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JEANNE D'ARC ET LE CONNÉTABLE DE RICHEMONT

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Parmi tous les lieutenants de Jeanne d'Arc, le plus brillant, le plus digne de notre admiration et de notre fierté, est assurément le connétable de Richemont. Après tant d’autres figures nobles et vaillantes, celle-ci brille d’un particulier éclat, et nous en avons réservé l’étude pour la fin, afin de jeter le rayon de sa gloire sur ces pages écrites à l’honneur de la Bienheureuse et de la Bretagne.

Fils du duc Jean IV, frère du duc Jean V, oncle du duc d'Alençon, il nous laisse entrevoir son austère silhouette, au cours de cette étude ; mais il mérite que nous nous arrêtions devant lui, comme tout breton s’arrête avec émotion devant sa statue équestre dressée devant l'Hôtel-de-ville de Vannes. Sa rencontre avec Jeanne d'Arc fut étrange autant qu’inattendue ; en la quittant, il laissa dans son coeur une peine qui s’atténua péniblement, et sur son visage un voile de tristesse qui l’assombrit longtemps.

Rien ne semblait annoncer qu’il dût prendre une part importante à l’épopée de la libératrice du royaume de France. Ni la politique de son frère, le duc de Bretagne, ni l’hostilité déclarée de Charles VII qui l’avait exilé à Parthenay, ne le désignaient pour un rôle dans cette entreprise . Il y apparaît comme un météore, ou plutôt comme une charge de cavalerie sur le champ de bataille. Il passe comme une trombe, à travers les rangs anglais, cueillant à la pointe de sa lance une ample moisson de lauriers.

Il était petit, laid comme du Guesclin, brave, mais non pas vigoureux comme lui, sage et prudent dans les conseils, ferme dans l’action, énergique jusqu’à la brutalité. Son nez busqué, sa lèvre lourde et tombante lui donnaient un aspect austère et une apparente rudesse ; mais sa bonhomie, son esprit naturel, sa franchise, son joyeux entrain rassuraient ceux qui vivaient dans son intimité. Ecrivant au duc d'Orléans le 2 avril 1452, il signait avec désinvolture en vieux compagnon de guerre : « Votre vieille lype, ARTUR ».

Joyeux camarade avec ses amis, il était pour ses ennemis un adversaire tenace et au besoin violent. Son âme magnanime formait de beaux rêves pour la Bretagne et pour la France, et il ne dédaigna ni la richesse, ni la puissance qui permettent d’accomplir de grandes choses ; mais il était soucieux de justice, charitable et généreux pour les petits et les faibles. Son habileté n’était ni d’un courtisan, ni d’un astucieux, il employait la diplomatie des forts qui parlent net et savent ce qu’ils doivent dire ou taire.

Jeanne d'Arc s’attacha à lui pour ces précieuses qualités qui en faisaient le serviteur le plus sûr du royaume de France, mais aussi le plus méconnu.

Puis, en vrai breton, il croyait à Dieu d’une foi vive et pratiquait sa religion avec piété. Il n’aurait point voulu omettre un seul des jeûnes de l'Eglise et ne pouvait supporter le blasphème qu’il châtiait avec la dernière rigueur. Confiant dans l’intercession des saints, il portait toujours sur lui un gros reliquaire.

Là encore, il avait avec Jeanne d'Arc bien des points de contact, et il estimait avec elle qu’une armée a besoin tout d’abord de foi, de moralité et de discipline.

A l’époque où il la rencontra, il était marié à Marguerite de Bourgogne, soeur de Philippe Le Bon et veuve du dauphin de France Louis, duc de Guyenne. C’était une femme de valeur, capable de comprendre et de seconder la politique de son mari. Nous ne voyons pas qu’elle ait rencontré Jeanne d'Arc ou correspondu avec elle, comme la duchesse d'Alençon, comme la dame et comme la douairière de Laval ; mais l'histoire ne livre pas tous ses secrets.

A 22 ans, il fut fait prisonnier à Azincourt, mais resta fidèle au parti français, bien qu’il lui eût suffi de s’attacher par serment au parti anglais pour échapper à sa captivité. En 1422, il recouvrait la liberté après la mort du roi Henri V.

