergourio .. ; celles parcelles montant ensemble à la somme de soixante soulz de rente. Parce que le d. abbé ès dits noms a promis et s’est obligé, pour luy et ses successeurs abbez et convent du d. moustier, dire et célebrer en la d. chapelle du sire de Ker au d. moustier, une messe chaque jour de sabmedy de l’an, et icelle messe continuer en perpétuel, pour prier Dieu pour les âmes du d. sire, ses antécesseurs et successeurs, et de tous les trespassez. Et partant est et demeure le d. sire quitte envers le d. abbé et ès d. noms, des d. troys rés de fourment et troys mynes de seigle en principal et arréages, et pareillement demeure le d. abbé ès d. noms quicte envers le d. sire du deffault d’avoir dit et célebré la d. messe en temps passé... Et oultre doibt et s’est obligé le d. abbé et ès d. noms faire rattiffier par le chappitre dubment ceste présente transaction, et bailler lettres en forme vallable de la d. ratiffication au d. sire de Ker... » (Copie de 1541).

Il faut avouer que donner 60 sous, pour avoir 52 messes par an, c’était bien peu. Au moment du contrat de 1452, un sou pouvait être suffisant pour l’honoraire d’une messe, parce que l’argent était rare alors, et qu’avec un sou on pouvait se procurer ce qui coûte en 1902 deux ou trois francs. Mais bientôt la découverte de l'Amérique (1492) vint apporter en Europe l’or et l’argent en abondance ; immédiatement tout renchérit, et la rente de 60 sous n’eut plus la même valeur qu’autrefois. Il fallut donc conclure une nouvelle convention, renoncer à la rente en argent, et revenir à la rente en grain, ou mieux encore à la possession d’un fonds de terre. Voici l’acte qui fut passé le 26 mai 1541 : « Hault et puissant Claude de Malestroit, sire de Ker, de Beaucours, de Kerambourg, du Plessix, de Roguédas, etc... ouy et entendu les remontrances de Révérend Père en Dieu, Messire Bertrand de Broel, humble abbé du benoist moustier Nostre Dame de Lanvaulx et du convent du d. lieu..., que la somme de soixante soulz monnoye de rente n’est pas du tout suffisante et satisfaisante au service de la messe fondée à chaque samedi et aux aultres oraisons que font les d. abbé et convent, tant en l’église du d. moustier qu'en la chapelle de Ker, pour et en l’intention du d. sieur de Ker et de ses ancestres, prédécesseurs et successeurs, suppliant sur ce son bon plaisir et vouloir. Quoy voyant le d. sire de Ker de présent, et enclin à augmenter de plus en plus, maintenir et continuer les d. messes, prières, et oraisons, a, de son bon gré, bon vouloir et bonne volonté, pour il et ses hoirs, donné, cédé, aulmosné et délessé, dès à présent et en perpétuel pour l’advenir, et par ces présentes donne, céde, aulmosne et délesse aux d. abbé et convent et à leurs successeurs à perpétuité... trois tenues et tennementz d’héritage o toutes et chacunes leurs yssues et appartenances, situées au village de la Haye, dans la parrouesse de Pluvigner, que tiennent du d. sire à domaine, congéable, à l'usement du pays, savoir, Jehan Cailloche ... Mahé Pezres, et Henry Even.., et que le d. abbé et convent tiendront à debvoir de foy, sans rachapt. A la charge, au d. abbé de se trouver, par chacun an et chacun vigile de Nouel, à l’une des maisons du Plessix-de-Ker ou de Kerambourg, ou aultre de la demeurance du d. sire et de ses successeurs, dans l’une des jurisdictions de Vennes ou Auray, dès l’heure de vespres de la d. vigile, pour y célébrer l’office de la nuict et la messe de mynuict, ou la grande messe du jour de Nouel, et d’apporter la crosse de la d. abbaye ès d. lieux, laquelle sera mise au bout de l'aultier où se dira la grande messe. Et oultre diront ou feront dire, en l’une des chapelles du d. sire de Ker, une basse messe, pour et en l’intention des âmes des feuz prédicesseurs de bon mémoire du d. sire, à chacun mercredy de l’an, et une messe à notte au mercredy prochain avant la feste du Sacre, et durant le temps que le d. abbé ou prieur seront en l’un des d. lieux, le d. sire fera les despans d'eulx raisonnablement et de leurs gens et chevaulx. Et veult et consent dès à présent le d. sire que les d. abbé et convent entrent en la possession et jouissance dès présent des d. tenues, o leurs d. yssues, franchises et appartenances, et qu’ils contraignent les d. détempteurs à se attourner et prendre d’eulx les d. tenues, et faire le noyement des convenants, debvoirs et oboissances tant à court que à moulin, à cause d’icelles, tant en présence que en absence du d. sire, et garantage perpétuel que sur ce leur a promis le d. sire, parce que les d. abbé et convent ont promis se faire authorizer de leur patron et père abbé, et continueront les d. offices et messes, comme dict est... Ce fut faict et gréé ou monastère du d. lieu et convent, et ou lieu capitullaire ... le 26ème jour de may l'an mil cinq cents quarante et un » (Copie parch.).

