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HISTOIRE DE L'EGLISE DE PERROS-GUIREC

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La paroisse de Perros-Guirec n'est pas une paroisse primitive, c'est-à-dire qu'elle ne fut pas de celles que créèrent au VIème et au VIIème siècles les moines évangélisateurs venus du pays de Galles. Son territoire dépendait de la paroisse de Pleumeur-Bodou, dont l'étendue paraît avoir été limitée par les territoires des paroisses primitives de Ploubezre et de Louannec.

Il est raisonnable de penser que la paroisse de Perros put être constituée au XIème ou XIIème siècle, vers le moment où se créèrent les paroisses de Servel, de Saint-Quay-Perros, de Trégastel et de Trébeurden démembrements de la paroisse primitive de Pleumeur-Bodou, dont les deux dernières étaient des trèves.

Eglise de Perros-Guirec (Bretagne)

Mais la primitive église paroissiale n'était pas située la où se dresse actuellement l'église dédiée à saint Jacques le Majeur et à saint Guirec. Elle était édifiée à une petite distance du port, auprès duquel allait se constituer à Traou-Perros — le bas de Perros — la première agglomération perrosienne.

Là, au VIème ou au VIIème siècle, à peu près à la rencontre des routes actuelles de Goas-An Abat (du ruisseau de l'Abbé) et de Trestrignel, dans un vallon abrité, auprès d'une source limpide, avait été établie une abbaye, dont la fondation est attribuée à Saint Guirec.

Il n'y a pas d'abbaye sans chapelle. Sans doute l'une et l'autre furent-elles détruites à l'époque des invasions normandes. Mais elles durent être rétablies après la délivrance de la Bretagne par Alain Barbetorte. Il ne serait pas surprenant que les quelques moines qui y vinrent alors eussent appartenu à l'abbaye de Saint-Jacut, l'un des deux grands monastères (avec l'abbaye de Redon) reconstitués après les invasions.

L'abbaye de Saint-Jacut possédait aussi dans la région plusieurs prieurés, notamment celui de Tréguignec, dans la paroisse de Trévou, et auprès de Lannion, — ce qui expliquerait peut-être que Perros-Guirec, Trévou-Tréguignec et Loguivy-les-Lannion eussent compté au nombre des enclaves foraines du diocèse de Dol. A moins que les rapports avec Dol n'eussent été établis antérieurement et peut-être par saint Guirec lui-même.

La création, au XIIème siècle, de l'abbaye de Bégard, soumise à la règle de Citeaux, réformée par saint Bernard, et celle, au XIIIème siècle, du couvent des Cordeliers de Guingamp, portèrent un irrémédiable préjudice à l'abbaye de Perros. Elle se maintint avec d‘autant plus de peine que, vers 1225, l'abbaye de Bégard était devenue un très riche propriétaire de la région, ayant reçu la donation de l'important domaine de Penlan dont le siège était à Trébeurden.

Pourtant elle dut se survivre encore assez longtemps. Si le 15 juin 1436, le duc Jean V, au dire de l'abbé de Lannion, fait don à Rolland Ier, sire de Lannion et du Cruguil, son conseiller, chambellan et principal écuyer, « des pescheries de l'abbaye de Pairos et de Poloumana » [Note : Bibl. Nat (mss.) Duchesne 6, folio 81 verso], c’est qu’il n'y avait pas de nombreuses années qu'elles étaient tombées entre ses mains. Il y avait tant de services à récompenser !

Mais, même avant la disparition totale de l'abbaye de Perros, sa chapelle, dédiée à saint Guirec, était devenue église paroissiale.

Le souvenir en était encore vivace à la fin du XVIIème siécle. Dans sa déclaration de 1682 pour la réfection du papier terrier du domaine de Lannion. Laurent Hingant, seigneur de Kerduel, en Pleumeur-Bodou, patron et fondateur de la chapelle Saint-Guirec, comme héritier des seigneurs de la Salle au Chevalier, déclare tenir « prochainement du Roy soubs la ditte-chastelenie de Lannion une ancienne chapelle appelée la Vieille Eglize ou chappelle de Sainct Guirec scituée près du rivage de la mer en laditte paroisse de Perros-Guirec, frairie de Traupenros, sur le chemin qui conduit de laditte églize paroissiale de Penros-Guiree à l'abbaye et rade de Penros et Pontguennec... » [Note : Arch. Nat. P. 1835 1° 175].

Ailleurs, dans cette même déclaration, se trouvent mentionnés les noms de Coz Illiz et d'Illiz Bian, de telle manière qu'on pourrait croire qu'il s'agit de deux églises différentes. S'il était possible, d'après les mentions des débornements, de constituer la carte cadastrale de la frairie de Traou-Perros au XVIIème siècle, on pourrait acquérir un semblant de certitude. Au cas de deux édifices différents, Illiz Bian aurait pu succéder momentanément à Coz Illiz pour le service religieux. Mais il n'est jamais question de la fabrique d'Illiz Bian alors que celle de la chapelle Saint-Guirec (ou Coz Illiz) est expressément indiquée. Il y a là un petit problème qu'il sera, je le crains, difficile de résoudre. L'hypothèse la plus séduisante est de croire à une synonymie.

Il est vraisemblable que le culte de la chapelle Saint-Guirec, devenue église paroissiale, a d'abord été assuré par les moines de l'abbaye. Ce n'est, en effet, guère qu'au XIIIème siècle que le desservice des paroisses a été généralement atribué à des prêtres séculiers. Cette grande modification aurait pu avoir pour conséquence le transfert de l'église paroissale dans une autre chapelle déjà construite, mais située dans un lieu à peu près désert. Cette autre chapelle, c'est la partie romane de l'église paroissiale actuelle. Quant au lieudit, il porta dans la suite le nom de Kerilliz, et aussi, après que quelques maisons se fussent groupées autour du sanctuaire, celui du Bourg [Note : Il est constant, en Basse-Bretagne, que le bourg se trouve éloigné d’un prieuré ou d’une abbaye].

