Web Internet de Voyage Vacances Rencontre Patrimoine Immobilier Hôtel Commerce en Bretagne

Bienvenue !

L'ARCHIPEL DES SEPT-ILES

  Retour page d'accueil       Retour Ville de Perros-Guirec   

Boutique de Voyage Vacances Rencontre Immobilier Hôtel Commerce en Bretagne

Boutique de Voyage Vacances Rencontre Immobilier Hôtel Commerce en Bretagne

QUELQUES REMARQUES PRÉLIMINAIRES SUR LES SEPT-ILES.

Charles Le Maout, dans ses Annales armoricaines, publiées en 1846, assure qu’elles ont porté autrefois les noms de Saith, de Saidae et d'insulae Hyadatae (îles des Hyades). Mais on leur a donné aussi des noms à consonance celtique tel que Seiz Enez (les Set-Iles).

Perros-Guirec : Plan des Sept-Iles (Bretagne)

La plus vaste est L'ILE BONNO (sept hectares 70). Elle est d’accès difficile. Au début du XIXème siècle, le génie maritime y avait établi une batterie de canons, pour compléter la défense de la rade de Perros-Guirec. Peu après 1835, il a été question d’y établir une tour fanal, le Phare de l'Ile aux Moines laissant dans l’obscurité certains secteurs de la mer à l’ouest et à l’est. On ignore l’origine de son nom.

Viennent ensuite, par ordre de grandeur décroissante, L'ILE PLATE (7 ha. 50), la plus facilement abordable. Des goémoniers y ont exercé leur industrie jusqu’à la deuxième guerre mondiale. Des vestiges de fours à soude y subsistent encore.  

Perros-Guirec : ramassage du goëmon

L'ILE AUX MOINES (5 ha. 40) sur laquelle on insistera particulièrement. Elle est abordable, mais avec moins de facilité que la précédente. L’existence d’une source d’eau douce a permis au XIVème et XVème siècles, l’établissement d’un couvent de Cordeliers, dont il ne reste plus rien. En 1720, un fort a été bâti pour empêcher les raids et la contrebande des Anglais de Grande-Bretagne et des Iles Anglo-Normandes. Des ouvrages militaires, casernes, magasins, batteries y furent édifiés dans la suite, surtout au XIXème siècle. Le 1er Mai 1835 fut allumé pour la première fois le feu du Phare de l'Ile aux Moines, qui a été ensuite complété et a été enfin récemment reconstruit. Le nom d'Ile aux Moines, rappelant les Cordeliers d’autrefois, est la déformation d'Enez Ar Breur (l'Ile du frère), en souvenir du moine qui s’obstina à rester seul dans l'Ile quand ses confrères furent autorisés à se retirer à Plouguiel.

L'ILE ROUZIC (5 ha. 32), devenue la plus célèbre. Elle offre l’aspect d’un cône volcanique assez régulier. D’innombrables oiseaux, dont certaines espèces fort rares d’oiseaux migrateurs, y font leurs nids au printemps. On ne peut y aborder qu’avec l’autorisation de la Ligue Française pour la Protection des Oiseaux. On l’a appelé parfois Ruic. C’est le nom qu’on donne à un gros merlan, le lieu, très répandu dans les parages. Rouzic est un diminutif de Rouz (roux) qu’on traduit par la Roussotte ou la Roussie. Elle présente en effet à l’automne, l’impression d’être rousse : mais elle n’est pas la seule.

MELBAN ou MALBAN (3 ha. 24). Elle est difficile d’accès. Son nom prête à des interprétations diverses. Certains affirment que son nom signifie colline du miel (mais ban n’a guère le sens de colline), soit qu’un essaim d’abeilles eut déposé son miel dans quelque crevasse à une époque indéterminée, soit qu’elle ait été entourée de ces herbiers aujourd’hui disparus où dominait l’algue dénommée localement douzamel (douce comme du miel). A Melban se trouvent les mêmes espèces d’oiseaux de mer qu’à Rouzic, mais en moins grand nombre.

