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LA PESTE DE RENNES - OCCASION ET PROMESSE DU VOEU.

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Peste de Rennes (1624-1632). - Occasion et Promesse du Vœu (1634).

Le P. Pinsard, docteur en théologie et théologal de Cornouailles, contemporain du Vœu de 1634, s'exprime ainsi :

« Voici que l'an 1624 commence à paraître une pestilence cruelle, qui d'abord emmenant quelques habitants, remplit le reste de frayeur et d'étonnement... Devenue plus audacieuse, elle attaque les maisons des notables, de la noblesse et des religieux, et entre jusque dans les chambres nuptiales de MM. de la Cour, où elle fait bien voir qu'elle traite d'une même sévérité ceux qui logent dans les palais, reposent sur les lys, et ceux qui demeurent parmi la lie des hommes.. L'on peut conjecturer quelle était la face de Rennes durant cette calamité publique : on n'y aborde plus que comme en la région des morts ; on n’y remarque plus qu'habits de deuil, on n'y entend que funérailles ; l'horreur des nuits est accrue par l’enlèvement des morts et des malades..., et n'y a personne qui n'ait perdu quelqu'un de ceux qu'il chérissait le plus.

Depuis l'année 1624 jusqu'en l'année 1632, tel fut l'état, de cette pauvre ville... tant épuisée d'une grande partie de ses habitants, si appauvrie pour avoir fourni à l'incroyable dépense que lui causa celle maladie..., elle voyait plus moyen de subsister au travail, ni de fournir aux dépenses qu'il fallait faire.

Mgr de Rennes (en ce temps-là Pierre de Cornulier) se munit du bouclier de l’oraison..., ordonne des processions générales, qui se font solennellement... Il fit porter les reliques de saint Amand et des autres corps saints qui reposent dans les églises de Rennes. Toutes ces solennités, que nous ne pouvons douter avoir été agréables à Dieu, ne purent arrêter son bras… ».

Le Journal d'un Bourgeois de Rennes, déposé aux Archives de la ville, donne quelques renseignements sur le même fait ; il s'exprime ainsi :

« Le mardi 9 décembre 1624, M. le sénéchal et le procureur du roi ont descendu en la rue Saint-Germain pour faire visiter les pestiférés par le barbier de la Santé, qui était Guy Jarry, et le lendemain fut fait une assemblée chez M. le sénéchal de tous les apothicaires et sirurgiens de Rennes. Il fut de même chouaisy ung père de la Santé, qui fut M. de Mantival, ainsi que des héraulx pour porter ces malades à la Santé.

On cite parmi les victimes Mmes de Molac et du Chastelier, M. Malherbe, aumônier, Rouxel et Pacot, jésuites, Guy Jarry et Sébastien Frin, médecins... On ferma au cadenas près de deux mille maisons.

Le 27 avril 1625, en conséquence de l'ordonnance de Mgr de Rennes et de l'avis de MM. du Chapitre de Saint-Pierre, il fut fait pour le bien public, à cause de la peste, une procession générale où tout le clergé et les religieux de tous les couvents de la ville et forsbourgs assistèrent, ayant chacun un cierge blanc allumé et accompagné de quatre torches ardentes... Elle commença à l'église cathédrale de Saint-Pierre, vint à Saint-Melaine et de là à la chapelle Brûlon, dédiée à l'honneur de saint Roch, avec la châsse de M. saint Amand.

Au mois d'août de la même année, nouvelle procession à Notre-Dame de Brûlon ; l'évêque y célébra la messe pontificalement ».

Toutes ces tentatives étant demeurées infructueuses et la peste continuant de sévir, il ne restait plus, dit le P. Pinsard, « qu'à demander à Dieu et attendre de lui qu'il révélât le moyen d'apaiser son ire.

« Ce fut en 1632 qu'un membre notable du clergé de Rennes eut l'idée d'un vœu signalé à Notre-Dame.

Le mal qui allait toujours en accroissant ne permettait pas qu'on remît au lendemain une résolution qui se pouvait prendre dès l'heure présente. Mgr l'évêque, les Corps de MM. du Chapitre, de la Cour, de la Ville, entrent en délibération environ le 12 d'octobre 1632 ...., ils se trouvèrent unis en la résolution de chercher leur remède à la faveur d'un vœu consacré à Dieu sous l'invocation de Notre-Dame.