***

Quelle est l'origine de cette chapelle romane, dont on fait remonter la construction au début du XIIème siècle? Les opinions sont partagées. Les uns veulent y voir une construction des Templiers ou des Hospitaliers, les autres la construction d'un puissant et munificent seigneur. Quant au lieu choisi, il offrait des caractéristiques analogues à celles qui devaient déterminer l'édification du sanctuaire dédié plus tard à Notre-Dame de la Clarté : un lieu élevé (Pen ros — le sommet du tertre) et une source d’eau vive qu'on peut voir encore, mais bien défigurée, dans le jardin du presbytère.

L'histoire des Templiers et des Hospitaliers est demeurée très obscure dans la région lannionnaise. Deux chartes, sans doute véridiques, mais dont la date a été anticipée de deux siècles pour les besoins d'une certaine cause, indiquent que les uns et les autres possédaient des propriétés à Trébeurden et à Louannec [Note : GUILLOTIN DE CORSON. Les Templiers et les Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem, dits chevaliers de Malte en Bretagne, Introd. pp. XIX et XXVIII]. Dans le premier cas, on songerait à la chapelle de Christ, à faible distance du bourg de Trébeurden ; dans le second, au lieu-dit Gagouser ou Kakousery, entre Louannec et Mabiliès où dut être organisée une léproserie. Mais les noms d'autres lieux-dits doivent retenir notre attention : celui du Mouster, en Louannec, celui de Moustero en Pleumeur-Bodou, voisin d'un lieu-dit Lescop. Si, comme il le semble bien, Brélevenez (Montjoie) fut une création templière, passée ensuite aux Hospitaliers, l’importance du lieu permet de présumer que les moines chevaliers, exerçant une grosse influence sur toute la région, durent bénéficier, là comme ailleurs, de nombreuses donations de la part de seigneurs partant pour la croisade ou se rachetant de n'y pas aller.

Il n'est pas jusqu'à la dévotion à saint Jacques le Majeur qui ne paraisse donner plus de vraisemblance à cette première hypothèse.

N'est-on pas allé jusqu'a dire que, partout où se retrouve le souvenir de saint Guirec, s'est établi le culte de saint Jacques. Ce qui n’est pas aussi vrai que l’affirmait l’abbé France; car, si la chapelle Saint-Guirec de Ploubezre, en voie de démolition est, comme l’église de Perros, dédiée à saint Jacques, il ne semble pas que les chapelles Saint-Guirec de Traou-Perros, de Ploumanac'h et de Landouar (Louannec) l'aient été. Quant à l'église de Locquirec, également dédiée à saint Jacques et à saint Guirec, qui fut une fondation des Hospitaliers, on n’en saurait titrer aucune déduction s’il se trouvait que saint Guirec y eût été substitué, au XIème siècle, à un saint Guévroc, auquel on a voulu l’identifier et qui, d'après les travaux de Largillière [Note : Les Saints et l’Organisation Chrétienne dans l’Armorique bretonne], serait un saint tout à fait différent.

Il n'en demeure pas moins vrai que, avec le Christ et saint Jean, saint Jacques a été une des principales dévotions des chevaliers-moines et qu'ils sont vraisemblablement à l'origine du grand mouvement de pèlerinage vers St-Jacques de Compostelle, ouvrant ainsi une, des grandes voies commerciales du Moven-Age et des Temps Modernes. Et il est encore vrai que le vocable de Saint-Jacqes se recontre rarement en dehors des fondations hospitalières.

Il n'est pas jusqu'à l'importance de la partie romane de l'église de Perros, avec l'abondance de ses sculptures, qui ne fasse penser à l'intervention d'une opulente puissance.

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Mais quand les documents parlent avec certitude, c'est pour nous apprendre que, au XIVème siècle, date présumée de l'accroissement de l'église paroissiale, son patron et fondateur est un vicomte de Coëtmen, pour sa terre et seigneurie de Keruzec.

Cette seigneurie de Keruzec, dont l'étendue est considérable [Note : Arch. dép. C-du-N,. E. 1409], avait son siège à Pleumeur-Bodou, à mi-chemin de la chapelle et du menhir de saint Duzec (ou plutôt de saint Uzec). C'est assurément de la chapelle, dédiée à saint Uzec, (que l'on confond avec saint Josse, frère du roi de Dommonée, Saint Judicaël) qu'est venu le nom de Keruzec, dont une antique famille s'était parée.

Guy Le Borgne, particulièrement bien placé par son origine [Note : Il serait né à Trébeurden] pour connaître les familles de la région perrosienne, indique seulement, dans son Armorial breton, publié en 1667, que cette famille « portait pour armes antiques comme Coëtmen, modernes Barach Rosambo », ce qui paraît indiquer qu'elle s'était fondue de très bonne heure dans celle des Coëtmen [Note : POTIER DE COURCY : (Nobiliaire de Bretagne) indique une famille de Keruzec portant de sable à 10 billettes d’argent ou d’or. Il est douteux que ce blasson ait été celui de la famille dont le manoir principal était situé à Pleumeur-Bodou]. Etant donné que le manoir de Keruzec ne fut jamais une maison forte et qu'il fut ordinairement l'un des greniers du châtenu de Tonquédec, on est amené à se demander si, antérieurement au mariage de l'héritière de Tonquédec avec Geslin de Coëtmen, Keruzec n'en relevait pas à quelque titre. Il est, en tout cas, certain que cette seigneurie s'étendait sur au moins six paroisses, dont celle de Perros, bien que des aliénations l'eussent notablement défigurée dans la suite.

Ne se pourrait-il pas d'ailleurs que les seigneurs de Keruzec fussent intervenus même pour la construction de la partie romane de l'église paroissiale, peut-être d'accord avec les Templiers ? Ce qui donnerait quelque consistance à cette hypothèse, c'est que le clocher de Brélévenez, qui fut édifié dans les premières années du XVème siècle, portait également les armes de Coëtmen à cause de leur seigneurie de Keruzec, N'y aurait-il qu'une coïncidence ?.

En tout cas, même si les Templiers ont eu une certaine part à la construction de la chapelle qui devint, sous le vocable de saint Jacques le Majeur, l'église paroissiale de Perros, ils n'y furent pas remplacés, après leur destruction, par les Hospitaliers auxquels la presque totalité de leurs biens avaient été attribués. Nulle part il n'est question ni d'eux, ni des chevaliers de Rhodes, ni des chevaliers de Malte qui leur succédèrent. Et quand, tout au début du XVIème siècle, des questions litigieuses seront soulevées par les prééminenciers, c'est avec le général de la paroisse qu'ils ont à traiter et c'est la décision du général qui l'emporte.