L'ILE AUX CERFS ou LE CERF (1 ha. 25). Il n’est pas possible d’en donner une étymologie valable. Peut-être trouverait-on dans son aspect, sous un certain angle, quelque rapport avec la silhouette de ce ruminant. C’est peut-être elle, qui, au XVIIème siècle, fut parfois appelée le Bou (ou le Bouc).

LES COSTANS (0 ha. 25), constitués de plusieurs rochers de forme circulaire. Ils semblent avoir été adjoints aux Iles précédentes pour atteindre le nombre de sept. (On verra plus loin que Seiz (sept) est sans doute une déformation de saith (saint). Leur nom voudrait dire « les vieux feux » (coz = vieux ; tan = feu). Mais on n’a pas la moindre idée de la raison pour laquelle on leur aurait donné un tel nom.

Le groupe des Sept-Iles comprend, outre les îles principales, un grand nombre de minuscules îlots et d’écueils. On se bornera à citer les plus importants d'entr’eux. D’ouest en est par le nord, on rencontre le Congre, le Four, la Barrière, Pierre Joan, la Godelaine, les Cochons, les Vieilles — d'ouest en est par le sud : les Dervinis, ar Gazec, les Noirs de Rouzic. Entre Melban et Rouzic, se voient les Cheminées ; — au sud, Bassemeur et Basse du Chenal ; — à l'est, Baro Prignon, Baro Bras, Le Bonnet, Pradin Glas. On remarquera que peu de ces rochers, portés sur les cartes, ont un nom breton.

Bretagne : Histoire, Voyage, Vacances, Location, Hôtel et Patrimoine Immobilier

NOTIONS HISTORIQUES SUR LES SEPT-ILES.

« Les Sept-Iles n’ont pas d’histoire », a écrit J. Trévédy. C’est une déclaration bien péremptoire.

Il est au moins une de ces îles sur laquelle on possède des indications suffisamment précises, c’est l’île aux Moines.

Quand il a été précédemment question des noms primitifs, ou du moins assez anciens, donnés à ces îles, celle de Saith nous ont conduits à l’hypothèse que l’une d’entre elles avait pu servir de premier établissement à l’abbé Guirec, évangélisateur du pays perrosien. Tout comme la majorité de ses confrères qui, avant lui, avaient songé à établir sur des îles leur monastère, il aurait dû bientôt rallier le continent. C’est à Ploumanac'h, qui portait alors un nom que l’histoire n’a pas retenu, qu’il aborda.

Plou manac'h ne signifie pas le peuple du moine, comme l’a assuré Charles Le Goffic. Le nom de ce village est la déformation de Poul Manac'h, qu’on pourrait à peu près traduire par le marais du moine. Il n’y eut jamais de Plou, c’est-à-dire de paroisse en ce lieu. Poulmanach a toujours dépendu de la paroisse de Perros-Guirec dès qu’elle eut été constituée et, comme elle, releva jusqu’à la Révolution du diocèse de Dol dont elle était une des enclaves foraines.

Mais de saint Guirec, il n’est resté d’autres souvenirs que ceux que l’on retrouve dans certains noms de lieux et dans la dédicace à son nom de l’ancienne Abbaye de Perros, détruite une première fois sans doute au temps des invasions normandes et, une seconde fois, d’une manière définitive au XIVème siècle.

Les Sept-Iles entrèrent-elles dans le domaine de l’abbaye de Bégard dès que celle-ci eut été constituée ?

Cette abbaye, fondée en 1130, dans le lieu désert de Pluscoat, près de Guénézan, avait été formée par quatre moines venus de l’abbaye de l'Aumône au diocèse de Chartres. Ils étaient soumis à la règle des Bénédictins de l’abbaye de Cîteaux (près de Dijon), réformée et aggravée par saint Bernard. Aussi, les appelait-on Bénédictins de la Stricte Observance, ou simplement Bernardins.

Première abbaye bénédictine du duché, ayant mérité l’appellation de Petit Cîteaux de la Bretagne, elle vit rapidement grandir ses domaines, grâce aux libéralités des ducs et d’autres riches et puissants seigneurs.

En 1225, elle bénéficia de l’importante donation de Penlan, dont le siège se trouvait à Trébeurden. Plus tard, les moines assurèrent que les ducs leur avaient accordé un grand nombre de « beaux droits » sur la majeure partie des îles du littoral de la Manche depuis l'Ile Milliau jusqu’à l'Ile Maudez.