Cette fois la dotation était sérieuse, mais la messe à domicile était une lourde charge. Bientôt René de Malestroit, fils et successeur de Claude, regretta la cession faite par son père, et dès 1567, il saisit la rente foncière des trois tenues de la Haye. Les moines, après avoir patienté, s’adressèrent au sénéchal d'Auray, qui, par sentence du 30 juin 1572, condamna René de Malestroit à rendre aux religieux les rentes qu’il avait perçues depuis cinq ans. Le seigneur, ayant longtemps hésité, finit par en appeler au parlement, en 1581, sous prétexte que l'abbaye était inhabitée depuis vingt ans et qu’il ne s’y faisait plus de service religieux. Une enquête faite, sur l’ordre de la cour, par le sénéchal de Vannes, démontra l’inanité de cette raison et le sire de Malestroit fut forcé de lâcher prise.

Ce seigneur mourut vers 1598. Mathurin de Montalais, son neveu et son héritier, résidant plus souvent en Anjou qu’en Bretagne, le service de la fondation au château du Plessis-Ker ou à celui de Kerambourg souffrit quelques interruptions. En 1608, Mme de Montalais, née Anne Le Boyer, ayant réclamé la messe de Noël à son château, l’abbé Jean Le Cauchois répondit aussitôt qu’il était prêt à la dire, pourvu qu’on vint le prendre au monastère.

Dans la suite, la terre du Plessix-Ker ayant été vendue aux Riaud de Galisson, et celle de Kerambourg aux Robien (1641), aucun des nouveaux acquéreurs ne réclama la messe de Noël à son profit exclusif. Cependant, en 1685, André de Robien, considérant que les trois tenues de la Haye relevaient de lui seul, réclama la faveur de la messe et mit arrêt sur les rentes payées par les tenanciers à l’abbaye. Le parlement, saisi de l'affaire, donna son arrêt le 21 janvier 1686 : « Nous, faisant droit entre parties, sans avoir, égard aux arrests faits par le d. de Robien, conseiller, aux mains des d. tenanciers, dont nous avons donné main-levée aux prieur et religieux de l'abbaye de Lanvaux, avons ordonné que l’acte de fondation du 26 mai 1541 sera bien et deument exécuté, selon sa forme et teneur, en la chapelle de Kerembourg, parce que le d. de Robien sera tenu d’exécuter de sa part les obligations et charges portées par icelles ».

6° Une dernière fondation de messe à mentionner est celle de Guillemette Daunay, veuve de Gilles de la Villéon, sieur des Landes, demeurant à Vannes, rue de la Vieille ou Petite-Psallette. Par acte notarié du 13 septembre 1674, elle fonda « une messe septimainale à perpétuité, à estre dicte et célébrée en l’église de l’abbaye de Lanvaux par les prieur et religieux d’icelle à chaincum jour de samedy, à basse voix et de Requiem, à commencer au premier samedy après son debceix, laquelle messe au premier samedy après sen debceix et au samedy au bout de l’an, par chacun an, sera célébrée à haute voix et à chant, et fourniront à cette fin les d. religieux les ornements et luminaires à ce nécessaires, et ce pour le repos tant de son âme et celle de son mary, que de touts ses frères, parents et amis trépassez. Et en considération et dotation de la présente fondation, la d. dame des Landes a transporté ausd. prieur et religieux le fonds et propriété d’une tenue située au village de Kerjan, paroisse de Pluvigner, à présent possédée par Bernabé Lestic et Armel Le Grand, pour luy en payer par chacun an, au premier jour de septembre, une perrée et demy de froment rouge, deux perrées d’avoine, mesure du d. Pluvigner, douze livres tournois par argent, une oie grasse, quatre chapon, un gasteau d’une truellée de froment. Les d. prieur et religieux jouiront et disposeront de la d. tenue tout ainsy qu’avait droit de faire la d. dame des Landes, .. à la charge de tenir et relever la d. tenue du fief et baronye de Coetrivas, à devoir d’obéissance, et de payer les chefs-rentes, si aucunes sont deues, sans approuver qu'il en soit deub aucune ; se réservant néantmoins la d. dame des Landes à jouir pendant son vivant, des d. prestations de rente par chacun an, et à les recevoir soit des d. religieux, soit des détempteurs de la d. tenue... ».

Cette donation fut acceptée par la communauté de Lanvaux le 17 octobre 1674, et ratifiée par l'abbé général de Cîteaux le 8 juillet 1676. Il est probable qu’il y a eu d’autres fondations de messes à Lanvaux, mais les documents n’en sont pas parvenus jusqu’à nous.