On est dès lors autorisé à conclure que la construction de la partie romane de l'église ne saurait être attribuée uniquement aux Keruzec, pas plus d'ailleurs que la partie gothique ne peut l'être aux Coëtmen. Ils intervinrent sans doute par d'abondantes contributions, mais l'essentiel de l'édifice doit revenir au clergé et aux fidèles, notamment à la majeure partie des seigneurs du voisinage, sinon a tous.

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Les documents qui permettent de jeter quelque lumière sur cette question obscure sont à peu près tous du XVIIème siècle. Mais comme ils se complètent sans se contredire, il est permis de leur accorder un large crédit.

A ce moment, les Coëtmen n'ont plus rien à voir avec l'église de Perros, pas plus d'ailleurs qu'avec la chapelle Notre-Dame de la Clarté, à la reconstruction de laquelle se trouve attaché, en 1445, le nom de Rolland IV, constructeur, d'autre part, en 1447, de la collégiale de Tonquédec.

Le dernier mâle de la branche aînée des Coëtmen est mort sans enfants. Il ne laisse pour héritière que sa sœur Gillette qui, par son mariage avec Jehan d'Acigné, vers 1494, fait entrer dans cette maison la seigneurie de Keruzec.

C'est un domaine bien excentrique pour cette famille et pour celle des Cossé-Brissac, dans laquelle elle va se fondre, en 1579, par le mariage de son héritière Judith avec Charles de Cossé-Brissac, qui deviendra maréchal de France en 1593.

On retrouve toute une série d'allénations s'échelonnant au moins du 18 juin 1551 au 10 septembre 1620 qui font passer, par fractions l'intégralité de la terre de Keruzec d'abord dans les mains de Charles de Kernec’hriou, sieur de Barac’h, puis, après sa mort sans héritier, dans celles de sa sœur Françoise, épouse d'Yves du Coskaër, sieur de Rosanbo, procureur du roi à Tréguier, enfin dans celles de leur fils et de leur petit-fils qui portent l'un et l'autre le prénom de François.

C’est ainsi que les prééminences des Coëtmen dans l'église de Perros passèrent d'un du Coskaër, conseiller au Parlement de Bretagne, dans la famille Le Peletier de Rosanbo (par suite du mariage de Geneviève du Coskaër, héritière de Barac’h et de Rosanbo avec Louis Le Peletier, premier président du Parlement de Paris).

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Les divers actes d'acquisition de la seigneurie de Keruzec paraissent très réguliers. Ils vont pourtant être furieusement attaqués et même un traité d'association sera rédigé, le 1er mai 1628, au château du Cruguil, en Brélévenez, entre Pierre de Lannion, baron du Vieux-Chastel, Claude Hingant, seigneur de Kerduel, et écuyer Gilles Le Borgne, seigneur du Goazven contre le second François du Coskaër [Note : Arch. dép. C.-du.-N., E 3017]. Il s'agit surtout d'usurpations actuelles reprochées au seigneur de Barac'h, Mais, remontant à une époque beaucoup plus ancienne, les associés paraissent affirmer que les seigneurs de Tonquédec — en l'occurence les Coëtmen — n'avaient aucun droit réel sur Keruzec. Ce qu'ils réclament, entre autres choses, c'est que soit appliquée la coutume bretonne du retrait lignager, qui permet aux parents d'un défunt de reprendre un bien provenant de leur ligne et vendu par lui. Ils se portent donc, en définitive, comme les héritiers légitimes des anciens possesseurs de Keruzec et dénient au maréchal de Brissac, mort en 1621, et à son fils le duc de Brissac, la validité du contrat de 1620, dont la nullité pourrait entraîner la nullité des contrats antérieurs. Sans doute les délais de la coutume sont depuis longtemps dépassés, mais si les associés obtiennent que soient reconnues comme telles les usurpations reprochées à François du Coskaër (clôture et envahissement de landes et de communs, usurpation de titres, et qualités de châtelain et seigneur haut justicier sur plusieurs terres, usurpation de pêcheries et de sécheries, du titre de patron fondateur et supérieur d'églises paroissiales, érection indue de fourches patibulaires à quatre pots, etc. etc...) l'affaire pourra être reprise en son entier.

Disons tout de suite qu'il s'en est suivi une série interminable d'enquêtes et d'arréts généralement favorables aux seigneurs de Barac’h et que, en 1686, la question qui avait été portée en 1628 devant le Parlement de Bretagne, avait été depuis longtemps évoquée au Conseil du rot et ne paraissait pas sur le point d'étre résolue.

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Quelle avait été la cause déterminante de ce trait d'association ?. Il ne semble pas douteux que les seigneurs de Barac’h avaient au moins cherche à accroître leur domaine propre au détriment des communaux de Trébeurden, de Pleumeur-Bodou et de Trégastel et à faire valoir des droits que leurs vendeurs avaient ou négligés ou laissés tomber en désuétude. S'étant brouillés à une date récente avec les Le Borgne du Goazven, ils ne furent pas longtemps sans savoir que ceux-ci cherchaient à ameuter contre eux d'autres seigneurs, l'abbé de Bégard, des bourgeois et des manants. De leur côté les Le Borgne, sachant que François du Coskaër avait, après la mort de son père, présenté, le 21 mai 1626, un aveu à la Chambre des Comptes de Bretagne siegeant à Nantes et demandé qu'elle fit procéder aux vérifications nécessaires afin de constater ses droits, prérogatives et prééminences, avaient estimé urgent d'y parer par une attaque devant la juridiction civile. En fait, le traité d'association, dont il a été parlé précédemment, fut signé et la procédure commecée avant que la Chambre des Comptes eut commis, pour procéder à une enquête par tourbe, l'alloué de Lanneur, Aufroy Coail, sieur de Traounevez. Il s'en acquittera à Saint-Quay-Perron et à Lannion au mois de décembre 1629.

D'accord avec un bourgeois perrosien, noble homme Bertrand Esmangard, qui relevait de lui féodalement, Gilles Le Borgne avait assigné François du Coskaër devant le siège royal de Tréguier, séant à Lannion. Mais le seigneur de Barac’h, qui se méfiait des dispositions à son égard de la juridiction locale, était parvenu à faire évoquer l'affaire devant le Parlement de Bretagne.