On sait, à n’en pas douter, que l'Ile-Grande ne figurait pas parmi ces îles. Les Sept-Iles y figuraient-elles ? Au premier abord, cela parait douteux.

Les Dominicains (Frères Pêcheurs) et les Franciscains, dont les Cordeliers forment une espèce (Frères Mineurs) furent créés au XIIIème siècle par saint Dominique et par saint François d’Assise. Jusqu’à eux, le monachisme avait été exclusivement campagnard. « Renonçant à la propriété et à l’exploitation d’un domaine agricole, a écrit A. Luchaire, demandant leur subsistance au travail quotidien et à l’aumône, les Prêcheurs et les Mineurs ne pouvaient vivre que dans les villes, d’où cette nouveauté, le monachisme urbain ».

L’introduction en France des moines mendiants ne se fit qu’avec une assez grande lenteur : beaucoup de leurs établissements datent seulement de la fin du XIIIème siècle. Dans notre région, on vit ainsi des Cordeliers s’établir à Guingamp.

Leur existence dans les villes, en contact avec une population dont une part au moins ne donnait pas l’exemple de la vertu, les tournées à deux pour solliciter l’aumône, ne tardèrent pas à entraîner des abus dont leur règle fit les frais.

Ils étaient d’autre part en butte aux oppositions des ordres établis antérieurement, dont les monastères, tant au point de vue moral qu’au point de vue matériel, perdaient beaucoup de leur prestige et de leur richesse, en raison de la grande popularité dont bénéficiaient ces nouveau-venus.

Même parmi les Cordeliers, il s’en trouva pour gémir sur les atteintes dont la règle était trop souvent l’objet et pour souhaiter le retour aux enseignements de saint François d’Assise. C’est pourquoi, au XIVème siècle, on vit apparaître les Cordeliers ou Mineurs de l'Observance, résolus à vivre dans la pauvreté la plus absolue et dans la simplicité, en dehors des villes et même dans des lieux difficilement accessibles.

C’est dans ces conditions que plusieurs d’entre eux, vinrent s’établir et bâtir leur modeste couvent dans l’île qui fut appelée plus tard l'île aux Moines, et qui devait alors être connue sous le nom de Talvern (Talvern pourrait se traduire par le front de l’aunaie, évoquant sans doute le souvenir de la vaste forêt submergée d’aunes et de chênes, à laquelle se rattachent les noms continentaux de Trélévern, de Penvern et de Trovern et dont on retrouve d’incontestables restes en divers points de la côte).

Si, au XIVème siècle, les Bernardins de Bégard avaient acquis sur les Sept-Iles les droits qu’ils revendiqueront plus tard, auraient-ils permis aux Cordeliers de l'Observance de s’établir à Talvern ?

Ceux-ci y construisirent un couvent et une chapelle qui aurait été dédiée à Sainte-Anne — ce qui laisserait peut-être supposer qu’un modeste oratoire avait pu y avoir été fondé précédemment, les Cordeliers, comme les Bernardins étant particulièrement dévôts à la Vierge.

Les Cordeliers s’efforcèrent de défricher les quelques terrains de l’île qui pouvaient être mis en valeur. Ils n’en tirèrent que de maigres récoltes, insuffisantes pour leur nourriture.

Ayant la vocation de moines mendiants, ils ne pouvaient d’autre part solliciter les aumônes que sur le continent. Ils devaient, souvent par gros temps, affronter la mer entre l’île et Ploumanac'h où ils débarquaient à Pen ar Crec'h. Plusieurs d’entre eux y périrent.

C’est gratuitement qu’on leur a attribué certain défaut dont Alexandre Dumas a fait généreusement don au célèbre Gorenflot. S’il arriva à quelques-uns d’entre eux de commettre quelque légère faute de gourmandise c’est peut-être parce que l’excès des privations auxquelles ils étaient astreints ne leur laissait aucune résistance. Ces fautes, si elles existèrent, furent toujours individuelles, les Cordeliers de l'Observance se distinguant nettement des Cordeliers des couvents urbains qui, dans leurs tournées de mendicité, rencontraient d’assez fréquentes tentations.

