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TOMBEAU DU DUC JEAN IV.

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Jean IV, dit le Conquérant. Maison de Montfort. Duc de Bretagne du 12 avril 1365 au 9 novembre 1399. Né en 1339. Fils de Jean de Montfort et de Jeanne de Flandre. Marié à Marie d'Angleterre (1355-1362), à Jeanne Holland (1366-1384) et à Jeanne de Navarre (1386-1399). Décédé le 9 novembre 1399 à Nantes. Enterré dans la cathédrale de Nantes.

TOMBEAU DU DUC JEAN IV LE CONQUERANT.

Jean IV, qui occupa pendant près d'un demi-siècle le théâtre de l'histoire, n'avait que trois ans lorsqu'il fut présenté aux guerriers de son parti pour remplacer son père, prisonnier au Louvre. Cette scène a une grandeur étrange. Que pouvait ce faible enfant pour conquérir la Bretagne et lutter contre la France. Il n'avait ni le prestige d'un chef, ni l'énergie d'un homme ; mais il était pour les siens cette chose sainte et sacrée qui bravait alors tous les obstacles : le Droit. « Véez-ci mon petit enfant, qui sera, se Dieu plaist, le restorier de son duché, », avait dit Jeanne de Flandre ; et il plut à Dieu ainsi pour faire triompher le faible et avec lui la cause bretonne.

Jean IV, vers la fin de son long règne, avait dicté un testament où se peignent les irrésolutions de son caractère.

Nous Jehan duc de Bretaigne, comte de Montfort et de Richemont recommandons notre âme à Dieu ... et nostre corps à la sepulture de la sainte Eglise. Laquelle sepulture avons autrefois esleue et encore elisons au Moustier de N. D. de Prières ... Au cas que (nos executeurs ci dessoubz nommez) verront que nous serions mielx ailleurs, nous voulons estre mis en sépulture en nostre chapelle de Saint-Michel d'Auray ou en l'eglise cathédrale de Nantes... Le XXIème jour d'octobre l'an MCCCLXXXV (Archives de la Loire-Inférieure, série E, N° 24).

Le 26 octobre 1399, il dictait de son lit de mort, au château de Nantes, un codicille où il exprimait définitivement le choix du lieu de sa sépulture, « en l’église cathédrale Saint-Père de Nantes » (Voir dom Morice, Preuves, t. II, c. 699).

Jean IV mourut le jour des Morts de l'an 1399 et fut enterré le lendemain 3 novembre dans la cathédrale de Nantes. Son tombeau était placé au devant du grand autel, juste au centre du transept roman, formé par les quatre piles qui soutenaient le vieux clocher de Saint-Pierre, par conséquent au milieu même du transept moderne.

Tombeau du duc de Bretagne, Jean IV

La date de l'érection du tombeau de Jean IV ne nous a pas été conservée. Je crois cependant pouvoir l'établir à l'aide du document suivant. C'est un sauf-conduit du roi d'Angleterre pour les maîtres d'oeuvre chargés d'achever ce travail à la cathédrale de Nantes. Cette pièce a en outre l'avantage de nous faire connaître les noms des artistes anglais qui exécutèrent ce tombeau :

Sauf-conduit pour les ouvriers qui ont fait le tombeau du duc de Bretagne.

« Rex universis et singulis Admirallis, etc. Sciatis quod nos ad supplicationem carrissimae consortis nostrae, que ad quamdam tumbam alabaustri quam pro Duce Britanniae defuncto, quondam viro suo fieri fecit, in bargea de Seynt Nicholas de Nantes in Britannia, una cum tribus ligeorum nostrorum Anglicorum, qui eamdem tumbam operati fuerunt, videlicet THOMA COLYN, THOMAS HOLEWELL, et THOMA POPPEHOWE, ad tumbam predictam in Ecclesia de Nantes assidendum et ponendum, ad praesens ordinavit mittendum suscepimus in salvum et securum conductum Johannem Guychard, mercatorem, magistrum bargea praedictœ, ac decem servitores suos marinarios, in comitiva sua ad Britanniam transeundo, et exinde in Regnum nostrum Angliae redeundo, etc. Usque festum Nativitatis Johannis Baptistae proximo futurum duraturas. Teste Rege 23 die Februarii. Rymer VIII, p. 510 ». (Dom Morice, Preuves, t. II, c. 816).

Comme on le voit par ce texte, la duchesse de Bretagne était remariée au roi d'Angleterre Henri IV lorsqu'elle fit exécuter le monument du feu duc, son premier époux. Or son mariage a été célébré à Londres le 7 février 1403. Quatre mois après, une provocation des Anglais ralluma contre eux la vieille haine de Clisson, alors tuteur du jeune duc. Après avoir battu les navires anglais dans un combat près de Roscoff, les Bretons ravagèrent Jersey et Guernesey, puis vinrent descendre à Plimouth qu’ils brûlèrent. C'est au milieu de ces événements, qui rendaient le passage peu sûr au navire nantais le « Segni Nicholas » pour ramener en Angleterre les sculpteurs envoyés par la duchesse, que fut donné le sauf-conduit.