 

VII. FIEF.

Le petit fief de l'abbaye remonte au fondateur lui-même. Alain de Lanvaux avait sous sa juridiction une bonne partie de Grandchamp et de Pluvigner. Il en détacha une portion pour la donner aux religieux ; cette portion comprenait une partie du bourg de Pluvigner, qui prit pour cette raison le nom de Bourg des moines. Les habitants de ce quartier furent désormais soumis à la juridiction féodale de l’abbaye, obligés de moudre à son moulin, de cuire à son four et de payer une légère rente annuelle, dite rente féodale ou chef-rente. Cette redevance était en quelque sorte le salaire dû au seigneur pour la protection qu’il donnait à ses vassaux. A la suite de ces sujets se plaçaient les tenanciers demeurant auprès de l’abbaye, à Bieuzy et ailleurs ; ils relevaient du monastère et suivaient ses moulins, mais la rente qu’ils payaient pour leurs tenues ou convenants n’était point féodale, mais simplement foncière ou convenancière. De plus, l’abbaye acquit, à une date inconnue, un tout petit fief situé à Colpo, en Bignan, et dans les environs, qui rapportait 20 livres par an, tant en chef-rentes qu’en rentes foncières. Telle était la situation lorsqu’en 1515, « Olivier de Lanvaux, seigneur de Beaulieu, et Pierre Héligon, abbé de Lanvaux, passèrent acte entre eux, devant les notaires de Vannes et d'Auray, par lequel le d. abbé transporta au d. Olivier le fief, juridiction, chef-rentes et obéissances que la d. abbaye possédait aux paroisses de Bignan et de Radenac, rapportant la somme de 17 livres, 6 sols, 10 deniers d’une part, et celle de 2 livres, 13 sols, 2 deniers de rente d’autre part, qui faisoient ensemble 20 livres. Le dit Olivier de Lanvaux s’obligea en retour de faire à la d. abbaye une assiette de pareille somme de rente en fief, jurisdiction et obéissance, rentes nobles et chef-rentes, ès paroisses de Pluvigner, Plumergat et Grandchamp, ou en l’une d’icelles, dans le temps de six ans ; et de payer tous les ans, jusqu’à ce que la d. assiette ne fût faite, la somme de 20 livres sur l’hypothèque de tous ses biens. En 1516, le d. Olivier de Lanvaux, pour s’acquitter de l’obligation qu’il avait contractée par le d. acte de 1515, acheta de Jean de Broel la seigneurie de Broel en Pluvigner, composée de plusieurs hommes, avec fief, juridiction, obéissances, droitures et chef-rentes, le tout meslé parmi les hommes, fief, terres et héritages des d. abbé et couvent ; la quelle seigneurie il transporta aux dits abbé et religieux de Lanvaux, avec les hommes, fief et autres droits, et leur attourna tous les hommes de la d. seigneurie, pour demeurer quitte de la d. somme de 20 livres de rente, qu’il devoit pour les fief, juridiction et chef-rentes qui lui avoient été vendus aux d. paroisses de Bignan et de Radenac » (Lanvaux. Mémoire).

Le fief de l’abbaye à Pluvigner rapportait en 1482 la somme de 27 livres, 1 sol, 9 deniers ; à partir de 1516, l’adjonction du fief de Broel porta le total à 47 livres, 1 sol, 9 deniers. Ce double fief s’étendait dans les rues des Moines, du Millaro, de Saint-Michel, de la Bannière, du Martray, de la Fontaine, de Penhaer, de Laharic, du Pontdic, de Croezmen, du Hirello, de l'Hôpital, etc. (Aveu 1680).

L’abbaye avait pour ses sujets deux fours banaux dans le bourg de Pluvigner ; en 1680 il n’en restait plus qu’un, situé dans la rue Saint-Michel. Elle avait de plus un moulin à vent avec un logis et un jardin, vers Kerthomas, le tout contenant sept cordes. Tous les immeubles relevant d’elle lui devaient foi, hommage, et rachat (droit de mutation) le cas échéant, et obéissance à cour, moulin et four. Les rentes féodales dues sur ces biens de Pluvigner se payaient chaque premier dimanche d'août au tablier (bureau) que l’abbé et les religieux de Lanvaux avaient coutume, de temps immémorial, de tenir sur le Martray (Ibid.).

La juridiction dit la justice était haute, moyenne et basse. Elle s’exerçait à Pluvigner, puis au bourg trévial de Bieuzy-des-Landes. Elle avait un sénéchal, un procureur, un greffier et des sergents, tous à la nomination de l’abbé et des moines Lors de la réformation des domaines, l’abbé commendataire Melchior Rouxel avait fait reconnaître par la chambre royale, le 24 janvier 1674, la juridiction haute, moyenne et basse de l’abbaye.