Nous savons d’ailleurs, par une bulle du pape Nicolas V, datée des nones de novembre 1543 et adressée au frère gardien et aux autres frères du couvent, que leur vie y était très malheureuse.

Après avoir rappelé que « quelques frères de l’ordre de frères Mineurs et réguliers de l'Observance, désireux de vivre une vie solitaire » avaient construit aux confins de la Bretagne, un couvent avec un dortoir, un réfectoire et les autres édifices nécessaires, et qu’ils y avaient été gênés par « l’inondation de la mer » et par de furieuses tempêtes, il les autorisait, pour fuir les périls auxquels plusieurs d’entre eux avaient succombé, d’abandonner l’île de Talvern pour s’établir à « l’île de Port-Blanc » où le connétable de Richemont, connétable du roi de France, offrait de les accueillir, île où existait une église dédiée à saint Gildas.

Le pape y mettait pour condition que seraient détruits le dortoir, le réfectoire, le cloître et tous les autres édifices. Ils seraient reconstruits dans le lieu de leur nouvelle résidence où ils transporteraient tout ce qu’il leur serait possible d’emporter.

On ne sait pourquoi ces moines ne bénéficièrent pas de la permission qu’ils avaient sollicitée. Le connétable de Richemont, aurait-il changé d’avis ?

Ils n’en partiront qu’en 1483, avec l’autorisation du pape Sixte IV et aux mêmes conditions que celles exigées par Nicolas V, pour aller s’établir sur la rive gauche du Guindy, dans la paroisse de Plouguiel, où un seigneur du pays, Jean de Kerousy, et sa femme, Jeanne de Barac'h, leur accordaient un assez vaste terrain, situé au pied du bois voisin de leur manoir.

Ceux-ci, au nombre de sept ou huit, furent reçus solennellement le 2 Janvier 1483 par leurs bienfaiteurs et des membres de leur famille, notamment Jehan et Rolland Sclizon, seigneurs de Keralio. Et un acte fut rédigé devant le notaire Jean Jégot (ou Jégou).

Le duc de Bretagne, François II, avait aussi approuvé cette translation qui s’effectua au temps de l’épiscopat de Christophe du Chastel, évêque de Tréguier.

La nouvelle fondation devait se maintenir jusqu’à la Révolution ; les moines n’y portaient plus le nom de Cordeliers, mais celui de Récollets.

Le petit dominicain morlaisien, que la rédaction des Vies des Saints de Bretagne a rendu célèbre, Albert Legrand, après avoir rappelé ce transfert et écorché le nom de Jeanne de Barac'h qu’il paraît angliciser, ajoute : « La tradition est que, lorsque ces bons Pères quittèrent leur Isle pour se venir establir en terre ferme, il s’en trouva un qui n’en voulust bouger, disant que là où il avoit promis ses voeux à Dieu, là mesme il les rendroit et y demeura par permission de son Provincial, y vescut jusques à un âge décrépit et y mourut en opinion de saincteté, et de là ceste Isle fut nommée Enez ar Breur, c’est-à-dire l'Isle au Frère ».

La tradition a plus ou moins oublié le nom d'Enez ar Breur et le populaire, songeant aux Cordeliers qui l’avaient habitée, lui préféra celui d'Ile aux Moines.

Les Cordeliers émigrés à Plouguiel, les Bernardins de Bégard ne tardèrent pas à revendiquer la possession des Sept-Iles. Quand elle leur sera contestée au XVIIIème siècle, ils pourront faire état d’un aveu rendu au Roi, en sa Chambre des Comptes de Bretagne, le 2 Mai 1567, par Claude de Kernevenoy, premier abbé commendataire de l’abbaye de Bégard. On y lit que l’abbé rend notamment aveu pour une « Isle appelée les Sept-Isles où y avoit autrefois un couvent et monastère de Cordeliers, en laquelle y a présant vieilles mazures et emplacement d’églize et maisons ruinées par les Anglois durant les guerres... Item une autre isle, appelée l’isle de Milliau, vallant par commune année cent sols monnoye avec les isles cy-après nommées : scavoir l’isle de Ruic, Tavéac, le Bonnou, et l’isle Platte, qu’elles ne sont arrentées à raison qu’elles sont cernées de mer... ».