Les signataires du traité du 1er mai 1628 n'étaient assurément pas mus seulement par le désir de faire rendre bonne justice et de faire éclater la vérité. Ils avaient stipulé par écrit qu'ils s'augmenteraient des dépouilles du seigneur de Barac'h au prorata des sommes qu’ils auraient engagées.

Bref, le Parlement agit avec plus de rapidité que la Chambre des Comptes. Il confia à l'un de ses membres, le conseiller Pierre Poussepin, la mission d'enquêter, tant à Rennes que sur place, sur la valeur des accusations portées par Gilles Le Borgne et tous autres et d'entendre les défenses de François du Coskaër. L'enquête se prolongea du 7 août au 2 septembre 1628. Le lundi 28 août. Pierre Poussepin arrivait à Perros.

***

On m’excusera d’avoir donné une certaine étendue aux questions qui précédent. Mais il était nécessaire de les esquisser parce que c’est dans les enquêtes de Poussepin et de Coail que se trouvent les indications les plus précieuses relativement aux prééminences de l’église paroissiale.

L'enquête de Poussepin est la plus précise. Pour ce motif et aussi parce qu'elle a été effectuée avant celle de Coail, c'est à elle qu'il convient de se reporter tout d'abord.

Gilles Le Borgne et Bertrand Esmangard, représentés par leurs procureurs s'étaient partagés la responsabilité des accusations. Ils avaient en face d'eux François du Coskaër, assisté de Thépault, son procureur. A Perros, c'est Gaësdon, procureur de Bertrand Esmangard, qui mena l'attaque.

« …. De là descendus en l'église paroàlle de Penroz-Guirec, dit le procès-verbal, ou estants led. Gaësdon nous a remonstré que led. sr de Barrach continuant ses entreprises d'usurpations au préjudice de Sa Majesté, s'attribue la supériorité de lad. églize et mesme le fieff qui y est aux environs du bourg, et qu'il a nouvellement faict apposer ses armes en la première viltre de lad, églize, et mesme en quelques aultres endroits d'icelle, quoy qu'il n'y ait aulcune prééminence ny fieff aud. lieu.

De plus led. Gaësdon nous a dit que led. sieur de Barrach fait exercer sa jurisdiction de Keruzec, de Barrac’h, le Pré-Guirec, dans le reliquaire quy est au cimetière de l'église quoy que lieu indécent » [Note : Arch. dép. C.-du-N., E. supplt. 3].

Ah ! les habitants de Traou-Perros, qui forment encore la masse de la population perrosienne, ont trouvé, sans peut-être qu'ils s'en soient doutés, un sérieux défenseur dans Me Gaësdon, procureur de Bertrand Esmangard.

Songez qu'il y a bien six cents pax du rivage de la mer au bourg de Perros ! N'est-ce pas inhumain d'obliger ces pauvres gens à entreprendre une telle course pour se présenter devant la juridiction de leur seigneur ? Songez encore que, outre l'église et la maison presbytérale, on ne compte que six maisons au bourg ! Songez enfin que le procureur du Seigneur de Barac’h tient son tribunal dans le reliquaire, c'est-à-dire un ossuaire aujourd'hui disparu et oublié, dont on aurait aimé posséder une description permettant de juger de « l'indécence » du lieu.

Thépault se borna à répondre que son maître « est premier prééminencier soubz le Roy en lad. église, comme il se veoid par ses escussons et armoieries estants aux viltres d’icelle à cause de ses terres de Keruzec et de Barac’h et qu'il n'a apporté auculne novalité ny usurpation, et que la pluspart des terres circonvoisines de lad. parroé sont de son domaine et de son fieff et justifiera par actes authentiques qu'il est en posseesion de faire exercer sa jurisdiction ou bourg de Penroz, ce que led. Gaësdon lui a contesté ».

Contestation sans doute bien tendancieuse. Les domaines « circonvoisins » de l'église étaient alors ceux de Bizien et du Pré. Je ne sais si François de Coskaër pouvait revendiquer Bizien, mais, pour le Pré, c'est assuré. Ce domaine dépendait en effet de la seigneurie du Pré, « première provosté de Lannion », en Brélévenez dont les terres s'étendaient sur cette paroisse et sur celles de Lannion, Rospez, Servel, Caouennec, Cavan et Perros-Guirec. Or, d’après une déclaration de Françoise Le Merdy, qui avait été seize ans fermière du manoir du Pré, la châtelaine, Anne de la Palue, dame de Lanros, avait « délaissé » sa seigneurie au sieur de Barac'h, aux environs de 1614.

Le procureur du roi de Lannion, qui accompagna le conseiller Poussepin tout au long de son enquête, requit alors « procez-verbal des escussons estanz aux viltres de lad. églize ».

***

Quels étaient ces écussons, que releva aussi l’enquête d'Aufroy Coaill le 15 décembre 1926 ? En supériorité, les armes pleines de France, ce qui était normal, à cause du domaine royal de Lannion, duquel le seigneur de Barac’h ressortissait féodalement. Au-dessous, du côté de l'évangile, l'écusson des Coëtmen (Keruzec), du côté de l’épitre l'écusson écartelé aux 1 et 4 des Tournemine (Barac’h), aux 2 et 3 des Kernec’hriou (Barac’h). Au-dessous s'alignaient six écussons non décrits d'autres prééminenciers. Dans l'aile du côté de l'évangile, Poussepin faisait relever trois autres écussons, le premier écartelé des Tournemine et Kernec'hriou (Barac'h), le second appartenant à Le Dantec. seigneur de Tromorgant, le troisième à Le Borgne du Goazven.

Il apparaissait nettement, comme le constatera l'arrêt de la Chambre des Comptes de Bretagne, le 20 juin 1630, que le seigneur de Barac'h devait être maintenu dans ses prééminences.

D'ailleurs Aufroy Coaill avait entendu, le 15 décembre 1629, noble homme Loz de Coatgourhant, âgé de soixante-quatre ans, de la paroisse de Louannec, déclarer que les seigneurs de Barac’h avaient la réputation d'être les fondateurs de l'église de Perros : déposition confirmée par celle du sieur de Kerhuel, âgé de soixante-dit ans, qui, fréquentant l'église depuis sa plus tendre enfance, y avait « de tous temps veu le seigneur de Barach, jouir paisiblement et sans trouble ny contredit des prééminences en supérioritté » [Note : Arch. dép. C.-du.-N., E. 1483], et celles de deux prêtres, dom Guillaume Salaün, gouverneur de la chapelle Notre-Dame de la Clarté, et dom Nicolas Philippes, qui ajouta que des prières nominales étaient dites dans l’église pour le même seigneur.

