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LA VISITE DE NAPOLEON Ier A INDRET, BASSE-INDRE ET PAIMBOEUF (10 août 1808).

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Le 10 août 1808, à quatre heures du matin, Sa Majesté quittait l'hôtel d'Aux à Nantes et se dirigeait sur la Fosse, accompagnée de nos principales Autorités et escortée par la garde d'honneur à cheval. La plupart des grands dignitaires à sa suite l'accompagnaient également.

Le commerce, dont c'était là principalement la fête, avait délégué pour le représenter près de Sa Majesté MM. Kervégan et Delaville.

Enfin, le Préfet, le général Dufour et M. Deurbroucq étaient aussi au nombre des invités.

Le yacht, que le commerce avait fait préparer pour l'Empereur, était, comme nous l'avons dit, d'une élégance remarquable et décoré avec autant de luxe que de goût. Napoléon en fut frappé et en fit compliment à MM. Delaville et Kervégan.

Napoléon s'embarqua aussitôt. Dans son canot et près de Sa Majesté prirent place le prince de Neufchâtel, le Ministre de la marine, le général Bertrand, MM. Prony et Sgangin, inspecteurs généraux des ponts et chaussées, M. Roux, chef des mouvements maritimes, et les deux représentants du commerce, MM. Kervégan et Delaville. Un détachement de gardes d'honneur de service accompagna aussi Sa Majesté jusqu'à Paimboeuf.

Dans un autre canot, préparé par les soins de M. Giraud, commissaire principal de la marine, se trouvaient Son Excellence le duc de Frioul, le général Le Brun, M. de Beausset, préfet du Palais, le général divisionnaire Dufour, le Préfet de la Loire-Inférieure et le commandant général de la garde d'honneur, M. Deurbroucq.

Vingt-huit rameurs, vigoureux, exercés et portant un élégant et riche uniforme, enlèvent le yacht impérial, qui part comme un trait et semble voler sur la surface de l'eau. Il a bientôt devancé les autres canots et parcourt le trajet de Nantes à Indret avec une rapidité étonnante, que Napoléon semble remarquer avec plaisir.

Arrivé à Indret, l'Empereur y est reçu avec les plus grands honneurs. — MM. Giraud et Demangeat, ce dernier entrepreneur des travaux de l'usine, l'y attendaient. Trois salves de 21 coups de canon saluent son arrivée et son départ.

Sa Majesté visita, avec un intérêt tout particulier, les deux foreries, la pompe à feu, la machine à briser les vieux canons, enfin tout rétablissement qui, fondé en 1778 et très-considérable alors, n'avait pas cependant l'importance qu'il a de nos jours. C'était uniquement à cette époque une forerie de canons, pour compte de l'État, et donnée à l'entreprise.

D'Indret, Napoléon se rendit à la Basse-Indre, pour y voir les chantiers de MM. Mathurin et Antoine Crucy, où plusieurs frégates étaient en construction. Là, encore, Sa Majesté se livra à un examen sérieux de tout ce qui pouvait l'intéresser, et notamment d'un appareil fort ingénieux de M. Cassy, pour faciliter, sur les passes, la marche des navires. L'Empereur invita ensuite MM. Crucy à monter dans son yacht et continua sa route pour Paimboeuf.

Le déjeûner eut lieu pendant la traversée, et l'Empereur invita tous ceux qui se trouvaient avec lui dans la chambre à y prendre part.

La ville de Paimbœuf, elle aussi, allait donc avoir un fait mémorable à inscrire dans ses annales ; elle allait recevoir la visite de Napoléon.

Dès le matin, le corps municipal s'était réuni à l'hôtel de la Sous-Préfecture, et le cortége, le Sous-Préfet et le Maire, M. Gautreau en tête, s'était porté au Pont-Tournant.

Paimbœuf avait, aussi sa garde d'honneur, et cette garde, formant deux pelotons, une partie de la compagnie départementale, les douaniers en armes, un détachement de la garde impériale à cheval, un autre de la garde d'honneur de Nantes, stationnaient rangés en bataille. Les navires étaient pavoisés, les maisons ornées de verdure et de guirlandes de fleur, et un grand concours, venu de tous les points de l'arrondissement, était là prêt à faire éclater ses transports et à saluer l'arrivée de l'Empereur.

A dix heures, le canot impérial fut signalé, et aussitôt le canon se fit entendre.

Le cortége se rendit alors sur le rivage, au lieu nommé la Motte au Sable, prés de la construction navale, où tout avait été préparé pour faciliter le débarquement de Sa Majesté.

Napoléon, descendu à terre, s'arrêta un instant pour entendre un discours du Sous-Préfet, puis se porta de suite vers le chantier, afin d'examiner une frégate qui y était en construction. Il s'entretint avec l'Ingénieur de la marine et voulut savoir de lui quelles ressources et quelles facilités Paimbœuf pouvait offrir pour les constructions maritimes.

Monté ensuite à cheval, l’Empereur fit son entrée dans la ville, ayant à ses côtés le maire, M. Gautreau, Comme toujours, ce magistrat fut invité à faire connaître les besoins de la commune, et Napoléon promit, de s'en occuper, et notamment de faire achever les quais.