Un autre aveu rendu au Roi en 1579 par l’évêque de Saint-Flour, Pierre de la Baume, en sa qualité d’abbé commendataire de Bégard, et reçu également en la Chambre des Comptes de Bretagne à Nantes, reproduisait les mêmes termes.

Enfin dans la déclaration qui fut fournie à Rennes, le 8 janvier 1683, aux commissaires chargés de la « réformation » du domaine royal en Bretagne pour mettre fin aux usurpations qui s’étaient multipliées depuis au moins un siècle, par l’évêque de Saint-Brieuc, Louis-Marcel de Coëtlogon, en sa qualité d’abbé commendataire de Bégard, on peut encore lire :

« ... Autre isle appelée les Sept-Iles, où il y avoit autrefois un monastère et s’en veoid encore quelques vestiges... Autre isle nommée l’isle de Ruic, le Bonnou ou Tavéac et l’isle Plate, lesquelles ne sont arrentées étant cernées de mer en sorte que personne n’y ose habiter... ».

Cette déclaration ne fut pas contestée. Mais elle soulève de notre part plusieurs observations.

Tout d’abord, la dénomination d'isle des « Sept-Isles » ne peut se rapporter qu’à l'île aux Moines où fut établi le couvent des Cordeliers et qui fut habitée à plusieurs époques. On se rapporte invinciblement au nom primitif de Saith — l'île du Saint — et on doit penser que avec le temps, saint Guirec (ou tel autre saint) ayant été à peu près oublié dans son premier établissement, Saith fut déformé en Seiz qui signifie sept. Et ce serait par suite de ce contre-sens qu’on se serait ingénié à identifier sur le plateau rocheux qui les portent, sept îlots principaux.

En second lieu, il apparaît avec évidence que les moines de Bégard étaient fort mal renseignés sur les îlots dont ils revendiquaient la propriété. Ils en confondent plusieurs : Ruic, c’est-à-dire Rouzic, située tout à l’est du groupe îlots, avec Bonno, situé presque à l’ouest et avec Tavéac (Thomé) qui n’y appartient pas. Elle en est nettement séparée, mais ne fut jamais contestée aux Bernardins. Par bail du 18 septembre 1515, l’abbé Pierre de Kerleau avait pu l’affermer pour dix huit ans au seigneur de Kergouanton, dont le manoir était situé en Trélévern, tout en s’y réservant le droit de chasse, moyennant vingt sols de monnaie par an. D’ailleurs comme l’île aux Moines, Tavéac (Thomé) a été habitée à diverses reprises et il existe encore (1954) à Perros-Guirec, un patron couvreur qui y est né et qui n’a pas atteint l’âge des vieillards.

Note : Il ne faudrait pas considérer, comme on l'a fait trop souvent, que l'île Tomé (ou Thomé), dont le nom breton est Taveak ou Tavéek pût faire partie du groupe des Sept-Iles. Thomé est située dans le sud-est des Sept-Iles.

Enfin, dans l’aveu de 1567, il est fait allusion aux ruines causées par les Anglais à l'île aux Moines, durant les dernières guerres. Rien de plus exact. Mais les méfaits des Anglais ne se sont pas bornés à cette période. Ils firent souvent, eux et leurs sujets de Jersey et de Guernesey, de l'île aux Moines, comme un poste avancé de leur contrebande avec le continent. Elle s’exerçait en plusieurs points de la côte, notamment près du Skéwel (pointe de Ploumanac'h) dans l’anse toujours connue sous le nom de Pors Laëron (l’anse des voleurs).

C’est au reste, pour remédier aussi bien aux destructions des Anglais qu’à leurs campagnes de contrebande qu’il fut décidé, au nom du roi, seigneur supérieur de l’île, de construire un fort, sur l’île aux Moines. Les Bernardins de Bégard ne paraissent pas y avoir fait la moindre opposition.

