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LE FOLGOET ET SA BASILIQUE
AVANT, PENDANT ET APRES LA REVOLUTION

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XXIII. Le Folgoët et sa basilique avant, pendant et après la Révolution.

Avant la Révolution, la basilique, par la beauté et la variété de ses richesses artistiques et historiques, était considérée comme l'un des plus beaux joyaux archéologues, comme l'un des plus intéressants musées de la Bretagne.

Indépendamment de sa merveilleuse architecture, ou y admirait : 1° Une multitude de statues et de statuettes, la plupart véritables chefs-d’œuvre de l'art breton aux XVème et XVIème siècles ; 2° des croix en or et en argent massif, toutes admirablement ciselées et passant aux dires du P. Le Nobletz pour les plus belles, non seulement de France, mais d'Europe ; 3° la reproduction fidèle, et en argent massif de l'édifice, exécuté en 1614, avec un talent hors pair par maître Luzinec — né à Lesneven — un des plus habiles orfèvres des temps modernes ; 4° des reliquaires, des ciboires, des burettes, des flambeaux, tous en métal précieux, richement ouvragés, portant artistement gravées les armes de leurs donateurs, reines, ducs, seigneurs ou prélats.

Basilique du Folgoët (Finistère - Bretagne

Au point de vue historique, ou mieux héraldique, les pierres extérieures portaient gravées les armes des ducs de Bretagne, des seigneurs de la châtellenie de Lesneven, et aussi celles des plus illustres familles de la noblesse bretonne et des plus hauts dignitaires de l'Eglise. Certaines de ces armoiries se trouvaient reproduites sur les vitraux de l’église, quelques unes même historiées sur verre.

Anne de Bretagne — son doux souvenir demeure toujours vivace dans toutes les chaumières lesneviennes — affectionnait tout particulièrement Le Folgoët, où elle séjourna à diverses reprises[Note : Sitôt après son mariage avec Louis XII (1499), la reine Anne se rendit au Folgoët pour demander, par l'intercession de N.-D., des enfants de Louis XII. En 1505, elle y retourna ; en 1506, elle séjourna une semaine à Lesneven. En 1518 et en 1532, la reine Claude (sa fille), et son mari, François Ier, passent par Lesneven, pour se rendre au Folgoët]. Lors de ses mariages successifs avec Charles VIII (1491) et Louis XII (1499) elle légua à la basilique ses robes nuptiales : l'une de damas blanc, l'autre de drap d'or. On en fit deux belles chapes que les hauts dignitaires de l'Eglise revêtaient au cours des grandes solennités religieuse du Folgoët.

En conformité des réformes ecclésiastiques votées en 1790, par l'Assemblée Constituante, tous les trésors des églises du district, ceux du Folgoët y compris, furent confisqués au profit de la Nation.

En 1793, pour effacer tous les vestiges de la féodalité figurant sur l'édifice, on anéantit les vitraux, on martela les armoiries gravées sur pierre avec un acharnement tel que les traces de ces mutilations sont encore visibles en maints endroits, notamment sur le linteau surmontant la porte nord de l'édifice, dite porte de Penmarc'h.

Dans son Catalogue des objets échappés au vandalisme, Cambry — on ne saurait le suspecter de tendresse à l'égard de l'église — s'exprime ainsi au sujet de ces mutilations sans nombre. « La cour du Folgoët paraît être un vrai champ de bataille, des milliers de statues de Kersanton, brisées, remplissent les chapelles, les portiques, tous les environs de l'église. Que de costumes singuliers sont anéantis... J'ai compté douze têtes dans une fontaine. Les roses les plus délicates sont détruites… ».

Quelques débris de ces statues ont été recueillis et déposés au musée de Brest ; d'autres statues enfouies par les fidèles dans les voisinages de l'église, ont été retrouvées plus ou moins intactes, telle la plus vénérée de toutes, celle de N.-D. du Folgoët [Note : Cette statue de bois, vénérée longtemps dans l'église, a été recueillie au presbytère par M. l'abbé Guéguen. — On lui a substitué l'antique image de Kersanton — XVème siècle — couronnée en 1888].

M. de Kerdanet relate d'autre part qu'on retira d'un reliquaire le crâne de Salaün « qu'on a vu errer d'un bénitier à l'autre » [Note : Contrairement à une opinion très répandue, l'église du Folgoët n'a jamais été un lieu de sépulture. Les doyens de la collégiale, les chanoines de Lesneven et les seigneurs régionaux se faisaient tous inhumer à l'église N.-D., à Lesneven (Arch. de M. de Kerdanet)].