Un seul point de la plainte de Bertrand Esmangard pouvait donner lieu à contestation, c'est que la grande verrière (ou maîtresse-vitre) était évidemment de date récente.

En effet, l'écusson de France en supériorité, faisant du roi de France le fondateur de l'église de Perros à titre honorifique, portait des armes pleines. Il en résultait que la verrière avait dû être reconstituée vers l'époque de Henri III, puisque le roi François Ier avait conservé, au moins jusqu’en 1532, les armes mi-partie France-Bretagne. M. René Couffon suggère que sa réfection devait dater des grands travaux de restauration de 1553, le fenestrage étant d'ailleurs plus ancien.

J'aurais tendance à la rapprocher davantage de 1628, en raison de l'affirmation de Gaësdon qui semble la rapporter à une époque plus proche de l’enquête. La date de 1553 n'est cependant pas impossible, le premier contrat d'acquisition de la seigneurie de Keruzec par le seigneur de Barac'h portant la date du 18 juin 1551.

Il semble que l’arrêt de 1630 ait mis fin aux accusations de Bertrand Esmangard en ce qui concerne l'attribution du titre de fondateur et de premier prééminencier dans l'église de Perros aux seigneurs de Barac’h, en raison de leurs acquisitions de la seigneurie de Kerusec sur les Acigné et les Cossé-Brissac, héritiers des vicomtes devenus, en 1487, barons de Coëtmen.

***

Il ne s'ensuit pas que Gilles Le Borgne ne pouvait pas également revendiquer d'importantes prérogatives dans cette église, comme héritier et successeur des sires de Kerguyen, dont le manoir était situé non loin du manoir de Pontguennec, séparé seulement par le ruisseau de Kerduel de la paroisse de Saint-Quay-Perros.

Les Kerguyen étaient assurément fort dévots à Saint Jacques et à Saint Guirec. Ils avaient même dû être apparentés à une demoiselle Marguerite de Kerguennon, en Servel, héritière de messire Ollivier de Kerguennou, qui avait été recteur de Perros.

Une de leurs premières fondations dut être celle de Jehanne de Kerguyen, héritière de la seigneurie, et de son mari, Jehan de Guicaznou, seigneur de Coëtgral, qui continus le nom de Kerguyen. Elle se rapporte au 21 juillet 1431.

Un aveu rendu par Gilles Le Borgne, le 15 juin 1628, nous renseigne sur les prérogatives auxquelles il pouvait prétendre : quatre enfeux au marchepied du grand autel, à l'exception toutefois du premier, du côté de l'évangile, cédé à défunt écuyer Amaury Jascoh, sieur de Kerjégu, sénéchal de Tréguier, tombe encore « armoyée » aux anciennes armes des Kerguyen ; — un écusson aux armes des Le Borgne en l’un des souffets « tenant le second lieu de la fenestre éclairant la chapelle de Nostre-Dame qui faict l’aile du costé de l’évangile » ; — trois bancs escabeaux, au haut de ladite chapelle, le premier à accoudoir joignant à la muraille du côté septentrional de la chapelle, tout proche de la porte de la sacristie ; le second joignant au premier pilier et supportant la première et la deuxième arcades qui séparent la chapelle du chœur ; le troisième. clos et plus grand que les précédents, au pied du premier banc, clos et plus grand que les précédents, au pied du premier banc, sous une belle voûte du côté septentrional « amoyé au plus haut » des armes des Le Borgne et surmonté d’un écusson « écartelé des armes de l'ayeule, bisayeule, trisayeule et quartayeule dud. sieur de Goazven » ; — plus bas, dans la même vitre, un écusson aux armes des Le Borgne écartelé de celles de Kerbouric et de celles de feue demoiselle Suzanne Garjan, son aïeule maternelle.

L'aveu précisait encore que, au sommet de la première fenêtre éctairant vers le midi la chapelle en aile du côté de l’épître, était placé un écusson « armoyé » des Le Borgne, au-dessus de deux écusson, dont l’un portait les anciennes armes des Kerguyen et l’autre vraisemblablement les armes en alliance des mêmes Kerguyen avec les du Trévou, anciens seigneurs de Tromorgant. Il indiquait enfin deux tombeaux dans la nef, en dehors du chœur et du côté de l'épître « au-devant de l'image de Saint Jacques, aboutissant au pied dud. autel » [Note : Arch. particulier de M. le Vicomte Alain du Cleuziou : Je dois la connaisance de cet aveu à l’amabilité de M. René Couffon].

La lecture de cet aveu nous confirme dans la certitude que les Kerguyen et les Le Borgne ont compté parmi les bienfaiteurs insignes de l'église de Perros, et aussi qu'il se faisait couramment une sorte de trafic, ou de troc, ou de « remembrement » des enfeux et des tombes, sans que le clergé eût à intervenir.

L'extrait d'une charte de 1599, cité par l'auteur anonyme qui donna, au milieu du siècle dernier, des chroniques au journal Le Lannionnais en apporte une confirmation. Cette année-là un sieur de Coatbruc et de Kernu (cette dernière seigneurie située en Louannec), consentit à échanger avec Amaury Jascob de Kerjégu, sieur de Pontguennec, « pour la commodité et proximité de (ses) prééminences ..... un emplacement de tombes dans le marchepied du chœur faisant le bout soubzain d’icelui du costé de l'évangile et donnant sur les tombes dud. sieur de Kerjégu, se réservant la pierre dessus au boult de laquelle sont escripts ces mots en vieilles lettres, M. Kerguien » contre « une tombe et emplacement d'autres tombes estant aud. marchepied au mytan d’icelui… ».

Cet échange fut maintenu quand la seigneurie de Kernuz entra dans la famille des Kerprigent, plus importante bienfaîtrice que celle des Pontguennec, qui jouissait pourtant, elle aussi, de grandes prérogatives.