Charles VII cherchait alors les moyens de se concilier l’amitié du duc de Bretagne, à défaut de celle du duc de Bourgogne lié à l'Angleterre par le traité de Troyes. Il crut non sans raison que le meilleur moyen de gagner la confiance de Jean V était de combler d’honneurs son frère Arthur qui avait trente-deux ans. Il le nomma Connétable de France « dans la prée de Chinon ».

Richemont se proposa dès lors un double but :

1° Dégager le roi des influences malsaines qui le paralysaient, car Charles VII avait le sens de sa mission.

2° Délivrer le pays de l’invasion anglaise qui l’opprimait et menaçait d’interrompre sa tradition nationale.

Il se mit à l'oeuvre aussitôt et Charles VII exécuta de mauvaise grâce ses favoris, mais pour retomber sous la tutelle de Pierre de Giac, son premier chambellan, qui, pour entraver l’action de Richemont, négligea de lui envoyer du secours, lorsqu’en 1426, après avoir pris Pontorson, il assiéga Saint-James de Beuvron. Le connétable revint brusquement, enleva le sire de Giac, le fit emprisonner, juger, condamner à mort, enfermer dans un sac et noyer. Puis il repartit pour guerroyer.

Un nouveau favori, Le Camus de Beaulieu, conquit un grand empire sur Charles VII.

Richemont survint encore et le supprima.

Alors, croyant en finir, il plaça près du roi son ami Georges de la Trémoille qui se tourna bientôt contre lui, le déprécia dans l’esprit de son royal maître, puis, sûr des solides troupes placées sous ses ordres, l’empêcha de revenir à la cour et obtint son bannissement.

Ce fut dans son exil de Parthenay, où il ne pouvait réaliser son double programme, que Richemont apprit l’arrivée de Jeanne d'Arc à Chinon et sa marche sur Orléans. Il trépignait dans son inaction et, n’y tenant plus, il chargea Pierre de Rostrenen de lui recruter une armée en Bretagne et de l’équiper. Cette troupe se mit en marche sous le commandement des deux Dinan, sieurs de Beaumanoir et des Huguetières, Robert de Montauban, Guillaume de Saint-Gilles, Alain de la Feuillée, les sires de Rieux, de Rostrenen, etc...

En même temps, le connétable quittait Parthenay avec Tugdual de Kermoysan.

A Loudun, le sire de la Jaille lui apporta un message de Charles VII.

—   Retournez en arrière ou le roi vous combattra.

—   Ce que je fais est pour le bien de l'Etat, répondit le Connétable.

C’était un coup d’audace digne de sa ténacité.

A Amboise, il apprend qu’il est inutile de marcher sur Orléans, car les Anglais ont été chassés de leurs bastilles et Jeanne d'Arc marche sur Beaugency.

Richemont change de route et se dirige droit vers elle.

Cependant il prend soin de députer en avant-garde, avec une mission, Pierre de Rostrenen et Tugdual de Kermoysan « pour demander son logis ».

La réponse ne fut pas réconfortante. Les deux envoyés revinrent de l’armée de Jeanne et du duc d'Alençon, annonçant à Richemont qu’il serait reçu les armes à la main et traité comme un anglais.

—   C’est l’ordre du Roi.

—   Eh ! bien, répartit-il, s’ils viennent, on les verra.

Et il continua sa marche en avant.

Pendant ce temps, il y avait grande discussion dans l’armée française. Les capitaines les plus fameux respectaient en Richemont le premier chef de guerre de l’époque ; le duc d'Alençon déclarait que, si on l’acceptait, il se retirerait avec ses hommes.

Bref, pour obéir aux ordres de Charles VII, Jeanne s’éloigna de Beaugency et marcha contre l’armée bretonne, le coeur serré.

Le 8 juin, Guy de Laval écrivait à sa mère et à sa grand’mère : « Et est vent ici que Mgr. le Connétable vient avec 600 hommes et 400 hommes de trait ».

En réalité, Richemont amenait plus de 400 lances et 2000 hommes d’armes.

Quand les Français virent paraître à l'horizon de la plaine cette superbe armée qui avançait en bon ordre, bannières déployées, ils ne purent retenir un frisson d’admiration et bientôt une acclamation unanime.

Les Laval, Dunois, Lahire et les autres, saluaient le chef sous lequel il faisait bon combattre, parce qu’il conduisait à la victoire.