Sa date, est de 1720, ce qui suffit à prouver qu’il n’a pu être construit par Vauban, comme on le répète couramment. « Le grand maître de l’artillerie et des fortifications » était, à cette époque, mort depuis plusieurs années. Ce fut l’un de ses élèves « architecte et ingénieur du roi », en résidence à Saint-Malo, Siméon Garengeau, qui en dressa les plans et en assuma l’exécution.

Perros-Guirec : le fort des Sept-Iles (Bretagne)

Cependant ce fort ne fut pas immédiatement occupé par une garnison, comme le montre l’incident suivant.

Un peu avant 1730, un pilote du département de Lannion au service du roi, Pierre Tassel, avait obtenu de Robert, intendant de la marine de Bretagne, l’autorisation de s’établir à l'île aux Moines. Il se proposait « d’empescher le transport des chanvres de la terre ferme dans les isles où les habitants de Gersay et Grenezay venoient les acheter en fraude aux gens du pays ». Produits stratégiques, s’il en fut, au temps de la marine à voiles, pouvant notamment servir à la confection des voiles et des câbles de toute nature.

Tassel, fort de la permission accordée, y construisit une cabane et défricha quelques arpents de terre. Il y rendit de réels services, « ayant, dit un rapport officiel, non seulement empesché plusieurs contraventions et fraudes, mais sauvé plusieurs bastiments et barques du danger du naufrage et facilité la coupe du goësmon à toute la côte ». Pour ces services, il n’avait d’ailleurs reçu aucune récompense.

Avait-il gêné le trafic suspect de quelques vassaux de l’abbaye de Bégard ? Toujours est-il que le procureur fiscal de la juridiction de Penlan avertit les moines d’une occupation pour laquelle leur assentiment n’avait pas été sollicité. A la requête du procureur cellerier, Tassel fut assigné, le 10 Octobre 1732, à comparaître devant le sénéchal et juge unique de la juridiction de Penlan, pour s’entendre condamner à déguerpir et à payer la somme énorme de cent livres par an pour tout le temps qu’il avait résidé à l’île aux Moines.

Un procès s’ensuivit. Tassel, par sentence définitive du 3 Mars 1733, fut condamné à payer quatre cents livres aux Moines de Bégard, mais non à déguerpir. Puis les mois s’écoulèrent sans qu’il eut reçu la moindre signification d’un sergent féodé et il put se rassurer. Tranquillité trompeuse ! Au mois de septembre 1734, le procureur cellerier, Bonnaventure Hervieu, accompagné de nombreux paysans et de sergents armés de fusils, s’embarquait à Pencrec'h à la pointe extrême du port de Ploumanac'h et se rendait à l'île aux Moines où l’installation de Tassel fut détruite, ses meubles et ses effets saisis.

Dans cette extrémité, Tassel demanda secours au comte de Boisbilly, lieutenant de l’amirauté royale à Morlaix. Celui-ci s’empressa de saisir de l’affaire le comte de Toulouse, engagiste du domaine royal de Lannion, pour que l’affaire fût portée devant le Conseil privé ou le Conseil d’état.

Le comte de Boisbilly assurait que la décision de la Commission de Réformation de Rennes, en date du 8 Février 1683, reconnaissant la possession des Sept-Iles à l’abbaye de Bégard, ne devait compter pour rien devant l’édit du roi du mois d’août 1708, donné à Fontainebleau, qui déclarait toutes les îles et tous les îlots dépendre du domaine royal.

Une enquête fut confiée à Freteau, inspecteur général du domaine qui se livra à une étude approfondie de la question. Finalement il fut reconnu que la propriété des Sept-Iles appartenait réellement de l’abbaye de Bégard.

Quant au malheureux Tassel, on ne sait ce qu’il est devenu.

Bretagne : Histoire, Voyage, Vacances, Location, Hôtel et Patrimoine Immobilier

LA GARNISON DE L'ILE AUX MOINES.

Peu de temps après cet incident, la guerre ayant éclaté une fois encore entre la France et l'Angleterre, une garnison fut établie à l'île aux Moines. Dès 1747 et peut-être un peu auparavant, elle avait reçu un aumônier en la personne d'Henry Potel.

