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Les membres de la seigneurie du Vieux-Marché

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La terre du Vieux-Marché était, sans contredit, un des anciens et riches apanages du comté de Penthièvre. Elle comprenait six membres principaux qui étaient : les paroisses de Plouaret, de Plounèvez-Moëdec, Lanvellec, Coatannos, Coatanay (forêts), la châtellenie de Saint-Michel (près de Guingamp), en Plouisy, et la moitié environ de la paroisse de Kermoroch.

Les diverses terres qui composaient cette seigneurie étaient ou afféagées, ou affermées, ou possédées à titre de domaine congéable. Toutes les maisons et terres et maisons afféagées n’excédaient guère cinquante ou soixante centimes et les redevances des fermes étaient, pour la plupart, en nature. Les rentes de froment étaient les plus importantes ainsi que celles d’avoine et de seigle qui étaient aussi assez nombreuses. Si nous signalons maintenant quelques modiques redevances en argent, en poules, en chapons, en pâturages, en poivre, en poissons, en gants blancs, etc., nous aurons complété le sommaire de la recette annuelle de la châtellenie. Les forêts et les grands bois, réservés par le seigneur, s’exploitaient à son bénéfice.

Les coutumes ou octrois des foires et marchés, les amendes de la cour ou juridiction, la vente des offices à la mort des titulaires et les rachats des vassaux formaient enfin le dernier chapitre de la recette de cette seigneurie.

Pour apporter nos preuves avec nous, nous allons faire ici quelques extraits des cartulaires de la châtellenie.

Le seigneur du Vieux-Marché est inféodé tout temps d’avoir le proche ou arrière fief sur toutes les maisons et terres qui sont situées en la paroisse de Plouaret, sauf sur le fief que le seigneur de Grand-Bois (le Coëtmeur, en la paroisse de Landébaeron, lequel Coëtmeur était un membre de la Roche-Jagu), comme aussi d’avoir le fief sur toutes les terres et les maisons situées en la paroisse de Lanvellec, jusque ce ruisseau, qui se nomme la rivière du Quinquis, et la souche qui fait la séparation du dit fief du Vieux-Marché de celui de Guingamp et de même d’avoir fief ou arrière-fief sur toutes les maisons ou terres qui se trouvent en Plounévez, fors le fief de Querbrigent qui est partage du Vieux-Marché. Tout cela étant conforme aux aveux fournis à la dite seigneurie ou châtellenie, depuis 1300, où un seigneur de Rosembo était juge du Vieux-Marché, laquelle maison de Rosembo continua à fournir des juges à ladite cour, jusqu’en 1550. Dans ces dits temps, il y avait aussi un sergent de la même cour dans les dites trois paroisses, pour l’exploitation (sic) du fief du Vieux-Marché, ce qui est prouvé par plusieurs procès-verbaux de bannies répétés en justice pour les assignations des vassaux aux hommages et afféagements.

On s’est pareillement inféodé du droit de patronage et fondateur des églises de Plouaret, Plounévez et Lanvellec, chapelles et chapellenie où étaient en supériorité les armes des Guergorlay, de Monfort, de Laval, de Coligny, auxquels seigneurs la terre du Vieux-Marché avait appartenu, avec les armes de leurs alliances et on les y voit encore aujourd’hui (1640).

Ce doit être si incontestablement au seigneur du Vieux-Marché que lors du transport fait de cette terre en 1555, aucun seigneur ne disputa lesdits droits à l’acquéreur.

Il est aussi porté et justifié par les titres que tout ce que le commandeur du Palacret (en St-Laurent ou Lanlaurent, près Guingamp), et les abbés de Bégar et du Rélec tiennent aux dites paroisses, est une donation du seigneur du Vieux-Marché, à condition de relever de la seigneurie. Il est prouvé aussi, suivant les titres, que, depuis 1300, les paroisses de Plouaret, Lanvellec, Plounévez, étaient obligés de tenir leurs audiences dans l’auditoire du Vieux-Marché ; il y a même des arrêts à ce sujet qui font défense de relever les appelations des arrières fiefs, ailleurs qu’au Vieux-Marché, sous peine de nullité, intérêts et amendes. ".