Les vassaux du monastère étant les uns de Pluvigner, sous la cour royale d'Auray, les autres de Grandchamp et d’ailleurs, sous la cour royale de Vannes, les officiers judiciaires de Lanvaux devaient se faire recevoir par les deux cours. Peur éviter des difficultés ou des contradictions entre les deux cours, le même abbé Rouxel obtint du parlement, le 15 janvier 1675, un arrêt attribuant la réception de ses officiers au présidial de Vannes.

L’abbaye de Lanvaux n’était pas seule à posséder un fief à Pluvigner et à Grandchamp ; plusieurs seigneurs particuliers y avaient des domaines et des rentes féodales. Les ducs de Bretagne eux-mêmes, les rois de France après eux, y possédaient des terres et des hommes soumis à leur juridiction.

Il y avait aussi l’antique fief des seigneurs de Lanvaux, qui, après avoir été uni au domaine ducal, avait été donné en 1383 pour doter la collégiale de Saint-Michel-du-Camp, devenue en 1482 la Chartreuse d'Auray. Les Chartreux, pour payer leurs taxes de guerre, aliénèrent leur fief et juridiction de Lanvaux en Pluvigner, excepté les rentes féodales, les fours et les moulins. René de Malestroit, seigneur de Ker en Crach et de Kerambourg en Landaul, s’en rendit acquéreur le 19 octobre 1563, pour 12,855 livres.

Le seigneur de Ker, trouvant sans doute qu’il avait acheté trop cher le fief de Lanvaux-Pluvigner, voulut obliger les Chartreux à le reprendre ; mais après de longues procédures, il fut condamné, le 24 mars 1571, à le garder et à payer le prix d’acquisition.

Soit pour se dédommager, soit pour un autre motif, René de Malestroit voulut élargir ses droits, et s’en prit d’abord à l'abbaye de Lanvaux, comme le prouve l’acte suivant, du 2 juillet 1578 : « Devant nous, notaires royaux de la court d'Auray, est comparu hault et puissant René, chef de nom et d’armes de Malestroit, sire et baron de Kaer, vicomte de Kerambourg, etc... lequel nous a remonstré que luy seroit venu à cognoessance comment puis naguères M. l’abbé de Lanvaux se seroit avancé de faire tenir des plectz en la ville et bourg de Ploévigner, taschant d’entreprendre et usurper court et juridiction, au grand préjudice du dit sire de Kaer, qui est le supérieur et seigneur chastelain au dit Ploévigner et qui seul a droit de court et juridiction haulte ; basse et moyenne au d. Ploévigner ; de la quelle tenue de plectz et entreprinse d’usurper juridiction, il nous a dit se porter pour appellant... ».

L’abbé de Lanvaux, ayant une juridiction certaine à Pluvigner, avait, comme tout haut justicier, le droit d’y tenir les plaids ou assemblées de ses vassaux, et le seigneur de Ker, en se posant comme seul justicier à Pluvigner, commettait une usurpation manifeste. L’affaire en resta là pour le moment.

René de Malestroit mourut en 1598, sans postérité. Son neveu et héritier, Mathurin de Montalais, seigneur de Chambellay, laissa les moines tranquilles, et vendit plus tard ses biens. Le Plessis-Ker passa à M. Riaud de Galisson, puis à M. Le Meneust de Bréquigny, Kerambourg, avec le fief de Pluvigner, fut acquis en 1641 par Jean de Robien.

En 1680, les religieux de Lanvaux ayant mentionné dans un aveu au roi leur fief de Pluvigner, comme cela s’était fait dans les aveux antérieurs, André de Robien, fils de Jean et vicomte de Kerambourg, contesta la juridiction de l'abbaye, et renouvela les prétentions émises cent ans auparavant par René de Malestroit sur la mouvance de toute la paroisse de Pluvigner. La cour d'Auray, saisie de l’affaire, ayant entendu les raisons alléguées de part et d’autre, reconnut la juridiction de l'abbaye à Pluvigner.

M. de Robien en appela au parlement de Bretagne, puis au parlement de Paris, ensuite au Conseil du roi. Ce procès fut poussé par lui et par ses descendants avec tant d’opiniâtreté qu’il dura près d’un siècle.

En 1695, M. le président de Kerambourg fit assigner les religieux de Lanvaux et réclama l'aveu de tous les biens qu’ils possédaient en Pluvigner. Les moines se déclarèrent prêts à faire l’hommage de tout ce qu’ils tenaient de lui, mais non de leur fief, qui relevait directement du roi. L’affaire traînant en longueur, M. Thomas de Robien obtint, le 22 septembre 1704, de ses collègues du parlement, une décision favorable, sans débat contradictoire et par suite sans valeur : aussi la tint-il provisoirement secrète.

En 1706, les deux parties s’en remirent à l’arbitrage de Mgr d'Argouges, évêque de Vannes. Celui-ci étudia sérieusement le procès, différa son jugement et finalement mourut le 16 mars 1716, sans s’être prononcé. Son successeur, Mgr de Caumartin, accepta pareillement le rôle d'arbitre, mais son transfert à Blois dès 1719 laissa les parties en présence.