Perros-Guirec : fortifications de l'île aux Moines (Bretagne)

Il faut croire que certains officiers de cette garnison possédaient de grandes capacités dans les sciences de la marine, puisqu’il paraît bien, que les frères Raoul, de Tréguier (Joseph, né en 1767 et Ange-Marie, né en 1769) y complétèrent leurs études de mathématiques et d'hydrographie. Devenus capitaines au long cours, ils furent sous la Révolution et sous l'Empire, des marins éprouvés qui rendirent à la France de signalés services.

Une tradition veut que les soldats de la garnison de l'Ile aux Moines, à peu près inactifs dans l’attente d’événements qui ne se produisaient guère, s’y soient fort ennuyés. Ils discréditaient, dit-on, à l’envi, leurs aumôniers, aussi bien Henry Potel que Jean Jégou (1762) ou le frère Augustin, de Lannion, Félix Tesson (1772-1793) pour obtenir la permission d’aller accomplir leurs devoirs religieux en l’église de Perros-Guirec. C’était évidemment un prétexte, dont les officiers n’étaient pas dupes, pour aller à terre dans l’espoir d’y trouver des plaisirs de tout temps et partout recherchés par les militaires, et qui leur faisaient totalement défaut dans l’île.

Si la garnison fut maintenue à l’époque révolutionnaire, elle fut sensiblement réduite. Or, elle n’avait jamais été importante. Aussi ne put-elle guère s’opposer aux émigrations, en admettant qu’elle en ait eu le ferme propos. Les Sept-Iles furent assez souvent la première étape sur le chemin de l’exil. Ce fut notamment celle de Mgr. Le Mintier, dernier évêque de Tréguier. Ayant pu s’enfuir de son palais épiscopal par une porte donnant sur la campagne, il trouva très momentanément asile au château du Boisriou, en Trévou-Tréguignec, avant de passer aux Sept-Iles d’où un bateau attendu le conduisit à Jersey. Plus tard, il gagna l'Angleterre où il devait y mourir.

Heureux temps pour les marins de la côte perrosienne qui après s’être spécialisés dans la contrebande (ce qu’ils firent encore à l’époque du blocus continental) trouvaient des bénéfices parfois appréciables dans le passage des prêtres assermentés et des nobles émigrés.

La Révolution avait trop à faire pour s’occuper du sort des Sept-Iles ; d’autant plus que la région de Lannion fut à peu près indemne de Chouannerie. C’est tout au plus si, en 1793, la Société Populaire de Lannion pétitionna pour que les nobles et leurs tenants, déjà astreints comme suspects à se présenter à l’appel des administrateurs fussent enfermés au « château », c’est-à-dire dans le fort de l'île aux Moines.

Sous le Consulat, des mesures de protection furent prises contre les tentatives des escadres anglaises. Par un arrêté du gouvernement consulaire du 8 prairial an IX (28 Mai 1800) une force spéciale fut créée en supplément des gardes nationales, celle des canonniers gardes-côtes, qui devait être recrutée de préférence dans les communes maritimes. Elle se composait de cent compagnies échelonnées de Bruges à la Corse. Le département des Côtes-du-Nord (aujourd’hui Côtes-d’Armor) dut fournir 288 hommes qui furent répartis en trois compagnies les 32ème, 33ème et 34ème. Deux d’entre elles étaient sédentaires : l’une d’elles fut cantonnée à Bréhat, l’autre aux Sept-Iles où elle eut un corps de garde à sa disposition. Elle disposait aussi de 17 pièces de canon, onze de 18, qui seront encore à l'île aux Moines sous Louis-Philippe, et deux de 4 (canons de campagne).

Cette compagnie des Sept-Iles fut souvent mise en état d’alerte et parfois la poudre parla. D’ailleurs dès l’an XI, la défense fixe des côtes fut complétée par une défense mobile confiée à des chaloupes. Ce fut le Venteux qui fut chargé de la surveillance entre Perros et les Sept-Iles, tandis que la Protectrice l’était entre Perros et Bréhat.

En 1803, aux canonniers gardes-côtes, avaient été substitués 30 hommes appartenant au 70 régiment de ligne. En mars 1811, la garnison était composée de 40 hommes, appartenant successivement aux voltigeurs du 4ème Régiment suisse, puis au 10ème léger, avant d’en revenir aux grenadiers gardes-côtes.

