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LES OSSUAIRES BRETONS

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Le culte des morts fut toujours en honneur en Bretagne et se manifeste de nos jours sous bien des formes, comme le respect avec lequel on ensevelit les corps des défunts, la solennité de la veillée des morts, la prière sur les tombes non pas seulement aux anniversaires, mais tous les dimanches, à la sortie de la messe. Une des manifestations les plus expressives du culte des trépassés fut la construction des ossuaires destinés à recueillir les ossements exhumés des fosses. Sans doute cette pieuse coutume était répandue dans toute la France et les combles des galeries qui entouraient les anciens cimetières des Innocents et de Saint-Séverin à Paris, d'Orléans de Donnemarie-en-Montois (Seine-et-Marne), de Montivilliers, près du Hâvre, et de Saint-Maclou de Rouen servaient au même usage. La crypte de l'Octogone de Montmorillon était un charnier.

En Bretagne, on se contenta d'abord de déposer sous des arcades ménagées dans les murs des cimetières, comme à Plabennec et à Saint-Pol-de-Léon, de petites châsses de bois surmontées d'une croix qui renfermaient le chef de l’ancêtre indentifié par une courte épitaphe [Note : On peut en voir quelques spécimens sur la clôture du chœur à la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon]. On profitait souvent de toutes les saillies extérieures des églises pour les abriter sous la corniche. Le cimetière de Saint-Jean, à Perpignan, fournit un autre exemple d'arcature funéraire ; d'ailleurs, en Roussillon, les ossements des défunts étaient déposés dans des coffrets de pierre à l'époque gothique et sans doute antérieurement.

Ossuaire breton (Bretagne).

Les ossuaires ou reliquaires bretons, très nombreux dans le Finistère [Note : Argol (1665), Audierne (XVIème siècle), Chapelle de Perguet à Bénodet (1595), Brasparts, Chapelle de N.-D. à Châteaulin, Châteauneuf-du-Faou, Cleden-Poher, Le Cloitre-Pleyben (XVIIème siècle), Combrit (1700), Commana (XVIIème siècle), Daoulas (XVIIème siècle.), Erqué-Gabéric (XVIIème siècle), Le Faou (1603), Gouesnou, Goulven (XVIIème siècle), Guengat, Guilers-Brest, Guimiliau (1648), Guisseny (1743), Hanvec (1653), Irvillac, Kerlaz (1572), Lampaul-Guimiliau (1667), Landerneau (1635), Landivisiau vers 1615, Lanhouarneau (XVIIème siècle), Lannedern (vers 1660), Loc-Eguiner, Ploudiry, Locmelar (1660), Loctudy (XVIIème siècle.), La Martyre (1619), Meilars (1528), Mespaul (XVIIème siècle), Pencran (1694), Penmarch, Plabennec (1747 et 1771), Pleyben (XVIème siècle), Pleyber-Christ (1738), Plogastel-Saint-Germain, Plomeur, Ploneis, Plonéour-Lanvern (1562), Plonevez du Faou, Plouarzel, Ploudiry (1635), Plougonven, Plougoulm, Plouguerneau, Ploujean (XVIème siècle), Plounéour-Menez (XVIIème siècle), Plounéour-Trez, Plourin. Plouvien. Quinerc’h (1579), Quimper (1514, démoli vers 1840), Redené, La Roche-Maurice (1639), Roscoff (XVIIème siècle.), Saint-Divy-la-Forêt (1506), Saint-Herbot (1558), Saint-Hernin (1697), Saint-Jean-du-Doigt (1618), Saint-Nic (1561), Saint-Servais. Saint-Thégonnec (1676), Saint-Vougouy, Saint-Yvi, Sibiril (1743), Sizun (1585-1588), Spézet, Taulé (XVIème siècle), Trémaouezan] et extrêmement rares dans les Côtes-du-Nord (aujourd'hui Côtes-d'Armor) et le Morbihan, ont généralement la forme d'une petite chapelle non voûtée qui complète le cadre si original de nos vieux cimetières caractérisés par leur porte monumentale, et leur calvaire. Ces édifices, dont les murs sont pleins, sauf sur la face principale ajourée par une porte qui s'ouvre entre des baies en plein cintre on de style flamboyant, jouent parfois le rôle d'une chapelle funéraire. Dans ce cas, ils sont éclairés sur un petit côté du rectangle par une fenêtre à remplage comme à Pleyben, à Ploujean, à Saint-Thégonnec, à Sizun, mais ils ne sont pas orientés parce qu'ils s'adossent au mur du cimetière au lieu d’être isolés dans le champ des morts : le comble pouvait servir de charnier. L'ossuaire le plus économique, toujours bâti après coup, s'élève dans l'angle rentrant du porche méridional et se compose de colonnes ou de pilastres que soutiennent un toit en appentis ou en pavillon, comme à Trégastel (Côtes-du-Nord, aujourd'hui Côtes-d'Armor), à Guimiliau, à Saint-Herbot, à la chapelle Notre-Dame de Châteaulin. Quelques cimetières renferment deux ossuaires, parce que le plus ancien fut jugé insuffisant (Guimiliau, Plabennec, Pleyber-Christ, Saint-Jean-du-Doigt).