Sommaire de quelques rentiers, plaids généraux et aveux de la même seigneurie.

" Les hoirs (les enfants), 1567, de Bastien de Belle-Isle, seigneur de Kerborn, à présent à dame de Perrien, sa fille : 3 sols. 

Yves de la Haie, seigneur dudit lieu : 4 sols. 

Morice de Kercabin, seigneur de Kerlan (Plounérin) : 18 sols 4 deniers. 

Le sieur de Kerdelabaie (Plounévez), cause ayant de Ollivier de Pontplancoët, dessus des héritages, en Plounévez : 2 sols. 

Le sieur de Kerdelahaic, dessus sa maison au Vieux-Marché : 12 deniers. 

Pierre de la Haie, seigneur de Guernancam : 4 deniers. 

On voit encore les armes de ce dernier sur la chapelle du Vieux-Marché. Il portait d’argent à trois bandes d’azur, au franc canton aussi d’azur. Guernancam, le Launay du Camp. 

Rolland de Guergorlay, seigneur du Cleuzon, en Plougonver, dessus Keriavily : 3 sols. 

Rolland de Coëtrieu, sieur de Pont-Blanc, dessus ses héritages dans la seigneurie : 3 sols. 

Claude de Poulcroix, sieur du dit lieu, dessus ses héritages, id : 6 sols. 

Loys de Quénechcan ou Quénécan, sieur de Querprigent et Kerpabu (Plounévez), à présent au sieur du Cleuzon : 6 sols. 

Louis du Cozkaer : 12 deniers. 

Allain de Kermellec, dessus Kermelec : 4 deniers. 

Jan Le Lay, dessus Kermaben : 12 deniers. 

Louise Le Cozic, dame de Keruhel : 2 deniers 

Le seigneur de Guéméné (Rohan), à cause de sa terre de Keranraix, à présent la dame du Coëtmeur. 

Guillaume d’Acigné et Gilette Péan, sieur et dame alors de Coëtmeur. 

Le commandeur du Palacret, à cause de Kermenec’h et St-Jean : 20 sols. 

L’abbé du Rélec, à cause de ses terres à Lanvellec : 4 tourtes. 

Toutes les maisons du Vieux-Marché étaient afféagées moyennant une rente de 50 centimes, environ, l’une. Le four à ban dudit lieu était affermé, en 1520, vingt-cinq sols, et celui de Saint-Michel, près de Guingamp, trente-quatre sols. 

Les deux moulins du Vieux-Marché, appelés Moulin-Veil (vieux), et Moulin-Neuf, trente cinq sommes de froment (à raison de 200 kil. la somme environ). Les moulin de Coatanay, c’est-à-dire le moulin du château, et celui de K.. (illisible), quatorze sommes de froment, plus deux renées (à raison de 50 kil. la renée), et les moulins de St-Michel, trente-sept quartiers de froment (le quartier étant de 100 kil.). La halle, la prison et la geole, trente livres. La ferme des poids et des balances, onze sols. Les cheffrentes de Coatanhay, soixante-dix sols six deniers. Celles de St-Michel, quarante-cinq sols six deniers. Celles de Kermoroc’h, cinq sols six deniers. Les cheffrentes de Ploeizi (paroisse de la châtellenie de St-Michel, près de Guingamp) montant en gros, selon les précédents comptes, à deux sols huit deniers et un faes d’herbes, et le dit faes d’herbes doit être rendu sur la muraille du cimetière de l’église parochialle de St-Gille et y être de trois sortes et trois couleurs de treffes, et lié de trois herts de genêts arrachés de terre et doibt poiser un quartier de froment (100 kil.), et le doivent à présent les héritiers de JéhanHenri, seigneur, en son temps, de Kernabat. Le comptable se charge encor de trois pères de gants blancs, dus à mon dit seigneur chacunan, en la seigneurie de Coetanhay (de Trobodec probablement). Le paturage de la dicte forêt de Coatanhay, sept livres dix sols. Taux et amendes des deux cours de St-Michel et le Vieux-Marché, au dit an 1536, neuf livres six sol. Pour les rachats de Jéhan Robert, sieur de Rumarquer (Plouizy), Jéhan de Kermellec, sieur du dit lieu, Lucresse de Roscerf, Allain de Kermellec, époux de Jéhanne de Lescoet, Jéhan Le Cozic, époux de Jéhanne de Kergournadech, sieur et dame du Keruhel ; Yvon Le Beuf, sieur, en son temps, de Kerminihy, reçu cent quarante-ouit livres, 78 sommes et trente-deux quartiers de froment, cinquante-six sommes d’avoine, dix renées de fèves, deux chapons, seize poulles, trois sommes gros blé et une charretée de fan (foin). Pour rachat de vassaux non nobes, la même année 1520, douze sommes de froment, deux renées et quinze sommes d’avoines et gros blé. "