Ces événements retardèrent l'exécution du tombeau, qui ne fut achevé qu’en 1408, c'est-à-dire neuf années après la mort du duc.

Cette date, bien différente de celles qui ont été hasardées jusqu'ici, nous est donnée par un savant archéologue anglais, Sr. Albert Hartshorne, qui a publié une très intéressante notice sur les statues tombales en albâtre : On the monuments and effigies in St-Wary's church. Exeter 1888.

Il distingue, à propos du monument de notre duc, deux sortes d'albâtres : l'albâtre antique, a carbonate of lime, et l'albâtre anglais, beaucoup plus tendre et facile à tailler, qui n'est qu’un gypse ou sulfate de chaux. C'est évidemment dans cette substance, très usitée en Angleterre pendant tout le moyen âge, que les Anglais taillèrent la belle statue de Jean IV.

Ce tombeau se composait d'un soubassement en marbre blanc supportant la statue du duc. La base était décorée de cinq niches sur les grandes faces et de deux sur les petits côtés. Ces niches étaient surmontées de 3 galbes très aigus et ornés de trilobes et de crochets. La gravure de dom Chaperon a un peu faussé cette architecture, assez médiocre déjà, et que le dessin de Gaignières nous fait suffisamment connaître.

Le gisant sculpté dans l'albâtre est un magnifique guerrier, tel qu'on aime à se représenter Jean le Conquérant. La tête est coiffée d'un heaume pointu qui descend sur la nuque et que l'on nommait alors le petit bassinet pour le distinguer du grand bassinet à visière, nouvellement employé dans l'équipement de guerre. Il est entouré d’une couronne. Un camail de mailles, qui couvre les épaules, encapuchonne la tête et cache le contour de la figure. Deux longues moustaches retombent sur le camail et donnent un aspect martial au visage du Conquérant.

Jean IV porte autour du cou le collier de l'ordre de l'Hermine qu'il avait fondé. Une dague est passée dans sa ceinture de chevalerie qui est fort épaisse ; au côté gauche est une courte épée dont la guiche remonte en diagonale au dessus de la ceinture.

Les bras sont recouverts de brassards, coudières et canons, les jambes protégées par des cuissards, grèves et solerets, pièces d’armures fort nouvelles à la fin du XIVème siècle. Sous ses pieds est un chien qui tient en sa bouche une banderole avec la devise : A ma vie.

La tête du duc repose sur un casque placé de travers et surmonté de deux longues cornes entre lesquelles passe un lion. On retrouve des heaumes de ce type étrange sur les sceaux du XIVème siècle.

La planche des Bénédictins, assez belle comme gravure, est défectueuse comme exactitude. Ainsi le dessinateur n'a pas compris que le haubergeon du duc était recouvert du pourpoint collant et sans manches dont on se servait à cette époque ; il l'a pris pour une cuirasse, qui ne fut en usage que cent ans plus tard. Il a figuré autour du heaume une frange qui ressemble à des cheveux et dénature la physionomie du prince. Les détails du soubassement sont également très fantaisistes [Note : Montfaucon a donné (t. 2. pl. 33) un Jean IV en pied, l'épée à la main, et qui n’est autre que la statue de ce tombeau. Il a placé près de lui ce curieux casque à grandes cornes dont nous avons parlé plus haut].

Le dessin de Gaignières est bien plus fidèle. D'abord, au lieu de prendre le gisant du profil, il l'a donné de face, ce qui permet de voir tout l'ensemble du personnage. Puis, toutes les pièces d'armure sont plus fidèlement exécutées. Les motifs du soubassement, dessinés au trait, font mieux comprendre l'architecture compliquée de cet édicule. Enfin, par les teintes de son lavis, il indique la couleur noire de la table de marbre, sur laquelle devait admirablement se détacher la statue d'albâtre du vieux duc.

Elle devait être splendide ainsi, cette statue du Conquérant, armé de toutes pièces et reposant comme sous un arc de triomphe entre les larges cintres du vieux chœur roman. Et cependant, avant que la rage stupide des révolutionnaires vint arracher le héros breton de sa couche de marbre, il eut à subir bien des mutilations.

Ces actes de vandalisme sont trop fréquents à partir du XVIIème siècle pour que mous ne retrouvions pas là un parti pris de rabaisser et de détruire les souvenirs de notre nationalité. Sous Louis XIV, le choc avait été rude entre l'indépendance bretonne et l'empiétement des nouveaux maîtres manquant à leurs promesses. On chercha à étouffer le sentiment national et, par une sorte de basse courtisanerie pour le pouvoir, on mit à profit toutes les occasions d'effacer ce qui pouvait nous rappeler les temps plus glorieux de notre indépendance.