Quelle attitude adopter en cette occurrence ? Jeanne, n’écoutant que son coeur, laisse venir jusqu’à elle le connétable sur le front des troupes.

Celui-ci se postant devant elle dans une fière attitude, lui jette cette apostrophe :

—   Jeanne, on m’a dit que vous me vouliez combattre. Je ne sais si vous êtes de par Dieu ou non. Si vous êtes de par Dieu, je ne vous crains point, car Dieu sait mon bon vouloir. Si vous êtes de par le diable, je vous crains moins encore.

Jeanne d'Arc, émue de ce noble langage, se tourne vers le duc d'Alençon qui songe à la colère du roi :

—   Avez-vous donc oublié, lui dit-elle, qu’hier soir on est venu vous annoncer au camp l’arrivée d’une nombreuse armée anglaise conduite par Talbot ? A cette nouvelle n’avez-vous pas crié aux armes ? Et maintenant vous prétendez partir, parce que Richemont s’offre pour combattre ? N’est-ce pas au contraire l’heure de s’entr’aider ?

Jeanne, pour couvrir le duc, exige du Connétable qu’il prête devant l’armée serment de fidélité au roi de France, et il s’exécute de bonne grâce.

Cette scène émouvante se passe le jeudi 16 juin 1429.

Le lendemain, Falstoff, avec une armée anglaise, rejoint Talbot non loin de Beaugency. A cette nouvelle, Jeanne, Richemont et Alençon laissent un corps d’observation devant la ville et s’avancent au devant de l’ennemi. Ils prennent position sur une hau­teur et les Anglais s’installent en face.

Ni les uns ni les autres ne bougent, malgré de mutuels défis.

—   Allez vous loger pour aujourd’hui, répond Jeanne aux hérauts anglais, car il est trop tard, mais demain au plaisir de Dieu et de Notre-Dame nous nous verrons de plus près.

Falstoff et Talbot comprennent que Jeanne d'Arc, fière de sa double armée française et bretonne, ne redoute point le combat, mais choisira son heure. Tant de sûreté les déconcerte et ils se résolvent, dès le com­mencement de la nuit, à battre en retraite.

Les Français ne les inquiètent point et viennent reprendre position sous les murs de la ville. Les assiégés apprenant que l’armée de secours s’éloigne, croient qu’ils sont définitivement abandonnés de Falstoff et de Talbot, et négocient une honorable capitulation. A minuit il est convenu que le commandant en chef de la place, le bailli d'Evreux, sortira de la ville, au lever du soleil, avec ses 700 hommes, ses chevaux, ses armes et ses bagages, ceux-ci pour la valeur d’un mark d’argent par homme, et ils s’engagent par serment, lui et ses soldats, à ne pas combattre avant dix jours.

Heureux temps de droiture et loyauté dans la guerre où les hommes avaient une parole !

Pendant ces négociations, l’armée anglaise, en se repliant, attaqua les Français qui occupaient le pont de Meung depuis le 15 juin. Richemont, avec son sûr instinct d’homme de guerre, devina leur péril et leur envoya vingt lances, cent hommes et une troupe d’archers, grâce auxquels ils tinrent bon jusqu’au jour.

Au lever du soleil, le bailli d'Evreux quitte Beaugency, et les Anglais apprenant par un poursuivant d’armes, au moment où ils vont assaillir le pont par une attaque décisive, la prise de Beaugency par l’armée franco-bretonne, se décident à une retraite définitive sur Janville.

Un enthousiasme délirant centuple les forces de l’armée de Jeanne d'Arc ; mais les chefs hésitent encore à prendre une vigoureuse offensive.

Un chevalier portant un étendard blanc, conduit l’avant-garde de l’armée anglaise ; l’artillerie escorte les vivres, les munitions et les marchands qui font librement pour une grande part le service de l’intendance contre bonne monnaie sonnante ; le corps d’armée marche sous le commandement des généraux ; enfin un corps anglais d’élite constitue l’arrière-garde.

Cette retraite s’accomplit dans un ordre admirable, et même les Anglais prennent le temps de désemparer Meung avant de le quitter.

Ce fut devant cette ville abandonnée que les chefs, autour de Jeanne d'Arc, discutèrent le plan de campagne.

—   Si au moins nous avions des chevaux en nombre suffisant, disaient les timides.