Ossuaire breton (Bretagne).

Ayant déjà décrit, les principaux ossuaires du diocèse de Quimper, je veux me borner à étudier ici les différents types et l'évolution du style de ces petits monuments. Aucun d'eux ne semble antérieur à la fin du XVème siècle [Note : L'ossuaire de Rosporden, aujourd'hui disparu, existait en 1486, d'après une ballade publiée par M. de La Villemarqué dans le Barzaz Breiz] et les plus importants, généralement datés [Note : Le premier ossuaire daté est celui de Meilars (1528) et le dernier celui de Sibiril (1743)], ne remontent qu'au XVIème siècle et au XVIIème siècle : ce sont des œuvres tardives, du style flamboyant ou du style de la Renaissance, comme tant d'églises bretonnes. La date est souvent accompagnée du nom du recteur et des fabriciens (Lampaul-Guimiliau, Lannedern, Plabennec, Plonéour-Lanvern, Ploudiry, Saint-Hernin, Saint-Thégonnec, Sibiril). Par exception, l'ossuaire de Combrit fut bâti en 1700, au frais de François Francos et de Marguerite Carion.

Ossuaire breton (Bretagne).

La première nécessité qui s'imposait aux architectes des ossuaires, c'était d'aérer l'intérieur par des baies qui ont été souvent bouchées ou vitrées à l'époque moderne. L’absence de toute feuillure dans les trumeaux est une preuve de la disposition primitive, d'autant, plus que les piles intermédiaires se composent souvent de colonnes, de balustres ou de meneaux.

Ossuaire breton (Bretagne).

Dans la catégorie plus simple, il faut ranger tout d'abord les ossuaires rectangulaires de style flamboyant à deux pignons qui sont ajourés sur un de leurs grands côtés, vis-à-vis du cimetière par des baies tréflées (Cléden-Poher, Rédené, Saint-Jean-du-Doigt, chapelle Saint-Jean à Vougay) dont le nombre varie de deux à six et s'élève même à douze à Plougonven. Il est plus rare de rencontrer des baies en accolade, comme à Guengat, ou des remplages à meneaux formés d'arcs en plein cintre qui s'entrecroisent au-dessus d'arcs trilobés et de trèfles percés dans les écoinçons, comme à Saint-Yvi. A la chapelle Notre-Dame de Châteaulin, les baies en anse de panier sont séparées par des piles moulurées et couronnées de pinacles, comme à Pleyben où elles sont encadrées deux par deux sous un cordon en accolade, ainsi que l'archivolte de la porte. Les murs de fond sont presque toujours pleins, sauf à Penmarch où l'un d'eux est ajouré par trois soufflets inscrits dans un rectangle. La plupart de ces ossuaires sont dépourvus de porte, sauf à Plougonven et à Cleden-Poher : on entre dans l'ossuaire de Redené par une grande arcade qui retombe sur deux colonnes engagées. Un ou deux bénitiers font saillie sur le parement de la face principale. Il faut signaler l'absence de contreforts d'angle. Au pied des rampants des pignons souvent rehaussés de crochets, on voit des lions à Plougonven et des guivres à Lannédern et Pleyben.

Ossuaire breton (Bretagne).

Les ossuaires qui portent l'empreinte du style de la Renaissance sont bâtis sur le même plan et présentent des dispositions identiques jusqu'au XVIIIème siècle. Leur porte en plein cintre est flanquée de baies de la même forme dont l'archivolte retombe soit sur des piédroits, comme à Lannedern et à Plogastel-Saint-Germain, soit sur des pilastres, comme à Mespaul, à Landerneau et à Ploneis, soit sur des colonnes doriques, comme à Ploujean, soit, sur des balustres, comme à Daoulas et à Saint-Jean-du-Doigt (Le Faou, Guilers-Brest, Hanvec). L'ossuaire de Roscoff se compose d'un rang de baies à linteau surmonté d'arcades en plein cintre au nombre de dix sur la face principale et de quatre sur le petit côté, qui sont séparées par des pilastres cannelés : c'est un monument original et exceptionnel.

Ossuaire breton (Bretagne).