Toutes les rentes qui précédent sont des cheffrentes dues par les arrières-fiefs et autres seigneuries de Plouaret, de Lanvellec, Plounévez, etc., et attestant que ceux-ci relevaient prochement du Vieux-Marché et ligement de Guingamp. Quant à la chapelle de la dite ville du Vieux-Marché, le seigneur du lieu en était bien le fondateur, mais elle appartenait à la fabrique de Plouaret. Témoin le procès que la dite église paroissiale soutint, en 1635, contre le seigneur du Vieux-Marché, au sujet du clocher, lequel en s’écroulant entraîna dans sa chute les halles qui en étaient presque contiguës et qui appartenaient au seigneur du lieu. Une information faite par le lieutenant du roi, en la juridiction de Tréguier, va éclaircir et faire disparaître le doute qui a jusqu’ici subsisté à ce sujet. Au lieu de reproduire les dépositions des vingt-deux témoins, qui sont entendus dans ce litige, nous nous contenterons de citer textuellement la première.

"  Du mercredi 28e mars 1635, écuyer Jehan Le Lay sieur de Kermaben, demeurant en son manoir de Kermaben, paroisse de Plouaret, âgé de cinquante-trois ans. Le témoin dépose que par le temps de dix-huit ans, il a vu cueillir la disme de la paroisse de Plouaret et être certain que l’on y emploie la frairie du Vieux-Marché comme l’une de celles qui dépendent de cette paroisse et, qu’en la chapelle du Vieux-Marché, appelée N.-D. de Consolation, il se fait des enterrements par les habitants du dit Vieux-Marché et de la paroisse, sans que pour cela il fut requis de demander le consentement du seigneur et que les offrandes qui y tombent l’on en tient compte au recteur de la dite paroisse et non au dit seigneur ni à ses officiers, comme il se pratique dans les autres chapelles de la paroisse, que le recteur prend le tiers des dites aumônes et que le général (conseil de fabrique d’aujourd’hui), dispose de plusieurs rentes dues à la dicte chapelle, dit le dit témoin qu’il y a aussy une chapelle particulière appelée N.-D. de Bon-Secours, dans l’enclos de l’ancien château du Vieux-Marché que l’on tient être la chapelle du seigneur du lieu et avoir vu observer jusqu’à présent que le recteur et autres prêtres de Plouaret viennent à toutes les festes de Notre-Dame chanter la messe et les vêpres en la chapelle du Vieux-Marché, que les habitants du Vieux-Marché font leurs pâques en l’église de Plouaret et que le dit seigneur n’a jamais prétendu aucune prétention en la chapelle du Vieux-Marché, autre que les marques de supériorité, de fondateur, et de patron, comme étant situé en son fief, dit outre avoir entendu le seigneur du Vieux-Marché avertir les paroissiens de Plouaret de prendre garde, crainte pour eux de grands inconvénients et dommages dans le cas que la chute de la dicte tour neut ruiné la halle ".

La tour en tombant ayant fait écrouler les halles, on plaida et la paroisse de Plouaret ayant été déclarée propriétaire de la chapelle, les paroissiens furent condamnés à restaurer les dites halles à leurs frais et dépens.

La donation faite de cette chapelle à l’église de Plouaret, à la fin du XVIIIème siècle, par le lieutenant général La Fayette, seigneur alors du lieu, n’était donc qu’une véritable mystification dont Plouaret et le Vieux-Marché sont restés longtemps victimes et qu’ils ont surtout payée cher. Cette chapelle dont les origines se perdent dans celle de la fondation de la foi dans la châtellenie, bâtie par la foi et la munificence des fidèles paroissiens et par celles de pèlerins, a appartenu de tout temps à la paroisse de Plouaret, jusqu’à l’érection du Vieux-Marché en succursale. A dater de cette époque la propriété en passait de droit au Vieux-Marché, par le seul fait qu’elle se trouvait dans les enclaves tracées par les délimitations de la nouvelle succursale.