Dieu, dit le P. Pinsard, a voulu que les vœux des hommes empruntassent leurs mérites de ceux de Marie, et qu'en cette occasion le pasteur et la bergerie, le Sénat et le peuple, le bourgeois et l'habitant, s'unissent au dessein de se dévouer à elle.

Il fut arrêté que la matière serait d'argent et qu'il représenterait la ville de Rennes et ses principaux temples et bâtiments, au pied d'une image de Notre-Dame tenant son Enfant Jésus entre ses bras ».

Après la formation du Vœu, la collecte générale, à laquelle les pauvres contribuèrent comme les riches avec le plus louable empressement, fournit bien au-delà de la somme nécessaire.

M. de Meschinière, agent général du clergé de France, reçut charge de surveiller à Paris le travail du Vœu et d'en presser l'achèvement.

L'ouvrage fut entrepris à douze écus le marc par M. Delahaye, le plus riche et le plus employé orfeuvre de Paris. Le marc valait alors 32 livres, et la livre représentait plusieurs francs de notre monnaie.

Ce travail subit un assez long retard, et dans une lettre en date du 17 juin 1634 M. de Meschinière l'explique ainsi : « L'orfebvre qui travaille sous M. Delahaye a préféré à notre Vœu une châsse que lui avait baillée à faire Mme de la Meilleraye, abbesse de Chelles, de sorte que tous les mois d'apvril et de mai, il n'a rien fait pour vous ».

Le travail ne fut expédié de Paris à Rennes qu'au mois de juillet 1634, et M. de Meschinière écrivit : « Je vous envoie le Vœu, que ferez s'il vous plaît retirer du messager : il est en deux caisses... ».

Le Vœu arriva à Rennes le 6 août 1634, après treize jours de voyage. On n'a pas le détail de son prix, mais il dut coûter environ 15,000 fr. de notre monnaie (en 1896).

Restait à le placer, soit à Rennes, soit aux environs. Mgr. l'évêque, dit le P. Pinsard, « entra au Parlement pour savoir où selon lui le vœu devrait être rendu.

Cette religieuse et docte Compagnie lui remettant l'entière disposition de cette affaire (qui regarde la religion) , après plusieurs déférences de courtoisie rendues de part et d'autre, enfin il fut arresté que le Vœu serait rendu à Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, au couvent des Frères prescheurs ».

Pour comprendre cette décision prise par les autorités religieuses, judiciaires et municipales de Rennes, il faut se rappeler de la grande vénération en laquelle était le sanctuaire dominicain.

En 1510, la bonne duchesse Anne, devenue reine de France, écrivait, dans ses lettres patentes, en renouvelant aux Dominicains leurs exemptions et franchises et en y ajoutant une rente annuelle de 80 livres : « Nous en agissons ainsi à cause de la grande et fervente dévotion que nous avons toujours eue à Notre-Dame de Bonne-Nouvelle ».

De son côté, le P. Pinsard s'exprime ainsi :

« Dieu semble si favorable à cette maison, que tous ceux qui y prient sont exaucés, et se voit au coin du cloistre joignant l'église une image de Notre-Dame tenant son petit Enfant Jésus entre ses bras, le tout en plate peinture que l'on croit y avoir été peinte au même temps que le couvent, fut bâti. Cette image s'est rendue célèbre par les grands miracles qui s'y font... Il n'y a incommodité corporelle ou spirituelle contre laquelle on n'y recouvre le remède présent et désiré.

« Et quoique les libertins en disent, faut que tous les ouvrages de cire dans laquelle sont représentés autant de membres qu'il y a au corps humain, appendus aux poutres, qui se voient en cette sainte chapelle, convainquent l'incrédulité des méchants et entretiennent la foi des gens de bien ».

A la page 167 de son livre sur l'Histoire du culte de la Sainte Vierge, dom Plaine écrit :

« Rennes, et peut-être même la Bretagne, n'avaient guère en 1630 de sanctuaires plus renommés, de lieux de prières signalés par plus de miracles, que l'oratoire dominicain de 1367 ».