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Le manoir de Kerprigent se injure dans la paroisse de Servel, en bordure de celle de Perros (le ruisseau de Kerduel leur sert de limite), non loin de la chapelle de Notre-Dame de Kernivinen ou de Pitié. La dévotion de ses seigneurs était fort grande et leurs ressources assez considérables pour doter la partir ogivale de l'église de Perros d'une chapelle méridionale, dont il ne reste pas une pierre et dont le souvenir a lui-même disparu.

Elle était assurément détruite au début du XVIème siècle. Son existence n'en est pas moins affirmée d'une manière catégorique par une charte de 1508, qui lui attribue le caractère de chapelle privative pour les seigneurs de cette famille. « En nostre court de Lannion, y peut-on lire, comparurent Jehan de Kerprigent, sieur de Kerprigent, d’une part... la mayre partie et plus saine voix des parroëciens, de l'autre... baille, livre, etc... aud. de Kerprigent un lieu et place pour faire construire de nouveau une chapelle telle que bon lui semblera, au costé et aisle midy et epistre d'icelle église de Penros-Guirec, en laquelle chappelle o toutes ses appartenances led. de Kerprigent pourra mettre ses armes et intersignes de noblesse tant en bosses qu'en vittres tant au dehors que en dedans, y enterrer ceux que bon lui semblera, mestre bancs et escabeaux et asseoir pierres tombales élevées et basses, faire accoudoner, en le jouir, luy et ses hoyres à perpétuité ; et en fabveur de ce que dessuz led. sieur de Kerprigent livre et transporte auxd. parroëciens et fabrices, à en jouir héritièrement les procureurs de lad. fabrice, une renée et demye de fourment d'annuelle rente dessubz l'obligation et hypothèque de tous ses héritaiges en icelle parroesse et ailleurs. — Faict et gréé en lad. église de Penroz-Guirec le dimanche ouictiesme jour d'octobre mil cinq cent ouict ».

Cette transaction est encore visée dans la déclaration que Gilles de Kerprigent, chevalier, seigneur dud. lieu, fournit au roi le 29 mars 1682. Il indique expressément que la rente en froment stipulée a toujours été payée à la fabrique [Note : Arch. Nat. P. 1635, f° 320], « quoi que l'on ne jouisse pas de lad chappelle neuve et que l'on n'en a pas basti ». Il se réserve le droit de la construire un jour dans le cimetière.

Le seigneur de Kerprigent précise en outre qu'il possède « une chappelle » tout le long du chœur, qui se compose de « plusieurs pierres tomballes armoyées de la maison de Querprigent avec deux viltres..., une au-dessus de l’hostel laquelle est armoyée des mesmes armes qui sont un léopard d'or à trois quintefeuilles au camp d’azur, et un peu plus batz au-dessoubz d'une voulte... estante dans la maistresse muraille de l'églize chargée des mesmes armes… avecq encore au dessoulz de lad. voulte dans lad. muraille une aultre viltre armoyée des mêmes armes et de celles de la maison de Quergouanton, de Gouesbriant et de celle de Quellen en alliance et aultre à lad. maison de Querprigent... ».

Quant à l’ancienneté de ses prérogatives, il les attribue à un « temps immémorial », ce qui nous raménerait en fait au XIIème ou XIIIème siècle.

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Trois ans auparavant, le 19 septembre 1679, Laurent Hingant, seigneur de Kerduel, en Pleumeur-Bodou, avait fait une déclaration de même sorte pour « le lieu et manoir » de la Salle au Chevalier [Note : Arch. Nat. P. 1635, f° 297], situé au bas de la côte de Landerval. La famille de la Salle au Chevalier existait encore à Perros au XVème siècle. Puis ses biens étaient entrés par alliance dans la famille des Hingant de Kerduel. Quelques années auparavant, l'abbé Jean-Baptiste, sieur de Kerisac, un des principaux auxiliaires du P. Maunoir au cours de ses missions, et dernier représentant de la branche aînée, avait vendu, par contrat du 14 février 1674, le domaine de la Salle à son oncle Laurent, qui en portait déjà le titre en qualité de descendant d'un cadet de Kerduel. Laurent Hingant avait agi en son nom et au nom de sa femme, dame Jeanne Jacquette Le Minihy.

Laurent Hingant, dont un ancêtre avait déjà fait valoir ses prérogatives sur la chapelle Saint-Guirec, de Traou-Perros, reliée directement au manoir de la Salle, reconnaissait tenir « prochement et noblement de Sa Majesté » des prééminences et droits honorifiques en l'église paroissiale de Perros : le premier panneau de la maîtresse vitre du grand autel, un banc clos et à queue, un accoudoir, deux enfeux près du marchepied de l'autel, du côté de l’épître, entre l'enfeu de « missire Yves Ménard, prestre », le constructeur du calvaire de Kroaz ar Skin en 1622, et un enfeu du sieur de Kerprigent.

Nous n'avons pas eu connaissance de la déclaration qui a dû être cependant faite par un du Trévou ou un Le Dantec pour la seigneurie de Tromorgant.

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On peut dès lors conjecturer que les six écussons non décrits dans le procès-verbal de l'enquête menée par Pierre Poussepin, placés au-dessous des armoiries des Coëtmen et des Barac’h étaient ceux des Le Borgne de Goazven, héritiers des seigneurs de Kerguyen. — des Hingant de Kerduel, héritiers des seigneurs de la Salle au Chevalier. — des Jascob, de Kerjégu, héritiers des Le Narvezec et des du Rozou (du Tertre), seigneurs de Pontguennec au XIVème et XVème siècles, — des Kerprigent, seigneurs de Kerprigent, devenus propriétaires de la seigneurie de Kernuz, jadis possédée par les Blévin de Coatbruc, — des Le Dantec. seigneurs de Tromorgant, peut-être comme héritiers des du Trévou, et d'une sixième famille, peut-être comme des seigneurs de Kerhingant, à Saint-Quay, qui donnera deux recteurs à l'église de Perros, les frères de Toulcoët.

Ceux qui, dans ce nombre, se sont particulièrement distingués par leurs donations et leurs aumônes sont les Kerguyen, Le Borgne de Goazven et les Kerprigent.