C'est ainsi que peu à peu on laissa mutiler, avec une inepte inertie, les traits de marbre du vieux duc. « Les livres de choeur à couvercles de bois, armez de fermoirs de cuivre à gros clous que l'on met dessus cette figure (disait dom Lobineau en 1707), ont entièrement effacé tous les traits du visage. Tout ce que l'on y voit de reste est une fort grande moustache pendante, avec un air martial qui devait assez convenir au duc Jean IV, surnommé avec raison le Vaillant ou le Conquérant ».

La négligence brutale qui transformait en lutrin la tombe de Jean IV vainqueur de la France et de du Guesclin, prit bientôt de plus alarmantes proportions. En 1733, pour dégager le choeur de la cathédrale, on détruisit les tombes des évêques Henri de Bourbon et Pierre du Chaffaut. On avait commencé à saccager le tombeau du duc Jean IV : il avait été ouvert et pillé par des manœuvres (Travers), lorsque le substitut général intervint pour arrêter ces méfaits. Après des pourparlers avec la Cour, le tombeau fut déplacé et posé dans le sens de sa longueur derrière le maître autel.

Il est curieux de suivre cette modification sur le vieux plan retrouvé par M. S. de la Nicollière et que nous donnons ici d'après sa notice. On voit que l'église romane, qui devait permettre aux fidèles d'approcher jusqu'au rond-point du choeur et de suivre de partout les cérémonies du culte, avait été depuis profondément altérée. En effet on avait construit, entre les piles romanes des cloisons de pierre qui prolongeaient le choeur à travers le transept jusqu'à la nef et formaient ainsi une sorte d'église close dans la cathédrale même. De cette façon, les assistants, placés dans la nef actuelle, ne voyaient que le mur de cette seconde église ; ceux qui se trouvaient bien juste dans l'axe de la nef pouvaient entrevoir, tout à l'extrémité de l’abside, le grand autel au fond du choeur.

Cette disposition extrêmement défavorable n'avait été usitée, jusqu'à la fin du XIIIème siècle, que pour les monastères et les couvents, et encore les murailles étaient-elles remplacées par d'élégantes galeries qui ne séparaient pas ainsi les fidèles des officiants. Peut-être ici fût-on forcé d'adopter ce parti pour pouvoir continuer les cérémonies pendant que l'on construisait les bâtiments nouveaux.

A l'époque du remaniement qui nous occupe, en l'année 1733, on démolit les murailles de chaque côté du transept et l'on changea complètement la distribution du choeur, c'est-à-dire que les stalles qui se trouvaient en avant du grand autel furent rejetées derrière, dans l'hémicycle de l'abside ; l'autel, qui alors touchait le fond de l'abside, fut au contraire reporté en avant des stalles, juste à la place où se trouvait le tombeau de Jean IV.

« L'énorme pierre de 7 pieds de long sur 4 de large, qui couvrait le caveau ducal au dessous du soubassement, a existé jusqu'à  notre époque, où tout le monde pouvait la voir à l'endroit où les carreaux noirs et blancs interrompaient leur symétrie. Elle était même légèrement recouverte par la dernière des marches derrière l'autel, et c'est sur cette pierre que les chanoines, se rendant à leurs stalles au choeur, accomplissaient leur salutation à l'autel » (Note communiquée par M. S. de la Nicollière-Teijeiro).

Pendant la Révolution, la cathédrale fut brutalement saccagée, puis, en l'an IV, louée par la ville à raison de 500 fr. par mois pour servir de dépôt au matériel de l'artillerie. Plus tard on la rouvrit pour les fêtes décadaires.

Les Archives de la période révolutionnaire ne nous apprennent pas comment et à quelle date le plus précieux monument de notre ville fut livré au pillage, les tombeaux et les ornements violés et volés, et la belle statue de notre duc anéantie.

En 1888 on nivèle, pour l'achèvement de la cathédrale, le vieux choeur roman de Saint-Pierre et la partie comprise entre les deux transepts. Ce travail a dégagé les derniers restes du monument de Jean IV. Ils consistaient en « un caveau en partie engagé sur le grand autel, mesurant de longueur 2m28, de largeur 1m14, et de profondeur, au dessous du dallage des nefs, 74 centimètres. A cette hauteur, il avait été remanié et ne mesurait plus de largeur par la tête que 92 centimètres, les parpaings en tuffeaux de 30 centimètres d'épaisseur ayant été inclinés chacun de 11 centimètres. Le petit côté du caveau dépassait de 20 centimètres vers l'ouest l'axe transversal du bras de la croix » (A. Legendre).

Il est triste de penser qu'il ne nous reste rien du monument de notre vaillant duc. Mais un mausolée de marbre, la statue et les ornements qui l'entouraient ne peuvent guère avoir été anéantis si complètement. Peut-être quelque jour pourra-t-on retrouver au moins des fragments de ce tombeau, dont les moindres détails seraient facilement reconnaissables (P. de Lisle du Dréneuc).

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