Avec Cambry, avec de Lorme, avec les amis des Arts, tout homme vraiment sensé, sans distinction d’opinions, ne peut qu'amèrement déplorer, ne fût-ce qu'au point de vue de l'art et de l'histoire, la destruction ou la mutilation de travaux, pour la plupart véritables chefs d'œuvre des corporations bretonnes.

Le 23 avril 1791, la basilique est vendue comme bien national au citoyen Julien pour la somme de 11.385 livres 5 sous. Le 13 décembre 1794, le citoyen Julien, ne sachant que faire de sa propriété, la cède au prix de 11.000 livres, à un brasseur d'affaires, établi à Brest, nommé Anquetil. La basilique fut tour à tour aménagée en crèche, écurie, magasin à fourrages, caserne, et même en Temple de la Raison. Anquetil, à court d'argent, se décide à démolir la merveille du Folgoët : les matériaux seront vendus au plus offrant. Pour conjurer ce péril, douze habitants de la région se cotisent pour le rachat de l'édifice. Après bien des tergiversations, le normand Anquetil — il était originaire de Rouen — le leur cède le 25 août 1810, moyennant 10.000 francs.

A titre documentaire, nous reproduisons les noms des douze pieux donateurs qui assurèrent ainsi le salut de la basilique.

François Uguen, Instituteur ; Anne Le Gall et François Le Gall ; Hervé Le Goff ; Marie-Anne André ; Guillaume Loaëc ; Jean Arzur ; Jean Toutous ; Jean Gac ; Yves Laot ; Guillaume de Coëtjunval et Gabriel Abjean, Maire de Ploudaniel.

Plus tard, l'Etat, le département et la commune leur remboursèrent la totalité des sommes avancées.

Dès lors, la basilique, devenue depuis 1829 église paroissiale, reprend le cours de son existence. Les processions des communes avoisinantes se donnent toutes rendez-vous au Folgoët, le 8 septembre de chaque année, pour la célébration de la fête en l'honneur de la Nativité de la Vierge. A cette occasion, les femmes de Plounéour, Kerlouan, Guissény revêtent des costumes qui, par leur forme, leur éclat et leur richesse attirent tous les regards, costumes rappelant ceux portés par les dames de la noblesse au temps de la reine Anne.

Cette imposanté solennité religieuse se déroule au milieu d'une foule de 30 à 40.000 personnes.

Signalons que, depuis un temps immémorial, le 8 septembre est jour de repos pour tous les habitants de la contrée, y compris ceux qui ne se rendent pas au Folgoët.

Anciennement, cette fête était suivie d'une foire d'une durée de huit jours où, des divers points de la France, accouraient une multitude de marchands. Actuellement encore, la foire du 9 septembre est renommée non seulement par le nombre, mais encore par la qualité des chevaux présentés.

Les foires du Folgoët ont lieu les 9 janvier, 5 mars, 6 avril, 23 juin, 29 août et 9 septembre.

Celles des 5 mars, 29 août et 9 septembre ont été crées en 1527 et comptent parmi les plus anciennes de France.

Avant la Révolution, les boissons débitées au Folgoët étaient, comme nous l'avons dit, par ailleurs, exemptes de toutes impositions ; leur prix très modique permettait aux nombreux amateurs de la dive bouteille de se livrer à d'interminables beuveries, dégénérant trop souvent en rixes sanglantes.

Les seigneurs de Coëtjunval, spécialement chargés de maintenir l'ordre dans ces Assemblées tumultueuses, étaient souvent obligés de recourir à leurs hallebardes pour ramener les perturbateurs au calme et à la raison.

A côté de l'église s'élève le Doyenné converti en presbytère.

Cette pittoresque construction, tout en granit et entièrement restaurée, fut fondée au début du XVème siècle par le premier doyen du Folgoët : de Kermoal. Ses armoiries s'y trouvent toujours gravées. C’est l’un des plus curieux spécimens de l'architecture civile du XVème siècle. Cet hôtel est fréquemment désigné sous les appellations de : hôtel des Pèlerins, hôtel de Notre-Dame, hôtel de Charité. Anne de Bretagne y avait sa chambre, connue sous le nom de : Cambr ar Rouanez : chambre de la Reine. Les ducs de Bretagne, les hauts dignitaires de l'église, lors de leurs voyages au Folgoët séjournaient soit au Doyenné, soit encore au château de Coëtjunval.