Il n'en demeure pas moins vrai qu'aucun ne peut revendiquer le titre de patron primitif et de premier prééminencier. La tentative de Gilles Le Borgne en 1628 a totalement échoué. Assurément ceux d'entre eux dont nous avons les déclarations reconnaissent la suprématie du roi de France. Ne relèvent-ils d'ailleurs pus du domaine royal de Lannion ? Mais qui ne se rend compte que le patronage du roi n'existe qu'à titre honorifique et que c'est par déférence féodale que les seigneurs de Barac’h ont fait représenter ses armes en supériorité dans la grande verrière, alors que, antérieurement, et ailleurs, à l'est de la partie romane, par exemple, les vicomtes de Coëtmen avaient pu y faire figurer celles du duc de Bretagne ? Ce qu'il faut retenir, c'est que les seigneurs du Barac’h ne sont reconnus pour fondateurs qu'en raison de leur acquisition du domaine de Keruzec sur les héritiers des Coëtmen.

On ne peut que sourire des affirmations du journaliste anonyme qui étayait une conjecture hasardeuse sur le fait que les fiefs de Perros et des environs immédiats étaient si peu importants qu'aucun de leurs possesseurs n'avait pu faire établir une chapelle latérale dans l'église paroissiale.

Même sur ce point notre auteur se trouve en défaut, puisque les seigneurs de Kerprigent ont indubitablement fait construire une chapelle méridionale qui put être détruite pendant la guerre de succession de Bretagne ou tomber de vétusté, et qui n'a pas plus laissé de vestiges dans l'ancien cimetière que « le reliquaire » où François du Coskaër avait l’ « indécence » de tenir sa justice.

En tout cas les guerres de religion n'y furent pour rien. Sans doute les royaux firent-ils, le 22 mars 1587, sous la conduite d'un Rochelais, le capitaine Matheller, un raid contre les Perrosiens qui tenaient pour la Ligue. S’ils pillèrent deux maisons, en brûlèrent une troisième, pendirent deux personnes dont un prêtre, dom Yvon Derrien, et en blessèrent une autre. Ils ne causèrent aucun dommage à l'église. Après le sac du château de Poulmanac’h, en 1594, les soldats placès sous les ordres du lieutenant de Larmor, arrivés tardivement le 17 août, commirent nombre de méfaits. Ils brisèrent portes et fenêtres au presbytère de Perros, brûlèrent les meubles, ravagèrent la secrétairerie et la cour où s'étaient réfugiés les habitants, les terrorisèrent assez pour qu'ils s’enfuient dans les bois et dans les rochers, mais ils ne firent pas de victimes, et l'église fut respectée. Le « reliquaire » existait certainement encore en 1628.

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Les plus graves erreurs ont été répandues sur les dates successives auxquelles fut construite l’église de Perros, dont chacun s’évertue à vanter l’intérêt, avant de se présenter sous la forme où nous le connaissons actuellement. Il est inutile de s’arrêter à les réfuter. On peut tenir pour exactes celles qui ont été donnés par M. René Couffon [Note : Répertoire des églises et chapelles du diocèse de St-Brieuc et Tréguier, p. 187]. Il en attribue la partie romane au XIIème siècle, la partie ogivale et la base de la tour au XIVème, la plate-forme et la coupole qui la surmonte au XVIIème. M. le chanoine Hélary, recteur de Perros a même pu fixer à 1669 la date de construction de la coupole, pendant le rectorat de messire Jean L’Ollivier, construteur du calvaire de Kerreut, dont le ministère s’étendit sur cinquante-six ans, de 1617 à 1673.

La partie romane de l'église est la plus intéressante. C’était une construction légèrement rectangulaire à laquelle on accédait par l’actuel portail méridional primitivement placé à l’ouest du bâtiment. Il possédait déja ses deux collatéraux, déterminés, d’un côté de la nef, par de lourdes colonnes cylindriques, de l’autre, par des piliers à colonnettes entre lesquels se développent des arcades composées d’une quadruple archivolte en plein cintre.

L’érudit, qui, dans un numéro du Lannionnais du mois de janvier 1852, donna la description de l’église, alors qu’un siècle d’intempéries lui avait été évitée, le fait en ces termes :

« … Le plus heureux des hasards, a-t-il écrit, a sauvé de la destruction (le) riche et historique portail… Cette porte est couverte de quatre archivoltes qui reposent sur des colonnes monocylindiques. Rien de plus gracieux que les chapiteaux qui couronnent ces colonnettes : la manière dont les sujets historiques et bibliques y sont sculptés et la hardiesse avec laquelle ceux-ci partent des caulicoles pour aller s’abriter sous le sommet des volutes produit le plus heureux effet. Les chapiteaux du côté levant représentent des apôtres et Saint Guirec, avec leurs attributs : les chapiteaux du côté couchant sont mutilés à l’exception d’un seul qui représente le combat d’Arthur contre le dragon de la Lieue de Grève et l’intervention de Saint Efflam précipitant miraculeusement le monstre dans les flots. Le tympan est également couvert de bas-reliefs ; au milieu se voit Jésus-Christ vêtu d'une longue tunique et tenant la main droite levée dans un geste de bénédiction ; autour de lui sont les symboles des deux évangélistes, désignés dans la vision de Saint Jean, savoir l'aigle de Saint Jean et le lion de Saint Marc. Le linteau de cette porte, au-dessous du tympan, est une pierre brute et d'une restauration en sous-œuvre, ce qui nous autorise à croire que le linteau principal était orné des symboles des deux autres évangélistes ».

A l'intérieur, outre quelques grotesques, l'ornementation des chapiteaux est surtout empruntée à l'Ancien Testament. « C'est ainsi que le chapiteau le plus voisin de la tour nous montre Adam acceptant la pomme fatale à l'instigation d'Eve ; puis nous voyons les deux coupables s'enfuir et se voiler les yeux, marquant ainsi leur honte et leur douleur d'avoir commis la faute. Sur ce même chapiteau, voici un personnage tenant un oiseau perché sur son doigt : ne serait-ce point Noë lâchant la colombe qui doit explorer la terre, à l'issue du déluge ? Le chapiteau suivant nous offre la suite des prophètes qui serrent sur leur poitrine les livres sacrés : plus loin, deux oiseaux boivent dans un calice, emblèmes de la douceur et des vertus chrétiennes. Du côté nord, le chapiteau le plus voisin du baptistère représente, de manière assez fruste et un peu obscène, le sacrifier d'Abraham... ».