Pendant ce temps, les religieux de Lanvaux continuèrent à percevoir leurs rentes sur leurs sujets et les droits de foire ainsi qu’à faire exercer leur justice ; de son côté, le sieur de Kerambourg les laissa faire, mais en les qualifiant d'usurpateurs, tandis que c’était lui qui usurpait ; il osa même empiéter sur les droits du roi, mais là il trouva son maître, comme le montre la pièce suivante, de 1731.

Extrait des registres du Conseil d'Etat : « Le Roy étant informé que le sieur de Robien, président du parlement de Bretagne, a fait de son autorité privée enlever les armes de Sa Majesté et des ducs de Bretagne qui étoient au dessus du tabernacle de l’autel de l’église de Plévigner, et qu’il a fait mettre au milieu du même retable ses armes accolées avec celles de sa femme, qui n’y étoient pas auparavant ; qu’il a pareillement fait mettre ses armes aux vitrages de cette église, aussi bien qu’en ceux de plusieurs autres églises paroissiales, dans l’étendue des quelles il possède des terres, et où ses d. armes n’étoient point non plus auparavant ; qu’il n’a fait replacer celles de Sa Majesté et des ducs de Bretagne au retable de la d. église de Plévigner que plusieurs mois après les avoir fait enlever, et depuis les ordres que Sa Majesté avoit donnés pour se faire éclaircir de la vérité du fait de cet enlèvement ; Sa Majesté ayant reçu beaucoup de plaintes des extensions que les auteurs du dit Robien ont faites, et qu’il continue de faire, des mouvances, justices et droits qui peuvent être attachés à ses terres de Plévigner et la Forêt-Lanvaux, de Ker ou Plessis-Ker en la paroisse de Crach, et de Kerambourg en la paroisse de Landaul et ce au préjudice des mouvances et justices des domaines que Sa Majesté possède en la province de Bretagne ; et que ceux qui ont intérêt de s’opposer à ces extensions n’osent le faire, à cause du grand crédit que le d. sieur de Robien a dans tous les tribunaux de Bretagne, tant par sa charge de président que par sa parenté et les alliances qu’il a avec plusieurs autres officiers du parlement de Bretagne ;

A quoy étant nécessaire de pourvoir, tant pour empêcher que les innovations faites par le d. sieur de Robien au sujet des d. armes ne servent d’exemple à d’autres seigneurs de Bretagne pour en entreprendre de pareilles, que pour faire examiner par des juges exempts de toute partialité les droits légitimes que peut avoir le sieur de Robien à cause des d. terres ; Ouy le rapport du sieur Orry, conseiller d'Etat, contrôleur général des finances ; Sa Majesté étant à son Conseil a ordonné et ordonne que le sieur de Robien sera tenu de faire ôter ses armes et celles de sa femme du rétable de l’autel de la d. église de Plévigner, ensemble des vitraux de cette église, et aussi des vitraux des autres églises paroissiales où il les a fait placer, et cela dans le mois, compter du jour de la signification qui lui sera faite du présent arrêt, et à faute par lui de le faire dans le d. temps, que les d. armes soient otées et les vitrages rétablis à la requête des procureurs de Sa Majesté aux frais du d. sieur de Robien, sauf à luy, en cas qu’il prétende avoir droit de faire apposer ses armes, à se pourvoir au Conseil, pour faire déclarer le droit qu’il prétendra en avoir ;

Comme aussi Sa Majesté a évoqué à soi et à son Conseil la connoissance de toutes les contestations et demandes formées ou à former, soit par le d, sieur de Robien, ou contre luy, pour raison des droits ou prétentions de justices, de mouvances, de droits ou prééminences, à cause des d. terres, et icelles interdites à toutes les cours et juges ;

Ordonne en outre Sa Majesté que le d. sieur de Robien, sera tenu de remettre dans trois mois au sieur Contrôleur général des finances les aveu et dénombrement des d. terres, ensemble les titres en vertu desquels il prétend soutenir les droits qui y sont employés, pour être le tout communiqué à un des inspecteurs généraux du domaine, qui pourra faire contre iceux tel réquisitoire qu’il estimera convenable pour la défense des droits du domaine de Sa Majesté ;

Et sera le présent arrêt signifié, de l’ordre du sieur Intendant et Commissaire départi en la province de Bretagne, tant au d. sieur de Robien qu’aux greffes des juridictions dans l’étendue des quelles sont situées les d. terres, et à tout autre qu’il appartiendra, et exécuté non obstant toutes oppositions faites ou à faire, et enjoint d’y tenir la main.

Fait au Conseil d'Etat du roy, Sa Majesté y étant, tenu à Versailles le 6 mars 1731. Signé : PHELIPPEAUX ». (Lanvaux. — Copie).