On trouve aux Archives municipales acte du 8 septembre 1634, la description du Vœu proposé :

« Le Vœu de Rennes consiste en une image de la Vierge couronnée, tenant le Petit Jésus entre ses bras lequel a la main levée pour donner sa bénédiction sur la ville de Rennes, dont la figure faite en ovale est représentée aux pieds de l'image de la Vierge. Cette image a deux pieds de hauteur et est posée sur une base de deux pieds environ. La figure de la ville a de longueur deux pieds deux pouces et de laize un pied et demie... Autour est figurée la ceinture des murailles d'icelle avec ses vingt-quatre tours et ses rues ».

Page 174 et suivantes, dom Plaine donne des détails intéressants, par lui puisés aux Archives municipales de Rennes :

« En 1634, la Communauté de Rennes comprenait : Olivier Leduc, sieur de la Bouquinais, procureur syndic ; Pierre de Caradeuc, sieur de la Chalotais, et Pierre Glet, sieur de la Hurlais, connestables ; Gilles Martin, Sébastien Durand, Jacques Ollivier, François Cheveau, Pierre Jouin, notables, et Ducreux, secrétaire-greffier ».

Par délibération du 8 août 1634, la fête de la translation du Vœu fut fixée au jour de la Nativité, 8 septembre. Le 12 du même mois, l'emplacement du Vœu fut ainsi détérminé : « Il sera posé sur une table de marbre noir de trois pieds huit à neuf poulces de long et de laize deux pieds six à sept poulces, avec une table épaisse de cinq poulces, en laquelle espaisseur sera écrit, en lettres d'or : Sacrum Deo Virginique ob civitatem Rhedonensem a peste liberatam, 1632. Les deux colonnes de marbre noir jaspé sir lesquelles reposait la tablette du Vœu devaient être faites avec chapiteaulx en pierre de Taillebourg et suivant l'ordre de Corinthe. Le maître maçon René Pasquet, s'engagea à fournir, pour la modique somme de 200 livres, le marbre, la pierre et les autres attirails, le tout prêt et à place le 4 septembre ».

Dans une séance du 21 août, on décida que le monument représenterait la maison de la Santé ; l'orfèvre Malescot fut chargé de réparer sur ce point l'oubli de l'artiste parisien. Le brancard du trône d'honneur soutenant le Vœu fut orné par Pierre des Lauriers, maître brodeur à Rennes.

Il fut décidé que le drapeau du Vœu porterait « en peinture fine, faite à l'huile, la Vierge tenant le Petit Jésus entre ses bras, lequel étendra la main pour bénir la Ville qui lui sera montrée par la Vierge, ladite Ville étant aux pieds de ladite imaige. Sera ladite imaige de la Vierge au naturel et la taille proportionnée à la grandeur du tableau et de l'enseigne ». David Scot, maître pinctier à Rennes, accepta de faire cet étendard au prix de 100 livres.

« Dieu, dit M. le chanoine Pinsard, entendit et accepta la préparation des cœurs de MM. de Rennes, car au même point que ce Vœu fut conçu et destiné à l’autel de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, la maladie contagieuse cessa entièrement. Ce fut un miracle nouveau qui mérite bien de tenir rang parmi les plus signalés de ceux que l’on reconnaît avoir été faits par l'intercession de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle ».

On lit aux Archives municipales, acte du 7 septembre 1635 : « Incontinent la résolution du Vœu solennel prise, la maladie cessa et disparut tout d'un coup, comme par enchantement... Combien fut donc salutaire le conseil qu'il plut à la divine bonté de nous inspirer ».

Mgr de Rennes, Pierre de Cornulier, s'exprime ainsi :

« Cette ville avait été affligée pendant de longues années de la maladie contagieuse ; le mal avait été tel qu'il l'avait rendue quasi-déserte, mais la contagion a cessé incontinent après le Vœu fait, par bienfait et visible assistance du ciel ».

Le Dominicain Albert, de Morlaix, dit également :

« La mortalité cessa tout à coup, les malades recouvrèrent la santé et aucun ne fut plus frappé... La maison de la Santé, qui depuis plus de huit années n'avait désempli de malades et de morts, fut tout à coup vidée de tout ce peuple affligé ».

(Paul Philouze).

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