—   Qu’on aille hardiment contre les ennemis, leur répondait Jeanne ; ils seront certainement vaincus. Oui, au nom de Dieu, il faut les combattre. Ils fuient, dites-vous, mais quand même ils seraient pendus aux nuages, nous les aurons, car Dieu nous a envoyés pour les punir. Le noble roi de France aura aujourd’hui la plus grande victoire qu’il ait encore remportée ; mes voix m’ont dit que les Anglais sont tous nôtres.

Pierre de Rostrenen s’écria aussitôt, en se tournant vers le connétable de Richemont :

—   Monseigneur, faites lever et marcher votre bannière, tout le monde suivra.

Cette intervention de Rostrenen nous est connue par un témoin, Guillaume Gruel, écuyer de Richemont.

Les Bretons, frémissant d’ardeur, n’attendaient qu’un mot, et quand la bannière du connétable se leva, ils marchèrent à sa suite avec enthousiasme.

Lahire et les autres ne voulurent pas rester en arrière et commencèrent le service d’éclaireurs. Tout à coup, ils firent lever un cerf qui s’enfuit devant eux et descendit dans le vallon.

A ce moment, les Anglais de Talbot, embusqués entre deux haies pour briser le premier élan de l’armée franco-bretonne, attendaient en silence l’approche de l’ennemi, pour lui causer une surprise, et semer la panique dans ses rangs.

Le cerf tomba au milieu de cette troupe en embuscade et les soldats ne purent retenir des cris de joie. Leurs cris les trahirent. A l’accent, Lahire reconnut les Anglais et se rabattit en toute hâte vers l’armée.

—   Ah ! beau connétable, dit Jeanne d'Arc à Richemont, ce n’est pas moi qui vous ai appelé, mais puisque vous êtes venu, vous serez le bienvenu.

Jacques de Dinan, sire de Beaumanoir, Richemont et les Bretons les mieux montés partent à toute bride contre l’anglais.

—   Jeanne, que faut-il faire ? crie le duc d'Alençon.

—   Avez-vous de bons éperons ? répondit-elle en s’adressant aux chevaliers qui entouraient le duc.

—   Pourquoi faire, serons-nous donc obligés de fuir ?

—   Non, non, allez sans crainte sur eux, ils seront défaits. Vous perdrez peu de vos gens, les Anglais s’enfuiront et il nous faudra de bons éperons pour les poursuivre.

La chasse commençait ; elle fut terrible. 2.000 Anglais restèrent sur le champ de bataille, 200 furent retenus prisonniers.

Les Bretons les avaient poursuivis avec acharnement pendant cinq lieues.

Parmi les prisonniers, se trouvait le fameux Talbot.

—   Vous ne pensiez pas, ce matin, que pareille chose vous arriverait, lui dit le duc d'Alençon qui, comme tous les Français, était encore peu habitué à la victoire.

—   C’est la fortune de la guerre, répartit Talbot avec flegme.

Telle fut la bataille de Patay, le triomphe de Jeanne d'Arc et celui des bretons, c’est-à-dire de Richemont et de son armée, puis dans l’armée française du duc d'Alençon, le fils de Marie de Bretagne, de Gilles de Retz, de Guy et André de Laval, et de tant d’autres dont les noms sont restés ensevelis dans l’oubli.

Orléans reçut Jeanne d'Arc avec enthousiasme, quand elle revint de cette campagne pour reposer ses soldats fatigués et préparer la marche sur Reims. Charles VII ne se rendit pas dans sa bonne ville de peur de rencontrer le Connétable auquel il ne pardonnait pas. Quant à la Trémoille, il veillait sur son roi au château de Sully, l’amusant avec des fêtes splendides et lui soufflant la défiance contre l’ami qu’il avait trahi.

Alors Jeanne d'Arc s’en alla vers le roi qui ne venait point vers elle. Toute pénétrée de reconnaissance pour Richemont, elle demanda sa rentrée en grâce. Que pouvait refuser Charles VII à celle qui venait de vaincre à Patay et d’effacer la légende d’après laquelle, depuis Crécy jusqu’à Azincourt, les français étaient battus d’avance en bataille rangée ? Jeanne insista, Jeanne pleura ; Charles VII inflexible déclara qu’il aimerait mieux n’être point sacré que de l’être devant Richemont, tant il redoutait sa justice inexorable et sa main de fer. Puis la Trémoille était là et disposait des troupes.