Les forêts étaient celles des Coatannos et Coatanhay. Ici nous devons toutefois faire remarquer que, dès la fin du XVe siècle au moins, la forêt de Coatannos fut distraite de la terre du Vieux-Marché et réservée par le comte de Laval. Le dossier d’un procès soutenu, à cette époque, par Ollivier de Quelen, seigneur du Dresnay, contre le comte de Laval, au sujet d’une parcelle de bois appelée Guern-ar-Vouillen, prouve que cette forêt appartenait alors au comte de Laval et démontre en même temps que tout le pays, qui sépare aujourd’hui le bourg de Gurunhuel du Guerlesquin, était alors tout couvert de bois, si bien que les bois de Beffou, de Trogorre, du Dresnay, de Coatannos et de Coatanhay, ne formaient, à cette époque, qu’une seule forêt, ayant au moins vingt-quatre kilomètres de longueur. La forêt de Beffou ou du Marquis a appartenu successivement aux Plougras, Trogorre, du Parc, Cosquer et Le Pelletier de Rosambo.

Le fief de Grand-Bois, en Plouaret, hors la mouvance du Vieux-Marché et dont nous avons parlé plus haut, consistait en deux petites terres seulement. Le Grand-Bois, en Landébéron, sur le bord de la voie gallo-romaine de Carhaix à la Roche-Derrien, à Tréguier et au Port-Blanc. La motte de l’ancien castel, entourée de douves profondes, existe encore. A Kerloguan (lieu de la bataille), près de Grand-Bois, on a trouvé des urnes remplies de cendres noires et grasses, d’ossements et de charbons.

Vers 1300, un sire de Péan vient s’établir au château de la Ville Marion, près de Dinan.

François Péan, sieur du Grand-Bois de la Ville-Marion, cousin germain du sire de Clisson, épousa N…, fille de Henri du Parc et de Marie du Chastel, pére et mère de Geffroy qui épousa Sibille Madeuc, fille du sieur de Guemadeuc, pére et mère de Rolland Péan , qui épousa Marguerite de Tréléver, qui fit ériger le Grand-Bois et la Roche-Jagu en baronie, en 1451 (estats de Vannes), 20 may, ce jour fut publié le mandement du duc contenant l’institution de Banneret pour messire Rolland Péan, sieur de Grand-Bois et de la Roch-Jégu, o congé d’avoir justice à quatre posts es terres et fiefs, etc.). A Rolland succéda Jéhan, qui épousa Isabelle de Malestroit et fut tué à la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier. Françoise Péan, héritière de la Roche-Jagu, le Grand-Bois, le Launet-Névet, en Brélévenez (Le Launet-Névet était le siège du fief dominant dans les paroisses de Brélévenez, Kermaria, Louannec, Servel et Trégastel. Il avait pour limites, au nord et au midi, la Manche et le ruisseau qui alimente le Guer, en passant au pied des murs du presbytère de Lannion et en traversant le faubourg des Buttes, au nord de cette ville). Des d’Acigné ces terres passèrent aux Richelieu, qui vendirent, en 1775, le château et le fief de la Roche-Jagu aux Gonidec de Tressan qui les possèdent encore de nos jours. Nous pensons que les Péan, qui habitent aujourd’hui les environs de Dinan, doivent se rattacher, comme jureigneurs, aux Péan de la Roche-Jagu et du Grand-Bois.

Les dîmes du Vieux-Marché, de Kerouez, Kertudou, Plounévez, Keryvault, Lesmoyen, Kerdouallen, de l’hôpital de Keraménach-Plounévez, Coetmorvan, Coetanhay, Kermoroch, Lanvellec, Saint-Michel, etc., étaient affermées moyennant trente-quatre mille livres de froment.