Vingt ans plus tard, l'abbaye de Lanvaux souffrait encore des envahissements des Robien. Un aveu de 1751 renferme ce passage « L’abbaye de Lanvaux a de plus deux fiefs dans la paroisse de Plévigner, celuy de Lanvaux et celuy de Broel, et il est dû plusieurs rentes féodales et chef-rentes, dont elle ne jouit pas depuis longtemps ; les fiefs et les rentes, et même deux fours à ban dans le bourg de Plévigner, tout leur est disputé par les Messieurs de Robien, de père en fils, et les religieux ne perçoivent plus rien, pas même des maisons à four, que personne n’ose occuper, crainte de désobliger MM. de Robien. Le procès se suit actuellement, au grand Conseil ; en leur rendant justice, on les fait rentrer dans leurs droits, ils en feront déclaration dans le temps voulu ».

Bientôt survint la Révolution française, qui mit tous les plaideurs d’accord, en supprimant radicalement tous les droits féodaux.

 

VIII. BIENS.

Outre le monastère et son pourpris, les religieux de  Lanvaux ont possédé un grand nombre de tenues dans diverses paroisses. La rente foncière de ces biens, fixée à quelques perrées de grains, et à quelques sous de monnaie,  remplacés plus tard par quelques livres, ne formait qu’un modeste total. En donnant ici la liste de ces propriétés, il est bon de faire remarquer que l'abbaye ne les a pas eues toutes à la fois, qu’elle en a acquis et aliéné plusieurs pendant le cours des siècles, et que celles qui lui restaient au moment de la Révolution seront faciles à reconnaître par les dates des ventes nationales. 

- Grand-Champ.

Eglise, couvent, abbatiale et pourpris, vendus le 15 décembre 1792, pour 13.540 livres.

Moulins de l'abbaye , vendus en décembre 1791, pour 5.096 livres.

Métairie des Granges, en 1792, pour 4.711 livres.

Quatre tenues aux Granges, vendues en 1798 et 1806, pour 5.028 livres.

Tenue ù Kerorguen , en 1798, pour 3.017 livres.

Tenue à la Forêt, en 1798, pour 915 livres.

Tenue à Kernabusset (1499), en 1798 pour 1. 615 livres.

Tenue à Bréhuider, en 1798, pour 1.015 livres.

Tenue à Coetqueneach (1499), en 1798, pour 1015 livres.

Deux tenues, ibid. à Pouliquen, en 1798, pour 6.930 livres.

Trois tenues au Cordier, à M. Carrié, en 1798, pour 13.456 livres.

Tenue Laudren, à M. Doizon, en 1798, pour 3.016 livres.

Tenue à Kerresseu, mentionnée en 1450, 1480.

Tenue à Kertutual, mentionnée en 1450.

Tenue au Runio, mentionnée en 1447, 1480.

Tenue à Troguern, mentionne en 1480.

Tenue à Pulunian, mentionnée en 1480.

 

- Pluvigner.

Métairie et lande à Benalec, en 1791, pour 6.000 livres.

Trois tenues à la Haye, 1541, à divers, 1791 , pour 23.902 livres.

Tenues à Bieuzy, à Cauzique et Le Méro, 1791, pour 1.981 livres.

Moulin à vent de Bieuzy, 1670, à Vc. Rault, 1791, pour 1.025 livres.

Tenues à Scourboh, à M. Segondat, en 1792, pour 820 livres.

Deux métairies à Kerlagaclec, à Segondat, 1792, pour 3.925 livres.

Moulin à vent de Pluvigner, à Lambel, en 1796, pour 1.795 livres.

Maisons à Pluvigner, à Guiguen et Plomet, 1796, pour 678 livres.

Tenue à Saint-Mériadec, à Ch, Henry, en 1798, pour 20.129 livres.

Tenue à Kerjan, 1674, à Vve Febvrier, en 1798, pour 20.028 livres.

Tenue à Kermorvano, à Vve Le Boedec, en 1798, pour 5.014 livres.

Tenues à Kerpage ? et... à M. Doizon, en 1798, pour 15.232 livres.

Tenue à Penquiris , à M. Cauzique , en 1798, pour 1.106 livres.

Six petites tenues, à Cauzique et Doizon, pour 1.367 livres.

Maison et jardin à Kervers, à Cauzique, 1798, pour 4.014 livres.

Tenues à Kermapalan et Parc-Oseil, à Rio, 1798, pour 1.521 livres.

Tenue à Penher, à Yves Hémon, en 1798, pour 24.052 livres.

Tenues au bourg et Toul, à Cauzique, 1798, pour 264 livres.

Motte féodale de Bieuzy, 1807 , pour 36 livres.

Tenue à Kernivinen, à M. Doizon, 1798, pour 1.314 livres.

Tenue au Soucho, à M. Doizon, en 1798, pour 12.221 livres.

Tenue au Menez-Goueff, 1259 ?, 1482, échangée 1569.

Tenue à Kercognan, mentionnée en 1482.

Tenue au Quelennec, 1430, échangée en 1510.

Tenue à Kerezven, acquise en 1510.