Enfin les chapelles-ossuaires du XVIème et du XVIIème siècle sont à la fois plus importante et plus élégantes. Celle de Pencran est sous le vocable de saint Eutrope : celle de La Roche-Maurice est consacrée à sainte Anne. L'une des plus anciennes est celle de Sizun, commencée en 1585, mais la plus belle est celle de Saint-Thégonnec, bâtie en 1676-1677 par Jean Le Bescout, maître-maçon à Carhaix, pour la somme de 1500 livres. Son plan limité par une abside à trois pans, comme à Lampaul-Guimiliau, est anormal. Ce qui caractérise ces chapelles, c'est la riche décoration de leur face principale où s'ouvrent, de chaque côté de la porte, des baies en plein cintre flanquées de pilastres à renflements (Ploudiry, Saint-Servais) ou de colonnes cannelées (Guimiliau, La Roche-Maurice) et parfois de cariatides (Landivisiau, Sizun). Au dessus règne une arcature, qui renferme par exception des statues d'apôtres à Sizun.

Ossuaire breton (Bretagne).

La porte en plein cintre, parfois flanquée d'une chaire extérieure, comme à Guimiliau, est généralement ornée de colonnes cannelées qui soutiennent un entablement (La Martyre, Landivisiau, La Roche-Maurice, Pencran, Ploudiry, Saint-Servais, Saint-Thégonnec, Sizun). A La Martyre, le fronton, décoré de deux cariatides, est amorti par un grand dais qui surmonte la statue de saint Pol de Léon. Les contreforts d'angle sont parfois couronnés de lanternons, comme à Guimiliau, à Saint-Servais, à Saint-Thegonnec, qui ressemblent à ceux des églises bretonnes du XVIIème siècle. Un clocheton carré percé de quatre baies se dresse quelquefois sur la pointe du pignon, notamment à Ploudiry, à Plourin, à Saint-Servais, à Saint-Thégonnec. A l'intérieur, ces chapelles funéraires renferment un autel souvent surmonté d'un grand retable.

Ossuaire breton (Bretagne).

Les emblèmes funéraires n'apparurent sur les ossuaires qu'à l'époque de la Renaissance. La Mort, sous la forme d'un squelette armée d'une flèche, dit : JE VOUS TUE TOUS à Brasparts, comme à La Roche-Maurice où elle menace un laboureur, une femme coquette, un bourgeois, un pape et un juge sculptés sur le soubassement. A Ploudiry, dont l'ossuaire fait partie du groupe du bassin de l'Elorn qui se distingue par des caractères communs, l'imagier a représenté la même scène sur la frise, mais le pape est remplacé par un roi. L'une des cariatides, à Landivisiau, est une statue de la Mort avec cette inscription :

OR CA JE SVIS LE PARRAIN.
DE CELVI QVI FERA FIN

Ossuaire breton (Bretagne).

Les têtes de mort qui se détachent sur deux os en sautoir sont très fréquentes, comme l’inscription MEMENTO MORI qu'on peut signaler à Guimiliau, à Lampaul-les-Guimiliau, à Sizun. Dans la chapelle-ossuaire de Pencran, un huchier a sculpté sur les sablières un convoi funèbre et le triomphe de Neptune et d'Amphitrite. A La Martyre, dans l'entablement, un homme barbu brandit une tête de mort, et un tibia devant une autre cariatide qui fait un geste de terreur. A Brasparts, des anges sonnent de la trompelle.

Ossuaire breton (Bretagne).

Les inscriptions en breton, comme à La Martyre et à Trémaouezan, en latin, comme à Quimper, dont l'ossuaire a été démoli vers 1840, en français, comme à La Roche-Maurice et Saint-Thégonnec, évoquent l'idée de la mort, du jugement dernier, de l'enfer, de la prière pour les trépassés. Les bas-reliefs du petit ossuaire de Guimiliau, adossé au porche méridional, qui représentent saint François d'Assise, la Visitation, l'Adoration des Mages, des scènes de la Passion et deux anges tenant un ostensoir, n'ont aucun rapport avec sa destination et doivent provenir d’un autre monument. A Hanvec, des anges tiennent le voile de la Sainte-Face.

Ossuaire breton (Bretagne).

Ainsi les ossuaires, dont le nombre devait atteindre une centaine au commencement du XIXème siècle, sont des monuments très caractéristiques de l’art breton. Si leur origine reste plus ou moins mystérieuse pour l'époque antérieure au XVème siècle, il n’en est pas moins certain qu'elle se confond avec le culte des morts qui se perpétuait, après l'exhumation de leurs ossements.

(Par M. le chanoine ABGRALL).

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