Aveu des seigneurs de Coetfrec (1412), constatant que les terres de Rosambo (note 1), Leznévez, en Lanvellec, appartenant au sire de Penhoet, étaient dans les enclaves de la seigneurie du Vieux-Marché, avec leurs dépendances, etc. Aveu de dame Louise de Lescoet, veuve de Vincent de Perrien, seigneur de Kerborn (note 2), attestant que le fief de ce nom relevait de la châtellenie du Vieux-Marché, dont il était un ramage, 1670.

Note 1 : la châtellenie de Coetfrec, en Ploubezre, a été successivement possédée par les Coetfrec, Coetgoureden, 1773, Kerimel, Penhoet, la Touche, du Parc, Cosquer, et le Pelletier. L’ancien château du Cosquer (avec chapelle dédiée à saint Quay) se trouvant dans la châtellenie du Vieux-Marché, nous allons donner ici un extrait de la généalogie de cette famille. Allain du Cosquer vivait en 1364 et habitait le château de ce nom, en Plounévez. Briand épousa, en 1400, Marguerite de Kergorlay. Allain épousa Marguerite de Pont-plancoet. Pierre, qui vivait en 1480, épousa Guyonne de Clisson. Yves épousa Amice Tomson. Michel épousa Constance de La Lande. Yves, fils d’Yves, qui vivait en 1550 avait pour épouse Françoise de Kernoechriou, François, fils d’Yves, épousa, vers 1586, Marie de Kerhoent. François épousa Claudine du Parc de Coetfrec, et eut d’elle, par contrat de mariage, les terres de Rosambo, en Lanvellec, et celle de Barach, en Louannec. Joseph du Cosquer, sieur de Rosambo, etc ., épousa, en 1654, Marie Gourello, Geneviève-Josèphe du Cosquer, héritière de Rosambo, Barach, etc., épousa, le 29 janvier 1680, Louis Le Pelletier, premier président du Parlement de Paris. D’où les Pelletier de Rosambo.

A cette époque, dans l’espace d’un demi-siècle, les plus riches maisons de la Basse-Bretagne tombèrent en quenouille et leurs héritières , en épousant les unes des hommes d’épée, les autres des hommes de robe, désertèrent leurs modestes clochers et leurs paroisses bretonnes, pour aller jeter, une à une, leurs grandes terres dans l’un de ces gouffres sans fond qu’on appela Paris, ou tout autre grand centre de population, de littérature, d’industrie, d’art ou de commerce. Témoins l’héritière de Rostrenen, qui épousa le duc d'Elboeuf, l’héritière de Bréhan qui épousa le duc d’Aiguillon (Richelieu), l’héritière de la Rivière, qui épousa le premier président du Parlement de Paris. Dans ces grandes cités, nos baronnes, nos châtelaines bretonnes trouvèrent pour elles et pour leurs enfants, en échange de leurs grands fiefs, de riches et puissants affiliés des sociétés secrètes, des parlements, en révolte ouverte contre l’autorité du roi et contre celle de l’église, une littérature qui, il est vrai, a formé notre langue, mais aussi impie, licencieuse, obscène, pleine de scandales et surtout sans enseignement pour leur montrer la voie encore des insurgés des crises politiques et militaires, du papier timbré, du tabac et bon la conspiration de Pontcallec. Ainsi, on l’avouera avec nous , les hallucinations des richesses et de la fortune ont parfois donné la main à la révolution pour dissoudre ce vaste réseau, qui couvrait jadis toute la France et qu’on appelait la féodalité.

Note 2 : La maison de Kerborn (Ker an Borgne) était une juveigneurie du Vieux-Marché comme Guernachannay était une juveignerie de Kerbord (village de la borne militaire). Les villages de ce nom sont nombreux en Basse-Bretagne et se trouvent toujours sur le bord des anciennes voies. Il en est de même des Kerleau (village de la lieue). Tout le bourg de Plouaret et tous les villages voisins relevaient de Kerborn.

Dans un aveu rendu à cette seigneurie, en 1570, nous avons compté soixante sept convenants ou terres, lesquels étaient situés en Plouaret, Lanvellec ou Plounévez. La chapelle de St-Carré ou N.-D. de Pitié, en Lanvellec, se trouvait dans les enclaves de ce fief. Les seigneurs de cette terre étaient, à ce titre, les premiers prééminenciers de cette chapelle ainsi que de l’église de Plouaret (après les seigneurs du Vieux-Marché). Cette maison a aussi donné un abbé au Rélec en 1479, un autre à Bégard en 1428 et un commandeur au Palacret en 1463, dans le XVe siècle.