Tenue à Bréventec, aliénée en 1563.

 

- Plumergat

Tenue à Lanvin, vendue à M. Eveno, en 1791, pour 547 livres.

Tenue à Lanvin, vendue à M. Segondat, en 1792,pour 1.975 livres.

Tenue à Lanvin, à Cauzique et Bodin, 1798, pour 226 livres.

Tenue à Ringablach, à M. Cardonne, en 1791, pour 3.300 livres.

Autre à Ringablach, à M. Doizon, en 1791, pour 5.025 livres.

Autre à Ringablach, à M. Doizon, en 1791, pour 6.525 livres.

Tenue au Néret, 1478.

 

- Camors.

Tenue à Kernasquellec, citée en 1439.

Tenue à Kerengal ou Kergal, 1439.

Tenue à Kermérian ? mentionnée 1250.

Tenue à Kerdonio, acquise 1499, aliénée 1563.

Tenue à Kervihan, vendue en 1798, à M. Doizon, pour 6.315 livres.

Tenue à Boterbic, vendue en 1798, au même, pour 1.511 livres.

 

- Plumelin.

Quatre tenues au Haut-Grénit , à Doizon, etc... en 1798, pour 29.210 livres.

Trois tenues au Bas-Grénit, aux édificiers, 1798... pour 21.496 livres.

Piéces de terre sur Lanvaux, à divers, en 1806, pour 1.123 livres.

 

- Moustoir-ac.

Trois tenues à Brangouserh , en 1798 , pour 6.656 livres.

Deux tenues à Kernonen, à M. Doizon, en 1798., pour 1.620 livres.

Tenues à Keraron et Tal-Lan, à Cadoret, en 1811, 128 livres.

Tenue au Rochelart, mentionnée en 1450.

Moulin du Rochelart, mentionné en 1482.

 

- Divers.

Grande lande à Plaudren, 1450, aliénée en 1543.

Terres et pré à Plumelec, 1482, échangés en 1543.

Deux tenues à Kerangat , ibid., échangées en 1543. 

Deux tenues en Sérent, 1482, échangées en 1543.

Deux tenues à l'abbaye de Trévo, item.

Tenue à Trébiguet en Bohal, item.

Terres à Grazenpont et Ros, en Surzur, afféagées en 1455, 1543.

Vignes Coetsurho et Bourgerel, acquises en 1545.

Trois tenues à Menahty, en Plescop, 1220, échangées en 1499. 

Terre à Rostevel en Brech, citée vers 1205.

Terres de Coluer, en Brech, citées en 1260.

Terres à la Ville-Gourden, etc.. en Guéhenno, 1260.

Tenue de Kerhaleguen, en Remungol, 1264.

Terres situées à Meucon, 1275.

Tenue à Coetforestou, en Baud, échangée en 1259.

Aux rentes provenant de ces diverses propriétés, il faut ajouter les rentes en argent ou en grains hypothéquées sur divers immeubles, et provenant de donations, parfois même de petites fondations. Mais la principale ressource du monastère consistait dans les dîmes. L’abbaye avait la dîme sur toute la paroisse de Naizin, à la charge d’en donner une partie au recteur. Elle avait de plus une partie des dîmes de Grand-Champ, de Pluvigner, de Brech, de Remungol, du Moustoir, de Noyal-Pontivy, etc., et enfin une rente fixe de neuf perrées de froment à Baud. La valeur de ces grains a varié suivant les années et suivant les siècles. On donnera plus loin leur valeur en 1751.

Pendant tout le temps que le monastère eut des abbés réguliers, les biens furent administrés par l’abbé avec le concours des religieux ; tous les revenus se concentraient à la maison, et l’abbé les appliquait à la nourriture et à l’entretien de ses frères, aux réparations des immeubles, etc, et il restait toujours une large part pour les aumônes.

Mais quand vint le fléau des abbés commendataires, ceux-ci, au moins dans les premiers temps, s’emparèrent de l’administration des revenus, et ne donnèrent quelquefois aux moines que le strict nécessaire, laissant même parfois les édifices sans réparations. L’abbé Jean Auffray réagit contre ce système et se montra toujours généreux pour les moines et pour la maison.

Son successeur, Melchior Rouxel, après avoir conclu divers arrangements avec les religieux, vit enfin le parlement promulguer le règlement qui suit, le 19 avril 1657.

«  ... La cour ordonne que les fruitz et revenuz de l'abbaye de Lanvaux seront mis en trois lotz, l’un des quels sera choisy par l’abbé, l'aultre par les prieur et religieux, et le troisième demeurera affecté aux charges ordinaires et extraordinaires de la d. abbaye ;

Ordonnons que, sur le dit tiers, il sera faict fonds ausd. religieux pour les aumosnes, entretien de la sacristie et droit d'hospitalité ; que les d. religieux jouiront des cloistres, dortoirs, jardins et aultres lieux réguliers qui leur sont affectés ; ordonne la d. Cour que les réparations et aultres charges de la d. abbaye seront acquittées par l'abbé sur le surplus du d. tiers lot, affecté ausd. charges. 