Parvenu à la Vieille Chaussée, l'Empereur s'avança sur le rivage pour voir la rade et la frégate la Clorinde, nouvellement mise à l'eau.

A la chaussée Bauve, Napoléon descendit de cheval, parcourut toute cette belle jetée, donnant de nouveau un coup-d'oeil sur la rade et questionnant le Maire sur tous les objets qui s'offraient à ses regards. Puis, passant devant le front de la garde d'honneur de Paimbœuf, qu'il félicita sur sa belle tenue, il se rendit à pied à l'hôtel de la Sous-Préfecture préparé pour le recevoir.

L'Empereur avait manifesté le désir de descendre jusqu'à Mindin, pour en examiner la rade ; mais l'heure de la marée ne le lui permit pas. De l'extrémité de la chaussée et à l'aide d'une longue-vue, il dut se contenter d'observer cette rade, que l'on pouvait apercevoir, mais il donna l'ordre à ses deux Inspecteurs généraux de se rendre à Mindin avec MM. Crucy.

Après être restée vingt minutes à la Sous-Préfecture, seule avec le Préfet et le Maire, Sa Majesté monta en voiture et repartit pour Nantes.

La ville, de Paimbœuf se montra heureuse de cette visite de Napoléon et de la confiance qu'il témoigna à la population pendant son court séjour. Tout le temps qu'il se promena sur la chaussée Bauve aucun garde ne l'accompagnait, et chacun put le voir et l'approcher.

Le soir, la ville de Paimboeuf fut illuminée et un bal eut lieu dans l'hôtel même où Sa Majesté avait séjourné quelques instants.

Il faudrait sans cesse nous répéter pour donner une idée de l'ovation que reçut également Napoléon dans ce voyage à l'embouchure de notre fleuve. Toutes les rives de la Loire étaient couvertes d'une population qui saluait son passage, et, à Paimboeuf surtout, l'enthousiasme fut à son comble.

Le maire, M. Gautreau, avait préparé un assez long discours qu'il déposa aux mains de l'Empereur. Ce discours, très-flatteur sans doute pour celui à qui il devait être adressé, ne présenterait aujourd'hui aucun intérêt, et nous ne croyons pas utile de le reproduire.

Comme nous avons eu l'occasion de le dire, cette excursion de l'Empereur à Paimbœuf était véritablement un voyage d'études. Napoléon n'ignorait point de quelle importance étaient la Loire et son embouchure au point de vue commercial, comme aussi au point de vue militaire, et il avait voulu voir de ses propres yeux le parti que l'on pouvait en tirer, les améliorations que l'on pouvait y faire. Aussi rien n'échappa à son attention, et tout ce qu'il put voir, fut pour lui l'objet d'un examen sérieux.

A Indret, des rails en fer avaient été établis pour le service intérieur de l'usine, et des boeufs traînaient ainsi sans difficulté les plus lourds fardeaux. Napoléon en fut frappé et demanda aussitôt qu'un mémoire lui fut fourni sur ce moyen ingénieux de transport.

M. Mathurin Crucy avait conçu un projet de construction d'un port secondaire à Saint-Nazaire, et M. Bertrand-Geslin avait entretenu l'Empereur de ce projet. Napoléon voulut en causer lui- même avec son auteur, et nous avons vu que M. Crucy avait été invité à prendre place dans le yacht impérial. Durant même le voyage, sur l'invitation de l'Empereur, M. Crucy développa son projet et fit ressortir les avantages qui, dans son opinion, pouvaient résulter de l'établissement de ce second port à Saint-Nazaire, soit comme lieu de stationnement et de refuge des navires, soit comme chantiers de constructions.

Napoléon écouta M. Crucy avec l'attention la plus soutenue et accueillit ce projet avec une grande faveur. Prenant lui-même la parole, il ajouta de nouvelles considérations à l'appui de cette création, qui parut dès-lors arrêtée dans sa pensée. Il demanda qu'un mémoire fut immédiatement fait sur cette question, et c'était principalement dans ce but qu'il avait donné l'ordre aux Inspecteurs généraux des ponts et chaussées qui l'accompagnaient, de se rendre sur les lieux avec MM. Crucy.

L'on peut donc croire que ce projet d'un second port ou d'un bassin à flot à Saint-Nazaire eût dès-lors reçu une prompte exécution, sans les graves événements politiques qui se déroulèrent bientôt et qui en détournèrent l'attention de l'Empereur. Cependant, Napoléon ne perdit point de vue ce projet et nous en trouvons la preuve dans une lettre officielle qu'il adressa, le 26 mars 1812, au ministre de la marine Decres, et dans laquelle il lui donnait l'ordre de faire étudier de nouveau sérieusement cette question par MM. Tupinier et l'ingénieur Cachin.

Ainsi, pour rendre justice à qui de droit, disons que c'est réellement à M. Mathurin Crucy qu'il faut faire remonter l'initiative de cette pensée du bassin à flot à Saint-Nazaire.

Parti de Paimbœuf sur les onze heures, Napoléon arriva à Nantes à trois heures de l'après-midi. Divers détachements de la garde d'honneur et de la garde impériale, échelonnés sur la route, lui servirent d'escorte.

(M. J.-C. RENOUL).

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