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C'est au XIVème siècle, quand l'église fut prolongée, que le portail primitif fut déplacé et transporté sur la facade méridionale. La construction de la tour quadrangulaire paraît avoir entraîné le déplacement vers le nord du nouveau portail d'entrée. L'auteur, que nous venons de citer, insiste surtout sur l’intérêt de son symbolisme : « ... Pour frapper les esprits, et, s'il était possible, pour effrayer les consciences criminelles, un pilier partage la porte en deux parties : la voie de droite est ouverte aux justes, la voie de gauche est réservée aux pécheurs. Avant de franchir le seuil de l'église, à chacun d'opter entre les deux voies, suivant l'ordre et l'état de sa conscience... ».

La partie ogivale de l'église ne présenterait guère d'intêrêt architectural si l'attention n'était retenue par la grande verrière orientale qui éclaire la nef. « La bizarrerie et la complication du dessin de la rosace, poursuit notre auteur, semblent assigner à celle-ci une date postérieure à celle de l'ogive qui l'enserre ; la rosace paraît répondre à une restauration de la Renaissance, tandis que l’ogive appartient à la période rayonnante... ». Ce qui est très exact, puisque la verrière fut recomposée au moment où Charles de Kernec'briou, seigneur de Barac’h, y fit introduire la riche ornementation de blasons décrits dans le procès-verbal du conseiller Poussepin.

Puis notre auteur de 1852 déplore que, au XVIIIème siècle, on ait fait disparaître les deux verrières latérales éclairant les collatéraux, « pour y dresser deux autels à la mode, sans souci de l’irrévérence ainsi commise à l'égard d'antiques autels moins encombrants, placés autrefois sous ces fenêtres ».

Les deux longères de l'église ont été refaites, celle du nord, dans sa totalité, en 1553, celle du midi, dans sa presque totalité, à une époque récente.

Le dôme « surmonté d'une petite pyramide » laisse souvent croire à une influence des croisades. Il n’en est rien, car, ainsi qu’il a été dit prècèdemment, sa construction ne remonte qu’au XVIIème siècle.

D’autres erreurs ont été également accréditées. Le lourd bénitier de granit, placé près du baptistère, que supportent quatre personnages grossièrement taillés, ne remonte pas à l’époque de la premiere évangélisation, mais au XIIème siècle. Il est classé. L’autre bénitier n'est pas une ancienne cuve baptismale, mais une ancienne mesure à blé. Le balustre des fonts baptismaux et le retable de l’autel sont de la fin du XVIIème siècle, la chaire à prêcher de 1760.

A l’intérieur de l'église on remarque en outre les statues anciennes de saint Jacques, de saint Jean-Baptiste, de la Vierge, de saint Laurent, de sainte Catherine et de saint Yves et une statue moderne de saint Guirec.

Assurément l'église actuelle de Perros, sans transept, avec une seule chapelle latèrale moderne, avec sa nef et ses deux collatéraux allongés paralèlement en rigoureuse ligne droite, présente une certaine sécheresse. Il est regrettable que l’ancienne ornementation de ses vitraux ait disparu et que ne se voient plus ni les pierres tombales ni les enfeux qui existaient en abondance au XVIIème et même au XVIIIème siècles. Il en subsiste un cependant que dissimule un confessionnel. On l'a attribué à la famille des Coëtivy, ce qui me paraît être une erreur, cette opulente famille n'ayant jamais eu ni propriétés ni droits dans la région perrosienne.

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Quant à l'histoire anecdotique de l'église de Perros, elle ne semble pas laisser de grands espoirs aux curieux. Outre le grande émotion du 17 août 1594, dont le presbytère fut plutôt le théâtre, elle n’a guère retenu que le souvenir de deux missions dirigées par le Père Maunoir et celui de la bénédiction d’une cloche aux armes de Louis Le Peletier, marquis de Rosanbo, le 26 juillet 1776. Il en était le parrain. La marraine était sa femme, une des filles de Malesherbes. On espera la venue de l’évêque de Dol. Mais le parrain et la marraine s’étant fait représenter par Me Jacques Thomas, sieur de Kerreut, et par demoiselle Louise Jacquelle Vistorte, demoiselle de Carroir, le célebrant ne fut que messire Vincent Rolland Derrien, recteur de Trèvou-Tréguignec, paroisse dépendant également du diocese de Dol. Il officia en présence du recteur de Perros, Jean-Marie Vistorte, et de l’aumônier des Sept Iles, Félix Tesson.

En octobre 1782, Jean-Marie Le Lay, originaire de Locquirec, fut nommé recteur de Perros. Il n’avait que trente-trois ans, mais il était déjà célébre par son éloquence dans la langue bretonne. Il refusa le serment à la constitution civile du clergé et s’exila, ainsi que son vicaire, Toussaint-Joseph Le Bail, d’abord à Jersey, puis en Angleterre. Très engagé dans la lutte contre la Révolution, Le Lay avait échappé au mandat d’arrêt lancé contre lui le 30 mars 1792. Le culte fut alors exercé pendant quelque temps par un prêtre assermenté, natif de Tonquédec, Ollivier-Francois Le Bricquir, qui ne tarda pas à abdiquer ces fonctions sacerdotales.

Les deux insermentés rentrèrent à Perros en 1800, mais, au moment du Concordat, le préfet des Côtes-du-Nord, Boullé, s’opposa au maintien de Jean-Marie Le Lay, qui d’ailleurs mourut le 14 octobre 1802. L’église de Perros recut alors pour recteur un ecclésiastique insermenté de grand mérite, Philippe-Augustin Ellès, qui devait mourir curé de Lannion le 3 avril 1831.

Tels sont les grands traits de l’histoire d’une église suffisamment ancienne et qui, dans sa partie antérieure, offre un des rares spécimens d’architecture romane de la region lannionnaise.

Contrairement à une opinion trop répandue, sa construction, dans une aussi modeste bourgade que Perros-Guirec, qui ne complait que 1.700 habitants à la fin du XVIIIème siècle, prouve un effort notable et continu du clergé, des fidèles et des familles nobles du voisinage, dont une, tout au moins, celle des Coëtmen, compta au Moyen-Age parmi les plus illustres du duché de Bretagne.

(Léon Dubreuil).

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