Ils vivaient d’une existence bien retirée, ignorants de la majeure partie des événements essentiels de l'Empire. Il est assez remarquable qu’ils n’aient connu la nouvelle de la naissance du fils de Napoléon, le roi de Rome, que par les cent coups de canon tirés en son honneur, par une escadre anglaise croisant dans les parages.

Grâce à cette garnison et à la chaloupe de la défense mobile, les Sept-Iles furent plus d’une fois utilisées pour la relâche des corsaires français ou de convois de leurs prises. René Durand (Le Département des Côtes-du-Nord sous le Consulat et l'Empire, t. II, p. 376) a résumé quelques-uns des incidents du début de 1811.

« En février 1811, écrit-il, le commandant de la place Buhot signale l’arrivée d’une prise anglaise de 300 tonnes venant des Indes, chargée de sucre, café, indigo, cochenille : valeur 2 millions et demi. Cette prise fut dirigée sur Saint-Malo. En mai de la même année un convoi français de huit voiliers, dont une canonnière d’escorte, allant de Perros à Brest, fut attaquée à la hauteur des Sept-Iles, par une corvette anglaise. La canonnière fut prise, ainsi qu’un sloop ; les six autres navires purent se réfugier dans la baie de Lannion. Le 28 du même mois, attaque sans succès dans les mêmes parages, d’un convoi de 23 voiliers allant de Perros-Guirec à Brest par un vaisseau anglais. Les croisières anglaises se risquaient jusqu’aux abords du littoral proprement continental ».

L'Empire tombé, le calme revint. Mais la garnison de l'île aux Moines fut maintenue et des installations nouvelles furent même édifiées pour la commodité de ceux qui la composaient, de manière à leur donner la possibilité de pourvoir eux-mêmes à l’essentiel de leur nourriture.

Le président Habasque, qui publia en 1832 ses Notices... sur le littoral du département des Côtes-du-Nord a décrit ainsi, après les avoir visitées, les fortifications des Sept-Iles :

« ... Inaccessible au Sud et couverte à l'Ouest par une chaîne de rochers contre lesquels la mer se brise avec violence, l'île aux Moines n’a rien à redouter sur ses divers points.

On a construit sur cette île un fort et sept batteries. Ils sont armés de onze canons, huit de 18 et trois de 6. Ces canons sont montés les premiers sur affûts marins et les derniers sur affûts de côte. Le Guerlen ou Guerleno (Gouarlem), batterie de l'Est de l'île défend l’unique endroit où les vaisseaux et les frégates peuvent mouiller au Sud de l'île Bonneau (sic).

Il existe à l'île aux Moines, des puits, un logement pour un lieutenant du roi, pour quatre officiers et pour un garde d’artillerie du génie.

On y entretient une garnison qui, depuis longtemps, est commandée en temps de guerre par un capitaine, en temps de paix par un sergent...

Deux mots sur l'île Bonneau (sic) : facilement abordable sur tout son pourtour, on y a construit une batterie de cinq pièces de canon qui se lie avec les autres établissements de l’île au moyen d’un retranchement qui suit la sinuosité de la côte, de manière à en éclaircir le mieux possible, tous les replis... ».

Le président Habasque exagérait assurément les facilités d’accostage. Mais les précautions avaient été bien prises. Elles devaient être superflues car il n’y eut pas à combattre avec l'Angleterre. Aussi la faible garnison de l’île ne cessa-t-elle guère d’être commandée par un sergent, auquel étaient adjoints un « portier-consigne » et un gardien de batterie.

Perros-Guirec : l'ancien phare des Sept-Iles (Bretagne)

Quand éclata, en 1898, la crise de Fachoda, la garnison avait été depuis plusieurs années retirée de l'île aux Moines qui demeura assez longtemps soumise à l’autorité militaire. Peu à peu les batteries des Sept-Iles comme celles de Ploumanac'h, de Perros et de Trélévern furent désarmées et leurs canons soit transportés dans des endroits jugés plus utiles soit remis à divers services qui en assurèrent la destruction (Léon Dubreuil, archives de la Société d'Emulation des Côtes-d'Armor).

 © Copyright - Tous droits réservés.