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LE PLAN ET L'EDIFICATION DE LA BASILIQUE DU FOLGOET |
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XXII. Considérations relatives au plan, à l'édification de la basilique.
A qui revient le mérite d'avoir conçu et élaboré le plan de la basilique ? Quels sont les ouvriers qui en ont assuré l'érection ?
En dépit de nombreuses controverses entre antiquaires et archéologues, cette double question ne semble point avoir reçu de solution vraiment concluante. La destruction des précieux manuscrits, jalousement conservés dans les monastères, destruction opérée au cours de la période révolutionnaire, n'est précisément pas de nature à faciliter l'éclaircissement de ces intéressants points d'archéologie. A cet égard, on ne peut qu'amèrement déplorer, avec M. de Kerdanet, la disparition des manuscrits des doyens du Folgoët, Cupif et Claude de Mauroy, relatifs à « l'histoire, aux privilèges et aux statuts de la collégiale ».
L'étude de ces manuscrits eût été de nature à dissiper bien des incertitudes, et aussi certaines hypothèses plus ou moins savamment échafaudées.
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1 - Autel du Rosaire. 2 - Maître-autel. 3 - Autel en bois. 4 - Autel des anges. 5 - Autel de Coetivy. 6 - La fontaine (extérieur). 7 - Choeur de la Collégiale. 8 - Porche des Apôtres. 9 - Sacristie, et au-dessus la chambre dite du "Trésor". 10- Le Jubé. 11- Le Portail occidental. 12- Emplacement des anciennes orgues. |

Vue générale du jubé (côté Nef)
Devant la beauté architecturale du monument, la version populaire — toujours simpliste et ignorante de toutes controverses scientifiques — attribue purement et simplement le plan de la basilique au Roi suprême des Architectes, c'est-à-dire à Dieu lui-même, et à Dieu seul.
Quant aux ouvriers préposés à son érection « ils n'avaient reçu qu'un seul denier par jour ; or, il en fallait 10 pour faire un sou de Jean V » [Note : M. de Kerdanet].
Dans ces conditions, comment ces ouvriers pouvaient-ils assurer leur propre subsistance ? La tradition — jamais à court — va nous l'apprendre : une vache les nourrissait tous de son lait : elle disparut mystérieusement sitôt l'édifice achevé.
Et telle est la force des croyances populaires qu’aujourd’hui encore nombre de villageois partagent cette opinion.
Selon la généralité des antiquaires et des archéologues, dont l'érudit M. de Lorme, la basilique serait l'œuvre des corporations bretonnes, particulièrement florissantes au XVème siècle.
Par contre, M. de Kerdanet attribue la paternité de l'édifice à des moines architectes et sculpteurs, renfermés dans leurs cellules du Creyer, près du Folgoët (Creyéric Folgot) « où ils avaient vécu d'un peu de lait et d'un peu de pain par jour ».
Enfin, maints antiquaires, frappés de la similitude paraissant exister entre le clocher du Folgoët et celui de Goulven, et aussi de leur voisinage sans doute, proclament, sans préciser d'ailleurs, que ces deux beaux clochers auraient eu pour achitectes respectifs, le père et le fils ; le père pour Le Folgoët et le fils pour Goulven. Ce qu'il y a de certain, c'est que le clocher du Folgoët (1421-1514) est antérieur à celui de Goulven (1593). Rien donc d'invraisemblable à ce que le premier ait pu servir de modèle à la construction du second. Mais encore une fois, ce ne sont que pures hypothèses, simples conjectures qu'aucun ducument historique n'est venu jusqu'à ce jour étayer, encore moins confirmer.
Des diverses études historiques et archéologiques publiées jusqu'ici, il semble résulter que la basilique serait surtout et avant tout l'œuvre des corporations bretonnes particulièrement florissantes au XVème siècle auxquelles seraient venus s'adjoindre des moines sculpteurs.
Quant aux pierres de l'église, elles sortiraient des fameuses carrières de granit de Loperhet, de Logonna-Daoulas et de l'Hôpital-Camfrout. La basilique du Folgoët est du reste, le premier monument religieux bâti en pierres de Kersanton.
Notons qu'extérieurement l'église mesure 140 mètres de tour et que la partie orientale de l'édifice repose sur un terrain naturellement marécageux. « Elle y est bâtie sur de forts pilotis dont l'un est le chêne même de Salaün » [Note : M. de Kerdanet].
La primitive et grandiose charpente de l'édifice — charpente anéantie par le funeste incendie de 1708 — [Note : Ce terrible incendie fut occasionné par l'imprudence d'un ouvrier armurier chargé de la réfection des orgues. Le vase de braise qu'il plaça au-dessous des parties collées communiqua, au cours de la nuit, le feu aux orgues, aux boiseries, à la charpente...] était constituée par des chênes séculaires provenant de l’antique forêt lesnevienne. La toiture comportait trois sections nettement distinctes, disposées avec symétrie, et rivalisant toutes trois de hardiesse, de légéreté et d’élégance. De 1708 à 1716, l’édifice, privé de couverture, eut à subir les assauts répétés et désastreux des vents et des pluies. En 1716, la réfection de la charpente, et de la toiture fut confiée à un soi-disant architecte, nommé Meinteur. Ce singulier entrepreneur, dans son ignorance profonde des travaux artistiques, détruisit l’élégante galerie ajourée qui entourait l'édifice, afin de faciliter la pose de sa charpente. C’est à lui que le monument est redevable de la lourde et si disgracieuse toiture actuelle.
Rappelons que les vitraux primitifs, chefs-d’œuvre d'Alain Cap, le génie-verrier lesnevien, auquel la plupart des principales églises de la Cornouaille et du Léon doivent également leurs vitraux, furent fortement abimés par l'incendie de 1708, puis complètement anéantis en 1793. Les vitraux actuels — 1860-1868 — sont dus au talent de M. Hirsh, artiste verrier.
Quant à la chaire moderne, où se trouvent artistement scupltées les différentes phases de la vie du Fou-du-Bois, chaire dont le style cadre si bien avec celui de l'édifice, elle est l'œuvre d'un éminent spécialiste des travaux d'église, le sculpteur Derrien, de Saint-Pol-de-Léon, mort en 1897.
En résumé, grand clocher, à la flèche gracieuse, élégante et hardie (54 mètres) ; porche des apôtres, superbe jubé [Note : A lui seul un monument], maître-autel, autel du rosaire, autel des anges, rosace monumentale, constituent les parties les plus remarquables de l'édifice, celles qui, par leurs dimensions, leur beauté ou leur cachet artistique, attirent l'attention du visiteur.
Signalons enfin deux particularités très rarement rencontrées dans les monuments similaires :
1° A chaque autel est annexé un bénitier ; 2° du côté nord, l'église est privée de transept, tel — M. de Kerdanet le fait spirituellement remarquer — « un aigle privé d'une aile ».
En ce qui concerne la description détaillée et minutieuse de la basilique, au point de vue archéologique, nous nous permettons de renvoyer le lecteur aux magistrales études de Cyrille Le Pennec, de M. de Kerdanet, de Pol de Courcy, de de Coëtlogon, de de Lorme, du chanoine Abgrall, de l'abbé Guillermit, etc. Ces divers opuscules fourmillent de détails précis de nature à satisfaire la curiosité des artistes et des amateurs d’archéologie.
(Marius-Fernand et Louis Blanc).
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