Du superbe calvaire érigé par le cardinal de Coëtivy, il ne subsiste qu'un tronçon hexagonal, surmonté d'une croix substituée à la première ; ce piédestal sert d'assises à la statue du cardinal de Coëtivy ; le prélat y est représenté à genoux ; son chapeau, retenu par un cordon, pend sur ses épaules. Un évêque crossé se tient debout derrière lui. Certains antiquaires attribuent cette œuvre, remarquable par l'expression et l'exécution, au grand maître, Michel Colomb, originaire, selon Pol de Courcy, de Saint-Pol ou de Plougoulm.

A proximité du Doyenné, en face de la croix du cardinal de Coëtivy se dresse le monument érigé à la mémoire de M. le député-évêque Freppel « panégyriste de N.-D. du Folgoët ». Ce monument élevé en 1902, par souscription publique, est dû aux plans de M. le chanoine Abgrall, bien connu pour ses savantes études archéologiques. L'éminent prélat, couvert de la mître et porteur de la crosse, est représenté prêchant le couronnement de Notre-Dame. Ces deux statues [Note : Celle de l'évêque et de N.-D.] en Kersanton ont été exécutées par les soins de M. Hernot, sculpteur à Lannion.

La basilique du Folgoët — est-il besoin de le dire ? — a beaucoup perdu de son éclat et de son caractère primitif. La plupart des statues, et notamment celles du Porche des Apôtres, proviennent des églises avoisinantes, de celle de Lesneven, entr'autres.

Tout récemment, — avril 1926 — dans une lettre adressée à la société archéologique du Finistère, présidée par M. Waquet, l'érudit archiviste départemental, M. l'abbé Guéguen, recteur du Folgoët « révèle le grave danger que fait courir à cette magnifique église le mauvais état du paratonnerre placé sur la flèche. D'autre part, d'inquiétantes infiltrations se produisent dans la chambre des cloches, la façade nord et la sacristie... ».

Quiconque visite Le Folgoët demeure frappé de l'état de délabrement de la basilique. Si l'on veut conserver ce merveilleux monument architectural, si intimement associé à l’histoire de Lesneven, de la Bretagne, et un peu aussi à celle de la France, il convient de procéder d'urgence à d’importantes réparations, et à de non moins importantes restaurations. Encore quelques lustres, et le mal sera irréparable…

En terminant qu'il nous soit permis de relater sommairement la légende relative au Porche des Apôtres [Note : Ce portail où se voient les statues des 12 Apôtres fut construit par ordre et aux frais d’Anne de Bretagne (de Fréminville — Antiquités de Bretagne, tome 1)] — à lui seul un monument — la partie la plus merveilleuse de l'édifice, judicieusement qualifié par les antiquaires de « chef-d'œuvre des chefs-d’œuvre ».

La tradition rapporte qu'un jour de chaleur accablante, les ouvriers se trouvaient tous assemblés, à l'heure de midi, dans la salle commune, pour s'y restaurer. A peine attablés, un mystérieux étranger, à l'œil plein de lumière et de douce mélancolie, se présente et demande à être employé aux travaux de l'église. Sur-le-champ, son offre est acceptée. Le maître compagnon l'invite à s'asseoir et à prendre part au frugal repas. Avec une grâce et une politesse qui contrastaient singulièrement avec les mœurs plutôt rudes des compagnons de l'époque, l'étranger décline l'aimable invitation. « Je n'ai, dit-il, ni faim ni soif. A l'ouvrage, je désire me mettre immédiatement. ». Sur ses instances, le maître-ouvrier sort et, plan en main, indique le travail à effectuer. Cela fait, il s'en retourne tout pensif vers ses autres compagnons.

Le repas terminé, tous s'en retournent à leur tâche. Stupéfaction générale ! ! ! Le portique était entièrement achevé, les statues. finement ciselées, mises en place dans des niches en dentelles de pierre. « Etrange ! Etrange ! Ne cessait de répéter le maître, qu'un seul homme, en si peu de temps, ait pu acomplir un tel prodige ! ».

L'ensemble paraissait si merveilleux que les modèles semblaient avoir été empruntés « au Ciel même ». Ravis autant qu'intrigués, nos compagnons se mirent à la recherche du mystérieux étranger. Peine perdue : on ne le revit ni au Folgoët, ni... ailleurs.

(Marius-Fernand et Louis Blanc).

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