Les rois d’alors n’avaient pas l’omnipotence de nos ministres de la guerre et comptaient avec leurs généraux.

Jeanne essaya pourtant de dissimuler sa douleur et s’occupa de préparer le voyage du sacre.

En chevauchant avec elle sur la route de Chateauneuf sur Loire, Charles VII frappé de l’expression de lassitude et de mélancolie qui se lisait sur son visage, lui dit :

—   Reposez-vous, Jeanne, je le veux.

Jeanne se mit à pleurer en songeant au rude connétable si précieux sur le champ de bataille, mais elle rentra ses larmes et répondit au roi, en détournant sa pensée de celui qui absorbait la sienne.

—   Ne craignez point, sire, vous reconquerrez tout votre royaume, et bientôt vous serez couronné.

Tandis que le roi rentrait à Sully, Jeanne fit savoir à Richemont l’inexorable décision du roi. Le connétable s’inclina tristement, fit une dernière tentative pour rentrer en grâce, et se retira, décidé à ne pas faire payer au royaume de France et à Charles VII les intrigues de la Trémoille.

L’intérêt particulier s’efface dans une âme magnanime devant le bien public. C’est l'abneget semetipsum de l'Evangile. La sainteté individuelle repose sur la ruine de tout égoïsme. Le désintéressement, la générosité, la bravoure militaire d’une race sont le gage de la durée d’une nation.

Le 30 mai 1431, Jeanne d'Arc périt sur le bûcher de Rouen.

Tandis que la Trémoille détournait la pensée du roi de cette triste fin de sa libératrice, le connétable songeait toujours à son grand dessein de chasser les Anglais de France.

La Providence qui avait conduit Jeanne d'Arc soutint son vaillant lieutenant. La Trémoille fut blessé et fait prisonnier en 1432 pour le bonheur du royaume. Charles VII, rendu à lui-même et libre de suivre son royal dessein, revint à son Connétable. Bientôt le traité d'Arras sanctionna la réconciliation de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, avec Charles VII, et annula le traité de Troyes. Six ans après la mort de Jeanne d'Arc, Richemont s’empara de Paris et chassa Cauchon de cette ville où il s’était réfugié, traînant la honte de sa forfaiture judiciaire.

L’oeuvre de la Pucelle fut achevée par le Connétable, et la prise de Paris couronnant les brillants faits d’armes des vaillants lieutenants de Jeanne d'Arc, le duc d'Alençon, Gilles de Retz, Guy et André de Laval, Pierre de Rostrenen, les sires de Dinan, consacra par une gloire posthume l’alliance historique de Jeanne d'Arc avec les Bretons.

Nous, les fils de Bretagne, nous aimons la France, lors même qu’elle ne sait pas respecter les droits de nos consciences et de notre race. Nous sentons toujours vivre en elle, même lorsqu’elle sommeille, la France chevaleresque, la France catholique. Son bras esquisse avec le glaive un geste héroïque, son âme féminine vibre comme une lyre au toucher de l’artiste. Son génie est poésie comme le nôtre. Si elle s’enthousiasme follement pour des chimères, elle reste généreuse jusque dans sa folie ; oui la France est femme ; mais elle est mère aussi. O douce France, soupirait Roland sur le point de mourir. O douce France, répétons après lui à la patrie souvent ingrate qui nous opprime dans la libre expansion de notre foi. Toujours tentée de préférer les fuseaux pacifiques de Jeanne la bergère, au glaive de Jeanne la guerrière, la France, douce comme une brebis, se dresse comme une lionne, quand on touche à ses enfants.

Voilà pourquoi, nous, Bretons, nous croyons à la France, à ses brusques retours de bon sens, à ses sursauts d’énergie, à ses soudaines réactions contre le mal qui la ronge.

Que la Bienheureuse Jeanne d'Arc, insufflant à la patrie anémiée par le scepticisme et l’amour des jouissances, les enthousiasmes chevaleresques et religieux de son âme chrétienne, couronne son oeuvre en nous rendant la douce France de Roland, la France libre et croyante. Puissions-nous, fils de Bretagne, servir encore de lieutenants fidèles à la Libératrice de la Patrie !.

(Du Bois de la Villerabel).

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