Aveu du seigneur de Guernachannay (note 3) avouant que cette seigneurie était dans la mouvance du dit même fief lige avec toutes ses dépendances :

Aveux des seigneurs du Pontblanc (note 4), Keranray (note 5), constatant que le châtelain du Vieux-Marché était seigneur suzerain de toute la paroisse de Plouaret. Aveu de Gillette de Kergariou, comme héritière de défunts Morice,Ollivier,Yves et Marc-Anthoine de Kergariou, vivants seigneurs de Porsanparc, ses père, frères et neveux, à cause de sa terre de Porsanparc et dépendances. Le seigneur de cette terre récoltait, année moyenne, cent soixante milliers de foin. C’était peut-être la plus grande et la plus riche pâture de l’ancien Tréguier.

Aveu de messire Jacques-Charles de Cleux, chevalier seigneur du Gage, fils aîné de feu messire Julien de Cleux, chevalier seigneur de Gage et de dame Claude de Quergorlay, sa veuve, ses père et mère demeurant au château des Salles, trève de St-Michel, paroisse de Ploysi, lequel avoue (1701) qu’il possède sous très-haut, etc. (Lesquelles terres et héritages relevaient, prochement et en arrière-fief, du Vieux-Marché, et, ligement, de Guingamp.)

1° Le lieu et château des Salles, consistant en un grand corps de logis, tourelles, etc., avec jardin et chapelle y étant sur le chemin qui conduit de la porte St-Michel à l’abbaye de Ste-Croix, de l’autre côté sur la rivière du Trieux, avec ses issues et rabines menant du château à Callac et à la dite abbaye.       

2° La chapelle de St-Sébastien, chapelle prohibitive de la maison des Salles (c’est-à-dire appartenant au propriétaire du château) et situé près du diit château, au-dessous de la rue noble des Salles. Le placitre, issues et rabines y étant. 

3° La maison où est le four à ban du dit château. 

4° Le moulin des Salles, sur la rivière du Trieux et au-dessus du moulin de Guingamp, traversant l’écluse à travers la dite rivière et arrivant d’un bout jusques sous la chapelle de Rochefort ; d’autre côté de la rivière, en la paroisse de Ploumagoer, avec tout le distroit, poursuite, contrainte et devoir de moulte sur les moulants blés au dedans de la banlieue de la ville de Guingamp, hors icelle ville close et paroisse de N.-D. de Guingamp et faubourg de St-Sauveur, couvents des Jacobins et Cordeliers. 

5° Suit la nomenclature des terres formant aujourd’hui le parc du château.                

6° Toute la rue noble des Salles (avec une rente de trois sols par maison).                  

7° Les prééminences appartenant au dit seigneur du Gage, à cause de sa terre des Salles, consistant en l’autel St-Barbe, situé sous le chantereau (note 6) hors le chœur, à main gauche quand on y entre, dans lequel autel il y a un écusson en bosse, en pierre, armorié d’un eschiquier qui sont des armes de la maison des Salles. Sous le marchepied du dit autel et à distance de lui de neuf à dix pieds il y a un grand banc contenant six pieds et quatre pouces de largeur et cinq pieds de longueur, le tout est situé sous la tour du milieu bâtie en pyramide avec les tombes qui sont dans la distance entre le dit autel de Ste-Barbe et le dit banc. Plus un autre autel en la dite église, situé proche où étaient autrefois les fonds-baptismaux et à gauche de la grande porte par laquelle on sort de la dite église sur le château, nommé l’autel de St-Nicolas et Ste-Catherine, et plus haut une grande vitre armoriée au premier soufflet des armes de Bretagne et à côté de deux eschiquiers (note 7) d’argent et de gueules à un chef d’or. Celui du milieu, mi-partie avec une tête et demie de levrier d’argent en champ d’azur (champion). De plus les tombes et enfeus étant dans l’enclos du dit autel des deux côtés jusqu’où étaient autrefois les fonds-baptismaux et au pilier de jouxte même une voute ou arcade qui est dans la muraille de l’église Notre-Dame de Guingamp, du côté dextre du dit autel de St Nicolas, outre le droit de mettre un banc joignant le pilier susdit, deux tombes, enfeus ou cavaux aboutissant au marchepied de l’autel St-Pierre en la dite Notre-Dame de Guingamp , sur la plus grande desquelles il y a la figure d’un homme et d’une femme et sur l’autre, contigu sans intervalle, sont les armes de Guergadiou-Goudelin en un bout, et en l’autre les armes des Seigneurs du Vieux-Marché, et sur lesquelles sont placés les sièges des recteurs de la dite église pour entendre la publication.