Et faisant droict sur les conclusions du procureur général du roy, ordonne qu’il résidera en la d. abbaye un prieur et trois religieux, pour y faire le service deub et acconstumé, et qu’il sera incessamment procédé aux réparations des maisons et esglise de la d. abbaye, aux fraiz de l'abbé et diligence du substitut du procureur général du roy, dans l’an, à paine de saisye du temporel de la d. abbaye, et enjoinct aux juges et substitut de certiffier la Cour du debvoir et diligence qu’ils y auront faict, faulte de quoy il y sera pourveu ». (Exp. parch.).

Aux termes de l’arrêt ci-dessus, la Cour nomma, le 13 septembre 1657, M. Charles Le Febvre, conseiller, « pour procéder à la partition du revenu du temporel de la d. abbaye ».

On voit qu’à ce moment il n’y avait que quatre religieux dans la maison : c’était vers la fin de l’ancienne observance ; en 1661, les religieux réformés allaient prendre possession du monastère et relever le nombre des moines.

L’abbé de Caurel de Tagny eut aussi quelques difficultés avec les religieux pour le partage des revenus ; le parlement lui rappela, le 14 janvier 1688, l’arrêt rendu en 1657, et bientôt se fit une transaction amiable, qui régla tout, jusqu’aux plus petits détails. L’abbé des Champs parait avoir accepté le même concordat, et ses successeurs agirent comme lui.

En 1736, se lit un changement. L’abbé du Breil de Pontbriand fit avec les religieux un nouveau concordat, en vertu duquel il leur abandonna l'administration de tous les biens de la maison et la poursuite des procès, moyennant une pension nette de 1.600 livres par an.

Ce système de partage fut suivi par ses successeurs ; il n’y eut d'autre changement que l’élévation graduelle du chiffre de la pension, qui, en 1790, était de 2.400 livres.

Veut-on connaître d’une façon exacte la situation financière de l’abbaye, l’état de ses revenus et de ses. charges.? Qu'on prenne l'aveu rendu en 1751. En voici le sommaire.

I. Revenus.

1° Produit de l'enclos, des moulins et des bois : 645 livres.

2° Rentes convenancières : 816 livres 9 sols 3 deniers.

3° Les métairies : 237 livres.

4° Rentes féodales et chef-rentes : 38 livres 18 sols.

5° Dîme de la paroisse de Naizin : 860 livres.

6° Trait de dîme à Brandivy et la Forêt : 252 livres.

7° Trait de dîme dans la paroisse de Pluvigner : 360 livres.

8° Trait de dîme dans la paroisse de Brech : 126 livres.

9° Trait de dîme dans la paroisse de Remungol : 500 livres.

10° Trait de dîme dans Monstoir-Remungol : 255 livres.

11° Trait de dîme dans Noyal-Pontivy : 750 livres.

12° Rente de neuf perrées de froment à Baud : 85 livres 10 sols.

Total : 4.925 livres 17 sols 3 deniers.

Les différentes mesures avec lesquelles on reçoit les grains sont ramenées à la mesure de Vannes, et la perrée de Vannes est estimée 9 livres le froment, et 6 livres le seigle.

II. Charges.

1° A Monsieur l'abbé de Lanvaux : 1.600 livres.

2° Au recteur et au curé de Naizin : 450 livres.

3° A l'Etat pour les décimes : 609 livres 4 sols et 8 deniers.

4° A Kergrois, pour les chapons : 28 livres 18 sols.

5° Pour les contributions de l'Ordre : 18 livres.

6° Pour le droit de visite : 24 livres.

7° A Mademoiselle de Cancoet : 45 livres.

8° Fondations de Ker et de Kerjan : 100 livres.

Total. 2.875 livres et 8 deniers.

Il reste donc 2.050 livres 16 sols et 7 deniers : sur quoi les religieux ont à vivre, à s’habiller, payer les domestiques, recevoir les hôtes, faire les aumônes, soutenir les procès, et faire les réparations grosses et menues de tout le bien de l'abbaye.

Après les ventes nationales, l'abbaye de Lanvaux fut complètement négligée par son nouveau propriétaire. Faute d’entretien, l’église et le monastère tombèrent bientôt en ruines.

Vers 1824, on bâtit, à une petite distance du couvent, une verrerie, qui fut remplacée, trois ans après, par une fonderie. C’est alors que le moulin de l'abbaye fut supprimé, et qu’on fit passer une branche du Loc par le milieu de l’ancien cloître.

La propriété du convent et du pourpris voisin a passé, ensuite, par plusieurs mains. Mais le parc et la forêt de Lanvaux, d’une contenance de 207 hectares, et le bois des Moines, renfermant 45 hectares, sont restés la propriété de l'Etat (J.-M. Le Mené).

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