Note 3 : Guernachannay a été successivement possédé par les Coetmohan (dont un évêque de Cornouailles, puis de Dol, et un chanoine de Paris, fondateur du collège de Tréguier, en cette ville, en 1319), La Boulaye, Le Gualès, Cosquer, Rosambo, puis enfin les Robien qui en sont aujourd’hui propriétaires. On y voit un beau manoir du XVIIe siècle, dans un bon état de conservation.

Note 4 : La famille du Pontblanc a fourni un champion au combat des Trente (Guyon de Pontblanc en 1351). Jean II, duc de Bretagne, par son testament de septembre 1303, laisse trente livres à Pierre du Pontblanc. Geffroy du Pontblanc, maître-d’hôtel de Charles de Bois, fut tué au sac de Lannion, en 1346. Un monument commémoratif de ce fait d’armes fut érigé dans le carrefour de la ville, qui servit de théâtre à la bataille. C’était une modeste croix adossée à l’angle d’une maison voisine du Porsmeur. Jéhan du Pontblanc vivait en 1415 et comparut à la montre de Guillaume de La Motte, Bourges, le 30 juin 1418. Une de Pontblanc, abbesse de St-Georges à Rennes, en 1352. En 1564, un maire de Morlaix portant le nom de Pontblanc. Ces derniers seigneurs du Pontblanc devaient être des cadets, car nous voyons, dès 1320, Charles de Plusquellec, seigneur de la paroisse du dit nom, épouser Allette du Pontblanc et devenir possesseur de la terre du dit nom. De cette maison cette terre passe aux Trogoff, Chastellier, Ville-Blanche, La Rivière et La Fayette.

Abandonné et livré aux ronces, le manoir de Pontblanc fut rebâti à la fin du XVIIe siècle et devint la propriété du marquis de la Fayette par sa mère "Marie Louise de La Rivière, dame du Vieux-Marché" mais le futur héros de l'indépendance américaine dut vendre ses biens dans toute la région car il était ruiné et le Pontblanc fut acheté par son régisseur Guillaume Jean Mahé. Du manoir dépendait la chapelle Saint Agnès aujourd'hui disparue. Ce manoir fut tenu de 1850 à 1975 par la famille Le Sidaner.

Note 5 : La famille de Keranrais donna deux champions au combat des Trente en 1351 (Olivier et Alain de Keranrais). L’aîné de cette famille était, au XIVe siècle, seigneur de Runfao, en Ploubezre, et de Keranrais. Le fief de Runfao comrenait les paroisses de Ploubezre, Loguivy-les-Lannion, Buhulien, Ploulech, St-Michel-en-Grève, Tréduder, etc. La branche aînée fondue dans la maison de Montauban en 1432, puis est passée aux Rohan-Guéméné en 1466, Boiséon et Haye de Nétumières.

Note 6 : Jubé ou tribune, supporté par la grille du chœur, et qui se trouvait entre les deux massifs piliers qui servent de soubassement à la tour pyramidale de l’église. L’église étant de fondation royale ou ducale, si l’on veut. Il est probable que les familles ducales seules y avaient des prééminences. Dans ce cas, si nous exceptons le duc, la maison des Salles possédaient les prééminences supérieures de l’église de Guingamp, puisque celles-ci confinaient au chœur et étaient situées du côté de l’évangile.

Note 7 : Les Carme, seigneurs des Salles, et plus bas les Champions. Cette dernière famille a donné, en 1596, un lieutenant général aux eaux et forêts de Bretagne.

 

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